La Presse Bisontine 280 - Septembre 2025

Mensuel d'informations de Besançon et du Grand Besançon

SEPTEMBRE 2025 - N° 280 - 3 €

Mensuel d’information de Besançon et du Grand Besançon - www.presse-bisontine.fr

L’impossible union de la gauche pour les municipales Que reste-t-il du P.-S. à Besançon ?

La grande histoire du commerce bisontin P. 17 Public-privé : tous les enjeux de la rentrée scolaire Les écoles, collèges et lycées du Grand Besançon ont fait leur rentrée. Quels sont les rapports de force entre enseignement public et enseignement privé ? Enseignement Livre P. 24 À 31

Après avoir été dissoute dans le macronisme et alors que la gauche bisontine s’est radicalisée depuis 2020, la gauche sociale-démocrate existe-t-elle encore à Besançon ? (photo archive municipales 2014).

P.5 Les établissements de santé bisontin fusionnent Le C.H.U. de Besançon,, l’E.H.P.A.D. d’Avanne-Ave ney, le long séjour de Bellevaux et le centre de réadap tation des Tilleroyes ne vont bientôt former qu’une et même entité. Quels sont les enjeux d’une telle fusion ? Santé Ancien commerçant et président de l’U.C.B., Jean Charles Diéterlé publie avec son fils Pierre une bible du commerce des années 50 aux années 2000.

L’événement en P. 10 À 12

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2 Retour sur info

La Presse Bisontine - Septembre 2025

Le Dr Luc Clémens toujours interdit d’opérer Le Grand Besançon sécurise son approvisionnement en eau

U n énorme soulagement. C’est ce qu’ont ressenti les membres de l’asso ciation Fleur de Lotus, regrou pant des victimes de chirurgies ratées des hémorroïdes, à l’an nonce du verdict. Ils étaient présents en nombre lors de l’audience à la cour d’appel du 27 août. Mis en examen pour blessures involontaires sur près de 70 patients, après des opérations des hémor roïdes, le D r Luc Clémens, proctologue bisontin, souhaitait de nouveau opérer en chirurgie urologique, domaine dans lequel il n’est pas poursuivi. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Besançon a rejeté sa demande. “On appréhendait la décision”, confie Sophie Ferrer, prési dente de l’association. À pré sent, ceux qui ont porté plainte doivent passer une expertise

G rand Besançon Métropole vient d’ouvrir deux nouveaux puits de captage d’eau pota ble, le premier à Novillars, qui com plète le dispositif existant depuis 2015, le second à Geneuille. 516 750 euros ont été investis dans le premier chantier opérationnel depuis le début de l’été, et 245 000 dans le deuxième forage à Geneuille. Dans le même temps, G.B.M. a investi 245 000 euros dans une opération d’interconnexion entre le réseau de Besançon et celui de Chalèze. Au total, la collectivité aura réinjecté plus d’1 million d’euros dans ces trois opérations concomitantes. “La volonté de la collectivité, la Ville de Besançon d’abord, puis G.B.M. ensuite, a été dès 2003 avec les pre mières canicules de sécuriser sa res source en eau en cherchant de nou veaux captages pour compléter nos ressources historiques qu’étaient Chenecey-Buillon, la Malate, Thise et Chailluz” résume Christophe Lime, le vice-président de G.B.M. en charge

de l’eau et de l’assainissement. Grâce au troisième forage de Novil lars, à 100 m de profondeur, la pro duction maximale peut monter jusqu’à 700 m3 par heure pendant 24 heures. Celui de Geneuille a une capacité de 150 m3 par heure. La création de ces nouveaux puits et la poursuite des travaux d’intercon nexion permettront “d’assurer pour chaque commune de G.B.M. deux alimentations possibles ainsi que des opérations de solidarité avec d’autres territoires comme le secteur de Rioz par exemple.” Mais attention, prévient Christophe Lime, “la finalité de ces opérations n’est pas d’inciter les habitants à consommer plus, ce n’est pas open bar !” sourit l’élu. Pour consolider sa démarche, G.B.M. a créé en lien avec la D.R.E.A.L. un comité scientifique sur l’eau. C’est la seule collectivité de la région à s’engager ainsi avec l’appui d’hy drogéologues pour mieux maîtriser son réseau. ■

Le Dr Luc Clémens

opérait à la Polyclinique de Franche

Comté (photo archive L.P.B.).

médicale, afin de déterminer s’il y a eu ou non une faute médicale. “C’est un moment assez terrible pour nous, cer tains l’ont déjà passée. Si la faute est retenue, on est reconnu comme victime. Si la faute n’est pas retenue, on a que nos yeux pour pleurer.

Mais avec les expertises déjà réalisées, certaines fautes ont été retenues.” Pour l’heure, l’association compte 110 adhé rents. Créée à l’origine pour collecter du soutien financier pour les frais de procédure, l’association permet de donner une visibilité aux victimes. “Il

fallait qu’on soit identifié quelque part.” Sophie Ferrer en est sûre, d’autres personnes vont rejoindre l’association. Et notamment des patients opé rés en urologie, qui ont contacté Fleur de Lotus, affirme la présidente de l’as sociation. ■

La mémoire de Jean Cornet honorée

P our le 80ème anniversaire de la Libé ration de Besançon l’an dernier, le collectif Histoire des Chaprais s’était aperçu que la plaque sur la tombe de Jean Cornet était tombée et brisée. “D’où notre demande au Souvenir Français de la faire refaire à l’identique. Ce qui a été fait et explique cet hommage que nous allons ren dre sur sa tombe cette année le 6 septembre au matin” indique Jean-Claude Goudot, l’animateur de ce collectif. Si les Bisontins connaissent la place qui porte son nom, au bout de la rue des Granges, ils connaissent peut-être moins l’histoire de cet avocat commandant des F.F.I. lors de la Libération de Besançon dont le collectif honore chaque année l’anniver saire. Jean Cornet a été tué à l’ennemi le

8 septembre 1944. Et ce, au moment même où Besançon fêtait sa libération. Le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon possède, dans ses archives, le dernier ordre manuscrit du commandant, daté du 8 septembre. “Il a été mortellement blessé par un détachement de la Wehrmacht, il avait 35 ans.” Brillant avocat au barreau de Besançon, officier de réserve dans l’avia tion, père de famille, Jean Cornet n’avait pas admis la défaite et regroupé dès 1942 autour de lui, un groupe de 25 résistants. Le comité du Souvenir Français de Besançon présidé par Michelle Landoz se dit “fier d’avoir participé à ce devoir de mémoire en ayant fait refaire cette plaque sur la stèle de cette sépulture de Jean Cornet au cime tière des Chaprais.” ■

L’avocat bisontin, résistant, est mort à 35 ans le jour de la libéra tion de Besançon (photo Musée de la résistance et de la déportation). Éditorial Fragilité

Ce troisième forage de Novillars est opérationnel depuis cet été.

de certains partis comme les Insoumis ou le rassemblement national en récla mant à tort et à travers la démission ou la destitution du président de la Répu blique, leurs méthodes et leurs invectives permanentes étant sans conteste en partie responsables du chaos actuel. Cependant, il apparaît de plus en plus évident que seule la prochaine élection présidentielle permettrait de donner au pays l’indis pensable élan dont il a besoin pour sortir de l’ornière. En attendant, au fil des mois et des gouvernements qui se succèdent, avec une assemblée fracturée comme elle ne l’a jamais été, la France continue à s’enfoncer dans la dette. Ce sujet sonnera comme le testament politique d’un Fran çois Bayrou qui n’aura pas su convaincre, sinon une partie de l’opinion, et c’est son mérite, du moins les composantes de l’As semblée, de l’impérieuse urgence de ce sujet crucial. ■ Par le directeur de la rédaction Jean-François Hauser

néonicotinoïdes que cette loi voulait réta blir. Et disons-le, de son soutien incompris par les défenseurs d’une agriculture dura ble à cette loi Duplomb qui semble tota lement déconnectée des préoccupations actuelles pour un modèle soutenable d’agri culture. À moins d’une dissolution suite à laquelle M me Genevard serait reconduite pour la troisième fois à son poste de minis tre - c’est toujours possible -, ou de la nomination d’un nouveau Premier minis tre qui lui ferait à nouveau confiance, ses chances de rester en poste jusqu’en 2027 restent minces. Mais la fragilité du fauteuil de ministre sur lequel Annie Genevard et ses collègues du gouvernement ne sont installés que depuis un an n’augure tout de même rien de bon pour notre pays dont les institutions politiques semblent de plus en plus fragiles au fur et à mesure que le second quinquennat d’Emmanuel Macron avance. Nous nous garderons bien de réagir de manière pavlovienne à l’image

Directeur de la publication : Éric TOURNOUX Directeur de la rédaction : Jean-François HAUSER Rédaction : Frédéric Cartaud, Thomas Comte, Jean-François Hauser, Laurine Personeni. est éditée par la société “Publipresse Médias” S.I.R.E.N. : 424 896 645 Rédaction et publicité: 0381679080 E-mail: redaction@publipresse.fr

E ncore une rentrée sous le signe de la fébrilité, avec un gouvernement sur la sellette et un Premier minis tre qui a lui-même fixé la date, le 8 septembre, de sa probable destitution. Si ce scénario se confirmait, tout le gou vernement tomberait et avec lui, notre ministre de l’Agriculture doubienne Annie Genevard qui aura tenu moins d’un an à la barre de son ministère de l’Agriculture où elle avait été nommée le 21 septembre 2024. Le temps d’un unique salon de l’agri culture au printemps dernier, de tenter de calmer la colère agricole qui continue à gronder, et de se mettre aussi une partie de l’opinion à dos suite à l’adoption de la très controversée loi Duplomb, certes vidée d’une partie de sa substance avec le rappel par le Conseil constitutionnel de l’interdiction de réintroduction des

Directeur artistique : Olivier Chevalier. Conception pubs : Éloïse Perrot.

Équipe commerciale : Maëliss Aumaitre, Anne Familiari, Anthony Gloriod.

Crédits photos : La Presse Bisontine, Frédéric Lovino, Musée de la résistance et de la déportation, Yves Petit, Jean-Charles Sexe, Ville de Besançon. Imprimé à Nancy Print - I.S.S.N.: 1623-7641 Dépôt légal : Septembre 2025 Commission paritaire : 0230 D 80130

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La Presse Bisontine - Septembre 2025

Le roman La Camille Une plongée fascinante dans le XIX e siècle bisontin

B ien que vivant à 10 000 kilomètres de Besançon, Ivan Torréadrado n’a pas coupé ses racines bison tines, elles qui nourrissent sa plume. L’ancien pilote profes sionnel d’aviation, habitant à Pékin, vient de publier son pre mier roman. Et il a choisi de travailler avec une maison d'édi tion bisontine, les Éditions Coxi grue. “Je me suis rapproché des éditions Coxigrue pour compter sur la qualité et la confiance” , souligne l’auteur. Si Ivan Tor réadrado a déjà écrit plusieurs romans - le premier à l’âge de 8 ans - il n’avait encore jamais osé les soumettre à un éditeur. “La Camille est une histoire que j’avais envie de partager, c’est la première qui est publiée.” De fait, la première partie du livre, qui se situe à l’époque contemporaine, s’inspire pro fondément de son histoire per sonnelle. “L’idée de La Camille est née en 2007. L’histoire découle des années que j’ai vécues dans la Vallée de la Loue, à Scey-Mai sières, Cléron, Ornans, la haute vallée. Comme le personnage de l’écrivain, j’ai découvert une dame noyée dans la Loue…” Ins piré par des endroits et des ren contres, Ivan a laissé “mûrir ces impressions avant de me mettre

Bisontin d’origine, Ivan Torréadrado a publié un premier roman, La Camille, aux éditions Coxigrue. L’histoire de Camille, le personnage principal, plonge le lecteur dans le XIX e siècle entre vallée de la Loue et Besançon, entre nature et transformation de la ville. L’auteur est présent au festival Livres dans la Boucle.

ainsi l’ouverture du Trou aux Loups ou encore la “nouvelle” Brasserie du commerce. Quant au personnage, cartésien, comme son père, Camille découvre peu à peu la foi jusqu’à prendre le voile. “Le personnage de Camille est janusien, il change de visage au cours du roman. Je voulais faire vivre Camille dans des pas sions, au sens premier du terme, c'est-à-dire de douleur. Elle fait face à des sentiments assez pro fonds et complexes.” À la religion s’ajoute une touche de mystère et de spiritualité mâtinée d’un brin de fantas tique. La jeune femme, comme ses aïeux, se découvre le don de voir et parler aux morts, don qui lui vaut ses ennuis judi ciaires alors qu’elle découvre le corps d’un nourrisson. “Mes recherches les plus abouties se sont concentrées sur les pro blèmes de suppression d’enfants à la fin du XIX e siècle, resitue Ivan. À l’époque, le nombre de suppressions ou d’abandons d’enfants augmente. Le gouver nement réagit et demande aux juges d’être plus vigilants face à ce problème.” Grand cartésien lui aussi, l’au teur n’en aime pas moins les

histoires parapsychologiques. “Je m’y suis toujours intéressé sans prendre partie. Je reste per suadé que, pour des raisons qui m’échappent, des gens sortent de l’habituel et ont des capacités qu’on n’explique pas. Cela m’a semblé naturel de faire vivre Camille de cette façon-là” , observe Ivan. Ce dernier tient salon à Livres dans la Boucle pour présenter La Camille. S’il a déjà en tête une seconde partie au roman, il attend de voir comment le livre est reçu par le public. “L'histoire n’est pas terminée, elle commence quand Camille entre au couvent” , tease Ivan Torréadrado. Grâce à une écriture fluide, pre nante et toute en finesse, des personnages bien dessinés ins pirés de ceux de Stendhal ou Chateaubriand, on se laisse faci lement emporter par la vie de Camille sur ses flots à la fois réalistes et mystiques. L’on retrouve non sans plaisir les paysages urbains et campa gnards de Besançon et de la val lée de Loue qui restent les témoins immuables du temps qui passe. n L.P.

à l’écriture.” Une écriture nar rative, sans fioritures, truffée de quelques mots de patois com tois que l’on utilise encore aujourd’hui tels que “croquenots” ou encore dans l’expression bien comtoise La Camille. Le roman suit donc l’histoire de Camille, une jeune femme de 18 ans, vivant à Montgesoye au XIX e siècle. Sa famille, les Goriot, cultive aussi bien l’esprit que la terre. Le quotidien bascule le jour où Camille est accusée du meurtre d’un nourrisson. Emprisonnée à Besançon, jugée, la jeune femme prend finale ment le voile et se retire au cou vent des Minimes à Besançon. Les vignes familiales tout comme la Loue, cette rivière qui témoignait alors d’une eau claire et poissonneuse, font figure de mères nourricières qui façonnent la vie de Camille. Le lien avec la nature, même distendu pen dant le séjour bisontin, reste prégnant. La nature, encore, demeure le témoin silencieux de l’évolution du personnage, profondément liée à celle de la société du XIX e siècle. Le phyl loxéra fait sa première appari tion, Besançon se transforme en profondeur. Ivan Torréadrado, passionné de l’histoire bisontine, mentionne

Ivan Torréadrado, ancien pilote professionnel, publie son premier roman La Camille.

La Camille, Ivan Torréadrado, aux Éditions Coxigrue, 18€

EN BREF

ARMÉE

Portes ouvertes les 20 et 21 septembre

Le 6 ème régiment du matériel se dévoile au public Pour célébrer ses 40 ans, le 6 ème régiment du matériel ouvre pour la première fois ses portes au public. Au-delà de la fête, le régiment souhaite attirer de nouvelles recrues.

Terrasses L’association Terrasses des collines bisontines et d’ailleurs reprend ses prochains chantiers pierre sèche, les 3èmes dimanches de chaque mois, soit les 21 septembre, 19 octobre, 16 novembre et 21 décembre. Colline de Bregille-Prés-de Vaux. Inscription obligatoire par mail (places limitées) sur terrasses.bisontines@g mail.com. Plus d’infos au 0670065543. L’association organise son assemblée générale samedi 20 septembre à 9h30 chemin Fourchu à Besançon. Mario Morisi L’auteur bisontin sort son 25ème opus le 23 septembre prochain à l’occasion de Livres dans la Boucle. Une fantasy entre science fiction et uchronie intitulée Kalevalo contre la machine, aux éditions Melmac Cat de Marseille. Un livre que Mario Morisi qualifie “d’acte de résistance poétique au péril de l’I.A. et des algocraties.” L’Italo Bisontin Mario Morisi est un habitué des objets littéraires non identifiés.

C’ est une grande première. En quarante ans d’existence, le 6 ème régiment du matériel dont l’un des sites se trouve à Besan çon, ouvre ses portes au public. “Par nature, on est concentré sur notre cœur de métier. Les 40 ans du régiment est l’oc casion de rayonner” , relève le colonel Philippe Le Bot, commandant le 6 R.M.A.T. Ce dernier a d’ailleurs planché, aux côtés d’un historien, sur un livre - le premier là aussi - qui retrace l’histoire de ce régi ment fort de 1 000 hommes et réparti sur trois sites (Besançon, Woippy en Moselle et Gresswiller en Alsace). Le quartier Brun-Lyautey à Besançon compte 411 postes. 361 sont actuellement occupés. “Nous avons un déficit en termes de recrutement” , souligne le colonel Le Bot. Ces portes ouvertes permettent ainsi au régiment de gagner en visibilité et de déclencher des vocations chez les jeunes. Si le 6 R.M.A.T. peut recruter sans diplôme, le personnel porte une

double casquette de militaire et méca nicien. “On demande de l’expertise. Au départ, les jeunes ne s’engagent pas for cément dans l’armée pour être mécanicien, ça ne va pas forcément de soi. La plupart veulent être dans un char ou en groupes d’infanterie. Le 6 R.M.A.T. peut apparaître moins attractif au premier abord mais nous faisons beaucoup de réengagement de militaires qui cherchent un métier en plus de leur vocation de soldat.” Expositions, démonstrations,

Pour célébrer ses 40 ans, le 6 ème régiment du matériel dévoile ses métiers et ses savoir-faire le temps d’un week-end.

tions avec les lycées professionnels. On propose des immersions successives et une allocation financière pour inciter les futurs Bacs pro à nous rejoindre” , souligne le colonel Le Bot. Concrètement, le 6 R.M.A.T. soutient un tiers de régiments et un quart des équi pements de l’Armée de terre. Il assure entre autres “l’ensemble des opérations complexes de réparation des véhicules blindés de combat d’infanterie et des matériels type Griffon ou serval, du déta chement d’ouverture d’itinéraires piégés, des porte-engins blindés, des grues Lieb herr. Il est également centre expert pour la maintenance des matériels d’appui et de guerre électronique.” Autant de savoir-faire et d’équipements que le public est invité à découvrir lors des portes ouvertes. “Ces portes ouvertes sont vraiment pour les familles, pour tous

les âges” , souligne le colonel. Expositions, démonstrations, présentation de véhi cules, parcours sportifs, échanges avec les soldats, ateliers ludiques pour une plongée interactive dans l’univers mili taire, balade en poney dans le régiment, tir airsoft, détourellage des véhicules blindés… Le 6 R.M.A.T. se dévoile le temps d’un week-end. Il fait d’ailleurs partie de la liste des monuments à visiter lors des journées du patrimoine, qui ont lieu ce même week-end. n L.P. Portes ouvertes les 20 et 21 septembre de 10 à 18 heures, quartier Brun-Lyautey à Besançon, 69, avenue Clemenceau. Entrée libre.

En l’espèce, le régi ment ne compte pas moins d’une dizaine de métiers : conduc teur approvisionneur, logisticien-mainte nancier, dans l’admi nistratif et les res sources humaines. “On recrute tout le monde mais aussi de manière privilégiée par le biais de conven

présentation de véhicules.

Besançon 5

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SANTÉ

Un déficit de 7 millions d’euros

La fusion entre le C.H.U., Bellevaux, les Tilleroyes et Avanne est actée

décidées. Se pose nécessairement la question de l’avenir de Bel levaux, quai de Strasbourg à Besançon, doté de locaux vieil lissants, “et on sait bien qu’avec ou sans fusion, dans 20 ans, Bel levaux ne pourra plus être comme il est aujourd’hui, sa réhabilitation sera inévitable” commente le directeur général. Les syndicats ont été associés à la démarche de cette opération de fusion. Pour l’instant, et en attendant la date fatidique du 1 er janvier 2026, ils ne sont pas encore montés au créneau. n J.-F.H. le 1er novembre dernier. Au fond, le futur bâtiment de psychiatrie en cours de construction. Après les turbulences de la crise sanitaire, le C.H.U. Minjoz semble avoir retrouvé des couleurs, sur le plan du personnel comme de ses finances. 200 personnels sont venus renforcer les rangs du C.H.U. depuis deux ans avec une politique de résorption des emplois précaires notamment. Et parallèlement, “l’activité est en train de repartir, on vient juste de retrouver l’activité d’avant Covid” note le directeur général. La situation financière se redresse. Le C.H.U. accusait encore un déficit de 25 millions d’euros en 2023, il sera de 7 mil lions cette année. “Avec l’objectif de retrouver l’équilibre, voire des excédents, d’ici deux ans.” n Thierry Gamond-Rius, directeur général du C.H.U. Minjoz, est déjà à la tête des quatre structures depuis Zoom 8 200 agents au C.H.U. Minjoz

L es deux E.H.P.A.D. d’Avanne-Aveney et de Bellevaux ainsi que le Centre de soins et de réa daptation des Tilleroyes ont perdu leur autonomie et seront officiellement intégrées au C.H.U. Jean-Minjoz au début de l’année prochaine. Après un an d’une sorte de galop d’essai puisque la direction des quatre établissements est déjà com mune depuis novembre dernier. L’idée de cette fusion est de structurer mieux qu’elle ne l’est sur le bassin de Besançon une vraie filière grand âge cohérente et efficace. C’est en tout cas l’es prit de ce projet assumé pleine ment par le directeur général du C.H.U. Minjoz Thierry Gamond-Rius qui a poussé pour l’engager. “L’idée et bien d’ins taurer une meilleure synergie entre tous ces établissements et une meilleure fluidité des par cours d’avant et d’après hospi talisation” soutient-il. En paral lèle de cette fusion sera créée une direction de la politique gérontologique pour aller dans le même sens d’une meilleure collaboration entre ces struc tures. Avec la récupération récente de l’Hospitalisation à domicile (H.A.D.), le C.H.U. Min joz se donne également les armes pour “de bénéficier de toutes les La fusion de ces quatre établissements chapeau tée par une direction commune depuis près d’un an sera effective au 1er janvier prochain. Selon la direction du C.H.U., cette fusion se fera sans dommages.

solutions possibles pour éviter de passer par les urgences.” En filigrane de cette opération de fusion, il y a l’espoir de créer une meilleure dynamique de la

directeur général. La collabo ration des trois autres établis sements avec le pôle de gériatrie du C.H.U. s’est développée dès 2018 au sein d’une fédération médicale inter-hospitalière, dés ormais renforcée sur le plan administratif et stratégique. “La direction commune permet déjà de rapprocher les pratiques de gestion, de coordonner les projets d’établissement et de mutualiser certaines fonctions support. Elle contribue également à faciliter les parcours des patients entre soins aigus, rééducation et héber gement médicalisé.” La future

fusion des quatre établissements donnera naissance à une struc ture publique unique, à siège bisontin, capable de porter une filière personnes âgées intégrée, cohérente et adaptée aux défis du vieillissement de la popula tion soutient l’hôpital. Sur le plan administratif, les directeurs des trois autres éta blissements ont intégré il y a déjà plusieurs mois l’équipe de direction du C.H.U. Pour les autres - personnel médical comme administratif et tech nique -, la direction du C.H.U. assure que cette fusion “n’aura

aucune incidence.” Mais comme dans toute opéra tion de ce genre, on marche sur des œufs, la direction a demandé à l’intégralité des agents de ces quatre entités de se positionner “afin de recenser leurs besoins éventuels.” Car bien sûr, à la clé de cette fusion, l’idée est aussi de tendre à la mutualisation d’une partie des services et de générer des économies de fonc tionnement “mais uniquement grâce à des départs en retraite” assure M. Gamond-Rius. Entre Avanne et Bellevaux, des mutua lisations pourront aussi être

filière grand âge pour espé rer attirer de nouveaux gériatres à Besançon, “grâce à une palette d’activi tés qui couvre tous les champs de la gériatrie” soutient le

“L’inévitable réhabilitation de Bellevaux.”

6 Besançon EN BREF

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CITÉ DES ARTS

Ouverture le plus vite possible Trois associés expérimentés reprennent le Pixel Le trio composé d’Éric Grux, Johann Donnenwirth et Jocelyn Lamy ouvriront

Pierre-Bayle La bibliothèque municipale Pierre-Bayle a de nouveaux horaires depuis la rentrée afin d’offrir une meilleure accessibilité à ses visiteurs. Le vendredi, la bibliothèque ouvrira désormais de 13 heures à 19 heures (au lieu de 10 heures à 19 heures) et le samedi, elle accueillera le public en continu de 10 heures à 18 heures. Les horaires des autres bibliothèques municipales de Besançon restent inchangés. Bijoux Journée d’expertise gratuite et confidentielle de bijoux chez Les Demoiselles du Marais à Saône (10, rue de la Mairie) samedi 20 septembre de 10 heures à 16 heures (non-stop). Prise de rendez-vous fortement conseillée. L’occasion de découvrir la valeur de vos trésors : bijoux, montres, sacs et objets d’art. Avec Laura Mongeni, experte en bijoux, et Astrid Guillon, commissaire-priseur. Ces expertises sont gratuites et réalisées en toute confidentialité. Pour toute prise de rendez-vous ou demande d’information : 06 65 70 87 02.

La force du trio réside sans doute sur l’expérience. Chacun a fait ses preuves dans son domaine. Cofondateur du fes tival Ludinam à Besançon, Éric Grux préside aussi le Collectif Ludique Bisontin tout en gérant la société Jinic-Media. Il apporte 15 ans d’expertise dans le domaine du ludique et 20 ans dans l’événementiel et la créa tion artistique. Son collègue Johann Donnenwirth est le créa teur de la société les Jeux de la Comté. Il a aussi géré la bras serie de la Comté de 2002 à 2011. À son actif, 25 ans d’ex périence dans l’animation et la vente de jeux. Jocelyn Lamy est le créateur et gérant de la fran chise Samouraï Sushis. Il exploite l’enseigne Lamy Trai teur spécialisée en restauration événementielle. “On souhaitait ouvrir un restaurant-café qui s’articule autour du jeu avec la volonté d’accueillir les familles. Jocelyn Lamy projetait d’ouvrir une véritable Taquéria axée sur une cuisine mexicaine de qualité. L’offre de plats est adaptée à la mode du finger food permettant de manger ou jouant.” Le volet restauration intègre aussi un service plat du jour le midi. Très attachés aux valeurs

de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise, les trois associés vont privilégier par exemple les produits locaux. “En journée, on proposera une large palette de cafés haut de gamme accompa gnés de pâtisseries et autres mignardises. Les plats se décli neront aussi en version à empor ter pour les clients pressés ou ne pouvant manger sur place.” Ce projet de reprise, c’est le fruit d’une collaboration entre trois fondateurs de société qui en créent une nouvelle. Aucun des trois ne travaillera sur place. Une équipe de cinq personnes a été recrutée. Le Pixel com prend 70 places assises. “On espère ouvrir le plus tôt possible mais on n’a pas encore de date officielle à communiquer. Entre temps, quelques soirées privatives seront organisées au Pixel.” Au-delà de la restauration, les trois co-gérants ambitionnent de faire du Pixel un lieu de convi vialité axé sur le partage et les rencontres entre divers publics. Des propositions de collaboration avec des acteurs de la création artistique devraient aboutir avec des associations comme le Bastion et d’autres occupants de la Cité des Arts. n F.C.

un café-salon de thé avec un espace ludothèque et une restauration d’inspiration mexicaine à consommer sur place ou à l’emporter.

S uite à l’arrêt d’activité de l’association La Furieuse qui avait géré ce bar-restaurant de 2018 à 2023, les deux propriétaires des lieux, à savoir Grand Besan çon Métropole et la Région, avaient lancé un appel à projets à l’automne 2023 qui s’était révélé infructueux courant 2024. Un second appel à projets a été

mis en place en mars dernier. 25 candidats ont postulé, 10 ont passé le premier tour et trois ont finalement été conviés à pré senter leur projet devant un jury. “On pensait vraiment avoir été recalés et on a donc été agréa blement surpris, explique Éric Grux, l’un des trois co-gérants du Pixel situé à la Cité des Arts. Je connaissais un peu les lieux

car j’y venais comme parent d’élève. J’avais pas mal d’idées pour le rendre plus attractif. Quand j’ai vu l’appel d’offres, j’ai réfléchi avec qui je pourrais y répondre en sachant que je n’avais aucune compétence en restauration. Je connaissais de longue date Johann et Jocelyn pour avoir déjà travaillé avec eux sur d'autres projets.”

Le projet de reprise du Pixel retenu par le jury fait montre d’une grande plasticité dans l’accueil du public.

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8 L’interview du mois

Septembre 2025

INDUSTRIE

La filière automobile dans le Doubs

“L’industrie automobile est face à des défis qu’elle n’a jamais connus”

Quelles sont les conséquences de ce délitement sur le front de l’emploi ? J.-L.P. : En 2007, la France comptait 114 446 emplois dans la filière automobile. En 2019, plus que 68 994 emplois et en 2024, 56 000… Et au train où vont les choses, on s’oriente vers une réduction de plus de la moitié des emplois dans les 5 ans à venir dans la filière automobile. On assiste déjà à des suppressions d’emplois à bas bruit et à des ten tatives de diversification de nom breuses entreprises pour quitter ce secteur automobile. À quels défis est confrontée la filière en cette rentrée 2025 ? J.-L.P. : Il y en a plusieurs actuel lement. D’abord l’instauration des droits de douane américains qui devraient toucher en premier lieu l’industrie allemande qui exporte environ 600 000 voitures par an aux États-Unis. Et comme on a des équipementiers français qui fournissent l’Allemagne, c’est un malheur qui s’ajoute à un autre malheur. Il y a également la non atteinte des volumes de produc tion et de vente de véhicules élec triques produits en France et dans l’Union européenne, ce qui fait que le parc automobile français ne cesse de vieillir. Troisième défi : on est sorti de la période infla tionniste mais on avait pris 20 % de surcoûts, qui ont accentué le décalage entre l’Europe et le reste

L’existence même de la filière automobile en France est menacée à entendre Jean-Louis Pech, le président de la Fédération des Industries des Équipements pour Véhicules (F.I.E.V.). L’effondrement de la production est de 63 % depuis 2002 et de 38 % depuis 2020. Interview.

Nos voisins allemands font mieux ? J.-L.P. : Sur une base 100, dans les années quatre-vingt-dix, la France se situait à 20 % en, dessous de l’Allemagne. Aujourd’hui, la France est à moins du tiers de la production de l’Allemagne… Pourquoi ce décrochage par rapport à l’Allemagne ? J.-L.P. : L’industrie automobile alle mande est faite d’innombrables E.T.I. (N.D.L.R. : entreprises de taille intermédiaire) alors que la France a longtemps favorisé l’émergence de grands groupes et n’a pas suffisamment fait atten tion à créer des E.T.I. L’Allemagne aussi a toujours eu cette culture

C omment se traduit en chiffres la santé fragile de la filière automobile en France ? Jean-Louis Pech : L’industrie en France ne représente plus que 9,4 % du P.I.B. Nous assistons à une désindustrialisation du pays depuis une quarantaine d’années. Une voiture est réalisée à 85 % par des équipementiers. La fédé ration que je représente totalise 56 000 emplois pour un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros qui fond comme neige au soleil. Rien qu’en Franche-Comté, cette filière représente plus de 500 entreprises et plus de 42 000 sala riés. Mais la part de la production française dans l’industrie auto mobile mondiale ne cesse de recu ler. Dans quelles proportions ? J.-L.P. : En 2005, la France repré sentait 5,5 % de la production automobile mondiale, et 19,6 % de la production européenne. On est tombé aujourd’hui à 1,5 % de la production mondiale et moins de 10 % de la production euro

péenne. C’est un effondrement progressif mais certain de la pro duction française dans l’industrie automobile mondiale. La production mondiale n’est-elle pas aussi orientée à la baisse ? J.-L.P. : Il s’est produit 89,9 millions de véhicules en 2024 contre 94 millions en 2018. Mais les chif fres sont à nouveau repartis à la hausse après la période Covid. Pas pour l’industrie française. En 2002, la France produisait 3,7 mil lions de véhicules. Ces chiffres ont chuté jusqu’en 2009, il y a eu un petit sursaut ensuite jusqu’en 2011, avec 2,295 millions. Puis est arrivé le choc du Covid dont la France ne s’est jamais remise. Depuis, on est à 1,3 million de véhicules produits par an et on reste scotchés à ce chiffre. C’est le premier choc de volume. À cela il faut ajouter ces dernières années la crise des composants, l’inflation, les problèmes énergé tiques et la politique des donneurs d’ordres, ce qui explique qu’on reste à des chiffres très bas.

d’aider son industrie automobile, via les Länder notamment, en s’appuyant aussi sur des syndicats avec lesquels on peut travailler de manière constructive. Contrairement à la France, grâce à ses sociétés familiales, l’Allemagne ne s’est jamais désindustria lisée. Et le plan de relance en Alle magne, c’était 630 milliards d’eu ros ! Chez nous, les caisses sont vides…

“Une réduction de plus de la moitié des emplois dans les 5 ans.”

européenne avec 13 millions d’em plois, et 60 millions d’euros par an d’investissement en recherche et développement. Et cette indus trie doit faire face à des pouvoirs agressifs (les États-Unis) ou non démocratiques (la Chine). L’hydrogène, vous y croyez toujours ? J.-L.P. : Non, tout cela ne tient pas la route. On s’est laissé embarquer par des effets de mode en oubliant le reste. Pour que l’hydrogène marche, il faudrait une énergie quasiment gratuite pour le fabri quer. Quelles mesures soutenez-vous pour sortir de l’ornière actuelle ? J.-L.P. : Nous soutenons quelques mesures très claires comme le “local countain” à 80 %, c’est-à dire que le seuil minimal du fabri qué en France devrait être de 80 % dans un véhicule. Appliquons simplement ce que les Chinois ont fait ! Donnons-nous les moyens de garder une production sur nos territoires ! Je rappelle au passage que le premier constructeur de véhicules en France est désormais Toyota. Évi demment, c’est mieux que plus d’usines du tout… Quid de la compétitivité de l’industrie automobile française ? J.-L.P. : Il faut impérativement la restaurer. La France doit revenir dans la moyenne européenne et on n’y est pas du tout en termes de charges, d’impôts et de temps de travail. Il faut que l’on reste dans une ambition d’être un pays d’industrie et pas qu’un pays de tourisme.

du monde. Il y a enfin l’aspect réglementaire avec la volonté de l’U.E. de passer au tout électrique d’ici 2035 alors même que l’Europe ne maîtrise pas un élément majeur : la fabrication de batteries et les chaînes de valeur autour des matières premières. En résumé, l’industrie automobile est face à des défis qu’elle n’a jamais connus. Quel est le moral de vos adhérents, dont plusieurs dizaines sont basées en Franche-Comté et dans le Doubs ? J.-L.P. : Nous avons lancé une enquête récemment auprès d’eux dont il ressort que 85 % des entre prises qui nous ont répondu sont déjà dans des mécanismes de dés ourcing au profit de concurrents basés en Chine. La Chine, c’est 60 millions de véhicules par an et désormais le premier marché mondial. 45 % de nos répondants pensent même fermer leurs sites en France. Je pense qu’une dizaine de sites d’équipementiers devraient fermer dans les 12 pro chains mois en France. J.-L.P. : Le point positif actuel, c’est qu’au niveau européen, il y a dés ormais une vraie prise de conscience concernant l’électrifi cation. Même les Allemands se rendent compte que ça va être très compliqué d’ici 2035. Un dia logue stratégique s’est donc ins tauré depuis le rapport Draghi. Mais au-delà de cela, aucune déci sion concrète n’est prise alors même que l’industrie automobile est une épine dorsale de l’industrie Y a-t-il tout de même des motifs d’es poir ?

Le commentaire de Damien Tournier “La situation est compliquée à bien des égards”

L e président de l’U.I.M.M. du Doubs, lui-même à la tête d’une entreprise de sous-traitance automobile (l’entreprise Schrader à Pontarlier, fabricant de valves pour pneumatiques), confirme les effets de la situation européenne du secteur auto mobile sur l’activité dans le Doubs. “La situation est compliquée à bien des égards, dit-il. Nos entreprises souffrent d’un manque d’activité et d’un manque de compétitivité.” Selon lui, c’est l’innovation qui est la clé du problème. “Seulement pour innover, il faut de l’argent. Quand on est en manque de trésorerie, comment innover ?” Résultat : plusieurs entreprises de la filière automobile dans le Doubs ont démarré des plans sociaux. “Ces plans concernent jusqu’à 30 % des effectifs dans certaines entreprises” affirme Damien Tournier. Depuis les années quatre-vingt, les effectifs de la filière automobile ont fondu de moitié dans le Doubs. n

Damien Tournier,

président de l’U.I.M.M. du Doubs, est lui-même à la tête d’une société de la filière automobile, la société Schrader à Pontarlier.

L’interview du mois 9

Septembre 2025

France, le parc automobile global n’est pas pensé. Nous luttons donc actuelle ment pour que les pouvoirs publics ne soient pas les fossoyeurs de l’industrie automobile. Sinon, dans les trois ou qua tre ans à venir, ce sera Waterloo pour l’automobile française ! Il n’est pas encore trop tard. Nos jeunes ingénieurs ont encore la possibilité d’inventer la mobilité de demain. Mais pour cela, il faut impé rativement sauvegarder les savoir-faire sur nos territoires. Comment sont reçues vos alertes et préconisations par les pouvoirs publics ? J.-L.P. : Elles sont toujours très bien reçues, mais c’est tout ! De suites, il n’y en a pas et j’ai le sentiment que nos politiques refusent de voir que le pays s’enfonce dans la crise et qu’il faudra bien travailler un peu plus pour s’en sortir. Le temps des cigales en France, c’est fini. À un moment donné, il faudra bien passer en mode fourmi ! n Propos recueillis par J.-F.H. en Bourgogne- Franche-Comté l 366 établissements l 37 286 salariés et 4 722 intérimaires l Représente environ 25 % de l’emploi industriel Zoom La filière automobile

Quelles mesures concrètes pour redresser cette compétitivité ? J.-L.P. : Il faut d’abord un vaste plan d’in vestissement à l’échelle européenne, ins piré de ce qu’ont fait les États-Unis. Il faut également un mécanisme permet tant de garantir la disponibilité et des prix d’énergies décarbonées compétitifs. Et en parallèle, des mesures de simpli fication. 108 nouvelles réglementations vont s’appliquer au secteur automobile d’ici 2030. On ne fait que réglementer et ça ralentit évidemment notre compé titivité. Et au plan national ? J.-L.P. : Ce n’est pas nouveau mais le coût du travail nous plombe. Pour un salaire de 80 nets versé au salarié, soit 100 bruts, cela coûte 140 à l’employeur. Contre

120 en Allemagne par exemple. Et tenter de garder un prix d’électri cité plus stable grâce au nucléaire plutôt que de subventionner des éner gies (éolienne par exem ple) qui enrichissent la Chine. Bien sûr, nous ne sommes pas contre les plans de décarbonation, mais il faut une vraie incitation fiscale, une vraie politique de parc, et ne pas subventionner des véhicules destinés à des enfants de familles qui auraient les moyens de s’en payer un. En

“Les pouvoirs publics, fossoyeurs de l’industrie automobile.”

Jean-Louis Pech est le président de la F.I.E.V., la

fédération qui représente la plupart des équipementiers automobiles français.

10 L’ÉVÉNEMENT Après des années fastes à Besançon notamment (photo), puis après avoir touché le fond au crépuscule des années Hollande, le Parti socialiste tente de reprendre du poil de la bête. Dans un contexte où une certaine forme de radicalité semble prendre le pas, ses partisans croient à la renaissance d’une social-démo cratie à la française. Qu’en est-il dans notre département à quelques mois des échéances municipales, avec une direction départementale et locale renouvelée.

Septembre 2025

Que reste-t-il du Parti socialiste ?

l Doubs

Jean-Sébastien Leuba, secrétaire départemental Le Parti socialiste a son nouveau guide

C’est lui qui préside aux destinées du Parti socialiste au niveau départemental. Jean-Sébastien Leuba espère voir renaître un militantisme engagé en faveur du P.-S. alors que les échéances électorales vont commencer à s’enchaîner, à commencer par les municipales en mars prochain.

encore plutôt dynamique, il reste à recon quérir d’anciens bastions comme le Pays de Montbéliard qui compte moins d’une centaine de militants, et tenter de faire entendre sa voix dans d’autres secteurs comme le Haut-Doubs où le socialisme est quasi inexistant, comptant moins d’une dizaine d’adhérents (voir notre article en page 12). Le P.-S. du Doubs compte surtout sur le renouvellement des générations pour assurer sa pérennité. Le secrétaire dépar temental a passé son dernier week-end d’août aux universités du P.-S. à Blois où il emmenait une délégation du mou vement des jeunes socialistes du Doubs. Il compte aussi relancer les rencontres

le Pays de Montbéliard ou encore Arnaud Marthey dans le Doubs central ou Patrick Ayache sur le Grand Besançon, tous res tés fidèles au P.-S. Son modèle en matière de socialisme, Jean-Sébastien Leuba le voit en la per sonne de Robert Schwint, l’ancien maire de Besançon qui avait enchaîné quatre mandats d’affilée entre 1977 et 2001. Le temps béni de la social-démocratie où “Robert Schwint avait réussi à réunir autour de ses projets des chefs d’entreprise, des militants syndicaux et associatifs, tous représentatifs de la population, et créer des débats passionnants et construc tifs. C’est cela que je souhaite instaurer au niveau du P.-S.” affirme Jean-Sébas tien Leuba qui se donne également d’au tres missions plus politiques : “Préparer les sénatoriales de l’année prochaine avec la ferme intention que le Doubs retrouve un sénateur socialiste. Ainsi que les pro chaines départementales et régionales. Et on ne devra pas être pris de court si de nouvelles élections législatives se pro filent! D’où le travail fin de maillage territorial que j’ai commencé à faire.” Jean-Sébastien Leuba croit dur comme fer à la survivance d’une social-démo cratie dans le Doubs. Il scrute de près tous les sondages d’opinion et ne manque pas de souligner que la gauche (de Fran çois Ruffin à Raphaël Glücksmann) réu nit pour l’instant 20 % des intentions de vote et Jean-Luc Mélenchon à peine 8 %. Pour l’instant… “On sent une dyna mique” est convaincu le premier fédéral du Doubs. n J.-F.H.

J ean-Sébastien Leuba sourit: “Quand les gens évoquent le Parti socialiste, on a l’impression qu’ils sont au chevet d’un malade !” Le P.-S. se porte bien, merci pour lui! À entendre le premier secrétaire de la fédé ration du Doubs, à la tête du parti depuis quelques mois, le fond du gouffre est désormais loin derrière. Oubliées les années post-Hollande où le P.-S. avait bien failli disparaître, presque englouti par le macronisme triomphant. Avec 250 adhérents affichés à l’échelle départementale, le parti à la rose semble donc renaître de ses cendres, et M. Leuba compte bien encore étoffer les effectifs d’ici les prochaines échéances électorales. Bien sûr, on est bien loin des heures glo rieuses du P.-S. quand le parti totalisait dans le Doubs quelque 3 000 adhérents à la fin des années soixante-dix. Époque révolue, l’heure est donc à la remobili sation des troupes. Avant de prendre les rênes du parti au niveau départemental, Jean-Sébastien Leuba a tenu celle de la section bisontine entre 2023 et 2025, où il revendique “150 adhérents à jour de cotisation à l’échelle du Grand Besançon.” Même si certains de ses détracteurs comme ce proche du parti affirme “qu’il a fait adhérer le père,

le fils, la mère et même le Saint-Esprit… ” Et si le nombre de militants se stabilise autour de ce chiffre, “il y a beaucoup plus de sympathisants qui ne prennent pas forcément leur carte. Les dernières élections européennes nous ont donné un nouvel élan. Dans une ville dirigée pen dant 70 ans par les socialistes, il en reste forcément quelque chose” ajoute le premier fédéral qui a été désigné par son parti pour être tête de liste aux prochaines municipales à Besançon où le P.-S. pré sentera une liste aux côtés de Place Publique, le parti de Raphaël Glück smann qui compte une poignée d’adhé rents à Besançon. “Nous n’aurons aucun problème pour trouver 55 noms sur la liste” affirme avec assurance M. Leuba dont le parti s’était opposé au début de l’été à l’idée d’une liste commune avec la maire sortante et ses alliés au nom du refus de travailler aux côtés de L.F.I. Et pour être encore plus clair, M. Leuba réaffirme qu’il “n’y aura qu’un socialiste investi aux municipales à Besançon, et c’est moi”, évacuant d’un revers de main les velléités de Nicolas Bodin, autre can didat à la candidature. Bien sûr, le chantier de reconstruction ne fait que commencer à l’échelle dépar tementale. Si le bassin de Besançon est

sur les territoires. “Nous prévoyons par exemple un temps fort mi-octobre dans le Haut-Doubs” , taclant au passage l’ex secrétaire départemen tale à laquelle il a suc cédé, Myriam El Yassa. “Avec une première fédé rale qui passait son temps à Paris, puis à Tou louse, c’était difficile pour le P.-S. du Doubs de mobiliser. J’ai repris les choses en main” assène le Bisontin qui dit aussi pouvoir s’appuyer pour conquérir de nouveaux militants sur quelques personnalités du Doubs comme Magali Duver nois et Éric Lançon dans

“Un seul socialiste investi, et c’est moi.”

Ancien adjoint au maire bisontin, Jean-Sébastien Leuba est à la tête des socia listes du Doubs.

L’événement 11

Septembre 2025

l Besançon

Le nouveau secrétaire Joachim Taïeb À Besançon, on mise sur le renouvellement des générations

Cette mission, c’est à Joachim Taïeb, 28 ans, qu’elle a été confiée. Le nouveau secrétaire de la section bisontine du P.-S. devrait compter parmi les figures montantes du parti pour les prochaines échéances électorales.

N ouvelles ambitions, donc nouvelles têtes au sein du Parti socia liste. En même temps que Jean-Sébastien Leuba pre nait la tête du parti au niveau départemental, c’est un jeune militant, Joachim Taïeb, qui a été élu au début de l’été secrétaire de la section bisontine du P.-S. qui regroupe désormais toutes les anciennes sections locales du bassin bisontin et épouse le ter ritoire de G.B.M. Cette section reste le plus impor tant bastion du socialisme dans le Doubs avec 150 adhérents annoncés par ce jeune qui a passé son enfance à Saint-Vit, avant de suivre ses années lycée à Vic tor-Hugo à Besançon puis d’en tamer un cursus à Sciences-Po Paris, campus de Reims. Le jeune secrétaire de section travaille aujourd’hui comme assistant parlementaire d’une députée au Parlement européen, Emma Rafowicz. Joachim Taïeb a pris sa carte au P.-S. en 2020 et a rejoint la fédé

Le nouveau secrétaire de la section bisontine du P.-S. Joachim Taïeb au milieu de jeunes militants aux récentes universités d’été du parti à Blois.

ration du Doubs en décem bre 2023. Il est aux côtés de celui qu’il appelle “Jean-Seb” depuis 2024 et a été élu secrétaire de la section bisontine en juin der nier. “Avec 150 cartes, nous sommes la plus grosse section locale de Bourgogne-Franche Comté” affirme le secrétaire qui compte bien encore voir gonfler ces chiffres. “Je me suis donné comme mission de professionna liser la section et mieux la struc

Taïeb mise sur le réveil des jeunes pour venir gonfler les rangs du P.-S. local. “À l’échelle du Doubs, nous avons déjà une cinquantaine de cartes de jeunes socialistes dont une trentaine à Besançon. Nous travaillons acti vement la question des lycéens et des étudiants, j’espère pouvoir compter une cinquantaine nou velles adhésions à l’échelle du Grand Besançon” avance le secré taire. “Mais on souhaite aussi convaincre à nouveau des jeunes travailleurs, des profils ouvriers, c’est plus compliqué” reconnaît le militant qui suit la trajectoire type de l’ancien étudiant en sciences politiques qui se dirige vers une carrière politique. Car en plus d’être secrétaire de section, le Bisontin a pris des responsabilités nationales au sein du P.-S. Il remplissait les fonctions de secrétaire national à la formation des jeunes depuis 2022 avec comme mission d’or ganiser tous les samedis au profit des jeunes militants des sessions de sensibilisation autour de

turer” ajoute M. Taïeb. Pour cela, le recrutement d’un secrétaire adminis tratif est en cours. S’il ne nie pas les tensions internes, les conflits entre l’ex et l’actuel secrétaire départe mental, le départ récent d’anciens militants histo riques ou les ten sions préalables aux municipales à Besançon, Joachim

“Profession- -naliser la section et mieux la structurer.”

grands thèmes de société comme la loi de 1905, le rapport à l’Eu rope, etc. Il poursuit sa petite ascension interne en s’occupant désormais de ce que le P.-S. nomme “l’académie des jeunes socialistes”. “L’idée est de consti tuer des promotions de 25 ou 30 jeunes socialistes dans des cycles de 4 à 6 mois au cours desquels

militant qu’on devrait rapide ment retrouver sur les listes du P.-S., localement comme sur d’au tres échéances nationales. Dans sa section bisontine, il lui reste cependant un autre défi à rele ver: la féminisation d’un parti au sein duquel les femmes se font beaucoup trop rares. n J.-F.H.

ils suivront des cours avec des enseignants en histoire et en éco nomie notamment afin de les armer pour être candidats ensuite sur les territoires en France.” Joachim Taïeb compte bien être un acteur actif pour œuvrer à la reconquête du Parti socialiste aussi bien dans le bassin bisontin qu’à l’échelle nationale. C’est un

l Fédération du Doubs Des mots durs à l’encontre de Jean-Sébastien Leuba Il y a ceux qui

D’anciens poids lourds du militantisme socialiste ont annoncé leur départ du P.-S., à l’image de Patrick Bontemps en désaccord total avec la ligne Leuba. D’autres font le choix de rester. quittent le navire, et ceux qui restent

E nvers le nouveau secrétaire départe mental du Parti socia liste, Patrick Bon temps ne mâche pas ses mots en évoquant “une gestion auto cratique du parti” et l’enquête “pour harcèlement moral” que Myriam El Yassa, l’ancienne numéro 1 du P.-S. dans le Doubs, a demandé à la com mission des conflits du P.-S. d’ouvrir à l’encontre de M. Leuba. M. Bontemps se sou vient aussi que M. Leuba s’était fait retirer par deux fois sa délégation d’adjoint par Jean Louis Fousseret qui l’accusait de déloyauté. Alors plutôt que de perdre son temps dans “des conseils fédé raux qui se sont toujours dérou lés de façon houleuse” , l’ancien adjoint au maire a préféré jeter l’éponge et l’a fait savoir dans une lettre de démission qu’il a adressée le 15 juillet à Jean Sébastien Leuba, avec copie

aux cadres nationaux du parti. “C’est avec détermination, amertume, mais sans regret que je quitte le Parti Socialiste” dit-il. Comme seule réponse de M. Leuba, Patrick Bontemps s’est vu adresser un courrier en recommandé avec accusé de réception le menaçant lui, cette fois, d’être convoqué devant la commission des conflits. Patrick Bontemps quitte le P.-

Patrick Bontemps qui fait trois mandats aux côtés de Jean-Louis Fousseret a démissionné du P.-S. cet été.

toujours en une possibilité d’al liance entre la gauche sociale démocrate et Anne Vignot en vue des prochaines municipales à Besançon. Les autres cadres historiques du P.-S., dans le département à l’image de Claude Jeannerot ou Marie-Guite Dufay, restent fidèles au parti à la rose même s’ils n’ont jamais été des mili tants particulièrement actifs. Certains élus locaux expliquent leur attachement à la maison socialiste par le fait que “quand on est un élu régional comme

moi, on a été désigné par notre parti. La moindre des choses est de lui rester fidèle. Je n’aime pas beaucoup les girouettes” commente par exemple Patrick Ayache, conseiller régional P.- S. et maire de Pirey dans l’ag glomération bisontine. Ce der nier n’apprécie d’ailleurs pas beaucoup que certains veuillent régler leurs comptes par médias interposés avec la direc tion du P.-S. Lui dit “conserver toute ma confiance à Jean Sébastien Leuba.” n J.-F.H.

S. et a pris une adhésion à Place Publique. Un parti qu’il juge plus à même de mener des débats constructifs sur les grands sujets de société. Et per sonnellement, Patrick Bon temps croit

“Avec détermination,

amertume, mais sans regret.”

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