La Presse Bisontine 280 - Septembre 2025

Le dossier 27

Septembre 2025

l Nathalie Albert-Moretti Les enjeux de la rentrée “Les assignations sociales et territoriales restent très marquées” Nouveaux programmes, nouvelle épreuve au Bac en 1 ère , réforme de la

aux postes d’infirmiers et psy chologues, nous n’arrivons pas à pouvoir tous les postes, nous sommes très preneurs de talents mais il y a encore la question de l’attractivité. La question du bien-être est au cœur du projet académique 2024 2027 avec un engagement autour des compétences psychosociales. Nous avons des dispositifs inno vants comme le soutien aux com portements positifs dès la mater nelle qui vise à valoriser les comportements attendus et à accompagner si nécessaire. On favorise des postures d’enseigne ment et d’apprentissage plus posi tives comme le droit à l’erreur, valoriser le feedback . Là aussi, il y a une formation massive des enseignants. Quel bilan du programme pHARe et de la lutte contre le harcèlement ? N.A.-M. : La lutte contre le harcè lement reste une mobilisation très forte. On continue l’applica tion du programme pHARe. En 2024, un plan académique de lutte contre le harcèlement a été établi dans lequel 100 % des écoles et établissements sont engagées. Nous avons 1 600 élèves ambas sadeurs Non au harcèlement, 100 % des enseignants sont for més… En 2024, lors de la journée Non au harcèlement, dans le ques tionnaire d’autoévaluation, 3 % des écoliers, 5 % des collégiens et 3 % des lycéens ont déclaré subir du harcèlement. Cela reste un sujet même si la prise de conscience est très forte. Dès lors qu’il y a des signalements, il y a une très très forte réactivité du personnel formé. Cette rentrée voit la mise en place du programme Évars (Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle) qui avait suscité de fortes réactions il y a quelques mois… Comment va-t-il se décliner ? N.A.-M. : La maternelle et l’élé mentaire ont le programme Évar, Éducation à la vie affective et relationnelle. Les collèges et lycées ont le programme Évars, où l’on ajoute l’éducation à la sexualité. Trois séances annuelles sont pré vues dans chaque établissement. Nous sommes toujours dans un souci de complémentarité avec les familles. C’est un programme très fin, très adapté à chaque niveau, à chaque âge. C’est attendu et nécessaire. Dans cet enjeu d’une école qui protège et accompagne, nous pour suivons l’accompagnement des élèves à besoins particuliers, avec notamment le déploiement de P.A.S., pôle d’appui à la scolarité. Ils seront généralisés en 2027. Ces P.A.S. permettent de mieux accompagner les élèves en situa tion de handicap, et d’être en lien plus étroit avec le médico-social.

formation initiale des professeurs, valorisation des sciences auprès des filles… Alors que la rentrée débute, la rectrice de l’Académie de Besançon Nathalie Albert-Moretti fait le point sur les enjeux de l’année scolaire qui s’annonce.

Nathalie Albert-Moretti occupe depuis trois ans le poste de rectrice de l’Académie de Besançon et de la région Bourgogne Franche-Comté.

Q uels sont les grands enjeux de cette rentrée scolaire 2025 ? Nathalie Albert-Moretti : Cette rentrée s’annonce plutôt bien, est de manière générale rassurante sur les grands sujets comme les affec tations des enseignants ou la sécurisation des établissements. Il y a de nombreux et importants chantiers que la ministre de l’Édu cation nationale Élisabeth Borne nous demande de porter. Le pre mier grand chantier qui a plu sieurs volets est de consolider l’apprentissage des savoirs fon damentaux de tous les élèves, c’est-à-dire favoriser encore et toujours l’égalité des chances. Nous sommes très engagés dans l’académie sur ce point. C’est un vrai défi : les assignations sociales et territoriales restent très mar quées. L’idée que son destin est scellé dès la naissance est insup portable. On essaie de juguler ça. Élisabeth Borne est très impli quée sur l’égalité des chances. Moi, c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. L’égalité des chances est une des raisons pour lesquelles j’assume cette fonction. D’origine modeste, je porte en moi cette envie d’essayer d’offrir l’égalité des chances. C’est un vrai enjeu en termes d’orien tation pour ouvrir le champ des possibles à nos élèves, qui puissent s’autoriser à rêver du métier de leur choix. Nous, nous sommes là pour leur donner les clés de la réussite. Vous avez évoqué la consolidation des savoirs fondamentaux. Comment s’in carne-t-elle concrètement ? N.A.-M. : On part de ce constat non satisfaisant : 15 % des élèves de 6 ème n’ont pas encore le niveau attendu en lecture. De la petite section de maternelle à la 6ème, de nouveaux programmes de maths et français sont mis en place, modernisés, nourris de la recherche la plus récente, avec une focale sur la lecture, le calcul et la reconquête de l’écrit. Au niveau de l’académie, il y a un travail plus accentué sur la lecture avec l’opération “Cette année, je lis”, qui fait suite à l’opération “Cet été, je lis”. Nous constatons un petit déficit dans l’académie sur le champ de la lecture à voix haute. Du CE1 à la 3 ème , des défis de lecture à voix haute seront lancés : 15 minutes par jour de lecture à voix haute dans toutes les disciplines avec une récom pense pour les classes qui le font jusqu’au bout. On se nourrit beaucoup de la recherche sur ce sujet pour trou

ver les clés de la réussite. À titre d’exemple, on travaille avec une équipe de recherche de l’Univer sité Marie et Louis Pasteur sur le geste d’écriture. Les élèves écri vent sur des tablettes mises à disposition. Le logiciel utilisé per met de mesurer la pression sur le crayon, la vitesse, l’agilité… et de trouver les endroits où il y a des faiblesses. Les enseignants peuvent agir immédiatement. Cela a produit des résultats excep tionnels. Au collège, en 2024, des groupes de besoins en maths et français ont été mis en place en 6 ème et 5 ème . Ce dispositif est-il poursuivi en 2025 ? N.A.-M. : L’expérience a montré que l’organisation doit être affinée. Cette année, les groupes ne sont plus constitués sur la base de moyennes mais en termes de com pétences précises : compréhension de texte, fluence, etc. Un bilan sur deux ans doit être fait avant de décider de l’avenir de ces groupes de besoins. En 4ème et 3ème, une stratégie de réussite va être établie, un plan d’actions pour consolider les acquis, développer l’autonomie, l’orientation. C’est à la main des collèges. On fait le pari des choix locaux au sein de chaque établis sement. Et la nouveauté est la réforme du diplôme national du brevet. Il sera composé à 60 % des épreuves terminales, et à 40 % du contrôle continu. L’idée est de renforcer le poids du diplôme. Pour le Baccalauréat, cette année voit la mise en place d’une épreuve anticipée de maths en Première. Les maths et le français sont ainsi sur le même plan. Il s’agit de redire l’importance de la culture scientifique et des maths. Derrière cette attention portée aux maths, il y a l’enjeu de filles et des maths sciences, l’enjeu d’attirer plus de filles dans les carrières scienti fiques. L’écart de performance en maths entre fille et garçon s’est creusé de 7 points en 5 ans. Le niveau se creuse à partir du C.P. C’est

les filles, la réponse en maths est plus valorisée, on donne sponta nément plus facilement la parole aux garçons… Mais nous tra vaillons sur ce sujet. Nos ensei gnants suivent des formations, il y a des plans égalité homme femme. Il y a une action que je trouve extrêmement intéressante dont l’académie de Besançon a été précurseure. Nous avons des partenariats avec des collectifs nationaux et notamment Elles time. Des femmes scientifiques de très haut niveau viennent témoigner de leur parcours dans les classes de 5 ème . En janvier 2025, pendant une journée, 5 000 élèves de 5 ème ont bénéficié d’un échange avec une scientifique. Parmi elle, il y avait Anne L’Huillier, physi cienne Franco-Suédoise et lau réate du prix Nobel de physique 2023. L’égalité fille-garçon est très importante pour moi. Cela me semble incontournable que sur chaque sujet, il y ait un regard féminin et masculin. Il faut que les filles investissent des métiers pour l’instant désertés par elles. Et parmi eux, il y a celui de l’In telligence artificielle. Dans ce sec teur qui façonne le monde de demain, ce n’est pas possible que ce soit que des hommes qui y réflé chissent. La santé mentale est une grande cause nationale en 2025. Celle des jeunes est particulièrement préoccupante. Quelles actions sont mises en place au niveau de l’Éducation nationale ? N.A.-M. : Le deuxième grand enjeu est de garantir les conditions d’une école qui protège et qui accompagne. Et cela passe par des enjeux de santé et de bien être. En 2025, les assises de la santé scolaire ont notamment montré des signaux forts d’une santé mentale des adolescents qui va moins bien que par le passé. L’objectif est de détecter plus vite les signaux faibles et prévenir les actions à risque. Des pôles santé, bien-être et protection de l’enfance vont être déployés dans chaque département sous l’auto rité du D.A.S.E.N. Ils permettront de coordonner les réponses à apporter aux familles. Dans chaque collège et lycée, des pro tocoles de santé mentale sont mis en place. Chaque département aura des référents santé mentale. Et le personnel sera formé mas sivement. L’idée est d’en faire un sujet collectif, au-delà des infir miers et psychologues scolaires. Qu’il soit porté par les adultes de manière générale, être capables de détecter les premiers signaux en formant tous les adultes. Quant

En 2025, l’aca démie compte 6 285 élèves en situation de handicap et 1 800 A.E.S.H. (accompagnant d’élèves en situation de handicap) en poste. Nous avons un bon niveau de cou verture et de réactivité dans la réponse. Dès lors que nous avons la notifi cation officielle de la Maison

ce projet, les élèves réalisent un travail d’historien en redonnant une visibilité à des lieux mémo riels peu connus. Le travail a com mencé l’année dernière et se pour suit, cela permet de sensibiliser de manière plus efficace les élèves. Le pass culture, qui avait été gelé en janvier dernier, va-t-il être de nouveau mis en place à la rentrée ? N.A.-M. : Le pass culture repart en septembre. Le dispositif avait été suspendu parce que deux tiers de l’enveloppe budgétaire avaient été engagés. ça reprend à la ren trée pour un tiers de l’enveloppe. Cela dénote un engouement pour les projets culturels. Le dévelop pement artistique et culturel est une priorité de l’académie. En 2024-2025, 75 % des élèves ont bénéficié d’une action E.A.C. (édu cation artistique et culturelle). On essaie de créer une dynamique avec le dispositif Faites-Fête de l’E.A.C. (N.D.L.R., un dispositif de sensibilisation et de valorisa tion destiné à développer une identité régionale dans le domaine de l'éducation artistique et cul turelle). Cela donne du relief aux projets et de montrer, inspirer les autres établissements. Les métiers de l’enseignement ne sédui sent plus. Pour renforcer l’attractivité du métier, une réforme de la formation initiale des professeurs et conseillers principaux d'éducation est mise en place. En quoi consiste-t-elle ? N.A.-M. : La réforme de la formation initiale doit permettre d’attirer davantage et de préparer plus tôt les étudiants, et d’élever leur niveau de formation. À partir de 2026, une licence pluridiscipli naire préparatoire au professorat est mise en place. Le concours est déplacé à la fin de la licence. Puis les étudiants intègrent un master qui est rémunéré. C’est un élément d’attractivité loin d’être négligeable. Dès la licence, les étudiants entrent dans un parcours structuré. La licence est intégrée cette année dans Parcoursup. L’objectif est de 80 places pour la première année de licence. n Propos recueillis par L.P.

“En maths, l’écart se creuse entre fille et garçon.”

départementale pour les per sonnes handicapées, nous sommes en capacité de trouver une solu tion rapidement. Avec les P.A.S., des moyens seront mis en place pour agir avant les notifications officielles de la M.D.P.H. et donc améliorer la réactivité. Quels sont les autres grands enjeux de cette rentrée ? N.A.-M. : L’un des enjeux est de bâtir une école du respect, de l’en gagement et de la citoyenneté. À un moment où l’on observe des dérives et la montée de l’antisé mitisme et du racisme, la lutte contre les discriminations est pri mordiale. Dans l’académie, nous avons mis en place une fonction assez novatrice et spécifique : un délégué à l’égalité et la lutte contre les discriminations et le harcè lement. Cela permet de coordon ner les actions et de mettre en place des formations ciblées lorsque des faits de racisme et d’antisémitisme importants sont relevés sur une zone précise. On est capable de dépêcher une action de formation spécifique sur cet établissement pour sensibiliser les élèves à cette question et endi guer ces phénomènes. Une action forte en matière de lutte contre les discriminations et en matière citoyenne est le projet de la Route des mémoires en Bourgogne Franche-Comté. Dans leur par cours, les élèves doivent visiter au moins un lieu mémoriel. Avec

un sujet de préoccupation très important. Comment s’ex plique cet écart ? N.A.-M. : Cela s’explique, en partie mais pas seulement, et malgré nous, par des biais sociétaux de genre. Les gar çons sont plus interrogés que

“15 % des élèves n’ont pas encore le niveau attendu en lecture.”

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