Le Doubs Agricole 39 - Mars 2022

DE L’HERBE À LA BRIQUE le Lait de Pays Franc-Comtois.

MARS 2022

HORS-SÉRIE DE LA PRESSE PONTISSALIENNE N°39

p. 34-35

GUERRE EN UKRAINE : RÉPERCUSSIONS ET RISQUES POUR L’AGRICULTURE DU DOUBS

(photoTerre Comtoise)

Le dossier en p. 10 à 16

AGRICULTEURS

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SOMMAIRE

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é d i t o

I.G.P. CANCOILLOTTE

Souveraineté

P 6

L’association de Promotion de la cancoillotte attend la bonne nouvelle en fin d’année. LE DOSSIER P 10 à 16 Comment l’agriCulture du doubs est impaCtée par la guerre en ukraine ? Les filières consommatrices d’aliments et d’énergie sont particulièrement inquiètes et redoutent par-dessus tout le prolongement du conflit avec le risque de pénurie que cela sous-entend. CULTURE P 20 Découverte de la Maison du Comté à Poligny. Vitrine de toute une filière, cet espace muséographique a ouvert ses portes en mai dernier. Moderne, interactif, authentique, il reflète la vitalité d’une filière toujours au sommet des A.O.P. fromagères. À L’HONNEUR P 26 Championne adulte du concours 2022 de la race montbéliarde, Gracieuse a retrouvé son terroir à P 30 Installé à Bonnevaux sur une ferme en lait à comté, Benoît Cuche, 44 ans, est aussi diacre. Portrait d’un homme de convictions. Guyans-Vennes. PORTRAIT

Jouer la carte de la complémen- tarité avec les productions végétales et animales (photo Terre Comtoise).

À l’heure où ressurgissent des images d’exode, de villes bombardées qu’on pensait oubliées à jamais, difficile de ne pas avoir une pen- sée pour le peuple ukrainien qui subit de plein fouet les affres de la guerre. Sans les ressources éner- gétiques et agricoles de l’Ukraine et de la Russie, c’est l’économie mondiale qui vacille et notamment son organisation agricole. Le Doubs ne sera pas épargné aussi bien au niveau des producteurs que des transformateurs. Énergie, aliment, engrais : la facture va s’alourdir sur tous les postes, mettant en diffi-

culté toutes les filières. Dans ce contexte, Profilait, déclinaison régio- nale d’une souveraineté érigée au rang de salut national, prend tout son sens. Emmené par l’Alliance B.F.C. (Bourgogne du Sud, Dijon Céréales et Terre Comtoise), ce

projet vise à faire émerger une filiè- re protéique de proximité en acti- vant les complémentarités entre productions animales et végétales à l’échel le de la Bourgogne- Franche-Comté et des régions avoi- sinantes. n

ECO CERT

R

Certifié par FR-BIO-01 AGRICULTURE FRANCE

TECHNOLOGIE

P 34-35

Le co-compost, une alternative De l’herbe à la brique, tout savoir sur le Lait de Pays Franc-Comtois.

Depuis 2007

Le Doubs Agricole Hors-série de “La Presse Pontissalienne” Conception, rédaction, publicité et réalisation : Publipresse Médias - Morteau Tél. : 03 81 67 90 80

E-mail : redaction@publipresse.fr - www.publipresse.fr Directeur de la publication : Éric Tournoux. Rédaction : Frédéric Cartaud, Édouard Choulet, Jean-François Hauser. Ont collaboré à ce numéro : Magalie Michel-Troutet, Cassandra Tempesta. Crédits photos : Publipresse, AgroDoubs, Association de promotion de la cancoillotte, C. Barré, S. Godin, Smize Production. Impression : Est Imprim. I.S.S.N. : 1623-7641 - Dépôt légal : Mars 2022 Commission paritaire : 0222 D 79291 La reproduction partielle ou totale de textes ou photographies de ce numéro du “Doubs Agricole” est subordonnée à l’autorisation de l’éditeur.

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A C T U A L I T É

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M A r A î C h A G E b I o

Des semences Made in Franche-Comté Sept maraîchers bio du Doubs dont un aux Fourgs et l’autre à Arçon sont rassemblés au sein du G.I.E. La Semencerie pour commercialiser des graines de plantes produites en Franche-Comté.

D éjà soucieux de pratiques culturales sans O.G.M. ni phytosanitaires, les maraî- chers bio francs-comtois œuvrent aussi dans la production de semences bio, équitables et repro- ductibles issus du terroir comtois. “Depuis une dizaine d’années, on a développé un réseau d’échanges de semences entre maraîchers comtois.

sa version initiale, la semencerie était axée uniquement sur les fermes bio. “On a voulu s’ouvrir au grand public, ce qui supposait de se doter d’une structure juridique adéquate.” La création du G.I.E. (groupement d’intérêt économique) remonte à 2019. On a défini ensemble une charte de valeurs, un règlement. La gouvernance est collégiale avec des décisions prises

au consentement. Ce qui signifie qu’on lève toutes les oppositions avant de valider un choix. Rien n’est imposé. La réglementation sur les

Au départ, il s’agissait d’une démarche pure- ment informelle. Une tren- taine de fermes participe aujourd’hui à ce disposi- tif. On s’organise pour ne

Deux fermes du Haut-Doubs adhèrent maintenant au G.I.E. de la Semencerie : Au Petit Jardin exploitée par Séverine et Emmanuel Marguet à la Mare d’Arçon et, à droite, la Sémilla avec Mayra et François Aymonier aux Fourgs.

Décisions prises au consentement.

semences est particulièrement encadrée, mais il existe une fenêtre juridique nous permettant de vendre en direct nos semences uniquement aux particuliers. Le G.I.E. la Semencerie dispose d’un site Internet où les clients commandent en ligne et viennent récupérer leurs graines dans l’une des sept fermes adhérents au groupement. “Au départ, on était cinq à Arbois, Lons, Orchamps, Rioz et Les Fourgs. Cette année, on accueille deux nouveaux maraîchers avec Le jardin

a connu un très gros succès. “On a été dévalisés” , résume le maraîcher des Fourgs. Les perspectives d’évolution sont grandes. Pas question pour autant de basculer dans un système non vertueux. “On veut garder une dimension humaine au sein du G.I.E. en limitant le nombre d’adhérents à 12. Au-delà, il nous semble préférable de créer un autre groupe.” Chaque ferme développe l’activité semences au gré de ses envies. À la Sémilla aux Fourgs, cela représente 5 % du chiffre d’affaires. D’une ferme à l’autre, on passe de 7 à 79 variétés pour une offre globale supérieure à 300. L’investissement dans le G.I.E. est calibré au prorata des ventes réalisées au cours de l’année précédente. “On envisage de se développer sur le volet semences, annonce François Aymonier. On se dit que si nos semences résistent aux Fourgs, elles pousseront partout en Franche-Comté. En gardant à l’esprit qu’on n’arrivera jamais à produire des semences d’aubergine, de melon ou de pastèque sur le toit du Doubs. La Semencerie a du sens que collectivement car on s’inscrit dans la préservation d’un patrimoine commun.” n

pas faire des doublons entre les diverses variétés de semences. On se retrouve une fois par an pour pla- nifier la production de l’année à venir. Chacun apporte également ses semences” , explique François Aymo- nier, le maraîcher-distillateur aux Fourgs. Soucieux de traçabilité, de professionnalisme, les maraîchers engagés dans la démarche ont travaillé de concert avec les conseillers techniques agricoles d’Interbio. Dans

de la Ciboulette près de Lons et Au petit jardin à Arçon.” Toutes les semences du G.I.E. sont cultivées en Franche-Comté. L’objectif n’est pas d’avoir un catalogue complet mais de privilégier la diversité. “On tient également à remettre au goût du jour des variétés historiques comme la carotte jaune du Doubs ou le pois jaune de Frasne utilisé autrefois pour la soupe aux pois. Ces espèces sont tombées en désuétude car les manières de consommer ont évolué.” Les maraîchers du G.I.E. collaborent aussi avec des associations conservatoires spécialisées dans le maintien de telle ou telle famille de fruits, de légumes, de plantes aromatiques comme l’oignon de Montbozon. Le critère local n’est pas systématiquement synonyme de bons produits. François Aymonier s’empresse de préciser : “Nos semences ont été testées. On propose des variétés adaptées qui ont du goût et se cultivent facilement. Tous les lots ont également fait l’objet d’un test de germination. On travaille aussi avec d’autres semenciers français ou européens en bio. On est partenaires et non concurrents.” Sitôt mise en service, la semencerie

L’objectif est de remettre au goût du jour des variétés historiques comme la carotte jaune du Doubs ou le pois jaune de Frasne.

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A C T U A L I T É

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C E r t I F I C A t I o n

L’association “Lin avec l’autre” accréditée H.V.E. Cette association qui accompagne le développement d’une filière graine de lin régionale est devenue en novembre dernier une structure collective h.V.E. (haute Valeur Environnementale). Elle compte désormais une dizaine de producteurs certifiés.

12 producteurs adhérents de l’association se sont vus remettre leur accréditation H.V.E.

M ise en place en 2017, l’association “Lin avec l’autre” regroupe différents acteurs : cultivateurs, fabricants d’aliments, éleveurs, transformateurs, tous convaincus des bienfaits du lin sur la santé animale et humaine. Son champ d’action se superpose au territoire franc-comtois auquel s’ajoutent quelques départements limitrophes. “En surface, cela représente environ 300 hectares de culture de lin qui mobilise entre 20 et 30 cultivateurs par an. Le nombre varie car on

ont amenés à se poser la question de la certification H.V.E. Cette dernière positionne les exploitations au niveau de leur pratique en biodiversité, fertilisation, phytosanitaire. “Nous avons ainsi travaillé avec un groupe de douze exploitations qui ont été certifiées en novembre par ContrôlUnion. L’association est reconnue structure collective H.V.E. Elle accompagne les exploitations souhaitant accéder à la certification. On continue à faire des audits internes pour élargir le groupe” , poursuit Aude Perrez. n

pratique un roulement. On s’oblige à ne pas revenir trop rapidement sur les mêmes parcelles” , indique Aude Perrez, directrice de l’association Lin avec l’autre. À l’autre bout de la chaîne, on trouve environ 80 éleveurs utilisateurs de graines de lin incorporées dans la ration. L’association prend en charge directement ou par le biais du Conseil Élevage 25- 90 l’analyse en acide gras des laits. Cela permet de savoir si l’éleveur utilise bien les graines de lin, comment la vache valorise sa ration. “C’est un vrai outil de pilotage.

La graine de lin est riche en matière grasse de type Oméga 3 qui apporte beaucoup d’énergie à la vache, sans risque d’acidose. On peut alors parler d’énergie sécurisée. On sait aussi que la consommation de graine de lin réduit de 10 à 15 % l’émission de méthane par les ruminants, via les analyses d’acide gras dans le lait, on le mesure en routine.” Toujours dans une logique de démarche filière, l’association travaille avec ses adhérents au développement des protéagineux en région. Autant d’engagement des adhérents qui les

P o n t - L E S - M o u L I n S

Sylvain Millot, maréchal-ferrant itinérant

peut également devenir beaucoup plus technique. Il réalise régulièrement des ferrures orthopédiques adaptées à la boiterie des chevaux. “Certains ont besoin de ferrures amortissantes fabriquées avec une plaque de cuir intermédiaire et du silicone” , ajoute-t-il. Pour faire face à cette demande, il a toujours misé sur l’apprentissage. Deux jeunes l’accompagnent dans sa tâche. Ils sont en première et cinquième année d’étude dans un établissement spécialisé de Verdun. Une semaine en cours puis trois en entreprise leur permettent de valider C.A.P., B.E.P. puis un B.T.M. (Brevet Technique des Métiers). Cette profession nécessite des connaissances poussées en anatomie et bio-mécanique des équidés. “Un maréchal-ferrant travaille nécessairement avec des vétérinaires. Il doit connaître leurs protocoles de soins et être capable de lire une radio” , note Sylvain. Les jeunes qui choisissent cette carrière connaissent déjà le cheval, les risques qu’ils encourent et les règles de sécurité. La plupart sont d’ailleurs cavaliers. “En 10 à 15 jours, on voit si un jeune a le mordant nécessaire pour s’accrocher car c’est un métier aussi très physique” , constate-t-il. La position courbée sous le cheval occasionne souvent des problèmes de dos ou de genoux. “Depuis 30 ans, je me suis toujours levé de bonne humeur. Le milieu du cheval est très agréable et mes apprentis ont toujours été motivés et passionnés par leur métier” , conclut Sylvain Millot. n

L a famille Millot est installée à Pont-les-Moulins, près de Baume-les-Dames. En complément de son véhicule, Sylvain y a aménagé un atelier pour les clients proches et le stockage de matériel. Son épouse et ses filles se dédient avec bonheur à l’élevage de chevaux. Ivoire du Tollim a été sélec- tionné au championnat de France des chevaux de selle de trois ans à Lyon en cette fin octobre 2021. “J’ai toujours été un cavalier enthousiaste et mes filles montent en concours” , glisse le maréchal-fer- rant. Sa passion pour les équidés l’oriente vers un métier peu commun (1 700 professionnels en France). “Nous sommes six sur tout le département et le travail ne manque pas, pour l’instant” , poursuit Sylvain. “Il y a une bonne entente entre nous et on s’entraide quand c’est nécessaire” , constate-t-il. Son travail nécessite une bonne organisation logistique pour satisfaire son importante clientèle et optimiser ses tournées. Le Haut-Doubs lui fournit un gros contingent de chevaux à ferrer. “Il faut presque 1 h 30 par cheval pour une ferrure de confort qui coûte à l’éleveur entre 80 et 90 euros et qu’il faut refaire toutes les 6 à 7 semaines” , précise Sylvain. Le travail

Depuis 30 ans, il sillonne les routes du département dans une camionnette-atelier parfaite- ment équipée au service des clubs, élevages et particuliers.

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P r o D u I t S A C T U A L I T É

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Chaque année, plus de 50 millions de litres de lait entrent dans la fabrication de la cancoillotte. (photo Association de promotion de la cancoillotte).

La cancoillotte aux portes de l’I.G.P. L’Association de Promotion de la Cancoillotte, créée en 2015 espère décrocher le Graal en fin d’année quand le dossier I.G.P. aura franchi l’ultime étape de la validation européenne.

L a seconde tentative sera sans dou- te couronnée de succès. Dans les années quatre-vingt-dix en effet, les acteurs de la cancoillotte avaient déjà essayé de s’engager dans une démarche I.G.P. sans aller au bout. Table rase du passé. Les mêmes pro- ducteurs, transformateurs fermiers ou laitiers, fabricants de metton se sont de nouveau réunis pour relancer le dossier, épaulés en cela par la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. “Cela a abouti en 2015 à la création de l’As- sociation de Promotion de la Can- coillotte avec deux objectifs princi- paux : l’obtention de l’I.G.P. et le développement des ventes hors région. 80 % des volumes de cancoillotte sont encore consommés sur la grande région” , indique Didier Humbert, le pré- sident de l’association. L’A.P.C. a choi- si de concentrer ses efforts sur la com- munication en privilégiant les recettes

à base de cancoillotte. Un pari gusta- tif gagnant. “On vendait 4 500 tonnes de cancoillotte en 2015. On est en constante révolution depuis cette date pour arriver à 5 500 tonnes en 2020. Soit une progression de 1 000 tonnes en cinq ans. Peu de filières ont connu un tel essor aussi rapidement. On a eu raison de prendre le virage de la cuisine. Pour déployer cette stratégie, on a travaillé avec une agence de com- munication, des cuisiniers. On a beau- coup communiqué sur les réseaux sociaux.” Cette croissance n’a pas suscité de nouvelles vocations de fabri- cants. Ils sont toujours une quinzaine entre les ateliers fromagers et les pro- ducteurs fermiers. “Certains auraient sans doute abandonné sans cette dynamique qui profite à tous. En termes de volume, on a déjà remporté la par- tie” , poursuit Didier Humbert. La pro- cédure administrative liée à l’I.G.P. est

aussi en bonne voie. Le cahier des charges a été validé par l’I.N.A.O. et le dossier est maintenant en cours d’instruction à Bruxelles. “Rappelons que l’I.G.P. est un signe de qualité européen. Ce dossier avance bien à Bruxelles même si on n’est pas enco- re en mesure de savoir quand l’I.G.P. sera officialisée. On attend la bonne nouvelle pour la fin d’année.” La filière savoure déjà les premiers effets induits par le feu vert de l’I.N.A.O. La cancoillotte bénéficie maintenant d’une protection à l’échelle française aussi bien au niveau du nom, du processus de fabrication que de la zone de production. De par la diversité de ses fabricants, la cancoillotte couvre un large spectre gustatif allant de la typicité des produits fermiers à la douceur, l’homogénéité des ateliers de taille plus importante. La cancoillotte entre dans quelle catégorie de

fromage ? “C’est une spécialité fromagère fabriquée à partir d’un fromage qui s’appelle lemetton” , corrige le président de l’A.P.C. Pour fabriquer 5 500 tonnes de cancoillotte, il faut plus de 50 millions de litres de lait collectés aujourd’hui sur plus de 300 exploitations. “À terme, on vise 400 fermes car l’I.G.P. devrait permettre d’augmenter les volumes et de conforter ainsi l’avenir du lait en Haute-Saône. On espère bien apporter ultérieurement une valorisation supplémentaire au niveau du prix de lait mais cela prendra du temps.” Très prisée pendant la crise sanitaire du fait de son conditionnement, la cancoillotte, avec 15 % de matières grasses, reste le fromage le plus naturellement allégé du plateau de fromage français. “Elle s’apprécie de l’apéro au dessert.” En attendant la cerise sur le gâteau : l’I.G.P. n

P E L o u S E y

Du lait et des œufs bio à la Ferme Baulieu

opérationnel depuis un peu plus d’un an. “Un deuxième atelier vient d’arriver et à terme, nous devrions en avoir quatre, ce qui fera 1 400 poules. Avec quatre poulaillers, nous serons obligés d’embaucher une personne” note le couple. Les œufs sont également certifiés bio. Ils sont écoulés dans les grandes et moyennes surfaces du secteur, “dans un rayon de 20 km au maximum” et depuis octobre dernier sont disponibles en vente directe à la ferme. Il faut compter actuellement 2,40 euros la boîte de 6 œufs. Comme toute la filière, le couple subit l’augmentation incessante du prix des aliments pour bétail. “Nous n’avons eu guère d’autre choix que de les répercuter de quelques centimes sur le prix final. Notre chance, c’est de n’avoir quasiment aucun intermédiaire” ajoute Matthieu Baulieu.En complément de ses activités principales, le petit magasin de vente directe installé à l’entrée de l’exploitation vend également de la viande bovine. Bio, évidemment, et en provenance directe de la ferme. Les installations de nouveaux agriculteurs dans la zone basse du département sont beaucoup plus rares que dans le Haut-Doubs sur la zone A.O.C. comté où le lait est beaucoup mieux rémunéré. “Il y a six ans, la tonne de lait standard était payée 360 euros. Aujourd’hui, c’est 350 euros… Les exploitants ne peuvent pas s’en sortir à ce prix-là” commente le président de la F.D.S.E.A. de passage ce jour-là à la Ferme Baulieu. n

3 50 poules, bientôt 700, et à terme 1 400, répar- ties dans quatre bâtiments différents. C’est le projet de diversification qu’a amené Aurore Bau- lieu quand elle a intégré l’an dernier l’exploitation lai- tière tenue par son mari Matthieu à la sortie de Pelou- sey. Une trentaine d’hectares, 90 vaches laitières et des génisses d’élevage, soit au total 200 bovins, le cheptel de Matthieu Baulieu produit entre 500 000 et 600 000 litres de lait standard par an. Depuis quelques semaines, l’agriculteur arbore avec fierté le logo “A.B.” “Notre conversion en bio s’est terminée en novembre 2021. Le bio correspond bien à notre vision de l’agriculture, c’est un peu une philosophie. Je pense qu’il ne faut pas opposer les systèmes de production entre eux ou imposer à tous le même système d’agriculture. Il y a de la place pour tout le monde” estime le jeune exploitant de 35 ans. Son lait est essentiellement destiné à la Fromagerie du Pré Verdot située à Pouilley-les-Vignes, à quelques centaines de mètres de là à vol d’oiseau. On ne peut guère faire plus court… La production d’œufs, c’est l’affaire d’Aurore. Un premier atelier avec 350 poules pondeuses est

Aurore baulieu s’est associée l’an dernier à son mari Matthieu pour créer le G.A.E.C. de Fontagneaux

à Pelousey. Leur stratégie : les circuits courts et le bio.

Aurore et Matthieu Baulieu, “mariés” professionnellement depuis avril 2020.

D O S S I E R

10 GUERRE EN UKRAINE : l’impact sur l’agriculture du Doubs

Alors qu’on se croyait enfin sorti de la crise sanitaire, voilà qu’un nouveau drame se joue aux portes de l’Europe aux conséquences humaines et économiques dont on ne mesure pas encore les répercussions. Envolée des cours du gaz, des carburants, des céréales, des engrais : aucune filière agricole n’échappera au séisme. Seules les productions les plus vertueuses et qui tendent le plus vers l’autonomie parviendront à atténuer l’augmentation des coûts de production induits. Certaines situations pourraient s’avérer dramatiques et nécessiteront une fois encore l’intervention publique. Tour d’horizon.

C o n j o n C t u r E

Le prix des aliments plombe l’agriculture locale

tation économique à la Chambre régio- nale d’agriculture de Bourgogne- Franche-Comté. Des entreprises régio- nales, à l’image de la coopérative Pâturages Comtois, exporte une par- tie de sa production en Ukraine, frian- de de fromages français. Plus que l’export, qui reste tout de même assez minoritaire pour l’ensemble de la filière agricole locale, c’est l’import de matières premières, aliments du bétail en premier chef, qui impacte directement les filières. Exemple avec le colza, largement importé habituellement de Russie et d’Ukraine : 160 euros la tonne il y a un an, 570 euros début mars 2022 ! “Le colza est beaucoup plus impacté que le blé car du blé, de nombreux pays en cultivent, ce qui n’est pas le cas du colza. Notre pays, et notre région, sont fortement dépendant en matière protéique et vis-à-vis de la Russie et de l’Ukraine : 50 % de nos importations de protéines (colza, soja, tournesol, maïs…) viennent de Russie et d’Ukraine” explicite Sylvain Marmier qui n’exclut pas non plus “un phénomène de spéculation qui peut encore aggraver la situation”, à l’image de ce qui se passe depuis plusieurs semaines pour le pétrole. Même punition pour le prix des intrants. “Les engrais étant faits d’un mélange

D ans les allées du Salon de l’agriculture, on ne parlait presque plus que de ce sujet à partir du 24 février, date où la Russie envahissait l’Ukraine. Le bruit de la guerre retentit en effet jusque dans les exploitations du Doubs, tant sont nombreuses encore les incerti- tudes concernant l’impact réel du conflit sur l’agriculture locale. Une chose est déjà certaine : les premiers effets sont déjà bien palpables. Certaines orga- nisations professionnelles agricoles (O.P.A.) étaient en état d’alerte, et pour cause : “La vente par la France de pro- duits agro-alimentaires vers la Russie, ça représente environ 500 millions d’euros par an. La guerre devrait stop- per net ces ventes” résume Sylvain Marmier, le président du comité d’orien- L’arrêt des importations de produits locaux vers l’Est doublé de l’explosion des prix des matières premières fait craindre le pire pour certaines filières.

Sylvain Marmier préside le comité

d’orientation économique à la Chambre régionale d’agriculture

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pour le bétail, pourraient donc mieux tirer leur épingle du jeu de cette crise internationale que d’autres, “tout

de potasse, de phosphore et d’azote, les prix s’envolent également.” Plus de 1 000 euros la tonne début mars contre 300

comme ceux qui sont en, système extensif et qui mettent très peu d’engrais, souvent pas du tout en automne.” Dans ce paysage local, certains souffriront sans doute plus que d’autres si la situation venait à

habituellement. Une nuance : pour les traitements du printemps, la plupart des agriculteurs étaient couverts. “C’est pour l’achat des engrais d’automne que nous

“Le débat sur la souveraineté alimentaire plus que jamais d’actualité.”

sommes inquiets” ajoute Sylvain Marmier. Les agriculteurs en bio, moins dépendants des intrants et des aliments

durer : les producteurs de monogastriques, éleveurs de volailles et de porc en premier lieu, gros

Le prix de la tonne de colza avait déjà triplé début mars. (photo D.R.).

consommateurs d’aliments. La filière comté devrait, elle, mieux s’en sortir car utilisant plus de foin et d’herbe que d’aliments complémentaires. Ce qui fait dire à Sylvain Marmier que “le débat sur la souveraineté alimentaire de l’Europe n’a jamais autant été d’actualité.” Un paradoxe alors que la nouvelle P.A.C. prévoit une baisse de

15 % de la production agricole à l’échelle européenne… Quant à la répercussion du coût des matières sur les produits vendus aux consommateurs (loi Égalim), il n’est pas sûr, loin de là, que les transformateurs parviennent à faire plier la grande distribution pour une répercussion de ces coûts… n

Les élevages de porcs subissent de plein fouet la hausse du prix des aliments.

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t E r r E C o M t o I S E “Le marché des céréales est énormément perturbé” Collecteur de céréales, fabricant d’aliment, distributeur d’engrais, la coopérative agricole terre Comtoise qui compte aujourd’hui 4 000 adhérents, céréaliers, éleveurs et vignerons est touchée par l’envolée des cours de matières premières et du gaz. Entretien avec son président, Clément tisserand, fervent partisan de l’autonomie protéique régionale.

CT : Non, car on est sur des produits difficiles à stocker plus d’un an et au-delà, cela nécessiterait des moyens de conservation trop importants. LDA : Quelques mots sur le projet Profilait ? CT : À Terre Comtoise, on collecte du blé, du maïs, du soja pour les transformer dans nos unités d’aliments. On en a débattu avec Dijon Céréales et Bourgogne du Sud pour savoir comment on pourrait contribuer à l’autonomie protéique en Bourgogne-Franche-Comté. On a alors organisé un large tour de table en associant la Chambre régionale d’agriculture, l’I.N.R.A., AgroSup Dijon et les filières laitières. On est en train de construire cela. L’objectif étant de permettre aux vaches de Bourgogne-Franche-Comté d’être nourries avec des protéines régionales. La démarche remplit tous les critères écologiques : proximité, bilan carbone. Avec tous les partenaires, on planche sur la création de cette filière protéique depuis un an, en essayant de définir le bon prix qui permette à chacun d’être rentable. Il ne faut pas que cela coûte plus cher qu’un soja importé. LDA : Terre Comtoise a déjà sa propre expérience dans cette démarche ? CT : On travaille chaque année 10 000 tonnes de soja dont 95 % en provenance de Bourgogne-Franche-Comté. La production passe dans l’usine Extrusel qui sépare la protéine de l’huile. On tire ensuite les tourteaux. On a tous les composants de la chaîne. Il faut juste donner plus d’envergure à ce projet. Si on a la volonté, on sera en capacité de répondre aux besoins de l’ensemble des productions animales. Profilait est un beau projet qui trouve tout son sens dans l’interactivité, et les liens entre productions végétales et productions animales pour les céréaliers et les producteurs de viande et de lait. n Propos recueillis par FC “À Terre Comtoise, on évoque même l’idée d’imaginer l’inimaginable pour la récolte 2023 tant les marchés des produits agricoles et des engrais sont perturbés”, explique Clément Tisserand, le président de Terre Comtoise

Côté trésorerie, le besoin en fonds de roulement de la coopérative est en forte progression. LDA : Pensez-vous que les agriculteurs vont réduire leurs achats ? CT : Oui, nécessairement, il va falloir faire des choix de gestion. On va avoir un surcoût. La question de fond est de savoir quelle agriculture mettre en place pour qu’elle soit solide, dynamique et permette d’assurer la souveraineté alimentaire tant évoquée ces derniers temps. LDA : On a trop externalisé ? CT : Oui. Dans les approvisionnements, on n’a, par exemple, plus d’unité de fabrication d’engrais en France. On est dépendant de la Russie et de la Biélorussie. Ce démantèlement s’est opéré depuis une vingtaine d’années suite à la catastrophe de l’usine A.Z.F. à Toulouse. C’est primordial, à mon sens, de donner les moyens aux agriculteurs de remplir leur mission nourricière. LDA : Comment procéder pour retrouver cette souveraineté alimentaire ? CT : Pour nous, c’est une vraie question et j'espère que le gouvernement aura toujours cela en tête. On ne peut pas toujours demander tout et son contraire à une profession. Il est nécessaire d’avoir un accompagnement pour valoriser les produits équitablement. L’agriculture pourrait se suffire à elle-même, sans être subventionnée. LDA : Face à la flambée du prix des engrais, certains préconisent de réajuster la dose totale d’azote à apporter sur les céréales à paille. C’est une bonne stratégie ? CT : Sur une parcelle de blé, on fait le tour pour apprécier le potentiel et on ajuste la dose. Là, le raisonnement consisterait à ajuster la dose en fonction du prix. La fertilisation azotée a aussi un impact sur la qualité meunière. Ce qui sous-entend de respecter un niveau minimal d’azote. Il faut raisonner en quantité mais aussi en qualité. LDA : Serait-ce pertinent d’augmenter vos capacités de stockage ?

Le Doubs Agricole : Cette guerre ne laisse personne indifférent et surtout pas les acteurs économiques ? Clément Tisserand : Oui, on est impacté mais il faut aussi relativiser par rapport aux souffrances du peuple ukrainien. La dimension humaine est aussi l’un des maillons essentiels de la coopérative Terre Comtoise. LDA : Revenons aux impacts économiques. Quels sont-ils ? CT : Les cours des céréales et des oléagineux explosent. On voit des hausses de 20 euros par tonne chaque jour pour arriver à des niveaux de prix jamais atteints, qui ne veulent plus dire grand-chose. On n’a plus de repères. Que doit-on faire : Acheter ? Vendre ? À Terre Comtoise, on évoque même l’idée d’imaginer l’inimaginable pour la récolte 2023 tant les marchés des produits agricoles et des engrais sont perturbés. LDA : Pas d’autre choix que de répercuter les hausses ? CT : À Terre Comtoise, les deux tiers de la collecte sont valorisés en aliments du bétail et l’envolée des matières premières impacte le prix de l’aliment. On ne fait que répercuter. Quand on a épuisé nos stocks, on passe aux hausses qui peuvent être importantes pour nos adhérents en production animale. Toutes les filières en lait, viande, œufs sont fragilisées. Le pire, c’est qu’il n’y aura pas de vainqueurs. LDA : Même pas les céréaliers ? CT : Ils vendront probablement mieux leurs produits mais se feront aussi dépasser par les hausses de prix des intrants. Je pense notamment au cours du gaz qui est un élément prépondérant dans la fabrication des engrais azotés. Tout s’envole, il n’y aura pas de gagnant. LDA : D’autres conséquences ? CT : Les coûts de l’énergie impactent le fonctionnement de la coopérative. On subit la hausse des carburants sur le transport, la hausse du gaz utilisé dans les unités de séchage des céréales.

Dans les serres, le coup de chaud Les producteurs de fleurs ou plants de légumes subissent le coût d’augmentation des pots en plastique, du coût du chauffage, des engrais… une légère répercussion sur le prix final est envisagée chez les horticulteurs et les maraîchers. Visite à roche-lez-beaupré. h o r t I C u L t u r E

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L a couleur violette des pensées égaie les serres de Philippe Amiot, horticulteur et pépinié- riste à Roche-lez-Beaupré, qui, depuis quelques années modifie sa façon de cultiver. “Je repousse cer- taines cultures pour avoir moins besoin de chauffer les serres l’hiver. Je gagne un mois et demi de chauffage” témoigne cet horticulteur qui ne brû- le “que” 7 000 litres de fioul pour ses tunnels de production quand d’autres en consomment le triple. De “petites” économies, il n’y en a pas dans ce secteur agricole qui a perdu près de la moitié de ses professionnels en 10 ans pour atteindre environ 3 500 horticulteurs en France. La pandémie leur a permis de retrouver des couleurs puisque les particuliers

ont eu le temps (et l’argent) de choyer leurs jardins ou parterres de fleurs. Le contexte de 2022 est bien différent, au grand dam des professionnels. Les clients auront-ils la tête et surtout l’argent pour ce poste de dépense non essentiel à l’heure où le prix des carburants et du chauffage explose ? Jusqu’à présent, le prix des fleurs a très peu augmenté. Tous vont devoir répercuter à la hausse. Exemple chez Philippe Amiot où le géranium va coûter 10 centimes de plus (en moyenne 3,20 euros selon le pot). Pour les autres fleurs, type pensées, l’augmentation sera de 5 centimes. C’est peu au regard des nombreuses hausses auxquelles les producteurs doivent faire face. En quelques mois, le prix d’un pot en

Les époux Amiot dans une de leur serre à Roche-lez-Beaupré.

plastique est passé de 69 centimes à 90 centimes en raison du coût du pétrole. Une nouvelle hausse de 7 % devait intervenir au mois de mars. Elle s’ajoute à celle des engrais et bientôt des tuteurs en bambou pour les chrysanthèmes. Arrivés de Chine par containers, leurs prix explosent. Il est même question de ne plus en importer. Le prix du terreau augmente également car les tarifs de livraison sont à la hausse. Face à ces changements aussi brefs

que violents, l’horticulteur dont les clients sont pour 70%des particuliers, 30 % des professionnels, parvient peu ou prou à maintenir le prix final. Philippe Amiot s’interroge par exemple sur le fait de poursuivre les tournées pour livrer les professionnels du Pays de Montbéliard au regard du prix du carburant. Aux problèmes conjoncturels s’ajoutent les problèmes d’une branche professionnelle qui peine à parler d’une seule voix pour fixer les prix. n

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L A I t

L’inquiétante baisse de production de lait va s’accélérer Selon le président de l’institut d’élevage, la crise actuelle va amplifier l’érosion des effectifs laitiers ou allaitants. un phénomène qui n’épargne pas la région voire les A.o.P.

vitesse. La Bourgogne-Franche-Comté n’est pas épargnée : là où un éleveur stoppe son activité, il n’est pas remplacé” commente le président. Cette production laitière par exploitation “est en baisse de - 1 % à - 4 % en France” calcule l’institut dans son observatoire de l’endettement lequel constate que le revenu disponible par Unité de travailleur humain (U.T.H.) est de 22 000 euros annuels (en 2021) alors que les prélèvements privés sont d’environ 26 000 euros. “Il est impossible, quelle que soit la zone, de dégager une marge de sécurité” analyse l’observatoire. Toujours selon cette étude, la proportion des élevages endettés et sans trésorerie augmente pour atteindre 42 %. Il n’y a qu’en zone montagne où cette part est plus faible (32 %). La guerre en Ukraine n’a rien arrangé. Elle se télescope avec les négociations sur les prix dans le cadre de la loi Égalim 2. Les producteurs estiment que certaines grandes surfaces ne respectent - toujours - pas la loi et n’ont pas répercuté la hausse des charges subies par les producteurs sur le prix d’achat. “Nous avons réussi (en février) à négocier quelques hausses sur une partie de certains produits mais ce n’est pas suffisant, constate le président. Un nouveau bai l de négociation s’ouvre mais nous retombons dans les travers de la grande distribution” déplore le représentant des producteurs laitiers. La filière se sent - encore une fois - écartée alors qu’elle a prouvé lors de la crise sanitaire que le pays pouvait compter sur sa souveraineté laitière. n

L es prix d’achat des aliments pour le bétail fluctuent heure par heure, les coûts du gazo- le non routier évoluent jour par jour, laissant les éleveurs face à leurs interrogations. Que fai- re ? Acheter au prix fort des engrais alors que le prix du lait a peu évolué pour se maintenir à envi- ron 385 euros les 1 000 litres (en standard) ou prévoir des économies sur certains postes de dépenses ? “Pour anticiper la hausse que nous subissons sur nos fermes, des agriculteurs rédui- sent déjà la voilure. Ils achètent par exemple moins d’engrais parce qu’on note déjà des contingen- tements dans la vente de ceux-ci. Ils limitent donc leur capacité de production” témoigne Martial Marguet, président de l’Institut d’élevage (Idele) et vice-président de la fédération nationale des producteurs de lait. Il ne cache pas son inquié- tude face à cette baisse de production : “Nous sommes dans une France laitière en perte de

Martial Marguet, vice-président de la fédération nationale des producteurs de lait.

C é r é A L E S

“Cela devrait mieux se passer dans la filière comté” trois questions à Pierre Dornier, le président de la minoterie éponyme de bians-les-usiers qui fabrique également des aliments du bétail.

L e Doubs Agricole : Les prix des aliments du bétail sont en hausse. Une aubaine pour vous ? Pierre Dornier : Ce qu’on vit est très mauvais pour tout le monde. Entre le blé meunier et le blé pour l’aliment du bétail, ces deux céréales avaient pris entre 20 et 25 % d’augmentation rien que sur les deux premières semaines du conflit. Sachant que 48%des céréales consommées en Europe viennent de Russie et d’Ukraine, il y a de quoi s’inquiéter encore plus… En ce moment, on arrive à une situation où le prix du blé conventionnel dépasse celui du blé bio ! Quant aux protéines, elles avaient pris dans le même laps de temps entre 30 et 35 %. Il faut ajouter à cela les coûts de l’énergie pour faire tourner les broyeurs, les mélangeurs et les presses, sans compter que certaines usines qui triturent les

graines ont du mal à se fournir en pièces détachées.

LDA : Pourrez-vous répercuter le surcoût sur les céréales que vous utilisez pour fabriquer vos aliments du bétail ? PD : Il est encore un peu tôt pour répondre à cette interrogation car on achète à terme. Nous y verrons plus clair en septembre quand il faudra reconstituer les stocks. La répercussion de ces hausses de prix sera moins forte dans la filière comté avec des vaches laitières qui ne consomment pas énormément de compléments et un lait toujours bien rémunéré. Pour les éleveurs de porcs et de volailles, je me fais plus de soucis… D’autant que les cours des porcs, des poules pondeuses et des poulets sont déjà très bas. LDA : Quid des conséquences du prix du blé

Pierre Dornier, président de la Minoterie Dornier à Bians-les-Usiers.

sur la farine panifiable et au final le prix du pain ? PD : Dans une baguette, le prix de la farine intervient à hauteur de 10 à 15 % du prix final. La hausse pour le consommateur devrait être plutôt limitée. n Propos recueillis par J-FH

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F I L I è r E P o r C I n E

Dans le cochon, tout va mal Dans une filière fortement tributaire du coût de l’aliment, la crise ukrainienne arrive au plus mauvais moment pour les éleveurs porcins du Doubs. L’intervention de l’état est atten- due et des répercussions de prix semblent inévitables avec l’espoir que le consommateur privilégie les produits locaux.

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“O n perd déjà 20 à 30 euros sur chaque porc charcutier. On ne ressent pas encore l’impact immédiat de la crise mais c’est sûr, on va se ramasser des hausses sur l’aliment. Sur les 12 der- niers mois, on en a déjà subi plus d’une quarantaine” , s’inquiète Joël Bassi- gnot, visiblement très remonté du trai- tement réservé aux éleveurs de porcs comtois. Calculette en main, il estime qu’il faudrait qu’il touche entre 1,70 et 1,80 euro par kg pour compenser la hausse des coûts de production. “On se situe actuellement entre 1,45 et 1,50 euro le kg en intégrant les 15 à 17 centimes de plus-value accordés aux producteurs de porc comtois.” Cet éleveur engraisse environ 5 200 cialisée dans le négoce d’animaux vivants issus des filières régionales de viande porcine, bovine et ovine a beaucoup à perdre si le conflit ukrai- nien venait à perdurer. Pour mener à bien l’activité négoce, elle gère un parc de 110 véhicules, du P.L. à la voiture de société. “On consomme 1 million de litres de car- burant, soit une facture annuelle de fioul de 1,250 million d’euros sus- ceptible de doubler si les cours actuels se maintiennent” , explique Christophe Jacquin, le président de Franche- Comté Élevage (F.C.E.). La facture énergétique risque aussi de connaître une forte augmentation. Les abat- toirs consomment du gaz pour chauf- fer l’eau nécessaire aux différentes opérations. La note de gaz passerait de 105 000 à 160 000 euros. F.C.E. est aussi propriétaire de plu-

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porcs par an. Ce qui représente 1 800 tonnes d’aliments. “Une hausse de 10 %, c’est 18 000 euros de charges supplémentaires. On supporte de plus en plus mal ces pertes de rentabilité qui ne font que creuser la trésorerie.” Cet éleveur est sans doute vindicatif, ulcéré de constater la réussite des I.G.P. Morteau et Montbéliard sans partager les bénéfices. Pour autant, la filière porcine est très dépendante de la disponibilité et du prix des céréales. “L’aliment représentait déjà 64 % des charges en 2020 et maintenant on est à plus de 70 %. C’est vrai que la cotation ne permet pas de compenser l’augmentation des coûts de protection. L’État verse déjà une aide pour limiter cet écart qui risque de s’amplifier avec la crise ukrainienne” , confirme Claire Legrand, sieurs porcheries à Frasne, La Riviè- re-Drugeon, le Luhier, Les Fins… L’augmentation du prix de l’aliment signifie un supplément de 500 000 euros. “On a aussi 500 places de naissage. À 80 euros supplé- mentaires par truie, cela représente un surcoût de 400 000 euros si l’ali- ment augmente de 20 %.” Pour Christophe Jacquin, l’équilibre budgétaire contraint la coopérative à répercuter ces hausses à l’aval donc, au final, au consommateur. “Ce ne sont que des projections car aujour- d’hui beaucoup d’incertitudes pla- nent encore. Impossible de savoir comment seront redistribuées les cartes des flux d’exportations. On s’interroge aussi sur l’intervention des pouvoirs publics. Jusqu’où le consom- mateur peut aller pour réduire son pouvoir d’achat ?” Seul point positif pour F.C.E., sa fac- ture d’électricité basée sur un contrat de trois ans avec des tarifs bloqués. n

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directrice d’Interporc Franche-Comté. Ici ou là en France, des éleveurs commencent à mettre la clef sous la porte, las de travailler à perte. Pour mesurer l’impact que pourrait avoir cette guerre si elle venait à perdurer, il faut savoir que l’Ukraine est le 4 ème pays exportateur de blé et de maïs au monde et le 1 er exportateur de tournesol. La Russie étant le premier exportateur au monde de blé. L’arrêt des exportations oblige les pays à se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement comme la France qui intrinsèquement serait en mesure de répondre aux besoins nationaux. La directrice explique aussi que la pilule est un peu moins amère pour les éleveurs qui alimentent la filière des I.G.P. saucisses de Morteau et de Montbéliard. Ils peuvent alimenter leurs bêtes avec du lactosérum. Lequel représente 15 à 30 % de la ration. Le reste étant composé de tourteaux pour 15 à 20 % et de céréales pour près de 50 %. “Il faut tout faire pour maintenir le lien entre les fruitières et les élevages porcins.” L’autre espoir réside dans la mise en place rapide de la loi Égalim 2 qui a pour objectif de préserver le revenu des exploitants agricoles en s’efforçant “Cette pression autour de la ressource participe aussi à l’envol des cours. On s’inquiète aussi de savoir si cette année les cultures et les récoltes pourront se faire.”

de rééquilibrer les relations commerciales entre producteurs et distributeurs. Un risque bien réel de pénurie se profile si la guerre bloque toute possibilité de culture de céréales et de tournesol. L’Ukraine et la Russie sont aussi de gros producteurs d’engrais. Une pénurie signifierait une baisse de rendement. Ces craintes viennent s’ajouter aux dépenses énergétiques dans les porcheries qui ont besoin d’être ventilées et maintenues à une température stable. Pour Claire Legrand, quelques solutions pourraient être mises en œuvre pour gagner en L’autre levier réside dans le renforcement des interactions en économie circulaire. Je pense toujours au lactosérum des fruitières qui aujourd’hui a plus sa place dans une porcherie que sur la filière déshydratation. En contrepartie, les effluents porcins sont épandus sur les parcelles des agriculteurs. Cela évite de mettre de l’azote et des engrais minéraux.” La solidarité, c’est aussi l’affaire des consommateurs. En privilégiant les produits locaux, ils contribuent ainsi à la pérennité des filières agricoles locales. Mangeons du porc de Franche-Comté ! n autonomie. “Pourquoi ne pas développer la résilience énergétique en installant du photovoltaïque sur les bâtiments d’élevage ?

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L o n G E V I L L E S - M o n t - D ’ o r

La fromagerie a fait le choix du gaz Devant changer sa chaudière au fioul, cette

L e poste énergétique dans une fromagerie comme celle des Longevilles-Mont d’Or-Arnaud est loin d’être anodin puisqu’il représentait une facture annuelle de fioul de 50 000 euros. “On s’est posé la question d’une nouvelle source d’énergie quand on a procédé à l’agrandissement des locaux en 2018. On utilisait alors une chaudière au fioul qui fonctionnait depuis 28 ans. On avait de grosses notes de chauffage, sans compter les odeurs pas toujours agréables. On devait aussi veiller à contrôler régulièrement le niveau de la cuve pour avertir le fournisseur quand elle était vide” , explique Ber- nard Gresset, le président de la S.A.R.L. Les Longevilles-Mont d’Or- Arnaud. Plus de désagréments que d’avantages pour cette coop à dou- ze adhérents qui transforme chaque année 5,5 millions de litres de lait en mont d’or et en comté. “Une trentai- ne de personnes travaillent sur le site en pleine saison du mont d’or, dont onze permanents. Le maître froma- ger Cédric Merlier encadre la fabri- transition du fioul vers le gaz propane. Sans regret. fromagerie cherchait une solution propre et adaptée aux spécificités d’un atelier à momté-mont d’or. Elle a trouvé son bonheur chez butagaz qui l’a accompagnée dans la

En passant au propane, la fromagerie des Longevilles-Mont d’Or a réduit sa facture énergétique et son empreinte carbone. Elle répond aux objectifs de la qualification I.S.O. 50 001.

lui-même la livraison. Après avoir opté pour le fournisseur Butagaz, la fromagerie a fait installer deux chaudières l’une pour la production de vapeur servant à chauffer les cuves de l’atelier de fromagerie, l’autre pour la production d’eau chaude. Bernard Gresset affiche sa satisfaction. “C’est mieux sur tous les points notamment sur le plan financier. On a diminué de 40 à 50 % notre facture d’énergie en sachant qu’on bénéficiait d’un tarif stable contractualisé sur cinq ans avec le fournisseur.” n

cation avec deux seconds qui sont en fait des fromagères.” Un changement s’imposait d’autant plus que les travaux de modernisation de l’outil de production devaient permettre de répondre à la qualification I.S.O. 50 001. Objectif qui marque un engagement concret vers la réduction de l’impact carbone et les dépenses énergétiques de la fromagerie. D’un commun accord, les adhérents à la coop ont sollicité des renseignements auprès d’un autre fournisseur, à savoir Butagaz. “On est de plus en plus implanté dans l’agro-alimentaire. Il faut d’abord prendre en compte les caractéristiques d’une fromagerie qui fonctionne toute l’année avec des pics d’activité, donc d’énergie au moment de la fabrication. Pour autant, la consommation est assez linéaire sur toute l’année. Toutes ces informations vont nous servir à dimensionner la taille des citernes.

C’est une vraie étude doublée d’un accompagnement à tous les niveaux notamment pour gérer les formalités préfectorales liées à ce type d’installation” , détaille Christian Lassalle, conseiller en énergie chez Butagaz sur le marché professionnel. Le propane présente de nombreux atouts par rapport au fioul. Il est plus économique, rejette moins de CO2 et de particules fines. Autre point positif et non des moindres : le relevé de jauge automatisé qui permet au responsable logistique de déployer

Sans nier la flambée des cours du gaz et de l’électricité largement médiati- sés depuis plusieurs mois, Christian Lassalle conseiller en énergie à Butagaz estime : “Aujourd’hui, l’économie demeure car ces hausses s’appliquent à toutes les matières fossiles. Pour nos clients, le fait de pouvoir contractuali- ser un prix dans la durée est un avantage indéniable au moment de régler la facture. Cela permet aussi de verrouiller le budget sur des bases stables.” n Envolée des cours : l’économie demeure

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