La Presse Pontissalienne 311 - Décembre 2026
Le mensuel d'informations sur Pontarlier et le Haut-Doubs
DÉCEMBRE 2025 - N° 311 - 3 €
Mensuel d’information du Haut-Doubs - www.presse-pontissalienne.fr
Violences et harcèlement dans le Haut-Doubs Le monde du cheval dans le collimateur
Politique cyclable : Pontarlier mauvais élève P. 17 Baromètre vélo Lire en p. 6 et 7 Les zones commerciales à l’heure des fêtes D’une zone commerciale à l’autre, comment se porte l’activité commerciale sur le bassin de Pontarlier? Commerce
P. 4 L’ancienne ferme-hôtel de la Vrine enfin reprise Longtemps resté sans acquéreur, l’ancien hôtel situé le long de la R.N. 57 a été repris par Jean-Louis Gagelin qui le transformera en meublés de tourisme. Immobilier La capitale du Haut-Doubs arrive à une très mau vaise 71 ème place sur les 83 communes de sa catégorie dans la région en matière de facilitation de la pra tique du vélo. Pire : le “climat vélo” est en régression.
Après “Balance ton porc” dans le cinéma, le mouvement “Balance ton spectacle équestre”. Plusieurs acteurs du monde équin sont mis en cause, dont le directeur d’une écurie du Haut-Doubs. Un procès aura lieu.
À lire en P. 23
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2 Retour sur info
La Presse Pontissalienne - Décembre 2025
Pétition citoyenne pour le rétablissement du 4 ème T.G.V. Paris-Lausanne
La passerelle de toutes les connexions douces à Doubs
passerelle permet aussi de reconnecter les quartiers nord de Doubs et à moyen terme Vuillecin à la ville de Pontarlier. Pour le maire actuel, c’est un projet communal qui s’inscrit dans une dimension plus large qui permettra de relier en modes doux plusieurs com munes. “Le schéma communal de Doubs est en cours de finalisation. Il manque encore quelques tronçons. Il faudra également ins taller toute la signalétique directionnelle.” La nouvelle passerelle illustre le savoir-faire développé par la société Altantic Marine dans la création de pontons. Large de 3 m et d’une longueur de 120 m, elle est com posée de six sections de 12 à 35 m de long. La structure est en alu et recouverte de bardage en bois résineux local. “Elle sera équipée d’un éclairage led sur la main courante qui se déclenchera au passage des gens. Il s’agit d’un éclairage raisonné pour éviter d’amplifier la pollution visuelle.” Le coût de l’équipement s’élève 900 000 euros hors taxes avec des sub ventions de l’État (20 % ), du Département (31 % ) et attendue du F.E.D.E.R.-Région à hauteur de 31 % . ■
L es derniers éléments de ce nouvel ouvrage de franchissement du Doubs ont été déposés le 18 novembre. “Cette passerelle fait partie du schéma directeur communal des voies douces déve loppé à partir de l’épine dorsale que constitue le chemin de train” , explique Georges Cote Colisson, le maire de Doubs. L’objectif de ce réseau cyclable et piétonnier vise à relier d’une part tous les quartiers de Doubs entre
eux et d’autre part faciliter les déplacements des habitants du quartier sud vers la zone commerciale, l’E.H.P.A.D. et le collège Aubrac. “Ce projet a été très long à mettre en place notamment pour l’étude de fai sabilité qui prend en compte les contraintes et règles imposées par la loi sur l’eau, les zones humides… Il reste encore de la voirie à aire avant la mise en service prévue en mars 2026.” De façon plus large, la nouvelle
Sylvain Bobillier- Chaumont et Thomas Morel sont les initiateurs de ce collectif qui porte cette pétition.
L’ouvrage sera accessible à partir du printemps 2026.
H abitants du Haut-Doubs, Tho mas Morel et Sylvain Bobil lier-Chaumont se rendent régu lièrement à Paris en train dans le cadre de leurs activités profession nelles. “On a décidé de se mobiliser car on est très inquiet sur l’avenir des dessertes ferroviaires dans l’Arc juras sien. On a décidé de monter un col lectif composé d’usagers, d’élus locaux et d’acteurs économiques des régions françaises et suisses. Ce col lectif vient de lancer une pétition pour demander le retour du 4 ème T.G.V. Lyria quotidien entre Paris et Lausanne via Dijon, Dole, Mouchard, Frasne et Vallorbe. Cette desserte a été sup primée en 2019” , explique Thomas Morel. Sitôt mise en ligne sur le site change.org, la pétition a recueilli des centaines de signatures en moins de 48 heures. Les signataires dénoncent une dégra dation de l’offre T.G.V. transfrontalière et s’inquiètent des conséquences induites à différents niveaux : mobilité des habitants de l’Arc jurassien, com
pétitivité économique des entreprises, attractivité touristique des régions, sans oublier la cohérence écologique à l’heure où les politiques publiques s’affichent massivement en faveur des alternatives au tout automobile. “La mobilisation ne fait que commen cer. Nous souhaitons obtenir un ren dez-vous auprès du ministre des Transports d’ici la mi-décembre.” Au-delà du retour du 4 ème aller-retour quotidien du Paris-Lausanne, c’est toute la stratégie ferroviaire de l’Arc jurassien qui doit être reconsidérée. “On demande un plan de dévelop pement des liaisons transfrontalières notamment sur l’axe Frasne-Pontar lier-Neuchâtel dont le trafic augmente de 40 % chaque année depuis 2020. Le développement de cette ligne passe par une augmentation des fré quences, une meilleure coordination des correspondances et un investis sement clair dans l’infrastructure et le matériel roulant. Cela suppose que cette ligne soit reconnue comme une ligne internationale.” ■
Le marché de Noël recentré au cœur de ville
R accourci de quelques jours par rapport à l’hiver dernier, ce rendez-vous incontournable adopte une for mule centralisée allant de la place d’Arçon à la place Cretin en passant par la rue Sainte Anne. “Les commerçants de la place Saint-Pierre n’étaient plus partants et l’expérience de la place Saint-Bénigne n’était pas concluante. On a étudié plu sieurs options et le comité qui organise l’événement a privilégié la centralisation sur un site attractif qui offre aussi la pos sibilité d’installer une scène sur la place Cretin” , résume Ber trand Guinchard, l’adjoint pon tissalien au commerce et à l’économie. Éditorial Déserts
La patinoire tenue par l’office municipal des sports ne bouge pas de la place d’Arçon où l’on retrouvera le manège et 11 cha lets consacrés à la petite res tauration et aux produits ali mentaires. Une vingtaine de chalets s’égrènent tout au long de la rue Sainte-Anne. Une invi tation à découvrir des idées cadeaux et des produits gour mets. 70 % des exposants sont francs-comtois. Inimaginable de ne pas penser au Père Noël qui sera bien entendu présent au studio photo installé dans le hall de la mairie. Il participera aussi avec son char à la grande parade de Noël qui traversera le centre-ville le dimanche 21 décembre. Une
déambulation conçue autour du thème enchanteur de la ban quise. De nombreuses anima tions gratuites (atelier pâtisserie, cadeau hivernal, sculpture sur
ballon, maquillage) compléteront cette expérience festive au cen tre-ville. Accès gratuit pour un Noël placé sous le signe du par tage et de la convivialité. ■
Le marché de Noël s’invite à Pontarlier du 12 au 24 décembre (photo Ville de Pontarlier).
niers, tiraillés par l’atomisation des pra tiques de lecture, malmenés par l’accapa rement des recettes publicitaires aux mains des géants du numérique souffrent jusqu’à disparaître dans certains secteurs (le nord de la France en est uns illustration) qui deviennent ainsi des déserts médiatiques dans lesquels les citoyens n’ont donc plus accès à une information de proximité fiable. La vaste enquête menée par la Fondation Jean-Jaurès a donc permis d’évaluer l’im pact d’une baisse de la consommation des médias sur la vitalité démocratique locale et l’engagement des citoyens à l’échelle de leurs territoires. Souvent vilipendée, parfois à juste titre, la presse locale continue pour tant à jouer un rôle fondamental dans la stimulation du sens critique et citoyen. D’autant plus capital au moment où défer lent sur les écrans des butineurs de l’in formation des fake news issue des réseaux sociaux ou générées par l’I.A., et souvent relayées par la sphère complotiste. ■ Par le directeur de la rédaction Jean-François Hauser
breux et diversifiés sur un territoire et plus les citoyens de ce même territoire exercent par exemple leur droit de vote. “Par leur proximité géographique et sociale avec les citoyens, ces médias reflètent les préoccupations locales, donnent de la visi bilité aux enjeux territoriaux et racontent des histoires souvent ignorées à une échelle plus large” explique ainsi la Fondation. C’est ce qu’à sa modeste échelle, La Presse Pontissalienne et ses confrères de la presse locale tentent de faire à l’échelle du Haut Doubs dans un contexte pourtant peu favo rable à la pluralité des opinions et où la tendance est plus à la binarité des débats qu’au foisonnement d’idées et aux confron tations de points de vue sereines. L’infor mation tient en effet un vrai rôle citoyen quand elle sait éclairer le débat pour ainsi, à son échelle, aider les citoyens dans leurs prises de position ou de décision. Ce schéma vertueux est pourtant à la peine là où la présence des médias s’effiloche. Ces der
Directeur de la publication : Éric TOURNOUX Directeur de la rédaction : Jean-François HAUSER est éditée par la société “Publipresse Médias” Rédaction et publicité: 03 81 67 90 80 E-mail: redaction@publipresse.fr S.I.R.E.N. : 424 896 645
S e dirige-t-on vers l’instauration de déserts médiatiques en France? C’est-à-dire de zones où les médias locaux disparaissent l’un après l’autre, un phénomène qu’on constate dans certains secteurs des États-Unis, où l’opinion publique n’est ainsi plus informée que par les réseaux sociaux et les chaînes d’infor mation nationales. Une enquête passion nante est consacrée à ce délicat sujet par la Fondation Jean-Jaurès, un think tank français reconnu d’utilité publique, qui s’interroge sur cette question fondamen tale: “La démocratie peut-elle survivre sans médias ?” Les enseignements de cette vaste étude sont nombreux. Elle tend notamment à démontrer que les écosys tèmes médiatiques riches et indépendants sont associés à des démocraties en bonne santé. Plus les médias locaux sont nom
Rédaction : Frédéric Cartaud, Thomas Comte, Jean-François Hauser, Laurine Personeni.
Mise en page : Olivier Chevalier Conception pubs : Éloïse Perrot.
Équipe commerciale : Maëliss Aumaitre, Anne Familiari, Anthony Gloriod.
Crédits photos : La Presse Pontissalienne, David Cesbron, Marc Jardot, Antoine Poupel Zingaro, Région B.F.C., Johann Rousseau, Ville de Pontarlier. Imprimé à Nancy Print - I.S.S.N.: 1298-0609 Dépôt légal : Décembre 2025 Commission paritaire : 0227 D 79291
4 Pontarlier
La Presse Pontissalienne - Décembre 2025
VUILLECIN Un magasin en rez-de-chaussée
La ferme-hôtel de la Vrine reconvertie en meublés de tourisme Cette plantureuse bâtisse vient (enfin) de trouver un acquéreur en la personne de Jean-Louis Gagelin qui va y aménager entre 25 et 30 meublés de tourisme. De quoi proposer des solutions de logements à toutes personnes : apprentis, stagiaires, salariés en période d’essai à la recherche d’un hébergement provisoire.
É tonnant de voir un tel bien resté aussi long temps disponible sur un territoire où les promo teurs sont particulièrement réac tifs pour saisir de telles oppor tunités susceptibles de contenir quelques dizaines de logements. Sauf que le bien en question est situé en zone de classement tou ristique. Cette spécificité ne per met pas de faire de l’habitat où l’on peut se domicilier et où la commune doit alors assurer dif férents services : déneigement, ramassage scolaire… La piste d’une reprise en hôtel restaurant n’a pas trouvé beau coup d’écho et de candidats. La liste des prétendants tendait donc à se réduire. “En effectuant une visite par curiosité du bien à vendre, j’ai été agréablement
du Bricolage qui a confié les rênes du magasin à son fils Benoît a toujours la fibre entre preneuriale. Comme une seconde nature. “En tant qu’em ployeur, on a connu beaucoup de freins à l’embauche car les candidats n’avaient pas de solu tion de logement immédiat, à des prix loyers correspondant à ce que l’on peut gagner en étant en alternance, en début de car rière. Avec la Suisse, le problème ne fait que s’amplifier. La ferme hôtel de la Vrine peut répondre à ces attentes. Cet outil permet trait de loger de façon provisoire pas mal de personnes. En décou vrant ce potentiel, je trouvais dommage qu’il ne soit pas valo risé” , justifie l’ancien patron qui ne cherchait pas dans ce projet une source d’enrichissement
surpris de la qualité de la construction. Il y a des dalles à tous les niveaux. L'intérieur est très sain. Les chambres sont encore en bon état et bien équi pées. Cette ancienne ferme couvre une surface de 500 m 2 . Les 45
Entrepreneur dans l’âme, Jean-Louis Gagelin se lance dans ce projet avec l’ambition de satisfaire un besoin criant sur Pontarlier. “Il n’y a pas un objectif financier dans ma démarche”, explique-t-il.
chambres sont réparties sur trois niveaux au-dessus du rez-de-chaussée où se trouvaient la cuisine, les salles de restauration, l’accueil. Il y avait même un sous-sol qui abritait autre fois une disco thèque” , résume Jean-Louis Gage lin. À 66 ans, le créa teur de l’Entrepôt
Un nouveau challenge en phase avec les besoins du territoire.
personnel mais plutôt un nou veau challenge en phase avec les besoins du territoire. Il a choisi de travailler avec l’agence A.C.C.T. Basée à Pon tarlier et Besançon, c’est le résul tat de la fusion opérée en 2024 entre Archi+Tech et ArchiCréo. “Sans domiciliation, on peut aménager des logements sous forme d’appart-hôtel ou de meu blés de tourisme, ce qui permet de résider à la semaine, au mois
création d’un magasin de pro duits régionaux associé à de la restauration. “Cette affaire sera mise en location. Ce serait quand même dommage de ne pas pro fiter d’un flux de 20 000 véhicules par jour sur un tel emplacement.” L’acquéreur prévoit d’engager les travaux dans les mois à venir avec l’objectif d’accueillir les premiers occupants d’ici une bonne année. n F.C.
et au maximum sur une année. Rien n’est encore finalisé mais l’idée serait de partir sur des petits logements meublés, entre 25 et 30, avec cuisine, salle de bains, entrée indépendante.” Question tarifs, Jean-Louis Gagelin pense se positionner sur les prix du marché sans avoir les frais inhérents à la location d’un appartement. Toute la par tie en rez-de-chaussée aura une vocation commerciale avec la
SOLIDARITÉ Vente sur les marchés de Noël Des objets Made in Haut-Doubs vendus au profit des enfants de Haïti Le club des petites mains de l’association Louverture vers Haïti confectionne toutes sortes d’objets en tissu et en bois vendus en direct ou sur différents marchés de Noël. Les bénéfices sont reversés pour des structures qui s’occupent des enfants haïtiens. Partage.
C ette association rattachée au lycée professionnel Toussaint Louverture regroupe 47 mem bres. “Chaque année, en mars, on organise un repas haïtien servi au restaurant d’application du lycée” , rap
pelle Évelyne Bulle qui préside l’asso ciation Louverture vers Haïti. Un petit groupe composé de jeunes et actifs retraités se retrouve tous les jeudis après-midi chez les uns et les autres. Souvent une affaire de couple. “On
fonctionne en deux entités. La première est féminine et elle est axée sur la couture et le petit bricolage. Les hommes tra vaillent ensemble pour fabriquer des objets en bois” , distingue Évelyne. Ici, tout est fait maison et chacun se débrouille pour récupérer du tissu, de la laine, des lambris, des palettes, des chutes de bois. “On recycle un maximum en se limitant à l’achat du strict néces saire comme des clous, de la visserie, de la colle” , souligne Daniel Bully qui a toujours aimé bricoler et notamment le bois. La convivialité est de mise. Le résultat est vraiment joli avec les lutins, des crèches, des gnomes, de reproduc tions d’animaux de toute beauté. “On fabrique toute l’année en étant parfois aidé par les élèves du lycée” , complète Évelyne Bulle. Pour visiter l’atelier menuiserie, il faut se rendre au garage de Daniel Bully où se trouvent toutes les machines nécessaires pour fabriquer des sapins hélicoïdaux, des nichoirs, mangeoires, chouettes, reproductions symboliques de villages comtois avec les grandes fermes et les clochers caractéristiques de l’architecture locale.
Un riche aperçu du savoir-faire déployé par Marie-Line, Marianne et Évelyne dans la confection des objets.
S’il est possible d’acquérir toute l’année ces objets en contactant l’association, la grande saison des ventes débute en décembre. “On organise d’abord une vente le 6 décembre devant la boulan gerie la Charmille située rue de Salins à Pontarlier. Le lendemain, on est pré
reversés à destination de deux structures. On soutient ainsi une école où sont sco larisés 1 300 enfants. L’argent permet d’effectuer des travaux de rénovation, d’acheter de l’alimentation et de régler une partie des salaires des enseignants. On aide également une association qui intervient au profit des enfants de la rue. En 2023, on avait versé 11 000 euros, l’an dernier 9 000 euros” , précise Évelyne Bulle. Des sommes qui sont loin d’être négligeables dans un pays très pauvre. n F.C. Louverture vers Haïti louverture-vers-haïti@laposte.net Évelyne Bulle : 06 87 52 28 17
sent au marché de Noël de Mouthe.” L’association par ticipe ensuite au marché de Noël solidaire de Pon tarlier qui se tient les 13 et 14 décembre. La tournée hivernale se terminera au marché de Noël solidaire de Besançon où le club des petites mains tient un stand du 10 au 22 décem bre. “Tous les bénéfices sont
Le résultat est vraiment joli.
Nichoirs, chalets, sapins… Christian, Daniel et Daniel se retrouvent tous les jeudis après-midi pour travailler le bois.
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6 L’interview du mois
Décembre 2025
CONSOMMATION
Galerie Chateaufarine
“Avec une fréquentation à la hausse, la galerie se porte bien”
La galerie commerciale Châteaufarine à Besançon se transforme. Quand plusieurs cellules commerciales affichent des vitrines vides depuis quelques semaines, pour la plupart dues à la mauvaise santé financière de grands groupes de prêt-à-porter, d’autres enseignes ont rouvert. Le centre de Châteaufarine se porte bien, assure sa directrice Marie-Adeline Guignard.
A lors que la période de Noël, primordiale, débute, le centre commercial de Châteaufarine affiche plusieurs vitrines vides. Notamment plusieurs d’affilée avec les Stocks Américains, Naf Naf, Pimkie, Jennyfer ou encore IKKS Juniors qui ont fermé. Doit-on s’in quiéter de cette vacance ? Marie-Adeline Guignard : En réalité, il n’y a plus beaucoup de cellules vides. Il reste celle de Jennyfer, des Stocks Américains - fermés pour cause de retraite - et IKKS Junior. Elles sont soit en travaux soit en négociation. Dans l’an cienne boutique Pimkie, nous avons installé la boutique éphé mère Lego pour les fêtes de fin d’année. On avait fait une pre mière édition l’année dernière qui avait vraiment bien plu aux clients. Ensuite, c’est l’enseigne ID Kids, actuellement à l’une des entrées de la galerie, qui va démé nager dans cette cellule, reprendre le bail commercial pour devenir Okaïdi +. La marque se recentre sur le prêt-à-porter. Et nous avons comme beau projet de transférer la pharmacie, qui est historique mais un peu à l’étroit actuelle ment, dans la cellule ID Kids qui
est très grande. C’est notre gros projet de l’année prochaine. L’au tre gros défi est la commerciali sation de la cellule de Jennyfer. C’est un espace énorme de 750 m 2 . Nous sommes dans la négociation et les travaux devraient attaquer en début d’année. Ce sont deux défis majeurs car les deux cellules sont chacune situées aux entrées de la galerie. Enfin, la cellule qui abritait Naf Naf va à terme être divisée en deux pour accueillir deux boutiques. En attendant les travaux, un indépendant installe
du prêt-à-porter éphémère. C’est pour cette raison que finalement, nous avons très peu de vacance. Il faut noter que nous avons 7 ouvertures d’enseignes, comme Kiko Milano, Kraft, La Chaise longue, Balaboosté… Mis à part à Dijon, cette marque de bijoux et d’accessoires pos sède un seul maga sin dédié, et il est à Châteaufarine.
“On est la destination shopping de Besançon.”
Marie-Adeline Guignard a pris la direction du centre de Châteaufarine en septembre 2024.
Le centre compte combien de commerces et y a-t-il plus de franchises que d’in dépendants ? M-A.G. : Nous avons plus de 100 boutiques. Il y a beaucoup de fran chises et on a la chance d’avoir des indépendants. Je peux citer
ET DANS LE HAUT-DOUBS ?
Tour d’horizon
Météo commerciale : beau temps avec quelques nuages en cours de dissipation Comment se porte l’activité commerciale sur le bassin pontissalien ? D’une zone à l’autre, élé ments de réponses avec Denis Gérôme, le président de la fédération Commerce Grand Pontarlier.
nouvelle distillerie devrait s’installer dans le bâtiment abritant Espace seven, Rima et Grain de malice. La zone des Gravilliers est envahie par les panneaux de permis de construire. “Ici, ça explose. Tout est vendu, tout va démarrer ou sur le point de démarrer, ce qui n’empêche pas non plus que cer tains projets n’aboutissent pas. On sent quand même une grande dynamique sur cette zone.” Une tendance moins évidente à mesurer ou à voir au centre-ville où l’on dénombre une bonne vingtaine de pas-de-porte vides. Ce n’est pas toujours par manque d’attractivité. Il y a aussi la probléma tique des baux commerciaux parfois exorbitants au regard de la taille et de la modernité des locaux. Il y a toujours de renouvellement à l’instar d’Anne Laure Soth, la jeune influenceuse qui a ouvert sa boutique de bijoux et vête ments “Solor avenue” rue de la Répu blique. “Je pense qu’on est au bout des difficultés qu’on a vécues depuis trois ans malgré la fermeture de Naf Naf et
Casa qui ont laissé un vide.” D’un naturel optimiste, Denis Gérôme se montre quand même assez circonspect sur le timing de remplissage de la zone de l’Ambouchi située vers les Rosiers sur la commune de La Cluse-et-Mijoux. “Deux nouvelles enseignes à forte attrac tivité sont venues s’implanter, il s’agit d’Action et de la boulangerie Ange. On
ne conteste pas ces arrivées mais cela aurait été sans doute plus opportun après les aménagements routiers qui sont pro grammés sur la R.N. 57 dans le cadre du franchissement de la ville. Car aujourd’hui, cela génère un trafic supplémentaire qui amplifie encore l’effet bouchon si décrié en arrivant sur Pontar lier.” n F.C.
La problématique des baux commerciaux parfois exorbitants.
I l suffit de circuler le samedi autour des zones commerciales pour consta ter qu’elles génèrent toujours beau coup de mouvements au regard du trafic routier souvent très dense en fin de semaine dans et autour de la cité pontissalienne. Notamment sur la zone Hyper U qui reste une référence en termes d’attractivité et de remplis sage au niveau des enseignes. “Tout est occupé sur cette zone dynamique qui manque peut-être de diversité dans l’offre. On ne trouve pas, par exemple,
d’enseigne de meubles ou un restaurant digne de ce nom. Au niveau de l’extension, c’est aussi limité car il n’y a plus de fon cier disponible” , indique Denis Gérôme. À Houtaud, le climat s’est nettement amélioré dans cette zone qui a retrouvé un dynamisme nettement supérieur à ce qu’il était il y a dix ans. L’offre globale reste stable. “On observe un bon renou vellement dans les cellules à l’intérieur de la grande surface. On note aussi le développement d’une petite zone en face de l’hôtel d’entreprise la Belle Vie sur
la route allant à Dommartin. Comme à Doubs, les possibilités d’agrandisse ment de la zone autour de Leclerc sont contraintes par le foncier.” La zone des Grands-Planchants affiche aussi une belle activité commerciale avec l’offre sans doute la plus diversifiée. Peu de vacance à signaler dans les locaux. Au centre commercial des Grands Bois, l’enseigne Jennyfer a été remplacée par Célio. De nouveaux occu pants sont attendus à la place de Bois et Massif et de Nature et Parquets. Une
L’interview du mois 7
Décembre 2025
vrai atout de proposer des services aux clients, parce que c’est un confort d’achat. Et puis, nous souhaitons proposer un lieu de vie. Aujourd’hui, il existe un projet de retravailler la galerie et le parcours client, la signalétique, les zones de repos et enfant. La galerie est belle, très simple, on aimerait lui appor ter un peu de chaleur et en faire un lieu de vie. Cette ambition de faire de la galerie un lieu de vie est-elle une façon de contrer le e-commerce ? M-A.G. : Oui car c’est avoir une expérience unique et différen ciante. Que les clients passent un bon moment, qu’ils trouvent leur offre commerciale mais qu’ils pro fitent aussi de jeux pour les enfants, d’un bon repas en ter rasse, qu’ils aient le temps de s’installer et de se reposer avec des bornes de recharge, etc. La Galerie Châteaufarine change aussi d’identité pour devenir un shop park. Le G affiché sur la façade va disparaître. Qu’est-ce que ça change concrètement pour le consommateur ? M-A.G. : Nous repositionnons nos centres commerciaux sur des cen tres de proximité. Nous ne sommes pas des immenses centres commerciaux mais nous ne sommes pas non plus en centre ville. Nous sommes des centres de proximité, accessibles, où l’on trouve de tout. En parlant d’accessibilité, les fréquents bouchons qui encombrent les alentours de la galerie freinent les clients. Quelle marge de manœuvre avez-vous pour améliorer cet état de fait ? M-A.G. : On collabore avec les ser vices d'urbanisme sur les sujets d’accessibilité du site et de la voi rie. C’est important et primordial pour nous, pour les clients de la zone complète et les habitants. Nous avons par ailleurs près de 1500 places de parking, il en manque encore un peu. À certains moments, comme les fêtes de fin d’année, il peut être saturé. On voudrait également travailler la facilité du parking et l’optimiser car il y a encore quelques espaces où l’on peut recréer des places. La période de Noël débute, importante pour tous les commerces. Quelle est la part de la consommation sur cette période par rapport aux restes de l’année ? M-A.G. : La consommation sur les mois de novembre et décembre est effectivement très significative par rapport au reste de l’année. En revanche, il m’est difficile de fournir un pourcentage précis, les variations étant très fortes selon les secteurs d’activité. La période de Noël débute vraiment vers le 25 novembre après le Black Friday qui est aussi une grosse opération commerciale. Plusieurs animations sont programmées, comme une balade en petit train dans la galerie les 15 premiers jours de décembre, des ateliers pour les enfants, des parades, etc. n Propos recueillis par L.P.
centre commercial en centre com mercial. Nous avons des boutiques vacantes qui permettent de l’ac cueillir. On profite du turnover pour accompagner ces concepts qui sont nouveaux et fonctionnent très bien. Nous avons aussi des commerçants spécialisés dans l’éphémère stand. Quel impact a eu l’installation d’Inter marché en lieu et place de Géant Casino, qui a été inauguré le 10 novembre der nier ? M-A.G. : Un impact positif. Inter marché a été inauguré le 10 novembre, les travaux engagés depuis janvier 2025 se terminent. Dès le lendemain, Intermarché a eu une belle croissance sur ces chiffres et nous faisons une très belle semaine à + 5 % de trafic dans la galerie. Intermarché pro pose une offre ultra-moderne avec beaucoup de fait maison. La sur face de vente a été diminuée pour installer plus de laboratoires. M-A.G. : On est la destination shop ping de Besançon, de par une offre hyper-variée avec plus de 100 boutiques, et un parcours shop ping très simple. Et les animations mises en place pendant les périodes de vacances fonctionnent. Les gens ne viennent pas que pour faire du shopping. À la Tous saint, l’escape game Spider Inva sion a été très apprécié par les enfants, il y avait tous les jours des files d’attente. On a un beau volume de trafic, en progression. Nous sommes ultra-ancrés loca lement. Tous les Bisontins vien nent au moins une fois consom mer à la galerie, on a une clientèle très fidèle. On a aussi une clientèle qui vient du Haut-Doubs et de la Suisse. Quelle est la zone de chalandise ? M-A.G. : On a une zone de chalan dise de moins de 10 minutes où tout le monde consomme chez nous, ou en tout cas, on a un taux très élevé. Après, il y a le Grand Besançon. On attire également des clients de la Haute-Saône parce qu’il n’y a pas de centres commerciaux, que des retail parks (une succession de magasins sans parties communes, N.D.L.R.). Et des gens du Haut-Doubs. Et la fréquentation ? M-A.G. : Je ne peux pas donner de valeur précise mais ce que je peux dire, c’est que la galerie est en progression de + 0,8 % depuis le début de l’année. On est ravis parce qu’on peut entendre depuis le Covid que les centres commer ciaux vont mal. Ici, on se porte bien. Qu’est-ce qui manque dans la galerie ? M-A.G. : On aimerait développer la partie services. On peut ima giner des pressings, un service de retouche couture, un cordon nier. Il ne faut pas oublier qu’on a un cabinet médical avec deux généralistes. Avec l’agrandisse ment de la pharmacie, ce sera un Qu’est-ce qui rend la galerie de Châ teaufarine attractive ?
Le G va bientôt disparaître de la façade, en lien avec le changement d’identité de la galerie.
Hafnium qui est très local. La propriétaire de la marque a fait plusieurs boutiques éphémères ici avant de prendre un bail com mercial. Hafnium a ouvert en mai dernier dans la cellule occupée précédemment par San Marina.
M-A.G. : Effectivement, nous avons de plus en plus de concepts éphé mères, ou plutôt des concept stores qui permettent aux com merçants d’être plus agiles par rapport aux tendances qui vont très vite. Par exemple, on a fait
On est ravis parce que cette bou tique de prêt-à-porter homme premium sur mesure nous permet de créer la différence. Les boutiques éphémères sont-elles de plus en nombreuses ?
une opération Sneakers corner en octobre en même temps que la braderie. Il s’agit d’un concept store avec du streetwear et essen tiellement de la basket vintage, unique qu’on ne trouve pas dans les franchises. Il se déplace de Le chiffre 850 commerces et artisans sur le Grand Pontarlier La Fédération Commerce Grand Pontarlier a identifié 850 commerces et artisans sur le bassin pontissalien, soit une progression d’environ 30 % sur 10 ans du nombre d’établisse ments, preuve de l’attractivité tou jours forte du Haut-Doubs pontis salien. n “Aujourd’hui les quatre zones commerciales du Grand Pontarlier sont à peu près remplies”, constate Denis Gérôme, le président de la fédération Commerce Grand Pontarlier.
8 L’ÉVÉNEMENT
Décembre 2025
La littérature régionale séduit toujours
Les prix Marcel-Aymé et Lucien-Febvre remis le 8 décembre, respectivement à Noham Selcer et Sébastien Freidig par l’A.L.A.C., l’association du livre et des auteurs comtois. Un exemple qui illustre que la littérature et les auteurs régionaux continuent à bien se porter, malgré une petite morosité des libraires. Rencontres.
l Livres régionaux Quel état du marché ? Les livres et auteurs régionaux ont la
Les auteurs régionaux plaisent-ils toujours autant ? Alors que les maisons d’édition reçoivent toujours de nombreux manuscrits d’auteurs, les lecteurs restent fidèles aux livres régionaux. Seul bémol : une petite morosité du côté des libraires.
F ortes de leurs 50 ans d’exis tence et d’expérience, les Édi tions Cêtre ont vu évoluer le marché et l’intérêt des livres et auteurs régionaux. Un constat d’abord : le roman de terroir a perdu un peu d’intérêt aux yeux des lec teurs. Les incontournables livres d’André Besson ou encore de Marie-Thérèse Boi teux se vendent moins. “Les auteurs sont moins actifs, relève Évelyne Cêtre. Et on marche beaucoup à la nouveauté.” A contrario, de jeunes auteurs, très actifs sur les réseaux sociaux, attirent les lec teurs. “On sent bien un public pour les auteurs régionaux, le lectorat les suit.” Les Éditions Cêtre, spécialisées dans les ouvrages sur le Franche-Comté, éditent entre 400 et 1 000 exemplaires, selon le type de livre. Le nouveau livre de Billy Fumey, engagé sur la défense des langues régionales, a été édité à 400 exemplaires. Quand celui d’Anthony Soares sur la Franche-Comté dans le monde a été imprimé à 700 exemplaires. Il faut dire que son précédent ouvrage Le Top 50 des pires gags et gaffes de nos ancêtres
Philippe Koeberlé, des éditions Coxigrue, spécialisée dans les romans de la nature.
francs-comtois a été un gros succès, les 1 000 exemplaires ont été vendus. “Les lecteurs ont un intérêt plus accentué sur les documents que les romans, remet Évelyne Cêtre. Tout ce qui a trait à la Seconde Guerre mondiale plaît énormé ment.” Enfin, la petite collection Poche
des éditions Cêtre, qui comprend des ouvrages intemporels, séduit toujours autant : Recettes de la table franc-com toise, le best-seller Cartes et légendes de Franche-Comté, Proverbes et dictons francs-comtois, La Franche-Comté mys térieuse et miraculeuse de Brigitte Roche
L’événement 9
Décembre 2025
l Haut-Doubs Édition la Belle Terre “Dehors” récompensé aux
Zoom “L'édition régionale, c’est très compliqué”
“Rendez-Vous du carnet de voyage”
P as vraiment un récit chrono logique, pas vraiment une série de croquis sur un voyage par ticulier, “Dehors” sort des sen tiers battus. Ce livre d’aquarelles et de textes poétiques offre la particularité le cadre des 25 èmes Rendez vous du carnet de voyage. Ce carnet de voyage illustré par Corinne Salvi sur des textes de Christian Begin a remporté le Grand prix de la fondation d’entreprise Michelin discerné le 15 novembre dans
de se lire dans les deux sens avec une version estivale de périple à vélo et son pendant hivernal à skis de randonnée. La destination est la même en mettant le cap sur des contrées scandinaves, à la rencontre de terres encore préservées du brouhaha urbain et où l’hiver est encore recouvert de son blanc manteau même si son épaisseur souffre aussi du réchauffement climatique. Chaque été depuis des années, Corinne Salvi et son mari Stéphane voyagent à vélo. Ils partent plusieurs semaines souvent dans le nord de l’Europe : Dane mark, Pays Baltes, Angleterre… “On
allait avec les enfants quand ils étaient petits, en couple ou avec des amis” , explique Corinne Salvi, graphiste et illustratrice indépendante. Accompa gnateur en moyenne montagne, Chris tian Begin partage aussi ce goût de l’iti nérance dans une nature authentique et inspirante. “On se connaît depuis très longtemps. On voyage de la même manière. Je lui ai demandé s’il accep terait d’écrire sur mes dessins” , poursuit l'illustratrice qui ne part jamais sans ses crayons et son appareil photo. De quoi offrir de la matière pour réaliser cet ouvrage à double entrée sur l’art de nomadiser. Tout tient sur le vélo ou dans la pulka. Comme un retour aux sources de l’humanité au temps des chasseurs-cueilleurs qui s’encombraient du minimum pour se déplacer au rythme des saisons, des migrations. S’orienter, chercher de l’eau, choisir sa place de bivouac, déplier la tente, accepter la sobriété et l’inconfort, improviser, s’adap ter, savourer les rencontres… De pages en pages défilent les aquarelles et les photographies accompagnées des textes, le tout mis en page par Corinne Salvi. De belles rencontres humaines, végétales et animales. De la contem plation, de l’introspection. Du froid, des aurores boréales, des pannes méca niques. Des souvenirs à gogo. “On voulait faire rentrer les gens dans les émotions et les sensations qu’on éprouve quand
on voyage de cette manière. C’est une forme d’éloge de la lenteur. Comme on n’a pas d’autre choix que de prendre son temps, on entend tout, on sent tout. En hiver, on part souvent deux semaines en Scandinavie. On se déplace avec les skis et la pulka de cabane en cabane. Les conditions climatiques imposent alors de se mettre à l’abri, de se maintenir au chaud, de refaire la provision de bois en pensant à ceux qui viendront après nous.” Sans trop y croire, les deux auteurs ont inscrit “Dehors” au concours des Ren dez-vous du carnet de voyage. Cet évé nement est organisé par l’association
Graphiste de formation, Corinne Salvi a toujours vécu de ses travaux pour illustrer ses projets ou ceux d’autres auteurs. Elle a géré pendant une dizaine d’années sa propre maison d’édition “La cabane sur le chien”. Une expérience enrichissante mais finalement pas assez rentable pour en vivre. “L’édition régio nale, c’est très compliqué, surtout quand on veut faire travailler les gens du coin”, estime celle qui effectue aussi beaucoup d’interventions en milieu scolaire, en cours d’arts plastiques. n Dehors Textes Christian Begin, illustra tions et photos de Corinne Salvi Éditions La Belle Terre Corinne Salvi illustre, met en page pour elle ou pour les autres des livres et toutes sortes de supports graphiques.
Il Faut Aller Voir qui défend une forme de voyage privilégiant l’au tonomie et l’indépendance en permettant de s’éloi gner du tourisme de masse au profit d’une approche très centrée sur l’homme, la découverte et le respect des différences. 85 ouvrages étaient inscrits au Grand prix de la fon dation d’entreprise Miche lin. “On a été retenu parmi les cinq nommés. C’est une très bonne surprise” , appré cie Corinne Salvi, ravie de ce coup de projecteur. n F.C.
Un ouvrage sur l’art de nomadiser.
Christian Begin et Corinne Salvi ont reçu le prix de la fondation d’entreprise Michelin aux Rendez-vous du carnet de voyage.
l Zoom Les nouveautés des deux maisons d’édition
cote
L es éditions Coxigrue viennent de sortir le nouveau roman du Franc-Comtois Olivier Del bard. Le pays d’avant retrace la vie de Ziad, jeune étudiant en médecine libanais, déchiré entre la France et le Liban. Il quitte son pays natal en pleine guerre pour un exil sans doute sans retour. Frappé par un drame familial, il tente de se reconstruire au contact de la nature du Haut-Jura et de celle de l’île d’Ouessant. L’auteur a été retenu pour le salon de littérature franco
phone de Beyrouth, son der nier livre Le Pays d’avant a été sélectionné pour le prix de littérature franco-libanais 2025. Aux éditions Cêtre, ce sont deux nouveaux livres qui vien nent compléter la collection. Anthony Soares, doctorant en histoire à l’Université Marie et Louis Pasteur, sort un ouvrage sur les Francs-Com tois à l’étranger, La Franche Comté dans le monde - Le rayonnement d’une région à l’étranger. Au fil des 130 pages, l’historien raconte les œuvres du Jurassien Auguste Poin telin conservées au Japon, aux limonades Rième vendues dans le monde entier, en pas sant par une fabrication arti sanale de cancoillotte au Mexique. L’occasion de décou vrir la Franche-Comté sous un autre angle. Enfin, Billy Fumey, connu pour sa traduc tion en patois comtois du Petit Prince de Saint-Exupéry, signe un ouvrage engagé sur la défense et la mise en valeur des langues régionales, Com prendre les langues régionales de Franche-Comté, le franc comtois et l’arpitan. Un guide des 850 prénoms francs-com tois clôt l’ouvrage. n
morosité par rapport aux années pré cédentes. Les librairies commandent moins. Au lieu de prendre 20 exemplaires, elles n’en prennent plus que la moitié” , relève Évelyne Cêtre. Philippe Koeberlé, des Éditions Coxi grue, fait le même constat. Toutefois, si les librairies dans le Doubs jouent très bien le jeu et commandent plusieurs ouvrages aux éditions Coxigrue, c’est loin d’être le cas à Dijon et en Côte d’Or. Et ce malgré la publication d’ou vrages d’auteurs bourguignons. “On a un lectorat, apprécie l’auteur de la série Séverin Ménigoz. Les gens ne connaissent pas l’auteur mais achètent parce que c’est un livre Coxigrue.” Spécialisée dans le roman nature, la maison d’édition bisontine inscrit son 17 ème livre dans sa collection, Le Pays d’avant, d’Olivier Delbard. Sur 8 prix littéraires, 6 ont primé un roman Coxi grue. Depuis 2011, et la parution de son premier livre Autopsie d’une truite, Philippe Koeberlé continue d’en vendre. “C’est incroyable” , commente l’auteur. Participant à plusieurs salons littéraires, ce dernier sent bien l’attachement des lecteurs et la notoriété des auteurs régionaux. Présents dans les librairies de la région mais également partout en France grâce à une plateforme de vente, les livres Coxigrue s’exportent hors les frontières régionales. Entre 200 et 300 livres sont vendus hors B.F.C. n L.P.
Évelyne Cêtre, des éditions Cêtre, qui fêtent leurs 50 ans.
landet… Si la littérature régionale plaît, en témoigne les beaux succès des salons littéraires, en premier lieu celui de Gellin qui affiche toujours plus que complet, le frein vient un peu plus du côté des librairies. “On sent une petite
La couverture du livre d’Olivier Delbard, Le pays d’avant, reprend une illus tration de l’explosion du port de Beyrouth en 2020.
Anthony Soares a sorti le livre La Franche-Comté dans le monde - le rayonnement d’une région à l’étranger.
10 L’événement l Roman policier
Décembre 2025
l Haut-Doubs Houtaud, Vuillecin, Dommar tin Un petit tour Au détour du Drugeon… Écrit par Frédéric Delgrandi, Laurent Favre, et Arlette Felder, le livre raconte de façon originale, simple et drôle l’histoire des trois villages qui composaient jadis une seule et même seigneurie.
Michel Deniset
À l’ombre des fruitières Après Nuit funeste au château de Braville, le Haut-Doubiste Michel Deniset sort un second roman
policier dont l’intrigue se déroule sous le règne de Napoléon III au sein des fruitières jurassiennes.
“J’ ai toujours été attiré par les films et les romans poli ciers” , justifie l’ancien pro viseur revenu vivre dans son village de Brey-et-Maison-du-Bois. De sa for mation scientifique, il a gardé le l’esprit rationnel qui alimente son plaisir de construire des intrigues, de mener le lecteur sur des fausses pistes. Son pre mier roman mettait en scène des dis ciples de Charles Fourier. Cette organisation sociale est toujours d’actualité dans ce polar qui plonge le lecteur au cœur du système coopératif faisant l’originalité des fruitières juras siennes. L’histoire se passe près de Poligny au moment des élections légis latives. La campagne bat son plein et le candidat de l’opposition démocratique a de fortes chances d’être élu. Or un matin, son adversaire, favori de l’Em pereur, est retrouvé mort devant la fromagerie qu’il vient de faire construire. Arsène Aubry, chef de la
toute nouvelle brigade de gendarmerie est aussitôt chargé de l’enquête. Mais, entre querelles paysannes et conflit politique, saura-t-il dénouer les fils d’une affaire qui, à deux mois du scru tin, tombe très mal pour le pouvoir en place ? “Je suis parti de faits réels en m’inspirant par exemple de Wladimir Gagneur, ce riche propriétaire qui avait mis sa fromagerie à disposition des agriculteurs locaux. J’ai visité plusieurs fois ces villages pour m’en imprégner.”
T rois auteurs pour trois villages, c’est la logique qui a prévalu pour mettre en place ce projet. “Laurent Favre qui est aussi le maire de Dommartin était partant, tout comme Arlette Felder d’Houtaud nous a rejoints. On peut aussi associer au projet la biographe et prête-plume Sylvie Lemblé qui nous a bien aidés sur le volet écriture” , précise Frédéric Delgrandi passionné par l’histoire et les histoires de Dommartin. Assez logiquement, les trois auteurs ont décidé de suivre la trame chro nologique pour raconter leur village depuis les dernières glaciations jusqu’à aujourd’hui et même demain. “On tenait beaucoup à faire un livre d’histoire qui soit assez ludique et accessible en s’appuyant sur un nar rateur original qui est le Drugeon.” Une frise historique, de nombreuses photos, des petites rubriques Le
Autre souvenir cocasse avec l’annonce d’un attentat en 1950 sur la ligne du tacot qui n’était en fait que l’œuvre d’une bande de gamins ayant déposé des traverses au milieu de la voie. Un dernier pour la route avec ces odeurs persistantes de comté qui par fumaient la salle d’école située juste sous les caves d’affinage de la froma gerie voisine. À voir aussi les dessins de Yuriy Plakhty, artiste local qui a réalisé notamment la couverture et d’autres bâtiments et fontaines à partir de cartes postales. Une place importante est consacrée à l’histoire contemporaine dans ce livre de 196 pages. Fêtes villageoises, faits divers, arrivée du tacot, deuxième guerre mondiale, travaux de rectifi cation du Drugeon, l’histoire des fro mageries, des clubs, des marchands ambulants, la Saint-cochon… “On est allé recueillir le témoignage des anciens pour qu’ils nous racontent les choses avec leurs mots à eux.” Autodidacte, passionné d’histoire, Frédéric Delgrandi écrit pour le plaisir de garder une trace du passé. “Mon ambition première, c’est de transmettre à ceux qui nous succéderont.” Ce jeune cinquantenaire, cheminot de profes sion s’est lancé assez récemment dans l'écriture avec le livre “Pontarlier, ma gare d’attache”. Un vrai succès. “Ce projet m’a donné confiance. Ce livre sur les trois communes, j’en rêvais depuis très longtemps. Il a aussi fait l’objet d’une souscription. Pour moi, cela restera une aventure humaine et drugeonesque.” n
Passionné par l’histoire et l’analyse des faits sociaux, Michel Deniset vient d’écrire son second polar.
gresser. J’ai reçu des retours très positifs sur ce nouveau roman.” Ouvert sur la musique, l’histoire, Michel Deniset s’épanouit pleinement dans l’écriture. “C’est une richesse culturelle. À travers l’écriture, je ressens aussi une envie de gratification comme un artiste qui monte sur scène apprécie qu’on l’ap plaudisse.” Publié en auto-édition, son livre est vendu dans deux librairies pontissa liennes : la librairie Rousseau et le Temps d’un livre. On le trouve aussi à l’Intranquille à Besançon. n
“Je suis parti de faits réels.”
S’il se sent à l’aise dans la construction de son enquête, il admet qu’il avait encore du mal à don ner de l’épaisseur à ses personnages. “Comme dans le premier roman, je me suis fait accompa gner par Christiane Del phin. Cette spécialiste de l’écriture m’a aidé à pro
“Une aventure humaine et drugeonesque.”
l Pontarlier
Éditions Maïa
saviez-vous ? ou Le petit dico appor tent une touche dynamique et aérée à l’ouvrage. L’anecdote a toute sa place. L’histoire des cochons qui ont été embarqués par une inondation du Drugeon et qui ont été retrouvés quelques kilomè tres en aval tran quillement en train de manger au bord de la rivière.
Chamonice, et si on se mettait en marche Enseignant au lycée professionnel Toussaint Louverture à Pontarlier, Laurent Nourdin, montagnard sensible aux enjeux environne mentaux a effectué en 2024 une traversée pédestre des Alpes hors des sentiers battus. Cette expérience s’est avérée si enrichissante qu’il a décidé de la partager dans ce livre publié aux Éditions Maïa. Témoignage.
Chamonice ou le récit d’une aventure humaine de 400 km de long effectuée en 21 jours.
monix car cette région est très impactée par la fonte des gla ciers. Pourquoi arriver à Nice ? Dans le même ordre d’idée, mais en se référant alors aux sécheresses et à leurs conséquences sur le milieu : manque d’eau, risques d’incendie…” Ce péri ple pourrait s’apparenter à une sorte de marche du cli mat. “J’en profite pour signa ler que l’on vient de concevoir la fresque de la montagne jurassienne.” Parti le 6 juillet 2024, le mar cheur écologique arrivera à bon port 21 jours plus tard en ayant parcouru 400 km et 26 000 m de dénivelé posi tif. Soit des étapes quoti diennes d’environ 20 km par jour. “Je tenais beaucoup à me reconnecter à la nature avec l’envie de découvrir la montagne profonde, authen tique, loin des grands itiné raires de randonnée. La façon d’organiser mon parcours
m’a permis de passer par des vallées aussi perdues que somptueuses.” Laurent Nourdin opte pour l’autonomie complète, privi légiant le bivouac et prépa rant lui-même ses repas. “ Au départ, je n’étais pas parti pour écrire un livre mais au cours de ce voyage, j’ai eu la chance de rencontrer des familles italiennes d’une rare hospitalité. Ils m’ont accueilli avec bienveillance et c’est un peu dans ce cadre-là qu’a germé l’idée de témoigner, de faire partager. C’était comme une évidence.” Un chemin de Compostelle montagnard avec une dimension quasi spirituelle. “Je me suis aussi reconnecté à moi” , explique celui qui a refait l’été dernier une autre traversée alpine en partant cette fois du Jura. Comme quoi il n’est pas for cément nécessaire de partir à l’autre bout du monde pour s’épanouir. n
L e sport, la montagne, occupent une grande partie de ses loisirs. “J’ai commencé par accom pagner mes enfants quand ils allaient s’initier à l’esca lade au C.A.F. de Pontarlier. Je m’y suis mis également, la montagne est devenue une passion. J’ai passé mon diplôme d’initiateur en alpi nisme pour accompagner des groupes” , explique Laurent Nourdin. Ingénieur de formation, cet enseignant dans le technique est aussi devenu un fervent défenseur des causes envi ronnementales comme le réchauffement climatique, la biodiversité, la sobriété énergétique… “Je fais partie de plusieurs associations : le C.A.F., Selle vous plaît, Dura ble et Doubs qui anime la
fresque du climat… Pour sen sibiliser les gens, j’animais aussi des conférences sur le thème “Enrichissons nous, économisons…” Pour son plus grand malheur ou son plus grand bonheur, il a été victime d’un grave accident de vélo qui l’a contraint à l’immobilité pen dant plusieurs semaines. “J’ai vécu cette épreuve très positivement. Comme je rêvais depuis des années de faire la traversée des Alpes, cette pause m’a convaincu de concrétiser ce projet.” Sou cieux de rester en phase avec ses convictions, il décide alors de tracer une ligne droite entre Chamonix et Nice avec l’idée de respecter au mieux ce trait en s’appuyant sur le réseau de chemins existants. “J’ai choisi de partir de Cha
Toute l’équipe qui a participé à la réalisation de l’ouvrage avec debout de gauche à droite : Laurent Favre, Isabelle Cuynet, Sylvie Lemblé, Frédéric Delgrandi, Arlette Felder et, assis, Yuriy Plakhty. Au détour du Drugeon, si Dommartin - Houtaud - Vuillecin vous étaient contés… Édition D.H.V.
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