La Presse Pontissalienne 311 - Décembre 2026

Frasne - Levier 23

HAUT-DOUBS Violences dans le monde du spectacle équestre Emprise, harcèlement, violence… la face cachée du spectacle équestre

votre h Vitam

minez

hiver !

N 1 O

.99€ VELINE . A 99€ RANGE rigine I O g /k talie

Le directeur d’une compagnie équestre du Haut-Doubs est accusé de harcèlement moral et sexuel, et de violences sexuelles par 5 plaignants. L’audience au tribunal prévue initialement le 28 novembre 28 novembre est renvoyée au 6 novembre 2026. Pour autant, la parole commence à se libérer sur les violences subies dans ce milieu.

“Souvent, les gens de chevaux ont une sensibilité. Et à travers le succès, il y a aussi des ego surdimensionnés, sou ligne Élodie. J’ai fait beaucoup de com pagnies, on traite l’humain comme les chevaux, il y a une objectivation, c’est un outil de réussite.” “Pour les hommes de chevaux de la vieille école, les femmes sont considérées comme des juments” , abonde Charlotte. Les deux femmes racontent un méca nisme d’emprise bien huilé : à l’arrivée dans une compagnie, la personne (sous le statut d’intermittent ou de stagiaire) est adulée. Elle a l’impression d’avoir une énorme chance. “On fait profil bas quand on voit des abus parce qu’on ne veut pas subir la même chose. Et à la première contestation, on devient le bouc émissaire. Un climat de terreur est instauré.” Face à l’emprise, les victimes d’abus ne se rendent pas compte de la gravi tédes faits. Bien souvent, les jeunes rêvent d’apprendre, font tout pour per cer et sont éblouis par les plus âgés qui ont réussi. Illustration choquante : alors que toutes les femmes se font réveiller par un homme (reconnu dans le milieu du spectacle équestre) à coups de sexe sur le visage, tout le monde rit. Aucune femme, adulte ou mineure, n’a pris conscience de la gravité des faits. Les exemples, malheureusement, sont pléthores. Alors que Clovis* se blesse lors d’une répétition non déclarée, personne ne prend soin de l’emmener aux urgences. Il faudra attendre le lendemain pour qu’un collègue sur son jour de congé, le transporte. On le traite de mauviette de s’être blessé, “Tu ne sers à rien” , etc. Poussée à bout, Charlotte* a envisagé un moment de se casser une jambe pour pouvoir être arrêtée, “un truc hyper grave pour ne pas qu’on me le reproche…” Au-delà du harcèlement moral et sexuel, et des agressions, c’est bien tout un système de management toxique qui est dénoncé, où le droit du travail ne s’applique presque jamais. “Les chevaux, ce n’est pas une moto, il faut nourrir les chevaux de haut niveau cinq fois par jour, il faut balayer le fumier, etc. C’est un métier passion avec des petits salaires, 7 jours sur 7 sans vacances, sans dimanche. C’est une pas sion qui peut enfermer, on n’a plus de lien avec la réalité, précise Élodie. Sou vent, ce sont des huis clos à la campagne où on dort tous sur place avec les ani maux. Il faut être vigilant, il faut faire attention à garder le contact avec des jeunes femmes qui débutent dans une compagnie de spectacle équestre, à véri fier les heures qu’elles font, si elles sont bien logées. Bien souvent, on offre une caravane pour dépanner la jeune mais la caravane ne ferme pas à clé. Et à minuit, elle voit débarquer le patron…” C’est d’ailleurs après plusieurs expé riences d’un système abusif et toxique

L e spectacle équestre est-il en train de lancer son mouvement #Metoo à l’instar du cinéma en 2018 ? Une chose est sûre, la parole commence à se libérer. Harcè lement moral, sexuel, agressions, abus et dégradations des conditions de tra vail… Certaines personnes osent enfin raconter ce qu’elles ont vécu dans le milieu très fermé du spectacle éques tre. Le collectif “Balance ton spectacle équestre” s’est créé en août dernier et contribue à médiatiser les abus consta tés dans le monde du spectacle équestre (voir ci-contre). Le tribunal judiciaire de Besançon a ouvert un procès à l’en contre d’un directeur d’une compagnie équestre du Haut-Doubs pour harcè lement moral et sexuel et agressions sexuelles sur plusieurs périodes. Cinq plaignants se sont portés partie civile. L’audience, initialement prévue le 28 novembre, a été renvoyée au 6 novem bre 2026. Un délai d’un an, difficile à encaisser pour les parties civiles. “Un délai si long nous paraît surréaliste : lui pourra évoluer encore en toute impu nité pendant un an. Et nous, nous ne pouvons pas tourner la page, nous res tons dans l'angoisse et la crainte. Nous nous préparons à revivre ces moments

pré-procès hyper éprouvants une seconde fois…” , ont-elles confié. Si la tenue d’un procès dans ce type de cas reste rare, ces situations d’abus sont largement connues depuis de nom breuses années dans le milieu. Char lotte* et Élodie* ont accepté de témoi gner de leur expérience qui résonne avec beaucoup d’autres témoignages. Preuve encore de l’emprise et de la crainte exercée par les supérieurs hié rarchiques dans les compagnies de spectacle équestre, elles souhaitent rester floues sur certaines situations

Z.I la louvière - Tél. 03 81 25 Samedi : 9h-19h non stop Du lundi au vendredi : 9h-13 Épicerie Bio à SAÔNE

48 94 h et 14h-19h

Zoom “Balance ton spectacle équestre” dénonce les violences

dans différentes compagnies de spec tacle équestre, dans différents endroits du pays, que Charlotte a décidé de par ler. “ On minimise, on a honte. J’étais désemparée.” Il a fallu l’aide d’associa tions et de professionnels de la lutte contre les violences pour lui faire pren dre conscience que ce n’était pas de sa faute. Plusieurs victimes ont pu béné ficier du dispositif d’aide et de la cellule écoute de la mutuelle des intermittents, Audiens. Malgré tout, il existe tout de même quelques écuries bienveillantes. Plu sieurs femmes ont mentionné les écu ries de Chantilly, où le droit du travail s’applique vraiment. La compagnie équestre du château de Chantilly est dirigée par une femme, Sophie Bienai mée. Né en août, le collectif Balance ton spec tacle équestre (B.T.S.E.) préfère rester discret. Il regroupe des professionnels du spectacle équestre, de différents métiers (artistes équestres, techniciens, grooms, soigneurs de chevaux, chargés d'administration, de production, de dif fusion). “La création du collectif est née d'un premier constat, unanime parmi nous : le milieu du spectacle équestre est miné par ce genre de dysfonction nements (maltraitances et violences sexistes et sexuelles, N.D.L.R.) Nous avons tous(tes) été confronté(e)s à ces problèmes de violence de près ou de loin : victimes, témoins, ou du moins avons-nous toujours eu connaissance des abus systémiques, de la quasi “tra dition” de la maltraitance dans certaines compagnies, écuries, écoles… (et cela même dans les compagnies de grande renommée, dont certaines bénéficient de soutiens médiatiques et financiers parfois indécents). Le deuxième constat est que quasiment personne ne porte

Quant à la prochaine audience devant juger le directeur d’une compagnie du Haut-Doubs, les parties civiles ne demandent rien, si ce n’est une condam nation. Or, souvent, ce type de violences insidieuses est difficile à prouver. À titre d’exemple, en 2018, une plainte pour violences sexuelles sur deux sœurs, l’une mineure, l’autre majeure, visait le champion du monde de voltige éques tre Jacques Ferrari. En 2021, cette plainte a été classée sans suite, faute de preuves suffisantes pour ouvrir un procès. Il est bon de garder à l’esprit qu’un classement sans suite ne signifie pas que la plainte est irrecevable ou que les faits dénoncés sont faux. n L.P. plainte. Ou on n’en entend pas parler.” Le collectif dénonce le manque de soutien du milieu professionnel lorsque des plaintes sont déposées et l’immunité dont jouissent des agresseurs présumés. “Tout le monde sait et tout le monde se tait… Aussi, heurté(s) par ces récits, indigné(e)s par le silence de plomb qui pèse sur le milieu, nous souhaitons lever le voile sur ces pratiques, encore large ment répandues dans nombre de com pagnies, équipes artistiques, et dans ce secteur professionnel en général. Nous parlons ici des violences faites aux humains, le plus souvent aux femmes, ainsi que les violences faites aux chevaux. (...) Il s'agit également pour nous de “pré venir” la jeune génération qui souhaiterait s’engager dans ces métiers, car l’image qu’on en a est souvent très fantasmée, et la réalité tout autre.” Sur Instragram notamment, le collectif relaie des dizaines et des dizaines de témoignages pour médiatiser les abus du milieu. n

vécues, par peur d’être reconnues et de subir des représailles. D’au tres ont évoqué une “crainte viscérale de leurs agresseurs de leur capacité de nuire physi quement.” Reste que les mécanismes que décri vent Élodie et Charlotte sont répandus. Dans ce petit milieu sclé rosé, avec un “côté très patriarche, ce sont sou vent des hommes les patrons” remet Élodie, l’emprise est énorme, l’omerta omniprésente.

“Les femmes sont considérées comme des juments.”

De nombreux témoignages dénoncent le milieu toxique du monde équestre(Antoine Poupel-Zingaro).

*Prénoms d’emprunt

Made with FlippingBook flipbook maker