La Presse Bisontine 53 - Mars 2005
Jean-Claude Fornage : “Prendre des risques quand tout va bien” Q UINGEY Nouvelle activité, nouveaux emplois L’ÉCONOMI E P.S.P. à Quingey fabrique les moulins Peugeot qui ornent les tables et les plans de travail en cuisine. Ce secteur d’activité est en pleine croissance. Le point complet avec son P.D.G. sur cette aventure industrielle qui entre dans une phase de diversification.
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L a Presse Bisontine : Quel est le lien entre les automobiles Peu- geot et les moulins Peugeot ? J.-C.F. : En fait, nous sommes les ancêtres de lautomobile. Lhis- toire commence en 1810 avec la fabrication daciers spéciaux à Valentigney où les frères Peu- geot transforment le moulin familial en fonderie. Ils pro- duiront de loutillage à main, des armatures de robe à crino- line, des cycles, de loutillage ménager avec en particulier le moulin à poivre et le moulin à café, etmême des voitures. Lou- tillage est une activité qui est longtemps restée très forte chez Peugeot. En 1978-1980, la marque ren- contre quelques difficultés au moment du rachat de Citroën et de Chrysler. Elle décide de se séparer de ses activités annexes. Lensemble de loutillage y com- pris loutillage ménager a été vendu au groupe Stanley dont jétais le président français. Il était prévu quau bout de 5 ans, à partir de 1990, lesmoulins ne devaient plus être commercia- lisés sous la marque Peugeot. Mais en 1989, jai quitté Stan- ley en rachetant certaines acti- vités du groupe comme la fabri- cation demoulins à poivre. Mon objectif était de retourner voir Peugeot, afin dobtenir lauto- risation de continuer à exploi- ter la marque avec un contrat de licence. Nous avons établi une relation forte avec Peugeot. L.P.B. : Vous fabriquez tout dans le moulin ? J.-C.F. : Jusquen1997, nous avons fabriqué seulement le méca- nisme du moulin pour des habilleurs qui commercialisaient le produit. Par comparaisonavec
cants locaux, français, italiens, danois, et asiatiques. L.P.B. : Les moulins Peugeot sont renommés pour leur qualité, mais leur prix est élevé. Est-ce un handi- cap pour affronter la concurrence ? J.-C.F. : Le prix est un élément secondaire pour notre entre- prise. Pour nous, les priorités sont la qualité et la performance du produit équipé de méca- nismes garantis à vie. Nous ne pratiquerons jamais des tarifs bas de gamme. La clientèle est prête à mettre le prix dans un produit performant et fiable. L.P.B. : Que représente l’export dans votre activité ? J.-C.F. : 75%de la production est exportée. Cest important, mais ce chiffre a tendance à baisser depuis quon augmente notre présence sur le marché fran- çais. Nous exportons surtout en Europe,Allemagne en tête, dans tous les pays nordiques comme la Norvège où il y a 5 ans nous étions inexistants.Aujourdhui, ce pays représente 3 à 4% de notre marché. Il y a ensuite les U.S.A. et le Canada où Peugeot est leader . Au Japon, nous sommes très présents dans lhô- tellerie. EnAustralie et enNou- velle Zélande, nous avons aus- si des parts de marché. L.P.B. : Dans quelle région du mon- de allez-vous vous positionner ? J.-C.F. : Il nous reste à conquérir des régions comme lAsie, en particulier la Chine qui repré- sente unmarché potentiel équi- valent à celui de lEurope. Lac- cent est mis aussi sur les pays de lEst. Le problème est quon ne trouve pas sur place une structure suffisamment solide pour commercialiser nos pro- duits. L.P.B. : Les moulins Peugeot ont du succès. Sont-ils contrefaits ? J.-C.F. : La contrefaçon est mar- ginale. Les moulins sont copiés sur laspect,mais pas sur la fonc- tionnalité. Nous avons bien quelques procès en ce moment comme au Danemark. Les contrefacteurs sont surtout euro- péens. Néanmoins, je cherche des solutions pour lutter contre la contrefaçon. Notre meilleu- re défense, cest lattaque. L.P.B. : Chaque pays a une culture gastronomique différente. En tenez- vous compte dans le processus de création d’un moulin destiné à tel ou tel marché ? J.-C.F. : En fait, il y a des modes qui passent. Des produits qui fonctionnent très bien en Euro- pe seront tendance aux États- Unis un an plus tard. Par exemple, lesmoulinsnoirs laqués et inox ont été une révolution dans les pays nordiques ces deux
beaucoup de métiers et on ne peut pas être bon partout.Alors nous avons fait le choix de pri- vilégier lassemblage des mou- lins et contrôler ainsi la quali- té des produits. L.P.B. : Le moulin est un secteur où l’on innove beaucoup ? J.-C.F. : On sort deux nouveaux modèles par an. En fait, nous investissons de façon impor- tante sur le marketing , la recherche et le développement. Lannée dernière, lentreprise a créé un système qui permet sur un même moulin de choi- sir la moulure du grain, soit
lhorlogerie nous étions un peu comme les fabricants de mou- vements. Puis un de nos plus gros clients situé enAllemagne près deNüremberg, avec lequel on réalisait 60%de notre chiffre daffaires, a décidé de vendre son entreprise. Nous nous sommes porté acquéreurs et en 1999 nous avons rapatrié tou- te lactivité à Besançon pour maîtriser la fabricationduméca- nisme et lhabillage des mou- lins. Dans lemême temps, nous avons créé une équipe de ven- te structurée, un bureau détu- de et développement. Sans attendre, lobjectif a été de conso-
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très fine ou très gros- se. Nous aimerions généraliser ce systè- me à tous nos produits. Les moulins élec- triques avec une lumiè- re intégrée sont la der- nière génération. Cest un succès.
lider notre présence sur lemarché français qui représentait 15% de lactivité. Aujour- dhui, on réalise 5 fois plus de vente en Fran- ce quen 1999. L.P.B. : Comment expli- quez-vous ce rebond ? J.-C.F. : Tout notre tra-
“Nous produisons 2,2 millions de moulin par an.”
15 €
L.P.B. : Quelles sont les
tendances pour demain ? J.-C.F. : On soriente vers le mou- lin électrique et sur le système de réglage de la mouture. Peu- geot a déposé des brevets dans ces domaines ce qui nous assu- re une sécurité vis-à-vis de nos concurrents. Il y a 5 ans, je ne croyais pas à lélectrique. Nous vendions environ 4 000modèles par an, alors quaujourdhui, cest le produit numéro 1. L.P.B. : Combien de moulins produi- sez-vous ? J.-C.F. : On en produit 2,2 mil- lions. Ça progresse denviron 10%par an. En terme de chiffre daffaires avec 20millions deu- ros, nous sommes le leader mon- dial. L.P.B. : Quelle est la part occupée par le moulin à café ? J.-C.F. : Ce produit représente 3 à 4% du chiffre daffaires. Il y a un public pour cela. En sep- tembre, nous ressortirons un moulin à café de 1900. Je suis pratiquement certain quil aura du succès. L.P.B. : Comment expliquez que cet objet connaisse autant de réussite ? J.-C.F. : Le marché alimentaire évolue fortement vers des choses nobles. Les gens aiment accom- pagner la cuisine dherbes dif- férentes, à leur guise, quand ils le veulent. Le poivre par exemple est le produit que lon a besoin de moudre à linstant où on en a besoin. L.P.B. : Qui sont vos concurrents ? J.-C.F. : Nos principaux concur- rents sont aux U.S.A. et en Angleterre. Ils ont un chiffre daffaires légèrement inférieur au nôtre. Ensuite, il y a sur le marché une foule de petits fabri-
vail été de créer de nouveaux produits protégés par des bre- vets. On dépose 3 à 4 brevets par an. Cela va du mécanisme du moulin au système qui per- met de sélectionner la moutu- re que lon veut. On fabrique tous les mécanismes pour moudre du poivre, du sel de Guérande, de la muscade, etc. Nous maîtrisons en interne le design de la plupart des pro- duits et lélaboration du méca- nisme. L.P.B. : Vous contrôlez donc la fabri- cation du moulin de A à Z ? J.-C.F. : Non, on sous-traite lha- billage en bois à une société de lAin. Même chose pour linox. Nous sommes présents dans
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au monde. Justement, nous venons dinvestir 1million deu- ros dans de nouvellesmachines pour lancer la fabrication de scies, comme les frères Peugeot le faisaient en 1812. Une équi- pe de vente est opérationnelle pour commercialiser ce nouveau produit. Cest un pari que lon fait, mais un pari mesuré. Nous allons voir comment se dérou- le cette année et adapter cette nouvelle activité en fonction des résultats. L.P.B. : Vous investissez pour l’ave- nir ? J.-C.F. : Rester figer serait une catastrophe. Cest quand tout va bien quil faut prendre des risques calculés. On se lance dans loutillage à main sans négliger notre activité princi- pale quest le moulin. L.P.B. : Est-ce que le fait de porter le nom Peugeot profite à votre déve- loppement commercial ? J.-C.F. : Cest notre plus grande force par rapport à nos concur- rents. Par exemple, sur la côte Ouest des U.S.A., Peugeot est moins connue pour ses voitures que pour ses vélos. Ça nous aide beaucoup dans la commerciali- sation. Comme au Japon, il arri- ve que lon fasse des actions com- munes entre nous et Peugeot Automobiles. ! Propos recueillis par T.C.
dernières années. Pourtant, ils ne se développent quaujour- dhui en France. L.P.B. : Quel est le profil des consom- mateurs ? J.-C.F. : La plus grande partie de notre chiffre daffaires se fait dans le cadeau. Ce sont des gens qui vont dans une boutique ache- ter un moulin pour faire un cadeau. La secondepartie concer- ne lhôtellerie et la restauration. L.P.B. : Vous étiez avant à Besançon dans les locaux de Supérior rue de Vesoul. Pourquoi êtes-vous venus à Quingey ? J.-C.F. : Nous avons eu loppor- tunité dacheter les locaux Guy Degrenne à condition de reprendre 42 salariés de len- treprise. Nous avons accepté, et nous nous sommes installés ici il y a deux ans. On fabrique encore quelques couverts Guy Degrenne,mais nous allons stop- per cette activité à la findumois. L.P.B. : Combien de personnes employez-vous sur ce site ? J.-C.F. : Nous sommes 97 actuel- lement. Dix personnes supplé- mentaires vont être embauchées en bureau détude, marketing et vente essentiellement. L.P.B. : Le marché est croissant. Mais n’avez-vous pas intérêt à diversifier votre activité ? J.-C.F. : Nous sommes de ceux qui développons le plus de produit
Jean-Claude Fornage : “En termes de chiffre d’affaires avec 20 millions d’euros, nous sommes le leader mondial.”
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