La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
Le dossier 25
La Presse Bisontine - Décembre 2025
l Interview Le maire de Baume-les-Dames “Bien sûr qu’il faut continuer à aider les entreprises !” Arnaud Marthey, par ailleurs maire de Baume-les-Dames, vient d’être nommé à la tête de l’Agence économique régionale (A.E.R.). Il en explique le rôle et les objectifs.
La Presse Bisontine : À quoi sert l’Agence éco nomique régionale ? Arnaud Marthey: Son rôle principal est de favoriser le développement écono mique régional dans toutes ses dimen sions, en relation avec l’ensemble des communautés de communes ou d’ag glomérations de la région, les intercos ayant la compétence économique. Le deuxième volet des interventions de l’A.E.R., c’est directement auprès des entreprises de la région qui ont un besoin d’accompagnement, de la matu ration de leur projet, à l’acquisition d’un foncier en passant par l’accueil d’une entreprise extérieure à la région. Nous sommes aussi le relais de Busi ness France quand une entreprise étrangère a un projet d’implantation. L’A.E.R. a également une vision globale et d’analyse des zones d’activités sur l’ensemble du territoire régional. On en compte au total 700, sur 800 hec tares, mais 4 seulement proposent des parcelles de plus de 10 hectares. L’autre grande mission de l’A.E.R., c’est le financement de projets au bénéfice des entreprises, pour l’innovation, la robo tisation, la cybersécurité, etc.
L.P.B. : Vous êtes souvent au contact des entre preneurs de cette région en tant que président de l’A.E.R. Quel est leur moral actuellement ? A.M. : Il est bien sûr variable selon les secteurs d’activité et la taille des entre prises. Ce qui est extrêmement péna lisant pour elles en ce moment, c’est le contexte politique national qu’elles subissent toutes. L’incertitude, c’est le pire des maux pour l’économie. Ça freine les décisions, les investissements, les projets de croissance externe. Il faut impérativement qu’au niveau national on retrouve de la confiance et de la visibilité. Malgré tout, si on regarde les chiffres du deuxième tri mestre 2025, ils ne sont pas si mauvais que cela. Mais cet équilibre est fragile, il faut rapidement retrouver la confiance. Nos entreprises commencent à être concurrencées par des pays qui se portent bien, comme l’Italie par exemple. L.P.B. : Au niveau national, que pèse notre région Bourgogne-Franche-Comté ? A.M. : Le P.I.B. de notre région a pro gressé de + 4 % entre 2023 et 2024, il a dépassé les 91 milliards d’euros. On
L.P.B. : Les aides aux entreprises sont en ce moment assez critiquées. Faut-il les mainte nir ? A.M. : Le contexte national est en effet chahuté et cette question des aides directes aux entreprises fait débat, surtout quand on est dans des secteurs d’activités compliqués comme l’hydro gène par exemple, ou longs comme les biothérapies. Mais il est évident qu’il
Arnaud Marthey (à droite), nouveau président de l’A.E.R., aux côtés du président de la Région Jérôme Durain (photo Région B.F.C.).
faut que nos entre prises et nos filières soient aidées. Prenons le secteur automobile : il a été aidé à coups de milliards en Chine depuis plus de dix ans et c’est comme ça que l’industrie automobile chinoise a pris une telle avance. On ne peut pas sérieusement dire qu’il faudrait les arrêter ici ! Ma convic tion personnelle est qu’on doit bien sûr continuer à aider le développement de nos entreprises.
A.M. : Dans ce contexte, soit on se désole, soit on agit. Nous avons décidé de conti nuer d’agir. Après un premier plan d’aide de 24 millions d’euros au bénéfice de la filière et pour aider les entreprises qui étaient axées à 100 % dans l’auto mobile à réussir leur diversification dans d’autres branches, la Région remet dans les trois ans à venir 30 millions d’euros pour ces dispositifs d’accom pagnement et de diversification. Nous sommes sur un territoire où les entre prises ont de formidables compétences techniques et technologiques, il faut donc qu’on soit au rendez-vous en les accompagnant au mieux! n Propos recueillis par J.-F.H.
a donc encore de la croissance dans notre région. La B.F.C. est par ailleurs la 3 ème région de France à avoir la meil leure balance commerciale, elle est excédentaire de + 2 milliards d’euros. Notre région ne compte que 2,8 millions d’habitants, mais elle a encore une industrie forte. D’où l’importance de continuer à accompagner nos entre prises pour qu’elle reste une région de production. En termes d’emploi, nous restons la première région industrielle de France, on est donc loin d’être une petite région. L.P.B. : Avec tout de même des symboles forts comme l’automobile qui sont en grande souf france…
“L’incertitude, c’est le pire des maux pour l’économie.”
l A.E.R. Volet Innovation et recherche Les leviers de l’innovation Mot souvent galvaudé, l’innovation est sur toutes les lèvres dès qu’il s’agit
L’A.E.R., via son pôle Innovation et
de pérenniser une entreprise. Comment innover ? Sur quoi ? Quelle innovation ? Quels leviers ? L’entreprise artisanale Jiriba installée dans le Val d’Usiers partage son expérience.
recherche, anime des ateliers
B ien souvent, l’innova tion est mal comprise ou vue uniquement sous le prisme de l’in novation technologique. Del phine Vanhoutte, cheffe de pôle Innovation et recherche au sein de l’Agence économique régio
collectifs, comme ici la fresque de l’innovation (photos A.E.R. B.F.C.).
nale s’attelle à démonter ces idées reçues auprès des entre prises. “Certaines entreprises peuvent être frileuses, car elles s’imaginent beaucoup d’inves tissement, du temps. Il y a aussi un côté flou : pour certains, ils n’innovent pas alors que si. Ils
font des choses que personne d’autre ne fait. Certaines entre prises sont dans l’attentisme, ou ce n’est pas leur priorité. Innover, c’est se différencier des concur rents et avoir un coup d’avance.” L’innovation peut être techno logique, mais aussi organisa tionnelle, commerciale, sociale, de produit, service ou d’usages, etc. Le pôle de Delphine Vanhoutte intervient dans la recherche de finances, de prestataires, dans l’accompagnement technique, dans le conseil. “On aide à ins truire le dossier pour la subven tion Presta’Inno, poursuit-elle. Cette subvention permet de financer des prestations externes, d’aider les entreprises à lever les premiers verrous pour voir si un projet est viable. Il peut y avoir des actions d’idéation, comme un prototypage, des études tech nologiques. Notre rôle est de véri fier l’éligibilité du projet avant de soumettre le dossier aux finan ceurs que sont la Région et la B.P.I. (Banque publique d’inves
tissement).” Le pôle propose aussi le Lab Innovation. Des experts se réunissent pendant une ses sion de 2 heures pour trouver des solutions à une probléma tique de l’entreprise.
“Afin de valoriser les brisures de noix de cajou non intégrées dans le procédé actuel, nous avons souhaité développer une gamme innovante de produits végétaux à base de noix de cajou, tels que des desserts et produits vegan, témoigne ainsi Koreissi Touré, dirigeant de la société. Pour cela, nous avons bénéficié du dispositif d’accompagnement à l’innovation Presta’Inno, qui a permis d’initier une collabo ration avec un acteur local spé cialisé dans la recherche et le développement agro-alimentaire, l’E.N.I.L.E.A. Mamirolle. Grâce à ce partenariat, nous avons pu affiner les processus de formu lation de nos veghourts et valider des solutions techniques. L’ex
périence de la Presta’Inno a été particulièrement positive grâce à la simplicité administrative du dispositif. Nous avons pu bénéficier d’un remboursement rapide de 70 % de la prestation après l’envoi des rapports et fac tures, ce qui nous a permis de se concentrer sur la partie inno vation. Le Lab Innovation, un autre dispositif régional, a éga lement été essentiel pour valider des solutions de packaging adap tées aux produits frais et ultra frais, avec une forte exigence en termes de durabilité et de normes environnementales.” Sur un an, le pôle Innovation et recherche a accompagné 120 entreprises. n L.P.
Installée au Val d’Usiers, l’entre prise Jiriba est spécialisée dans la torréfaction de noix de cajou, issues du Mali. L’entreprise familiale et arti sanale a béné ficié de deux aides à l’inno vation : la Presta’inno et le Lab innovation.
L’innovation n’est pas seulement technologique.
Les dirigeants de l’entreprise Jiriba ont été suivis par les services de l’A.E.R.
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