La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
24 LE DOSSIER
La Presse Bisontine - Décembre 2025
DANS UN CONTEXTE COMPLIQUÉ, L’INDUSTRIE LOCALE Y CROIT TOUJOURS
Avec une croissance atone et une incertitude politique qui pèse sur leur moral, les industriels du Grand Besançon tiennent malgré tout le cap. L’innovation et la diversification sont une des clés de leur salut alors que certains secteurs d’activité donnent des signes de faiblesse. Pour les aider, différentes instances interviennent à leur côté. Tâtons le pouls de l’industrie locale qui conserve, et heureusement, des capacités de résilience et de rebond insoupçonnées. Dossier.
l Économie
Moral en berne
Un nuage d’incertitudes au-dessus du ciel des industriels Au regard de l’instabilité politique et de la conjoncture économique, le moral des entreprises industrielles n’est pas toujours au beau fixe. L’U.I.M.M. du Doubs s’inquiète et pressent des mauvaises nouvelles à venir du budget 2026. Pour autant, dans la région, l’Agence Économique Régionale B.F.C. apporte son aide à ces entreprises pour développer ou installer leur activité. Le chômage en hausse dans le Doubs Bassin de Besançon Bassin de Pontarlier Demandeurs d’emploi 10 121 en 2 457 en
en fin de mois:
catégorie A
catégorie A
L e baromètre industriel de l’État est tombé pour le mois de novem bre. Cet outil piloté par la direc tion générale des entreprises doit permettre de mesurer l’évolution de la réindustrialisation en France. Au national, à peine 9 ouvertures ou agran dissements d’usines ont été relevées. En Bourgogne-Franche-Comté, ce chiffre s‘établit à 1 avec une ouverture nette d’usine. En détail, sur le premier semes tre, 5 sites industriels ont ouvert ou connu une extension significative, tandis que 4 usines ont fermé ou connu une réduction significative. Parmi les secteurs qui ont connu une activité significative, on compte “deux extensions significatives dans le luxe, une ouverture de site dans l’industrie verte et une extension signi ficative dans le recyclage.” Doit-on se réjouir de ce chiffre positif ? Damien Tournier, dirigeant de Schrader S.A.S. à Pontarlier et président de l’U.I.M.M. du Doubs (le premier syndicat des entreprises de métallurgie) apporte nuances et un peu d’ombre au tableau. “Après le Covid, on parlait de souverai neté industrielle et technique, on a tout oublié.” Trop de taxes, trop de contraintes réglementaires… “Nos entreprises ne gagnent pas d’argent. On perd un temps fou et de l’argent pour essayer de faire
Évolution en 1 an :
+ 7,1%
+ 4,2%
la même chose. On travaille plus sur la réglementation que sur l’innovation. Il faut trouver un juste milieu. On est inquiets, c’est anxiogène. On essaie d’aler ter nos représentants politiques qui pren nent des décisions funestes et mortifères pour les entreprises. Dans le budget 2026, combien de mauvaises nouvelles on va devoir compenser ?” En premier lieu, le secteur automobile souffre. “Nous n’avons pas de visibilité. Certains investisseurs se positionnent ailleurs plutôt qu’en Europe” , reprend
forcément mais c’est impactant. Ce sont des compétences qu’on ne remplace pas, déplore Damien Tournier. On reporte des décisions ou on ne les prend pas. La partie défense et aéronautique va un peu mieux, mais ce sont des programmes anciens qui tournent… Il y a un vrai sujet de compétitivité. La Chine est en train de qualifier le premier avion de ligne. On a 7-8 ans d’avance dans l’aéronautique mais si on ne se protège pas, ça fera comme l’automobile. Dans le secteur de la Défense, qui est un peu plus souverain, on arrive à se protéger avec de vraies filières.” Conscient de la période sombre et pes simiste que traversent les entreprises, Jérôme Durain, président de la Région a réaffirmé le développement économique du territoire comme “au cœur du cœur des préoccupations” , alors qu’il visitait l’usine Cryla à Besançon, spécialisée dans l’usinage, le décolletage, la découpe ou encore l’injection. “Il faut trouver notre place sur la carte de France et de l’Europe, nous avons une culture industrielle, on ne mange pas que du comté et on ne boit pas que du vin” dit-il. Pour déployer la stratégie économique de la région, la collectivité s’appuie sur son bras armé : l’Agence Économique Régionale de Bourgogne-Franche-Comté dont la mission vise à favoriser le déve
Taux de chômage au 2 ème trimestre 2025:
6,3%
naires du développement économique. Cette connaissance et proximité, au profit des projets des entreprises, est une des forces de notre région.” Face à la crise politique et économique, l’accompagnement de l’A.E.R. B.F.C. est plus centré en ce moment sur la mobi lisation de financements pour que les entreprises continuent de se développer ou passent un cap. L’A.E.R. B.F.C. inter vient sur une dizaine de filières, allant du luxe, aux mobilités, à l’hydrogène, aux biothérapies, à l’alimentation, l’éner gie, l’aéronautique, la logistique, etc. Entre 500 et 600 projets tous confondus sont en cours, portant sur l’innovation, le développement, le financement, l’im plantation. Un nombre en baisse, estime Anne-Gaëlle Arbez, car il y a moins de dispositifs en face. Reste qu’en France, l’investissement industriel se monte à 660 millions d’euros pour 42 000 entreprises industrielles, dont 1 200 en Franche-Comté. n L.P. 5,5% (source: France Travail, septembre 2025)
loppement économique régional, priori tairement en faveur de l’industrie, des services à l’industrie et des start-up. “Nous apportons un appui tant aux entre prises endogènes (déjà présentes sur le territoire) qu’auprès de celles exogènes, non présentes sur le territoire et issues de la prospection” , explique Anne-Gaëlle Arbez, directrice adjointe de l’A.E.R. B.F.C. et responsable du pôle dévelop pement économique. Société publique locale, l’A.E.R. B.F.C. regroupe 86 Établissements publics de coopération intercommunale, soit 75 % des E.P.C.I. de la région. Ses piliers sont l’accompagnement, l’innovation et la transition énergétique. “L’A.E.R. B.F.C. est au cœur de l’accompagnement des projets d’entreprises via la mobilisation des dispositifs d’accompagnement tech niques ou financiers publics ou même privés, reprend la directrice adjointe. Nous mettons un point d’honneur à agré ger les compétences présentes en région, et travaillons avec l’ensemble des parte
Damien Tournier. Pour le dirigeant, les automobiles françaises sont trop chères par rapport à la concur rence asiatique et améri caine. Dans le Doubs, 45 % des emplois industriels sont en lien avec l’auto mobile. “Qu’est-ce qu’on fait d’autre ? s’interroge le président de l’U.I.M.M. Il n’y a pas d’équivalence à l’automobile à l’échelle des volumes.” Chez Schra der, les employés ne tra vaillent plus le week-end. 30 personnes en C.D.I. ou intérimaires ont été remer ciées. “Ça ne se voit pas
“Une situation
anxiogène” dénonce le patron de l’U.I.M.M.
Made with FlippingBook Digital Proposal Maker