La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
26 Le dossier
Décembre 2025
l Besançon
Négociations à Bercy et à Bruxelles R. Bourgeois défend les intérêts de l’industrie européenne
L’industriel bisontin représentait la filière stratégique “Mines et Métallurgies” à la Grande Exposition du Fabriqué en France, mi-novembre à l’Élysée. Pour défendre une certaine idée du savoir-faire local.
les circuits magnétiques rotors stators importés de Chine et d’Inde” commente-t-il. Mais au-delà du prestige éphé mère des ors de la République, le groupe R. Bourgeois continue à se battre pied à pied pour défendre les intérêts de l’indus trie française. Car une telle entreprise industrielle repré sente elle aussi à son échelle un morceau de la souveraineté fran çaise et européenne par rapport à la chaîne de transition élec trique des véhicules et face à la concurrence essentiellement chinoise. R. Bourgeois livre par exemple 100 % du marché des moteurs électriques pour Renault et 100 % du volume Stellantis. À tel point qu’en ce moment, “on passe presque plus de temps à parler politique que technique avec nos interlocuteurs. Nous sommes en permanence en contact avec les services de Bercy et de la Commission euro péenne pour défendre, au sein de la fédération des découpeurs européens, les positions de l’in dustrie européenne pour tenter de contrecarrer les offensives chinoises et inciter l’Europe à prendre les bonnes décisions en matière de droits de douane ou de provenance des composants” résume Tony Chauvet, directeur des opérations et responsable
L eader français dans son domaine - le découpage de haute précision et la fabrication de rotors et stators de moteurs électriques -, le groupe R. Bourgeois emploie actuellement 462 salariés sur son site historique de Trépillot à Besançon. Il est ainsi un des
principaux employeurs privés du bassin bisontin. Mais c’est à l’échelle nationale et souvent européenne que l’in dustriel doit désormais faire entendre sa voix dans un contexte international en per pétuel mouvement et dans un contexte où l’industrie automo
bile, son principal marché, est secouée de toute part par la concurrence chinoise et les orien tations européennes vers le tout électrique à horizon 2035. Gage de son excellence, le groupe dirigé par Raymond-Nicolas Bourgeois était un des invités mi-novembre de la Grande Exposition du Fabriqué en France qui se tenait à l’Élysée. Cette participation représente pour Raymond-Nicolas Bour geois, directeur général du groupe, “une organisation tech nique remarquable, et la recon naissance certaine pour cette initiative de la Présidence de la République qui célèbre et encou rage l’entreprise en France… mais elle ne peut masquer l’in quiétude d’un environnement qui détruit toujours davantage d’entreprises industrielles qu’il n’en crée malheureusement… L’occasion unique aussi de pou voir en échanger personnelle ment avec le Président et le ministre de l’Industrie, spécifi quement sur l’urgence de convaincre la commission Euro péenne d’instaurer au plus vite des mesures de sauvegardes sur
Tony Chauvet, directeur des opérations du groupe R. Bourgeois, devant certaines des pièces en acier magnétique fabriquées dans les ateliers bisontins.
commercial Europe du groupe R. Bourgeois. Pour anticiper au mieux les mutations du marché mondial, le groupe R. Bourgeois déjà pré sent en Chine à travers deux unités de production, prépare son implantation en Inde d’ici 2027. Pour être également au plus près d’un des marchés les prometteurs du monde. L’automobile représente pour le groupe bisontin 65 % de son
activité. Pour le reste, il équipe en moteurs électriques un nom bre infini de secteurs d’activité en fabriquant les plus petits modèles de 17 mm pour équiper les volets roulants, jusqu’au générateur de centrale nucléaire, des pièces de 4,50 m de diamètre, en passant par le marché des générateurs de data centers, en pleine croissance lui aussi. n J.-F.H.
Le groupe R. Bourgeois représentait la filière métallurgie à la récente Grande Exposition du Fabriqué en France dans les salons de l’Élysée.
l Pontarlier Schrader en souffrance “La situation risque hélas d’empirer !” Le fabricant de valves pontissalien subit de plein fouet la crise automobile. À cela s’ajoutent une augmentation globale des charges, des taxes et des contraintes qui fragilisent encore plus la compétitivité de l’entreprise qui a vu son chiffre d’affaires baisser de 24 % depuis 2019. Entretien avec Damien Tournier, un directeur aux abois.
1 er juillet. Le niveau d’aide accordé aux entreprises qui jouaient la carte de l’apprentissage était déjà en diminution. Les conséquences ne se sont pas fait attendre avec une diminution de 6 % du nombre de contrats d’apprentissage en l’espace d’une année. Que faire dans ce contexte ? D.T. : On tente d’alerter les politiques en leur demandant de nous donner des arguments qui permettront de convaincre nos actionnaires de conti nuer à investir à Pontarlier. Pour l’ins tant, je n’ai rien à leur proposer. Le groupe japonais Pacific qui a racheté l’usine en 2018 n’a toujours pas encaissé le moindre bénéfice sur Pontarlier. La baisse d’activité n’est pas récente ? D.T. : Non car on enregistre une baisse de 20 % des volumes produits depuis 2019. La courbe suit l’évolution des ventes automobiles en France et en Europe où le nombre d’immatricula tions a lui aussi chuté de 20 %. On fai sait 90 millions d’euros de chiffre d’af faires en 2019 et on sera à 68 millions d’euros en fin d’année avec une prévi sion à 65 millions d’euros pour 2026. Quelles sont les répercussions sur l’effectif ? D.T. : On ne remplace plus les départs en retraite et on recrute beaucoup moins. En quelques années, l’effectif est passé de 400 à 315 C.D.I. avec un volant de 50 intérimaires. Au 1 er janvier 2025, il y en avait encore 30 et cela risque d’empirer. C’est un vrai sujet sur lequel on alerte les décideurs depuis des mois et des mois.
exemple assez édifiant, on veut nous obliger à couvrir le parking avec des panneaux photovoltaïques pour contri buer au développement des énergies renouvelables, cela représente un inves tissement d’1 million d’euros. Et je ne parle pas de tous les changements au
L’industrie est en crise ? Damien Tournier : Tout dépend des sec teurs. Cela va assez bien dans l’énergie, le nucléaire, le médical, contrairement à l’automobile ou l’horlogerie qui sont très impactées. Cette année, 66 000 entreprises ont mis la clef sous la porte en France. Cela touche d’abord les T.P.E. et maintenant les P.M.E. Rap pelons aussi que la filière automobile est la plus importante en France. Je vous laisse imaginer les effets colla téraux quand elle est en crise. Les difficultés s’accumulent ? D.T. : Rien ne va dans le bon sens. Exem ple, quand on voulait s’agrandir à Pon tarlier, on a découvert que le terrain situé dans le prolongement des bâti ments existants n’était plus construc tible. On a finalement préféré racheter l’entreprise Gurtner qui disposait de 8 000 m 2 de surface disponible. Autre
“On enregistre une baisse de 20 % des volumes produits depuis 2019”, explique Damien Tournier, le directeur de Schrader à Pontarlier.
doit aussi subir une augmentation des normes qui limite la production et les effets d’un discours décourageant les gens à choisir des installations au gaz. Le nombre d’apprentis diminue également ? D.T. : Schrader employait 21 apprentis en 2024 pour 330 salariés en C.D.I. On est maintenant à 13 apprentis pour 315 C.D.I. On ne prend plus d’apprentis car on ne prend plus de recrutement car on n’a plus de travail. Les profits faramineux annoncés pour les grands groupes ne s’appliquent pas à tous les industriels ? D.T. : Impossible de vouloir comparer les dividendes du C.A.C. 40 avec les autres entreprises françaises. n Propos recueillis par F.C.
Sans avoir l’impression d’être entendu ? D.T. : On a l’impression qu’il y a une forme d’incompétence économique des responsables politiques qui sont en train de détruire le système volontai rement. Cette tendance peut se pour suivre. Pas la moindre lueur d’espoir ? D.T. : Il n’y a vraiment rien de positif. On nous emmène vers une échéance funeste. Rien n’est en place pour accom pagner les industries. Gurtner est dans la même situation que Schra der ? D.T. : L’entreprise compte aujourd’hui 43 salariés. Elle s’est peu à peu spé cialisée dans les métiers du gaz mais
niveau du coût du travail et de la formation. Pour compenser la dégradation des finances publiques, il était prévu de réduire drastiquement le niveau des exonérations de coti sation patronales dont bénéficient les entreprises pour les bas salaires. Et par rapport à la formation ? D.T. : Le recrutement d’un apprenti en Bac + 3 ou Bac + 5 coûte 750 euros de plus aux entreprises depuis le
“On nous emmène vers une échéance funeste.”
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