La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
Économie 13
Décembre 2025
L a Bourgogne-Franche-Comté, par rapport au reste du pays, est très friande des jeux d’argent et de hasard. C’est ce qu’a rappelé Mathilde Marmier, directrice générale de l’A.R.S. en dressant un état des lieux des addictions. “Nous sommes très au delà de la moyenne nationale. Pour la cocaïne, on est dans la moyenne, un peu en dessous pour le cannabis.” Un constat : les garçons sont plus souvent engagés dans des consommations fré quentes, sauf pour le tabac. La consommation d’alcool est également plus élevée qu’au niveau national. “Le parcours scolaire est également très déterminant dans la consommation de substances”, relève Mathilde Marmier. Entre autres, chez les apprentis, les personnes déscolarisées et dans les lycées professionnels. “Un tiers des jeunes de B.F.C. vivent en ruralité où l’alcool y est plus important. Le cannabis est plutôt présent dans les villes moyennes et on observe une consommation de pro toxyde d’azote dans les plus grandes villes.” Nicolas Prisse a souligné le coût monétaire social* (estimé) de certaines drogues : le tabac coûte 156 milliards par an, l’alcool 102 milliards par an et les stupéfiants, 8 milliards par an, “un chiffre qu’on peut multiplier par deux ou trois.” n *Selon l’observatoire français des drogues et des tendances addictives, “le coût social d’une ou d’un ensemble de drogues (tabac, alcool, drogue illicite) pour un pays donné et pour une année, est l’évaluation, en unité monétaire, de l’ensemble des coûts découlant des conséquences de sa consommation et de son marché-trafic pour la société.” Zoom La région addict aux jeux de hasard et d’argent
professionnel n’a été invité à parler de la réalité de la prévention dans les Csapa (Centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie) qui sont très mal financées. Alors que la prévention est une mission obli gatoire, on a du mal à la tenir.” Lilian Babe a déposé 8 dossiers à la M.I.L.D.E.C.A., un seul a été reçu pour une subvention de 3 000 euros. Ce dernier regrette également la focalisation sur le narcotrafic qui tend à renforcer la stigmatisation et la culpabilisation des personnes consommatrices, et donc qui les éloignent des dispositifs de soin. “Mon discours n’est pas anti-répressif mais il est temps de rééquilibrer les choses. Les jeunes consomment parce que la société ne va pas bien. Ce qui est le plus efficace, c’est la pré vention. Il existe un programme novateur, Verano, pour les 16-25 ans, qui correspond tout à fait aux problématiques évoquées le 12 novembre. Mais comment le déployer si on n’a pas les moyens ? Mon équipe Prévention comptait 4 personnes il y a deux ans. En 2026, elles ne seront plus que 2…” Des moyens, c’est aussi la demande formulée par une proviseure, présente à la soirée. “La prévention ne s’arrête pas aux portes du lycée. La difficulté majeure est le temps, nous avons énormément d’objectifs : réussir le programme, le Bac, que les élèves aient leur orientation sur Parcoursup, qu’ils aillent bien. Il nous faut des sous pour faire venir des partenaires. Surtout en ruralité, où cela coûte plus cher.” La Région compte 126 lycées. Depuis sep tembre 2024, seuls 39 signalements pour usage de substances psychotropes ont été constatés. “Au regard de l’ampleur du phé nomène, on peut s’interroger” , relève Jean Christophe Duflanc, directeur de cabinet du Rectorat. Ce dernier relève plusieurs
contraintes, entre autres la difficulté de la preuve. “Le personnel ne peut pas opérer de fouilles, il faut faire appel aux forces de l’ordre et cela reste très rare.” Le représentant du rectorat remarque également une autocensure institutionnelle - les professeurs voulant répondre eux-mêmes aux problèmes des jeunes - une difficulté à détecter les signes et une difficulté d’articulation entre les par tenaires. Affirmant la nécessité d’en faire un sujet prioritaire, Jean-Christophe Duflanc souhaite renforcer la formation des person nels. Enfin, en fin de soirée, Christian Morel, vice président régional en charge de l’agriculture a soulevé une question déterminante pour le territoire. “La viticulture est la deuxième filière économique après l’automobile. Il faut aussi trouver des solutions par rapport à la consommation d’alcool lors des fêtes, sportives, agricoles, culturelles, etc. Le premier moyen financier, ce sont les buvettes. Le pouvoir finan cier et économique qui se nourrit de toutes ses addictions est énorme.” Une remarque qui résonne fortement avec l’actualité nationale et notamment le rapport préconisant l’interdiction de la vente d’alcool au bar du Palais Bourbon, à Paris. Ce, par mesure d’exemplarité plus que financière, ces dépenses d’alcool étant par ailleurs incluses dans les frais de mandat et donc payées par le contribuable. La plupart des députés se sont insurgés contre cette interdiction, au prétexte de la défense de la viticulture fran çaise. Nicolas Prisse de la M.I.L.D.E.C.A., a pourtant rappelé ce chiffre : le coût monétaire social de l’alcool est estimé à 102 milliards d’euros par an. L’alcool cause 41 000 décès par an, et est la deuxième cause de cancer. n L.P.
Nicolas Prisse, président de la Mission inter ministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, la M.I.L.D.E.C.A. (photo David Cesbron)
sur les conduites addictives. Des programmes existent de la maternelle au collège, pas pour le lycée. C’est insuffisamment développé. À l’université non plus, il n’y a pas assez de boulot fait pour dénormaliser ces comporte ments de consommation. On peut faire la fête sans substances.” Pour reprendre la métaphore de Jérôme Durain, “il faut marcher sur deux jambes” , soit la répression et la prévention. Or, pour Lilian Babe, directeur d’un Csapa-Caarud pour l’association Oppelia, et administrateur de la Fédération addiction, la deuxième jambe est amputée pour nourrir la première. “Le 12 novembre, on ne parlait pas le même lan gage, ce n’était pas vraiment un débat. Aucun
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