La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
14 Économie
Décembre 2025
SANTÉ
Établissement français du sang
Mobilisation générale pour le don de plasma Face à l'augmentation des besoins en médicaments dérivés du plasma, l’Établissement français du sang appelle à une grande mobilisation des citoyens pour le don de plasma. 10 000 dons de plasma doivent être collectés d’ici fin décembre. La question de la souveraineté sanitaire et de la défense du modèle du don éthique non rémunéré est en jeu.
Le D r Christophe Barisien, directeur de la collecte et de la production de produits sanguins labiles et le D r Fanny Delettre, directrice de l’Établissement français du sang.
traiter des maladies chroniques ou mala dies auto-immunes, entre autres. Le plasma joue également un rôle important dans les soins supports pour des per sonnes atteintes de cancer, contribuant à gérer des effets secondaires et prévenir les complications. Les besoins en médicament dérivés du plasma augmentent de 8 à 10 % chaque année en France. Alors que “nous dépen dons à 65 % de médicaments importés des États-Unis qui n’appliquent pas les mêmes valeurs éthiques que nous, déplore le D r Fanny Delettre. Là-bas, les orga nisations ne sont pas dirigées par l’État mais par les laboratoires pharmaceu tiques. Le don est rémunéré ce qui ne cor respond pas aux principes éthiques mis en place en France. En France, on peut donner son plasma toutes les deux semaines. Aux États-Unis, on peut le ven dre deux fois par semaine. C’est un sys tème de marchandisation du corps humain qu’on ne souhaite pas voir s’im planter en France. D’où l’importance d’être souverain dans le don de plasma.”
Le premier levier est la sensibilisation de la population. “Peu connaissent le don de plasma” , observe la directrice de l’E.F.S. Le don se prélève uniquement en maison du don, sur rendez-vous. Il faut ménager un créneau de 2 heures environ. “Les conditions d’accès sont les mêmes que pour le don du sang pour les personnes de 18 à 65 ans, voire plus sou ples. Après un voyage, il n’y a pas besoin d’un délai. Aux dires des donneurs, le don de plasma fatigue moins que le don de sang” , souligne le D r Christophe Bari sien, directeur de la collecte et de la pro duction de produits sanguins labiles à l’E.F.S. “C’est un peu plus long, mais on peut aussi en faire un temps pour soi” , ajoute le D r Fanny Delettre. Si la France est autosuffisante en pro duits sanguins labiles issus du don du sang, ce n’est pas le cas du plasma. 4 % de la population en âge de donner donne son sang, contre 1,2 % pour le plasma. Sachant qu’il est possible de mixer don du sang et don plasma, “donner son sang total, c’est aussi donner son plasma” , précise la directrice de l’E.F.S. Pour atteindre cette souveraineté sanitaire du plasma, des objectifs sont program més jusqu’en 2028. Chaque don permet de récupérer entre 600 et 800 ml de plasma. En 2024, 880 000 litres ont été collectés sur le territoire national. L’ob jectif de cette année est de 915 000 litres. Puis 1,2 million en 2026 pour atteindre 1,4 million de litres en 2028. Pour réaliser ces objectifs, il faut mul tiplier par trois le nombre de dons actuels. n L.P.
EN BREF
C’ est une piqûre de rappel qui peut permettre d’éviter l’hé morragie à l’avenir. L’Établis sement français du sang appelle à une grande mobilisation pour le don de plasma. 10000 dons doivent être réalisés en Bourgogne-Franche Comté d’ici décembre, soit 30 % de plus qu’habituellement. Il s’agit ici d’une question de santé publique, de souve raineté, d’autonomie de la France et de défense d’un modèle éthique où la mar chandisation du corps n’a pas sa place. Si aujourd’hui, la collecte de sang est rentrée dans (presque) tous les esprits, c’est loin d’être le cas pour le plasma. Un manque de sensibilisation, avance le D r Fanny Delettre, directrice de l’E.F.S. Or, les besoins en plasma ont doublé en France depuis 15 ans. Le plasma peut être utilisé pour la transfusion mais il est surtout indispensable dans la fabri cation de médicaments dérivés du plasma. Ces derniers sont prescrits pour
L’impossible collecte mobile du plasma freine les donneurs Depuis qu’elle a 22 ans, Monique Mahowlic, aujourd’hui retraitée, donne son sang. L’ac tuelle présidente des amicales du don de sang de Morteau et Villers-le-Lac était entraî née par ses collègues de Fabi, l’entreprise offrant une heure pour aller donner son sang. L’habitante des Fins avait aussi pris l’habitude de donner son plasma. Quand les collectes mobiles étaient possibles. “Maintenant, je ne donne plus, je dois aller jusqu’à Besançon”, observe-t-elle. Depuis de nombreuses années, les col lectes de plasma ne sont plus réalisées qu’en maison du don, les machines pour extraire le plasma étant trop compliquées à bouger. “Il est primordial et nécessaire de mobiliser les donneurs sur le don de plasma, plaide Raymond Tournier, prési dent de l’Union départementale fédérée pour le don du sang. Malheureusement, les dons de plasma ne se font qu’en maison du don et il est compréhensible qu’on ne puisse pas demander à un donneur de faire des dizaines de kilomètres et prendre 3-4 heures de son temps pour faire un don de plasma. Pour autant, des navettes ont été organisées entre certaines amicales et la Maison du don.” n
Justice Suite à la plainte déposée par l’avocat du Bisontin Jean Philippe Allenbach au sujet de l’attribution du marché concernant la réalisation de la statue de Jenny d’Héricourt commandée par la Ville de Besançon, le procureur de la République a décidé d’ouvrir une enquête pour suspicion de délit de favoritisme dans l’octroi à Lili Reynaud-Dewar du marché public pour la réalisation de cette statue qui trône sur la place de la Révolution. Famille Lefèvre La famille Lefèvre chante Noël d’hier et d’aujourd’hui samedi 13 décembre à 18 heures en l’église Saint-Louis de Montrapon à Besançon. En 2020, ils avaient remporté en famille le concours “La France a un incroyable talent” sur M6. Ce sera le seul oncert dans l’Est de la France de cet ensemble vocal qui démocratise la musique sacrée polyphonique. réservations sur my.weezevent.com/con cert-de-noelfamille lefevre Exposition L’exposition “Le Doubs, en terrain connu ?” a ouvert ses portes aux Archives départementales du Doubs (rue Marc Bloch à Besançon). Grâce à des documents tirés de leurs fonds et notamment un plan en relief monumental, les Archives du Doubs invitent à (re)découvrir ce qui fait ou a fait le Doubs en termes de territoires. Exposition accessible jusqu’au 3 juillet 2026.
La maison du don à Besan çon peut accueillir 6 don neurs de plasma simultanément.
Pascal et Michèle, des donneurs aux centaines de dons
P ascal et Michèle, des Grand-Bisontins, ont pris l’habitude de bloquer un créneau toutes les deux semaines pour venir donner leur plasma à Besançon. “Je donne mon plasma depuis 6-7 ans, depuis que je suis à la retraite”, raconte Pascal, un livre ouvert devant lui. À côté, la machine s’af faire à extraire le plasma du sang. Pascal donne son sang depuis ses 18 ans, une histoire de famille. Aujourd’hui, il comptabilise environ 200 dons de sang et plasma. Et il compte bien donner jusqu’à 66 ans, la limite d’âge pour le don de plasma. “Ce qui motive, c’est sau
ver des vies, je suis en bonne santé, j’en fais profiter les autres.” Juste à côté de lui, sa femme Michèle abonde : “Je préfère don ner du sang que de le recevoir”, souligne-t-elle. Cette dernière a été guidée vers le don de plasma alors qu’elle donnait son sang dans une collecte mobile à Saône. Elle a entraîné son mari. Il faut dire que son groupe sanguin est précieux : Michèle est A.B., ce qui en fait un donneur universel de plasma, au même titre que le O négatif l’est pour le sang. Aujourd’hui, la maman de 4 enfants en est à son 117ème don de plasma (et 22ème de sang).
Le couple est bien connu de l’équipe médicale. “On a de très bonnes infirmières-infirmiers, on est très bien reçus, c’est important de le préciser”, poursuit Michèle. La maison du Don, à Besançon, peut accueillir jusqu’à 6 donneurs en simultané. De l’autre côté de la pièce, c’est le sang qui est col lecté. Pour les deux, il faut prendre un rendez-vous au préalable. “Le don de plasma n’est pas réservé aux donneurs d’élite, observe le Dr Christophe Barisien. C’est ouvert à tout le monde.” A noter cependant, que le don de plasma est contre-indiqué pour les per sonnes souffrant de problèmes
cardio-vasculaires, comme l’hy pertension, des personnes sen sibles aux crises de tétanie, ou encore ayant un métabolisme phosphocalcique.
Enfin, que ce soit pour le don du sang ou de plasma, en cas de morsure de tique, il est impératif d’attendre 28 jours avant de se présenter à un don. n
Pascal donne son plasma depuis près de 7 ans, toutes les deux semaines.
Made with FlippingBook Digital Proposal Maker