La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
12 Économie
Décembre 2025
SOCIÉTÉ
Les conduites addictives La Région s’empare de la question des addictions
et addictives (M.I.L.D.E.C.A.) faisait office de grand témoin. Ce dernier a notamment rappelé les chif fres effarants de la consommation des drogues, y compris alcool et tabac, et du coût monétaire social exorbitant (voir ci-contre). En revanche, les professionnels de terrain, notamment ceux des Csapa Caarud, étaient invités à la soirée, certes, mais ont eu du mal à prendre la parole. “Il a même fallu l’arracher pour corriger une erreur” (N.D.L.R., lors de sa prise de parole, un élu a évoqué France Addic tions au lieu d’Addictions France), note Samia Hoggas, directrice adjointe du Csapa Solea pour le Doubs. Invoquant une raison de temps, Patrick Ayache a également coupé court l’intervention de ces professionnels de terrain. “C’est dom mage que l’on n’ait pas été sollicité pour préparer aussi en amont cette soirée. La parole a été donnée à 95 % aux élus et institutions. Un addictologue à la retraite (N.D.L.R., Gilles Lazar, également conseil ler régional) a pris la parole mais il ne représente pas le terrain aujourd’hui. On a des programmes, on a un savoir-faire au sein des établissements scolaires, on les conduites
Dans le but d’animer le débat public et d’offrir un temps d’information et de réflexion, la Région a mis en place Les rendez-vous de Castan. Le premier a eu lieu mi-novembre dernier et abordait la thématique des conduites addictives. Si plusieurs institutions ont pris la parole, les professionnels du terrain n’ont presque pas eu voix au chapitre.
S ur le papier, le concept est sédui sant : “Cette initiative de la Région a pour objectif de créer du lien entre experts, citoyens, institutions et acteurs de terrain sur des sujets, de favoriser le dialogue, croiser les regards et nourrir la réflexion collective” , explique ainsi la collectivité régionale. Patrick Ayache, conseiller régional chargé d’animer le débat abonde. “Nous avons souhaité réunir des poli tiques, des chercheurs, des experts, tous ceux qui peuvent apporter leur expérience, leur savoir-faire pour en tirer la subs tantifique moelle, pour alimenter et amé liorer nos différentes politiques publiques.” En pratique, l’événement qui a duré près de 2 h 30 a plus pris l’apparence d’une conférence que d’un débat. Avec un léger
goût d’entre soi. Pour ce premier ren dez-vous de Castan qui a eu lieu le 12 novembre, au Conseil régional à Besançon, la thématique retenue portait
est sur le terrain, on peut aussi faire part de ce qu’on a constaté. C’est dommage de ne pas aller plus loin. Cette soirée a le mérite de mobiliser, c’est bien que les politiques s’en emparent mais il faut qu’on s’en empare collégialement.” Autre regret exprimé par certains pro fessionnels, la confusion entre la question du narcotrafic et celle des conduites addictives. Comme l’a d’ailleurs souligné Nicolas Prisse, la liste des addictions continue de s’allonger : les drogues illi cites, celles licites (alcool et tabac), mais aussi les écrans, le protoxyde d’azote, les jeux d’argent et de hasard… Or, il est vrai que le prisme d’entrée retenu
concerne le narcotrafic. “En tant que par lementaire, j’ai beaucoup travaillé sur le narcotrafic. Il faut une dimension répressive mais ça ne suffit pas, a observé Jérôme Durain, président de la Région. Il y a encore du boulot sur la prévention, l’accompagnement, les soins. Il faut que dans un certain nombre de lycées, on puisse développer des actions de préven tion, pour éviter que les jeunes tombent dans la consommation.” Nicolas Prisse précise : “C’est à l’adolescence que se construisent des garde-fous ou des vul nérabilités. Les drogues se goûtent à 16 17 ans. Il faut renforcer les compétences psychosociales, qui ont un impact majeur
sur les conduites addictives. La Région, via sa compé tence lycée, a choisi de pla cer la prévention, notam ment des jeunes, au centre de cette soirée. L’Agence régionale de Santé, le rec torat, l’État, des maires dont Anne Vignot et Alain Chrétien (maire de Vesoul), des élus régionaux, étaient entre autres conviés. Nico las Prisse, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues
Un manque de moyens soulevé.
ATTRACTIVITÉ
La seule Région à le faire
L’attractivité résidentielle, une chère ambition pour la Région B.F.C. La Région déploie des efforts financiers et humains dans des campagnes de communication destinées à attirer de nouveaux habitants. 175 nouveaux ménages ont ainsi été séduits en un an.
L a nouvelle Aquitaine, la Bretagne, la région Sud n’ont aucunement besoin de dépenser des millions d’euros dans des campagnes de promotion pour attirer de nou veaux habitants. C’est loin d’être le cas de notre région, la Bour gogne-Franche-Comté, qui tente depuis un an de déployer des tré sors d’ingéniosité pour attirer de nouveaux habitants et ainsi com penser un exode et une baisse de la natalité qui plombera forcé ment la démographie régionale dans les prochaines années. Pour cela, la Région B.F.C. a lancé il y a un an une grande opération (essentiellement via du marketing digital) baptisée “Venez vivre en Bourgogne-Franche-Comté”, en partenariat avec une bonne tren taine de collectivités locales (essentiellement des intercom munalités) réparties sur l’ensem
ble de la grande région. “Une démarche unique en France” observe Patrick Ayache, l’élu régional en charge de ce dossier qui présentait fin novembre le bilan de la première année du dispositif. En août dernier, un site Internet
elles, 1 250 sont actuellement suivies par les chargés d’accueil. Depuis un an, 175 foyers ont déjà franchi le pas et se sont installés dans notre région, représentant 375 personnes, dont 110 enfants scolarisés. “375 nouveaux habi tants, cela signifie 5,7 millions d’euros dépensés chaque année localement, via des emplois ou des services créés ou conservés” se félicite la Région. En ce qui concerne le Doubs, 8 % de ces foyers (soit une quinzaine) ont choisi le Grand Besançon, 12 % (une vingtaine) ont choisi le Val de Morteau pour s’installer. Le Grand Pontarlier n’a pas souhaité adhérer au dispositif. “À l’échelle du Grand Besançon où nous avons un service dédié, non seulement on travaille l’at tractivité, mais aussi l’hospitalité via une sorte de conciergerie qui aide les nouveaux arrivants à
La Région B.F.C. a créé le premier dispositif d’aide à l’installation de France.
dédié (Venez vivre-en-bour gogne-franche comte.fr) a même été mis en place, sur lequel “près de 12 000 per sonnes se sont inscrites pour être accompa gnées dans leur projet de mobi lité résidentielle en Bourgogne Franche Comté.” Parmi
250 000 euros en campagnes de communication ciblées.
pagnes de communication, essen tiellement sur les réseaux sociaux en marketing digital ciblé. Dom mage que cette manne ne profite quasi exclusivement qu’aux géants du numérique… Les cam pagnes de communication de la Région sur ce thème ont été reprises par 78 médias différents en un an dont près de la moitié de journaux nationaux. Mais cette stratégie ne résout pas tout. Avant que le foyer puisse s’installer dans notre région, se dressent souvent d’autres obsta
trouver leurs marques et les ser vices dont ils ont besoin” note Xavier Druhen, directeur de l’at tractivité à G.B.M. “C’est bien d’attirer les gens, mais il faut en même temps en empêcher d’autres de quitter la région, les étudiants notamment” tempère Benoît Vuil lemin, le vice-président de G.B.M. en charge de cette question tout en saluant l’initiative originale de la Région. Pour mener cette campagne d’at tractivité, la Région B.F.C. a déjà dépensé 250 000 euros en cam
cles : pour avoir une place en crèche, il faut déjà avoir une adresse dans la ville en question, même chose pour pouvoir s’ins crire à France Travail. D’où la création par exemple à Besançon d’un comité local pour l’emploi réunissant G.B.M., France Travail et des D.R.H. de grandes entre prises pour donner, à ceux qui choisissent notre région pour s’y installer, les bonnes conditions pour le faire. Mais ces points-là relèvent de chaque territoire. n J.-F.H.
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