La Presse Bisontine 214 - Novembre 2019

ÉVÉNEMENT L’ÉVÉNEMENT

La Presse Bisontine n°214 - Novembre 2019

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l Commentaire Le M. Finances de la collectivité “Les recommandations de la Chambre valident totalement nos choix”

rir ce bâtiment à Viotte, indépendam- ment de la fusion. L.P.B. : L’opposition critique aussi le fait d’avoir harmonisé par le haut tous les régimes indem- nitaires ainsi que les indemnités des élus. Que répondez-vous ? M.N. : Nous avons harmonisé les régimes, pas tous vers le haut, et nous avons dans le même temps augmenté la durée légale de travail de tous la plupart des agents. C’était tout l’objet du pacte social global négocié avec les syndicats. L’opposition voit les choses de très loin, elle est encore une fois dans l’effet d’annonce. M. Sauvadet, en tant qu’ancien journaliste, aime sans doute bien les effets d’annonce. Quant aux indemnités des élus, elles ont été alignées sur ce que permet la loi, tout simplement. Est-il injustifié de toucher une indemnité de 2 500 euros par mois en tant que pre- mier vice-président, en travaillant 70 heures par semaine pour la collec- tivité et en ne prenant que deux semaines de vacances par an ? Je ne le pense pas. C’est d’ailleurs ce que réclament la plupart des élus locaux, d’avoir enfin un vrai statut leur per- mettant d’exercer correctement leur mission. L.P.B. : L’autre leader de l’opposition, Alain Joyandet, a tiré à boulets rouges contre la majorité qui a décidé l’embauche de 7 nouveaux cadres A responsables de l’ingénierie Mobilités dans les territoires. Une dépense superflue ? M.N. : Si M. Joyandet était un peu plus près des territoires, il saurait que ces derniers sont en forte attente des décli- naisons du projet de loi Mobilités sur les territoires. n Propos recueillis par J.-F.H.

L a Presse Bisontine : La Chambre régionale des comptes estime que la fusion a eu “des conséquences financières significatives au cours des premières années de sa mise en œuvre.” Où sont les économies d’échelle annoncées ? Michel Neugnot : Pour réussir cette fusion, nous avions trois challenges à relever. Le premier consistait à ne réaliser plus qu’une administration régionale à par- tir de deux administrations distinctes, avec la nécessaire harmonisation des outils, et sociale. Pour cela, on a été la seule Région de France à traiter des trois piliers du dialogue social : la durée des temps de travail, les régimes indem- nitaires et les aides sociales. Le deuxième challenge a été de mettre en place une seule politique régionale avec plus de 500 règlements d’inter- vention qui ne convergeaient pas. Et le troisième, non des moindres, a été d’intégrer de nouvelles compétences dans le même laps de temps. À partir de là, quand on lit les recommandations de la chambre, on a toutes les raisons d’être satisfaits. Je peux dire que toutes les recommandations de la chambre valident nos choix. Le coût de la fusion a été de 3,5 millions d’euros. Nous les assumons complètement. Parallèle- ment, et la Chambre le souligne, la fusion permettra 3,5 millions d’euros d’économies grâce à divers marchés groupés de biens et de fournitures. Je précise aussi que s’il s’agissait d’une

entreprise privée, il aurait fallu 5 ou 6 ans pour réaliser et digérer une fusion-absorption. Nous l’avons faite en deux ans seulement. Nos opposants oublient aussi que la fusion nous donne une force de frappe dans de nombreux domaines d’intervention qui nous per- mettent de faire des investissements qu’il aurait été impossible d’engager à l’échelle de chaque ancienne Région. Nous avons toujours pensé que la fusion était un investissement pour renforcer le potentiel de cette collectivité. L.P.B. : L’organisation en bi-site (une partie à Besançon, l’autre à Dijon) coûte cher ! M.N. : Quelles auraient été les réactions si on avait décidé de tout mettre à

Michel Neugnot, premier vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, défend les choix de l’institu- tion régionale et en profite pour égratigner l’opposition.

Dijon ou tout à Besan- çon ! Quand l’opposition parle d’un coût de 23 millions d’euros, elle inclut les 17 millions d’euros d’acquisition du bâtimentViotte à Besan- çon. Et c’est justement cette acquisition qui va permettre à la Région de libérer des locaux qu’elle louait jusque-là. La fusion n’est même pas en cause sur cette question car sans doute que la Franche-Comté seule aurait pris cette même décision d’acqué-

“Est-il injustifié de toucher 2 500 euros par mois ?”

Michel Neugnot, premier vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté.

l L’opposition Le conseiller régional du Doubs “Cette fusion a été un rendez-vous manqué”

Patrick Genre, un des conseillers régionaux du Doubs membres de l’opposition, déplore les résultats non seulement financiers de la fusion, mais son impact sur l’efficacité de l’action publique.

L’élu d’opposition Patrick Genre regrette également “la politisa- tion du débat” au Conseil régional de Bourgogne- Franche- Comté.

L a Presse Bisontine : Com- ment jugez-vous ce rapport de la Chambre régionale des comptes ? Patrick Genre : Je me base sim- plement sur mon expérience de conseiller régional de l’ex-Région Franche-Comté. À l’époque où on siégeait à Besançon, je me souviens très bien de la visite de François Patriat, l’homologue bourguignon de Marie-Guite Dufay. Tous les deux nous avaient fait un show en annon- çant tout heureux que tout serait prêt pour la fusion. Ils nous avaient vanté la valeur ajoutée de cette fusion et nous avaient assuré que la Bourgogne- Franche-Comté serait exem- plaire en tous points. Tout cela ressemblait soit à de l’esbroufe, soit à de la méconnaissance de tout le travail qui les attendait. On nous a annoncé une réorga- nisation territoriale à coups de milliards d’euros d’économies au plan national. C’est tout le contraire qui se passe et ce n’est pas près de s’arrêter.

ne peut pas parler de plus grande efficience quand on abou- tit à des millions de dépenses supplémentaires. L.P.B. La grande Région aurait une force de frappe supérieure à celle des deux anciennes Régions cumulées. Vous contestez ce fait ? P.G. : M me Dufay selon lequel en configuration grande Région les investissements sont plus nom- breux n’est pas recevable non plus. On annonce 100 millions d’euros d’investissement par an dans les lycées, ce n’est que du rattrapage par rapport à ce qui aurait dû être engagé avant. Fusion ou pas, de toute façon ces travaux devaient être enga- gés. La dorsale numérique, autre argument avancé par la prési- dente pour justifier des bienfaits de la fusion, c’est faux égale- ment. Elle existait déjà avant la fusion dans nos régions. Je pourrais citer de nombreux autres exemples qui démentent la pertinence de cette fusion.

L.P.B. : L’organisation du travail est- elle néanmoins plus efficace ? P.G. : Si on ne prend que l’exemple des réunions de services, soit ce sont des Bisontins qui vont en réunion à Dijon, soit des Dijon- nais qui se rendent à Besançon. Dans tous les cas, il y a des frais de déplacements supplémen-

taires, c’est iné- vitable. Je reste dubitatif sur l’argument selon lequel la réorganisation apporte plus d’efficience. Certaines Régions fusion- nées sont obli- gées de louer des gymnases pour leurs séances plé- nières… Ce n’est pas le cas de la Bour- gogne-Franche- Comté mais pour autant, on

“Une note ? J’arrive péniblement à un 7 sur 20.”

avec les intercos X.X.L. que le législateur a imposées et qui n’ont aucune cohérence territo- riale. Avec cette fusion, on a perdu toute notion de proximité dans la réflexion et dans nos réunions. Chaque territoire est noyé dans ce grand ensemble sans histoire commune. On ne parle plus le même langage. L.P.B. :Dans cette configuration,serez- vous candidat à un nouveau mandat de conseiller régional en 2021 ?

P.G. : Je me sens beaucoup moins à l’aise dans cette assemblée que dans la précédente. Avec la fusion, on a également franchi un nouveau cap dans la politi- sation des débats et c’est une tournure qui ne me plaît pas du tout. J’ai beaucoup de question- nements par rapport à une éven- tuelle suite. Sur ce point, je me positionnerai pendant la cam- pagne des municipales ou juste après. n Propos recueillis par J.-F.H.

L.P.B. : Si vous aviez une note finale à attribuer à cette fusion trois ans après ? P.G. : J’arrive péniblement à un 7 sur 20. Cette fusion a été un rendez-vous manqué. Il y avait pourtant un vrai sujet de réflexion à engager sur l’orga- nisation territoriale entre les communes, les intercos, les Départements et les Régions. Avec cette fusion, on a choisi la moins bonne solution. C’est la même chose qui s’est passée

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