Journal C'est à dire 273 - Juin 2021

P L A T E A U D E M A Î C H E

Clap de fin pour la forêt des trois sapins Fragilisé par les sécheresses à répétition, le dernier des trois sapins géants de la parcelle 18 a été abattu le 5 juin devant un parterre d’élus et la population nombreuse à assister à la fin d’une histoire qui avait débuté sous le règne de Louis XIV. Le Russey

Clément Vuillemin le bûcheron, Adrien Jacoulot de la société Verticad, et David Serrette l’agent O.N.F. ont orchestré cet abattage qu’on peut qualifier d’exceptionnel.

D eux jours après l’abattage du géant, beaucoup affluent encore sur le site pour voir ou revoir, toucher, sentir ce sapin de 53 m de haut mesurant à sa base près de 6 mètres de circonférence. Comme une procession, l’envie de ren- dre un dernier hommage, de se souvenir de cet arbre exceptionnel. Des deux autres présidents qui l’accompagnaient autrefois, il ne subsiste plus que d’énormes souches. Le premier avait été victime de la foudre en 1983 et le second de la tempête de 1999.

Clément Vuillemin, le bûcheron qui s’est vu confier ce travail, a sans doute tronçonné le plus gros arbre de sa car- rière. Il en est bien conscient. Pas trop inquiet sur le volet technique de l’opé- ration, il a davantage ressenti la pres- sion d’une foule à laquelle il n’est pas trop habitué. 250 à 300 personnes s’étaient déplacées pour assister au spectacle. Le bûcheron est plutôt de nature solitaire. “Même si tout était bien préparé, on craint toujours un accident” , explique celui qui, tronçon- neuse en main, poursuit son œuvre

récoltés. Manuela Rambaud qui est aussi élue en charge du tourisme à la com’comdu plateau du Russey annonce la création d’un sentier de découverte du milieu forestier qui sera accessible aux personnes à mobilité réduite. “Ce projet est porté par la com’com. Il sera réalisé d’ici un an. On prévoit par exem- ple d’installer à côté du tronc de l’ancien sapin une signalétique retraçant tous les grands événements historiques qui ont eu lieu pendant son existence.” La forêt communale du Russey couvre 379 hectares. Cette ressource a été mise à place par les attaques répétitives des scolytes, ce qui contraint les col- lectivités à s’adapter aussi au chan- gement climatique. “On privilégie main- tenant un mode de gestion durable qui favorise la régénération naturelle. On se pose aussi des questions sur la future composition de nos forêts résineuses du Haut-Doubs” note l’élue. n F.C.

parcelle communale. Au-delà de l’émotion de voir un tel sapin mis à terre, il a aussi été surpris par l’espace libéré et le surcroît de lumière qui en découle. Place aux jeunes sur cette parcelle où l’on trouve encore une forte densité de gros sapins cen- tenaires. Cette forêt cathédrale fait l’objet d’une gestion patrimoniale. “On évite de toucher aux bois qui font plus

consistant désormais à débiter une partie du tronc en tranches. L’occasion de fabriquer des tables rustiques d’une seule pièce en sapin massif qui seront installées dans les écoles et autres lieux publics. L’opération d’abattage était organisée par la sociétéVerticad. “On est spécialisé dans les travaux acrobatiques. Avant que le bûcheron intervienne, on était

Le bûcheron Clément Vuillemin n’aura sans doute plus l’occasion d’abattre un sapin géant de 5,75 m de circonférence, 52 m de long pour un volume de bois de 32 m 3 .

de 90 cm de diamètre. Cette parcelle a une triple gestion : patrimoniale, sylvicole et tou- ristique.” “ Le choix d’un nou- veau président n’a pas encore été fait. Il y a beaucoup de ministres sur cette parcelle” , souligne Manuela Rambaud,

monté à la cime du sapin pour abattre le houppier” , explique Adrien, le dirigeant de cette société basée au Bélieu. C’est d’ailleurs tout là-haut que sont apparus les premiers signes de dégradation de la santé du dernier géant. “Sous

Cette forêt cathédrale fait l’objet

d’une gestion patrimoniale.

maire du Russey. L’élue était bien sûr présente lors de la cérémonie. C’est elle qui a d'ailleurs procédé au martelage du sapin, pro- cédure d’identification qui s’applique à tous les arbres avant qu’ils ne soient

l’effet combiné de la vieillesse et des sécheresses estivales répétitives, la cime est devenue rougeoyante et le phénomène a commencé à se propager vers le bas” , explique David Serrette, le garde-fores- tier en charge de la gestion de cette

Le G.A.E.C. Bio’n’Cow joue la carte de la biodiversité Frambouhans

Cette exploitation en lait à comté bio vient de signer un bail rural à caractère environnemental concernant l’exploitation d’une pâture ou bord de la tourbière des Seignes appartenant au Conservatoire des espaces naturels de Franche-Comté.

Le courant biodiversité passe plutôt bien

P eu de tourbières du Haut-Doubs ont échappé à l’exploitation humaine. Celle des Seignes n’a pas été épargnée notamment quand elle a été rachetée dans les années qua- tre-vingt par le groupe allemand B.A.S.F. “C’est le dernier site d’ex- traction industrielle de tourbe dans le massif jurassien. Il a ensuite été acquis par le conser- vatoire qui a ensuite entrepris de réhabiliter ce haut marais

entre Julien Langlade le chargé de mission du

tourbeux” , explique Julien Lan- glade, chargé de mission au conservatoire des espaces natu- rels de Franche-Comté (C.E.N.F.C.). Le premier chantier consistait à supprimer en totalité la pla- teforme liée au séchage de la tourbe extraite dans les fosses voisines. “On a tout déblayé pour favoriser la remise en eau et la recolonisation.” Même chose au niveau des fosses qui retrouvent aujourd’hui un aspect plus végé-

tal. Ces efforts n’auraient guère de sens si le périmètre de la tour- bière était soumis à des pratiques agricoles préjudiciables à la bio- diversité des lieux. La propriété du Conservatoire qui s’étend sur 12 hectares comprend un champ d’1,5 hectare pâturé par les vaches du G.A.E.C. Bio’n’Cow. “On travaillait jusqu’à présent sur la base d’un bail tacite sans que l’on puisse agir si l’exploitant choisissait une autre destination à sa parcelle” , justifie Julien Lan- glade. Face à ce risque, le C.E.N.F.C. a proposé àAdrienDubail etValen- tin Barthod, les deux associés du G.A.E.C. Bio’n’Cow, de for- maliser cette location avec un bail rural à caractère environ-

conservatoire des espaces naturels et Adrien Dubail qui exploite le G.A.E.C. Bio’n’Cow avec son associé

Valentin Barthod.

sans l’accord de l’exploitant.” Les deux agriculteurs qui ont plutôt la fibre écologique ont accepté sans sourciller. “La formule nous convient car elle concerne moins de 2 % de la surface de l’exploi- tation. Le prix est correct. Cette pâture assez humide était déjà exclue du plan d’épandage” , jus- tifie Adrien Dubail. Le G.A.E.C. Bio’n’cow soigne un troupeau de 50 vaches laitières avec une référence à 365 000 litres de lait sur un parcellaire de 91 hectares. La pression de pâturage sur la fameuse parcelle est plutôt limitée et espacée dans le temps. “Au printemps, les vaches pâturent trois jours tous

la dent du bétail, je pense par exemple à la gentiane Croisette à l’époque de la reproduction du papillon l’Azurée de la Croisette qui pond ses œufs sur cette plante” , poursuit le technicien du Conservatoire. L’exploitant de la parcelle doit aussi s’engager

les 18 jours, puis deux jours tous les 40 jours. La mécanisation se limite à un passage de herse au printemps pour relever les mau- vaises herbes et écarter les tau- pinières.” Chacun s’y retrouve donc et Julien Langlade voit dans ce bail rural à caractère environnemen- tal la garantie de stabiliser les pratiques agricoles dans le temps sans craindre des changements lors de la transmission de l’ex- ploitation. “Cet automne, on va lancer un chantier de défriche- ment avec laM.F.R. des Fins. Les arbres seront replantés sur l’an- cienne plateforme de séchage.” n F.C.

nemental. Renouvela- ble tous les 9 ans, ce bail inclut onze clauses environnementales à respecter par chacune

à maintenir en l’état les haies et bosquets. Le casse-cailloux est prohibé comme pour- rait l’être l’écobuage

Pas de labours, ni drainage, ni fertilisants.

ou le stockage d’engins agricoles. En contrepartie, le Conservatoire assure un suivi des espèces. “On minore également lemontant des fermages. Il est utile de rappeler qu’un tel bail ne peut être imposé

des parties. Laissez faire Dame nature. Pas de labours, ni drai- nage, ni fertilisants, ni produits phytosanitaires. Le nombre de bêtes est aussi limité. “Certaines espèces doivent être protégées de

Les canaux de drainage des anciennes fosses ont été supprimés pour favoriser le fonctionnement naturel de la tourbière avec le retour des espèces végétales.

Made with FlippingBook PDF to HTML5