Journal C'est à Dire 255 - Juin 2019

D O S S I E R

ESCAPADE À LA CHAUX-DE-GILLEY Bien au-delà du film à succès Les Granges Brûlées qui y fut tourné en 1973, le village de La Chaux regorge d’histoires. Authentique par sa situation - au cœur du Saugeais - autant que par son patri- moine, la petite bourgade de 500 habitants tire toute son attracti- vité des artisans, bénévoles et acteurs locaux qui la font vivre.

Patrimoine

L’église de La Chaux passée au peigne fin

Sacristie, cloches, autels, statues… À la demande du diocèse de Besançon, toute l’église de La Chaux a été passée au crible et soigneusement inventoriée. L’opération a duré près de 8 mois.

fastidieux qu’est d’inventorier une église. “Nous pensions finir ça en 15 jours…Cela nous a pris huit mois” confie Claude Bru- tillot. Il poursuit : “Dans un lieu chargé d’histoire comme celui- ci, nous savions que des choses insolites allaient nous tomber sous la main.” Force est de constater qu’il ne s’est pas trompé. Car outre les objets auxquels on pouvait légi- timement s’attendre (orfèvrerie, retables, statues, vitraux, etc.), on recense nombre de curiosités, comme des tapis anciens, des couronnes ou encore de vieux habits liturgiques. Ce sont ces trésors méconnus, dont la data- tion est souvent malaisée, qui font que l’œuvre d’inventaire menée par Messieurs Bez, Jac- quet et Brutillot prend tout son sens. “Nous avons transmis le registre de l’inventaire à la com- mune, au diocèse et à la paroisse. Ceux qui s’intéressent à l’église et son histoire peuvent aller en consulter un exemplaire illustré à la mairie” explique Claude Bez. Au-delà de simplement rendre des comptes au diocèse, il s’agit

Historique : 1653 : Une église est construite à La Chaux-de-Gilley. Un vicaire y est installé vingt ans plus tard. 1832 : Le temps fait sonœuvre… L’état de délabrement de l’édifice est tel que la célébration des offices est suspendue. 1860 : Début de la reconstruction intégrale de l’église. Les travaux, menés par l’architecte Girod de Pontarlier, s’étaleront sur trois ans. 1906 : Un inventaire consécutif à la loi de séparation des Églises et de l’État est réalisé. Les fidèles, fermement opposés à la teneur de cette loi, se barricadent à l’intérieur de l’église. L’affrontement avec les gendarmes fait deux blessés. 1928 : Première restauration de l’édifice. 1992-1993 : Réfection totale de l’intérieur. Inventaire illustré consultable à la mairie de La Chaux Messes les 21 juillet, 15 et 18 août à 10 h 30

“L e diocèse nous a envoyé la marche à suivre. Ensuite, j’ai cherché parmi les fidèles des volontaires pour m’aider dans cette tâche”

explique Claude Bez, qui a pu compter sur le soutien d’Antide Jacquet et de Claude Brutillot. Impressionnants de méthode et de systématisme, tous trois se sont prêtés à l’exercice long et

De gauche à droite, Antide Jacquet, Claude Brutillot et Claude Bez ont réalisé l’inventaire intérieur et extérieur de l’église de La Chaux. Ce travail de longue haleine a donné lieu à un ouvrage relié consultable en mairie.

un aspect réconfortant,mais une inquiétude habite encore les fidèles de La Chaux-de-Gilley : celle de l’avenir incertain de leur paroisse : “À l’époque, l’église de La Chaux formait à elle seule une paroisse.Aujourd’hui, notre circonscription ecclésiastique compte six églises pour un seul curé. Cela représente une messe célébrée à La Chaux toutes les six semaines. Au vu du manque de prêtres, nous craignons, à terme, que la paroisse continue de s’agrandir…” s’inquiète Antide Jacquet. n T.M.

autant de mettre les résultats de l’inventaire à la disposition de ceux qui s’y intéressent que de parer à l’éventualité d’un sinistre. “On se souvient tous d’un visiteur de l’église qui, contemplant la nef et les voûtes, s’était exclamé “Mais votre église, c’est une petite cathédrale !” racontent Antide Jacquet et Claude Bez, encore marqués par cette flatteuse métaphore. Et pour cause ! Il y a 150 ans (voir l’encart historique), l’église de La Chaux menaçait sérieuse- ment de s’effondrer. Aujourd’hui, l’édifice présente

La nef de l’église Saint-Antide, reconstruite en 1860, est longue de près de 40 mètres.

l Fromagerie de la Chaux : Bio depuis 45 ans ! En 1974, la coopérative laitière de la fromagerie de La Chaux passait à l’agriculture biologique. Aujourd’hui, les fromages qui en sortent jouissent d’une excellente réputation. Philippe Jeannier, président de la coopérative, livre les secrets d’un lait et, a fortiori, d’un fromage de qualité.

sans cesse contrôlé en laboratoire.

Càd : Votre coopérative en un chif- fre. P.J. : Notre coopérative, c’est 2,5millions de litres de lait bio chaque année, dont 2 200 000 sont utilisés pour produire du comté bio. Le reste est utilisé pour nos autres produits labellisés. Càd : Quels sont ces autres pro- duits ? P.J. : Outre notre comté bio A.O.P., notre lait sert aussi à produire dumor- bier A.O.P., de la raclette, sans oublier le Petit Bio de La Chaux (petit fromage à pâte molle pensé par les coopérateurs, N.D.L.R.). Tous ces fromages sont cer- tifiés A.B. et fabriqués sur place par des fromagers salariés de la coopérative. Après affinage dans les caves de notre partenaire, les fromages peuvent enfin être vendus. Càd : Quelle garantie la certifica- tion bio apporte-t-elle au consom- mateur ? P.J. : C’est un gage de qualité. Prenons un exemple : l’obtention d’un bon lait,

C’ est à dire : Qu’est-ce qui, en 1974, avait motivé votre passage à l’agriculture bio- logique ? La transition a-t-elle été difficile ? Philippe Jeannier : L’initiative n’est pas venue de la coopérative elle-même,

en douceur, car nous n’avons pas eu à changer nos habitudes : nous étions en quelque sorte déjà “bio”, et le label n’a fait qu’officialiser les choses. Càd : La labellisation de vos pro- duits implique-t-elle des contrôles plus poussés ?

La fromagerie de La Chaux fonctionne suivant le principe d'une coopérative. Chaque année, ses coopérateurs produisent 2 500 000 tonnes de lait dont 2 200 000 sont utili- sés pour fabriquer du comté bio A.O.P.

mais plutôt de l’affineur (Mar- cel Petite,N.D.L.R.). Plusieurs études de terrain avaient démontré que nos prairies étaient éligibles au bio, et

“La transition s’est opérée en douceur.”

P.J. : Tout à fait. Nos 9 coo- pérateurs (dont 4 sont basés à La Chaux-de-Gilley), font régulièrement l’objet de

donc d’un bon fromage, passe obliga- toirement par la bonne alimentation des vaches. Or certaines exploitations donnent à leurs bovins énormément de céréales, à défaut de les nourrir avec suffisamment de fourrage. Dans ce cas précis, le cahier des charges de l’Agri-

culture Biologique nous limite dans les portions de céréales que nous pouvons donner aux vaches. Mais en réalité, par principe, nous nous auto limitons, parce que faire de l’authentique est avant tout une conviction, une fierté. n Propos recueillis par T.M.

contrôles par l’organisme Écocert, qui délivre (ou non) les certifications Agri- culture Biologique (A.B.). Sinon, comme dans toute fromagerie, notre lait est

puisque le cahier des charges nous convenait et, surtout, correspondait à nos valeurs, nous nous sommes lancés. À vrai dire, la transition s’est opérée

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