Journal C'est à Dire 106 - Décembre 2005

D O S S I E R

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Hôtel de Paris

Paris

La jeune fille originaire de Fuans travaille au quo- tidien dans un des plus célèbres palaces de la Côte d’Azur : l’hôtel de Paris à Monaco. Célébri- tés, paillettes et jet set ponctuent son quotidien. Virginie de Monaco

Les formations hôtelières mènent à tout. La jeune fille de Saint-Julien-lès-Russey est gouvernante dans une clinique chic du XV ème arrondissement de Paris. Un métier où le contact humain prend tout son sens. Karine Pagnot gouverne une clinique privée

T oute petite, dans son vil- lage de Saint-Julien-lès- Russey, Karine Pagnot savait ce qu’elle voulait faire. User ses fonds de pantalon sur les bancs d’un lycée, ce n’était pas son truc. Rapidement, elle part donc suivre un C.A.P. puis un B.E.P. d’hôtellerie au lycée Condé de Besançon. Elle com- plète ce cursus par un bac tech- nologique hôtelier à Strasbourg. Consciente que c’est encore insuf- fisant pour avoir toutes les cartes en main, elle frappe à la porte du cours hôtelier bisontin, “pour la renommée de l’école, la qua- lité de l’enseignement et le suivi des carrières” explique-t-elle. En 1995, elle obtient son diplôme de “gouvernante et réceptionniste” et embraye sur son premier sta- ge, au très select hôtel Beau Riva- ge de Genève. Le stage est immé- diatement suivi d’un contrat de travail de 18 mois. “Puis j’ai eu envie de voir autre chose, enchaî- ne Karine. Je savais que dans le

D e Fuans à Monte Car- lo, il n’y a finalement qu’un pas, franchi à force de volonté par Virginie Grosjean. Pourtant, rien ne la prédestinait au départ à travailler dans le domaine de l’hôtellerie internationale. Après l’obtention d’un bac sciences éco à Morteau, elle se dirige, sans idée préconçue, à la faculté de Besançon, section Langues ÉtrangèresAppliquées. Le diplô- me en poche, elle fait sa pre- mière expérience internationale obtient son diplôme. “Suite à ma formation, on m’a proposé un stage à l’hôtel Hermitage (Société des Bains de Mer & Resorts) à Monaco. J’y suis res- tée 6 mois. La vie sur la Côte n’étant pas désagréable, j’ai pris la décision de rester dans le Sud” dit-elle. Elle est alors embau- chée à la Caisse Centrale H.B.S. de l’hôtel de Paris (hôtel appar- tenant aussi à la S.B.M.) pen- dant deux ans. “C’est un peu comme une banque à l’intérieur même de l’hôtel. Je gère les encaissements divers, le chan- ge des devises, les comptes clients, la comptabilité jour- nalière, les suivis bancaires…” Et ainsi voit passer tout ce que la Côte d’Azur accueille en clients prestigieux. Virginie ne voit pour l’instant que des avantages à ce métier : les horaires flexibles, la diver- sité de la clientèle, le contact avec les “gens qui font le mon- avec un job décroché à Londres pendant un an et demi. De retour en France, elle entend parler du centre hôtelier de Besançon. Elle y pos- tule, y est admise et

de” comme elle dit. “Contraire- ment peut-être à ce que l’on pour- rait imaginer, les clients sont en général très courtois et gen- tils” ajoute-t-elle. Bien sûr, Monaco vit au ryth- me d’événements qui ont fait la réputation du Rocher : la pério- de des fêtes religieuses ou natio- nales, ou celle du Grand Prix de Formule 1 “sont plus diffi- ciles et stressantes parce que les clients plus nombreux, parfois plus exigeants… Mais on dit souvent qu’ici tout est possible :

“You name it, you get it” (vous demandez, vous êtes servis !)” Virginie Grosjean esti- me qu’elle a “la chan- ce de croiser des stars internationales, des comédiens, des chan-

“C’est un peu comme une banque à l’in- térieur même de l’hôtel.”

Karine Pagnot a bifurqué de l’hôtellerie à la gouvernance d’une clinique parisienne.

vernante. Cet établissement chi- rurgical privé, plutôt orienté haut de gamme, est installé au cœur de la capitale, dans le XV ème arron- dissement. Il emploie une cen- taine de salariés, sans compter les chirurgiens. Depuis 7 ans, Karine Pagnot est “responsable de l’hygiène et de l’en- tretien, de la gestion du person- nel, du bien-être des patients et de leur confort hôtelier.” Un pos- te à responsabilités qui corres- pond à ses attentes et à ses qua- lités de rigueur, méthode, dis- crétion, disponibilité, sens de la relation, bonne présentation et esprit d’initiative. “Les patients sont tout de même moins exigeants que les clients des grands hôtels. C’est plus chaleureux” affirme Karine qui dit “plutôt bien” s’adap- ter à la vie parisienne, même si elle avoue rentrer une fois par mois au pays, histoire de retrou- ver les valeurs simples d’une ter- re qui l’a vu grandir. ■ J.-F.H.

milieu hospitalier il y avait par- fois des postes de gouvernante. Le métier est le même sauf qu’on est en contact avec des patients,

l’ambiance est différente.” L’opportunité se présente en 1998 quand la clinique Blomet fait savoir qu’elle cherche une gou-

teurs, des écrivains… et de tra- vailler dans un cadre très agréable. Divertissement sup- plémentaire, “des films ou des séries T.V. sont aussi tournés régulièrement à l’hôtel de Paris… À mon arrivée, j’étais assez curieuse de tout ça et puis on s’habitue.” Voilà maintenant six ans que Virginie a élu domicile sur la Côte. Elle ne réside pas à Mona- co même mais à quelques cen- taines de mètres de la “fron- tière” monégasque. “J’habite à Roquebrune-Cap-Martin, la commune limitrophe, je peux même venir travailler à pied… Nous avons la chance d’avoir le soleil, les plages et la neige pas très loin l’hiver…” Que deman- der de plus ? Cette vie semble lui convenir : “Je n’envisage pas pour l’instant de revenir vivre en Franche-Comté. Peut-être pour ma retraite !” finit-elle. ■ J.-F.H.

Le milieu hospitalier recherche de plus en plus de gouvernantes.

Entre la Côte d’Azur et les Alpes

Le jeune des Fins a fait un choix qui correspond parfaitement à ses attentes. À 21 ans, il navigue entre deux “Relais et châteaux” : l’été à la mer, l’hiver au soleil. Le rêve hôtelier. Anthony Costa fait des saisons haut de gamme

Q ue demander de mieux pour l’instant ? Anthony Costa est nourri, logé et passe les mois d’été dans un éta- blissement de luxe posé au bord de la Grande Bleue, à Cava- lière, vers Saint-Tropez, et l’hi- ver à Méribel, dans une des sta- tions les plus huppées des Alpes

de réceptionniste, standardiste, concierge, secrétaire, attaché commercial… “J’ai un peu l’im- pression d’être agent de l’hôtel. Il faut être bon car quand un client appelle, la première impres- sion, c’est vous qui lui donnez.” La maîtrise d’au moins une langue étrangère est indispen-

vient depuis une dizaine d’an- nées. Et beaucoup font les deux hôtels : l’été à Cavalière et l’hi- ver à Méribel.” En trois ans, Anthony Costa a connu une fulgurante ascension. Du statut de stagiaire, il est suc- cessivement passé réception- niste, de jour et de nuit, puis uniquement de jour, jusqu’à tenir le rôle d’un premier de récep- tion. Aujourd’hui, c’est lui qui a le plus d’ancienneté dans ce pos- te ! “J’ai fait mon petit trou dans ces établissements” avoue-t-il. Logé, nourri, hébergé chez ses parents aux Fins pendant l’in- tersaison, Anthony n’est pas du genre à se lamenter pas sur son sort. Les quelque 300 euros qu’il touche par mois de pourboire viennent compléter agréable- ment son salaire. Pour l’instant, il considère qu’il est “possible d’avoir une vie stable tout en faisant les saisons.” Employé dans une des plus belles chaînes hôtelières du Mon-

françaises, toujours dans le confort d’un hôtel répertorié dans la gran- de chaîne des “Relais et châteaux”. Ce choix de vie lui convient à mer- veille, malgré la diffi- culté du métier. En ce

sable, que ce soit à la mer ou à la montagne. “Nous n’avons pas plus de 65 % de clientèle francophone. Il y a beaucoup d’Anglais et d’Italiens sur la Côte. À Méribel, ce sont beau- coup d’Américains et de

À moyen terme, mettre le cap sur l’étranger.

début décembre, Anthony s’ap- prête à repartir dans les Alpes. “J’ai été embauché à l’hôtel le Grand Cœur à Méribel, un hôtel 4 étoiles qui appartient au même propriétaire que le Club de Cava- lière où je travaille l’été. C’est une formule idéale pour l’ins- tant” observe le jeune homme. Son poste est très polyvalent : il occupe aussi bien les fonctions

Russes. ” Pour autant, ce n’est pas la même clientèle que dans les palaces parisiens ou moné- gasques. “Si la moquette ne plaît pas, on ne la changera pas. Même si nous sommes classés “Relais et châteaux”, la clientèle sait res- ter simple. D’ailleurs, nous avons beaucoup d’habitués, quelques hommes politiques ou vedettes de la télé. La majorité des clients

Anthony Costa travaille dans deux “Relais et châteaux” 4 étoiles à Cavalière. c’est un des rares hôtels de la Côte qui a les pieds dans l’eau.

de, il est à bonne école. Il tra- vaille 39 heures par semaine, bénéficie de 2 jours de congés consécutifs. On est bien loin des clichés présentant les employés de l’hôtellerie comme des gens corvéables à merci. Actuelle- ment, il perçoit son métier com-

me “une véritable aventure humaine. On apprend à vivre avec les gens.” Son souhait, à moyen terme, est de mettre le cap sur l’étranger. “J’aimerais m’installer plus tard en Espagne. C’est un pays qui “monte” en matière d’hôtellerie.”

En attendant, il profite d’une vie professionnelle qui se dérou- le au fil tranquille des saisons. Pour une vie plus rangée et une plus grande stabilité, “on verra plus tard…” ■ J.-F.H.

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