La Presse Pontissalienne 243 - Janvier 2020

LE DOSSIER

La Presse Pontissalienne n°243 - Janvier 2020

22

LA FACE CACHÉE DE L’ELDORADO

Les relations transfrontalières entre la France et la Suisse voisine sont pourvoyeuses d’emplois et de richesses. C’est la manière la plus classique de présenter la zone frontalière. En somme, une relation gagnant-gagnant. Certains prétendent pourtant, à l’image des chercheurs du Forum transfrontalier Arc jurassien, un espace de réflexion à composantes franco-suisses, qu’on serait désormais dans un rapport perdant-perdant. Perdant pour la population, pour l’environnement, pour les finances des communes et pour la consommation foncière entre autres. Leur thèse met la lumière la face cachée de l’eldorado frontalier. Arguments à l’appui.

l Analyse

5,5 % sous le seuil de pauvreté

La bande frontalière et ses contrastes L’attractivité résidentielle de la zone frontalière soutient la vitalité démographique du Doubs et les salaires suisses un niveau de vie élevé. Mais les pauvres y sont plus pauvres qu’ailleurs. C’est tout le paradoxe de l’eldorado frontalier.

L e travail en Suisse favorise l’installation de jeunes actifs sur la zone frontalière fran- çaise et les pôles d’emplois suisses offrent des opportunités par- ticulièrement attractives notamment dans l’industrie : 11 % des actifs du Doubs partent y travailler quotidien- nement, soit 25 000 frontaliers. Le Doubs est ainsi le département où le niveau de viemédian de la population est le plus élevé de la région et le 15ème de France métropolitaine. La pauvreté monétaire y est moins répandue qu’en moyenne dans la région : 12,2 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2016 contre 13,1 % en Bourgogne- Franche-Comté. “Néanmoins, les iné- galités de niveau de vie peuvent être très importantes” souligne l’I.N.S.E.E. Bourgogne-Franche-Comté dans une récente étude. Les actifs résidant dans le département sont plus qualifiés qu’enmoyenne dans la région. La part de salariés exerçant unmétier d’ouvrier qualifié ou de cadre est plus élevée, en lien notamment

avec les emplois d’ouvriers hautement qualifiés en Suisse. De 30 à 50 % des actifs des communes frontalières, prin- cipalement des ouvriers qualifiés, vont travailler en Suisse. “Ces territoires gagnent donc des habitants grâce aux excédents migratoires et naturels. Ils sont ainsi devenus très résidentiels et davantage artificialisés. Cette croissance démographique s’accompagne d’un développement d’équipements et de commerces” notent les statisticiens. Dans le Haut-Doubs, la pauvreté moné- taire est certes contenue car la popu-

Le secteur de Pontarlier compte parmi ceux où les revenus médians sont les plus hauts, mais les personnes en situation de précarité ont un niveau de vie parmi les plus faibles du département.

très résidentiel, est ainsi celui où le niveau de vie médian annuel est le plus élevé, 30 400 euros. La part de la population vivant sous le seuil de pau- vreté est très faible (5,5 %) mais les personnes en situation de pauvreté monétaire ont un niveau de vie parmi les plus faibles du département (9 880 euros annuels). C’est le principal paradoxe de ce territoire contrasté. Sous le vernis doré se cache une autre couche moins brillante. n J.-F.H.

à se loger, contre 22 % des bénéficiaires dans le Doubs et 17 % dans la région. Le Val de Morteau, deuxième espace le plus peuplé de la bande frontalière avec 20 400 habitants, est encore plus fortement tourné vers la Suisse que les autres territoires du Haut-Doubs frontalier. Ici, un actif sur deux travaille en Suisse, souvent ouvrier qualifié dans l’industrie horlogère et de préci- sion. De nombreux cadres y habitent et travaillent également de l’autre côté de la frontière. Ce territoire, devenu

tallation de Suisses attirés par les prix attractifs de l’immobilier en France génèrent également des tensions impor- tantes sur le marché du logement où le montant des transactions immobi- lières est élevé. Ils entraînent aussi à la hausse les prix à la location, “impli- quant un reste à charge important pour les bénéficiaires d’une aide au logement” ajoute l’étude. C’est notamment le cas dans le Grand Pontarlier où un quart de ceux résidant dans le parc privé consacrent plus de 39 % de leur budget

lation bénéficie de reve- nus globalement très élevés. Sur l’ensemble des sept intercommuna- lités de la bande fronta- lière, le niveau de vie médian annuel de la population atteint 27 600 euros, “mais il cache de fortes disparités” ajoute l’I.N.S.E.E. Aussi, le développement du travail frontalier, l’ins-

Plus de 39 % de leur budget pour se loger.

Made with FlippingBook flipbook maker