La Presse Pontissalienne 111 - Janvier 2009

LE DOSSIER

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UN SIÈCLE DE SKI JURASSIEN

Avec ses paysages et ses étendues neigeuses, le massif jurassien ne pouvait guère échapper au formidable engouement généré autour du ski. Le scénario historique se déroule en plusieurs actes. Au temps des pionniers des années 1900, succède celui de la découverte puis des premiers remonte-pentes à partir des années trente. L’épopée du ski jurassien est en marche et se poursuivra après-guerre pour connaître une progression ininterrompue jusqu’au milieu des années quatre-vingt. Les fidèles auront ensuite tendance à déserter cette grand-messe populaire victime alors des problèmes d’enneigement, d’une société où l’offre touristique se diversifiera considérablement, bien au-delà des limites des massifs montagnards. Rétrospective.

H ISTOIRE

Les Suisses précurseurs La grande épopée du ski dans le massif jurassien Les premières traces de ski dans les neiges jurassiennes remontent à plus d’un siècle. Le phénomène se propage sous l’impulsion de visionnaires, de fabricants connus ou méconnus, de promoteurs dynamiques, de clubs fédérateurs. Il fluctue aussi au gré des évolutions de la société.

La mode des sports d’hiver débute timidement au lendemain de la guerre 14-18 avec le développement des lignes fer- roviaires et de l’hôtellerie.

O riginaires de Scandinavie, les premières “planches” sont signalées en France et plus spécifiquement dans les Alpes vers 1880. Ce mode de locomotion rudimentaire apparaît dans notre massif dès la fin du XX ème siècle. Il ne fait guère de doute qu’il soit arrivé par la Suis- se où nos voisins avaient déjà une bonne ving- taine d’années d’avance dans la pratique. L’histoire du ski jurassien commence à peu près simultanément dans le Haut-Doubs et le Haut- Jura si l’on s’en réfère aux gazettes locales. Elle aura peut-être davantage d’écho aux Rousses avec son ambassadeur historique, à savoir le maire Félix Péclet.Au cours de l’hiver 1899-1900, ce personnage charismatique montre beaucoup d’intérêt quand il voit un officier anglais des- cendre la Dôle “monté sur de longues et étroites planchettes et appuyé sur un long bâton muni d’une rondelle.” L’élu saura tirer profit de ses observations pour lancer cette nouvelle pratique allant jusqu’à effectuer lui-même la tournée du facteur lors de l’hiver 1904-1905. L’usage d’abord utilitaire prend très vite un caractère ludique et sportif, voire clandestin pour quelques adeptes de la contrebande qui sévis- saient du côté de Chapelle-des-Bois. Les forces industrieuses de la montagne jurassienne vont également équiper les skieurs locaux qui n’avaient, pour la plupart, pas les moyens d’importer des lattes scandinaves. Très vite menuisiers, char- rons, boisseliers duHaut-Doubs auHaut-Bugey se mettent à confectionner des planches avec des réussites diverses. Beaucoup ne résisteront pas à l’avènement des techniquesmodernes com- me le contrecollé ou les matières plastiques qui s’imposeront peu à peu au cours des années soixante-dix.On se souvient surtout des Lacroix, Grandchavin ou encoreVandel qui restent incon- testablement les plus grandes marques du ski jurassien. En parlant technique, l’usage des bâtons est déjà mentionné lors d’un concours à Morez en 1909. Cette époque marque aussi la création des premiers clubs. Après la guerre 1914-1918, on assiste aux prémices des sports d’hiver. Ces débuts sont favorisés par le déve- loppement de l’hôtellerie et des lignes ferro- viaires qui desservent les gares de Pontarlier, Morez, La Chaux-de-Gilley. Anecdote, en 1924, la commune des Fourgs dépose un projet de “ski- drome” équipé de remontées mécaniques mises en mouvement par traction animale. Les trem- plins se multiplient au cours des années trente, qu’on peut considérer comme celles rattachées à la découverte du ski. Il prendra son véritable essor au cours des deux décennies suivantes grâ-

ce aux remontées mécaniques. En 1937, Camille Gresset installe un télé-traî- neau au pied du Mont d’Or. Un certain Mauri- ce Lagier ne tarde pas à l’imiter en implantant la même année une remontée sur 150 m aux Hôpitaux-Neufs. Ce Pontissalien inventif sera le pionnier des remonte-pentes et télésièges dans le Haut-Doubs. Après le coup d’arrêt lié à la Seconde Guerre Mondiale, l’épopée du ski jurassien repart de plus belle, encouragé par lamontée en puissance de la civilisation des loisirs. Cette dynamique aboutit à la naissance des grandes stations juras- siennes :Mijoux-Lélex, Les Rousses etMétabief. En 1953, le plus grand domaine skiable duDoubs a sa télébenne. L’équipement avant-gardiste remporte un succès considérable. Plus de 7 000 skieurs l’empruntent dès la première saison. Le massif jurassien n’échappe pas à la grande vague populaire du ski initiée après les J.O. de Grenoble en 1968 et qui connaîtra son apogée dans les années quatre-vingt-85. Certains spé- cialistes attribuent beaucoup d’importance à cet événement olympique qui fut selon eux à l’origine même de cette démocratisation. D’autres esti- ment qu’il s’agit tout simplement de la résul- tante d’une société avide de retour aux sources. La vérité est peut-être entre les deux.Cette pério- de cruciale se traduit par la remise au goût du jour du ski nordique. Après des débuts promet- teurs jusque dans les années trente avant de céder ensuite le pas à son homologue alpin, le fond retrouve enfin ses lettres de noblesse en terre jurassienne. Le modèle de développement rural suivi à Chapelle-des-Bois ou à La Pesse illustre bien ces connivences entre cette pratique et ce massif qui lui va comme un gant. L’itinéraire de laGrandeTraversée du Jura inau- guré en 1979 dans le Doubs participe à ce retour en grâce. On va alors assister à la multiplica- tiondes sites nordiques.C’est le temps des grandes courses populaires. 3 000 coureurs au départ de Mouthe-Pontarlier en 1981. Le record sera bat- tu 3 ans plus tard par laTransju. Le temps aus- si de l’instauration de la redevance et des pre- mières plaintes. Sans s’en douter, le ski jurassien traverse alors ses plus belles heures de gloire populaire. Les problèmes d’enneigement, l’évolution des mentalités qui mettront en lumière les raquettes par exemple, l’avènement du skating boudé par les touristes, cette conjonction de facteurs fra- gilisera considérablement la dynamique du ski nordique qui ne s’en est toujours pas remis. F.C.

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