La Presse Bisontine 286 - Mars 2026
L’événement 9
Mars 2026
l Flagey
De nouveaux élevages en prévision
“Pour 2026, Coquy ambitionne de produire 82 millions d’œufs”, explique Fabrice Delval, le directeur opérationnel ici en compagnie des autres cadres du site Coquy à Flagey. De gauche à droite : Jessica Ferry, responsable de centre, Morgane Le Goff, responsable qualité et Jean-Philippe Klopp,
Les œufs Coquy montent en capacité Sur un marché de l’œuf où la demande est supérieure à l’offre, l’entreprise basée à Flagey intégrée depuis 2019 dans la coopérative Terre Comtoise, parvient encore à livrer tous ses clients tout en étudiant la possibilité d‘augmenter à moyen terme sa production en créant de nouveaux élevages, sachant qu’il faut deux ans pour finaliser un dossier avicole.
D eux raisons principales expli quent la pénurie d’œufs en France. La consommation d’œufs par habitant a pro gressé alors que, dans le même temps, beaucoup d’élevages “œufs cages” fer ment progressivement. Un effet ciseaux qui s’équilibrera d’ici un ou deux ans le temps que sortent de terre de nou veaux élevages sol, plein air ou bio. “Il manquerait aujourd’hui 300 élevages de 20 000 à 30 000 poules pour répondre aux besoins du marché français” explique Fabrice Delval, le directeur des opéra tions chez Coquy. L’entreprise régionale implantée à Fla gey fêtera son 70 ème anniversaire cette année. En effet, en 1956, Albert et Mar guerite Bourgon, fondateurs de la marque, relèvent le défi de faire un œuf régional. Coquy fait désormais partie prenante du patrimoine alimentaire régional que ce soit au rayon œufs ou en croisant chaque jour les camions de
livraison qui sillonnent les routes pour distribuer leurs précieuses cargaisons. En 2019, la société Coquy a été reprise par Terre Comtoise associée à deux autres coopératives : Bourgogne du Sud et Bourgogne Céréales. Les nouveaux propriétaires ont investi 5 millions d’eu ros dans la construction d’un centre de conditionnement ultra-moderne capable de calibrer 130 millions d’œufs à l’année, dans le futur. Pour 2026, Coquy ambitionne de pro duire 82 millions d’œufs contre 72 mil
responsable commercial.
Coquy se positionne sur trois gammes d’œufs: sol, plein air et bio. Georges Bourgon, le fils du fondateur, était déjà sorti de la gamme “œuf cages” depuis plus de 15 ans. L’intégration régionale concerne également l’aliment fourni en totalité par Terre Comtoise. “Toute la matière première (céréales, soja) qui entre dans la composition de la formule de l’aliment est cultivée en Bourgogne Franche-Comté. Les céréales sont trans formées au moulin de Dannemarie-sur Crète qui appartient aussi à Terre Comtoise. Les poules Coquy consomment
chaque année 12000 tonnes d’aliment non-O.G.M., sans antibiotiques et riche en Oméga 3” , détaille le directeur. L’entreprise de Flagey emploie 40 col laborateurs. “On a 12 chauffeurs-livreurs merchandiseurs qui assurent la livraison, la mise en rayon et la prise de commande. 400000 œufs sortent chaque jour du centre de conditionnement pour être dis tribués dans un rayon de 100 km. On livre également quelques centrales d’achat, cela représente 20 % du business. Au total, on travaille avec 280 clients livrés entre une et trois fois par semaine.”
Le directeur ajoute aussi que l’entreprise est engagée dans la démarche R.S.E. qui repose sur trois piliers : économique, social et environnemental. Le fonctionnement entre l’entreprise Coquy et les 10 élevages associés est assez logique : Terre Comtoise apporte l’aliment, en contrepartie, l’éleveur four nit les œufs vendus par Coquy auprès de ses clients. “Aujourd’hui, on livre tous nos clients malgré des commandes crois santes. D’autres demandes sont en étude en parallèle de nos futurs élevages.” n F.C.
lions l’année dernière et environ 50 millions d’œufs à la reprise en 2019. “On gère six pou laillers en direct à Fla gey et on travaille avec 10 éleveurs associés, tous installés en Bour gogne-Franche-Comté. Au total, cela repré sente 300 000 poules” ,
400 000 œufs sortent chaque jour du centre de Flagey.
l Val d’Usiers Circuit court Les œufs d’Élodie ne connaissent pas la crise
Les 900 poules d’Élodie Dornier sont logées dans deux poulaillers mobiles régulièrement déplacés aux beaux jours. Des conditions d’élevage très éloignées des poulaillers hors-sol, un aliment sur-mesure : ces paramètres expliquent sans doute l’attachement de la clientèle à ces œufs fleurant bon le terroir du Val d’Usiers.
A u royaume des A.O.P. froma gères, il n’est pas toujours facile d’être l’invité au festin surtout quand l’invitée se décline au féminin. Après son B.T.S. agricole obtenu en 2007, Élodie Dornier a d’abord travaillé au service de rem placement dans l’espoir de trouver sa place dans un élevage bovin ou de s’ins taller en caprin. Sauf qu’elle n’était pas forcément la bienvenue sur les diffé rentes exploitations où elle a posé can didature. “J’ai travaillé dans l’agroali mentaire le temps de trouver un projet agricole qui corresponde à mes envies et à mes moyens.” La solution prendra la forme d’un éle vage avicole. Après une première ten tative qui finira par avorter, elle se lance finalement en 2021 dans l’exploitation d’un élevage de 250 poules en optant pour le statut de micro-entrepreneur. “Les élevages de cette taille ne sont pas tenus d’avoir un agrément sanitaire. Il suffit de tamponner les œufs et de tra vailler en vente directe” , explique la jeune avicultrice qui écoulera une partie de sa production sur les marchés locaux, notamment le jeudi et le samedi matin
sécurité très strictes. Tout est organisé pour éviter les risques de contamination venant de l’extérieur. À chaque renou vellement du lot de poules, programmé tous les 18 moins, l’aviculture procède à la désinfection des installations. Com bien d’œufs peuvent produire 900 poules ? “Il faut compter environ 5 œufs par semaine pour une poule.” La production du poulailler du Val d’Usiers reste très localisée : les marchés de Pontarlier, quelques restaurants assez haut de gamme, des établisse ments scolaires et des commerces ali mentaires. “Je viens d’installer un dis tributeur à l’entrée de la boutique Chouette Éthique dans l’ancienne com mune de Bians-les-Usiers. Les œufs sont conditionnés en boîtes de 6 ou 12. L’ap pareil contient 32 casiers.” Pour nourrir ses poules, Élodie Dornier a sollicité la minoterie Dornier pour composer une formule sans additif ni colorant. “Jusqu’à Noël, je n’avais pas franchement ressenti une forte demande mais les choses ont évolué à partir du mois de janvier. On ressent davantage la hausse de la demande.” La production d’œufs dans une structure comme la
à Pontarlier. Cette situation provisoire se formalise le 1 er mars 2023 quand Élodie Dornier opte pour le statut d’avicultrice à part entière. Elle s’engage dans le métier avec un cheptel de 900 poules, ce qui reste très artisanal au regard de la plu part des autres élevages. “Au départ, j’ai aménagé un ancien bâtiment agricole en poulailler qui a aussi fait l’objet d’un agrandissement. J’ai élevé un seul lot dans cette structure” , poursuit celle qui finira par changer de modèle.
L’avicultrice a investi dans un distributeur d’œufs installé devant la société Chouette Éthique située au Val d’Usiers.
En mai 2025, elle investit dans deux poulaillers mobiles. Fabriqués en Alle magne, ces “Farmers mobiles” sont équipés pour une totale autonomie avec un stockage d’aliments, une réserve d’eau, des pan neaux solaires produisant l’énergie pour mettre en route la chaîne d’alimen tation, les lumières et le tapis qui récupère les œufs. Comme dans tout élevage, Élodie Dornier respecte des règles de bio
“La pénurie attire davantage
sienne demande encore beaucoup d’opé rations manuelles notamment au centre de conditionnement où les œufs sont mirés, calibrés et tamponnés. “On men tionne le code du producteur. Ce n’est pas obligatoire d’indiquer la date de ponte sur les œufs. Je le fais sur les boîtes.” La date limite de consommation d’un œuf est de 28 jours. Deux calibres d’œufs 53-63 mm et 63-73 mm sont com mercialisables en France. Les trop gros
ou trop petits partent comme ingrédients dans la fabrication de produits alimen taires comme les pâtes. “Je ne subis pas la pénurie mais la pénurie attire davan tage de clients sur le marché qui espèrent trouver des œufs plus facilement. Même si la demande est là, je n’ai pas l’intention d’avoir plus de poules qu’aujourd’hui. Je tiens à rester à la tête d’un élevage à taille humaine.” n F.C.
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