La Presse Bisontine 286 - Mars 2026

8 L’ÉVÉNEMENT

Mars 2026

MAIS OÙ SONT PASSÉS LES ŒUFS ?

La pénurie d’œufs touche la plupart des magasins depuis plusieurs mois maintenant. Comment expliquer ces rayons régulièrement vides dans les grandes surfaces ? Comment la filière régionale des œufs s’organise pour tenter de remédier à la situation ? Enquête et analyse dans notre dépar tement. Sur notre photo, une pro ductrice locale installée dans le Haut Doubs, Élodie Dornier, qui peut compter sur une fidèle clientèle au marché de Pontarlier où elle est présente le jeudi et le samedi.

l Consommation d’œufs Les raisons de la pénurie Un appétit sans fin pour les œufs Depuis quelques mois, les supermarchés affichent régulièrement des rayons vides là où devraient s’empiler des boîtes d’œufs. Comment expliquer cette pénurie qui touche tout le pays ? La Bourgogne-Franche-Comté est-elle un peu préservée grâce à ses élevages ? Éclairages.

Zoom Au Super U de Besançon, on subit aussi

R égulièrement, le rayon œufs du Super de Besançon l’Amitié est vide. Pris d’assaut dès qu’il est réappro visionné par des clients qui, ici comme ail leurs, se retrouvent face à des rayons dés espérément vides. Le magasin bisontin ne peut que déplorer la situation depuis plusieurs mois. “On subit comme tout le monde. Nous sommes le dernier maillon de la chaîne. Le problème, c’est que la livraison des œufs se fait en fonction des

surfaces de nos magasins, de façon éga litaire, et comme nous bénéficiions d’une forte fréquentation, la situation est souvent tendue” note Magali Neuville, la directrice du magasin bisontin. La responsable souligne tout de même qu’on a “la chance d’avoir un gros four nisseur local avec la société Coquy, mais il ne peut pas toujours nous livrer autant que nous le souhaiterions” ajoute-t-elle. n J.-F.H.

D epuis quelques mois, les Français ne marchent pas sur des œufs quand il s’agit de consommer le fruit de la ponte des poules. Selon le C.N.P.O., l’interprofession des œufs, un habitant mange 20 œufs par mois, une consom mation qui a bondi de 5 % en moyenne en 2025. Soit une moyenne de 237 œufs par habitant dans l’année (contre 227 en 2024). Entre 2023 et 2025, c’est + 14 % d’achat d’œufs en magasin, soit 300 millions d’œufs supplémentaires vendus en magasin sur la même période. Soit au total 7,3 milliards d’œufs vendus en France en un an. “Dans un contexte incertain, marqué par un pouvoir d’achat réduit et une volonté de maî triser les dépenses, y compris alimen taires, les foyers français continuent d’acheter de plus en plus d’œufs. Ces produits incontournables de la cuisine constituent en effet la façon la moins chère de profiter de protéines animales et de maîtriser son empreinte carbone, tout en offrant une grande variété de possibilités culinaires, tant sucrées que salées” , avance ainsi l’Interpro*. L’œuf s’impose aujourd’hui comme l’un des produits les plus emblématiques

et les plus plébiscités de l’alimentation française : 96 % des Français le consi dèrent comme un produit incontour nable de leur alimentation (Baromètre C.S.A./ C.N.P.O. 2023) et ils en consom ment de plus en plus. D’ici 2028, si le marché continue sur cette dynamique, 8 milliards d’œufs pourraient être ven dus en grandes surfaces. Les élevages français sont-ils capables de garder le rythme et de produire plus ? En 2025, la mobilisation des éle veurs a permis une hausse de produc tion de 0,8 % (contre + 5 % de la consom mation) pour une production de près de 16 milliards d’œufs. En Bourgogne-Franche-Comté, la filière

mentation” , souligne dans une publi cation de novembre 2025 l’Agreste (sta tistique publique de l’agriculture, de l’alimentation, de la forêt et de la pêche). La France poursuit en effet son objectif vers 90 % de poules pondeuses en éle vages alternatifs à la cage d’ici 2030. Fin 2025, ils concernaient 77 % des poules. Le Doubs quant à lui assure 18 % de la production régionale (20 % pour la Côte-d’Or et 42 % pour la Saône-et Loire, le reste étant dispatché dans les autres départements), grâce entre autres à la plus grosse production d’œufs classés plein air. Face à la hausse de la consommation d’œufs, le cheptel de poules pondeuses en B.F.C. a augmenté de plus de 50 % ces dix dernières années. Dans le même temps, le nombre d’ex ploitations possédant un atelier de poules pondeuses a crû de 150 %. n L.P. *Source https://oeuf-info.fr/ les-chiffres-cles/ **Source Agreste, statistique publique de l’agriculture, de l’ali mentation, de la forêt et de la pêche, publication de novembre 2025 sur le recensement agricole de 2020.

des poules pondeuses regroupe 123 exploita tions pour une produc tion de 320 millions d’œufs par an**. “La pro duction est constituée en majorité d’œufs de plein air et bio (52 % pour le bio), même si une impor tante production d’œufs en cage existe en Saône et-Loire, celle-ci devrait disparaître en raison de l’évolution de la régle

Le Doubs assure 18 % de la production régionale.

Ce jour-là à Super U, une livraison attendue est arrivée. Les consommateurs sont rassurés.

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