La Presse Bisontine 286 - Mars 2026

6 L’interview du mois

Mars 2026

AGRICULTURE

La députée contre la ministre

DOMINIQUE VOYNET Filière bio : deux visions de l’agriculture durable ? “On a vraiment l’impression que le ministère de l’Agriculture s’acharne sur le bio” Dominique Voynet, députée E.E.L.V. de la deuxième circonscription du Doubs a adressé une lettre ouverte à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Elle s’indigne face à des menaces et des attaques qui s’accumulent depuis plusieurs mois à l’encontre de l’Agence bio et plus largement à l’encontre de l’agriculture biologique. Inquiétude autour de la filière du bio

M adame Voynet, qu’est-ce qui vous a poussé à envoyer ce courrier à ce moment là alors que s’ouvrait salon de l’agriculture ? Dominique Voynet : Menacée de dis parition dès janvier 2025 à l’ins tigation du sénateur Duplomb, l’Agence bio a vu ses crédits dimi nuer de 60 %, soit 15 millions d’euros en 2025. Il en est de

même du “Fonds Avenir bio” - amputé de 5 millions d’euros - sur lequel reposent bien des acti vités de l’agence. L’Agence bio est totalement exsangue, elle n’a pas pu être présente au salon de l’agriculture cette année. Ça coûte cher d’avoir un stand. C’est de la folie douce. Le Salon de l’agriculture est le moment de l'année où on montre ce que ce

que l'agriculture peut faire de bien. Et par rapport à ce que fait l’Agence bio, c’est un moment aussi où beaucoup d’agriculteurs viennent avec l’idée de faire le tour des stands et de voir ce qu’ils peuvent faire. Il y a une aspira tion dans le monde agricole à mieux faire.

situation de l’Agence bio qui voit ses crédits baisser drastiquement et sa directrice Laure Verdeau sur le départ forcé ? D.V. : Ce qui me choque, c’est que l’Agence bio est un instrument public qui accompagne et conseille les agriculteurs qui sou haitent changer leur pratique. On ne force personne, on n’exerce pas de pression sur les agricul teurs conventionnels. On accom pagne les agriculteurs qui veu lent faire mieux. Ce n’est pas une affaire politicienne, ce n’est pas une affaire d’opposition entre syndicats. En Franche-Comté par exemple, il y a énormément d’agriculteurs, quelle que soit leur appartenance syndicale qui se demandent comment faire pour réduire l’usage des subs tances. Baisser le crédit de 60 %, je trouve ça délirant et on met en difficulté les agriculteurs qui sont engagés dans la transition. J’ai essayé de comprendre pour quoi, est-ce qu’ils sont en train de mettre en place d’autres outils ou de territorialiser mieux leur politique. On m’a répondu dans les couloirs du ministère de l’Agriculture, que l’Agence bio est devenue une affaire person nelle entre Madame Verdeau et Madame Genevard. Je ne veux pas le croire, ce n’est pas possible de personnaliser un combat à ce point. S’il y a des reproches objec tifs à faire à Madame Verdeau, il faut le dire. Mais si ce n’est pas le cas alors qu’elle est sou tenue par l’ensemble des parties prenantes, ça me paraît fou. Aujourd’hui, on importe du bio de tous les pays européens, notamment d’Allemagne par exemple, alors qu’on est incapa ble d’accompagner nos produc teurs. Quelles sont vos craintes sur le bio ? D.V. : La filière bio a subi un trou d’air pendant le Covid. En 2024, dans la P.A.C., on a dû déplorer une remise en cause des aides durables à l’installation et à la conversion vers le bio qui sont financés par le deuxième pilier de la P.A.C. La situation n’est pas simple mais cette année, on

Que ressentez-vous par rapport à la

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard au Salon de l’agriculture, avec le président de l’Agence Bio Bruno Martel, le 26 février dernier.

a vraiment l'impression que le ministère de l’Agriculture s’acharne sur le bio. L’Agence bio, c’est une agence publique qui est destinée à encou rager l’adoption de pratiques responsables du point de vue de l’environnement. Et elle me sem ble encore plus nécessaire aujourd’hui alors que l’impact du changement climatique devient évident sur beaucoup de territoires. Cela devient encore plus important d’adopter des pratiques responsables pour ce qui concerne la gestion de l’eau, par exemple, pour éviter les inon dations liées à l’imperméabili sation des sols. Et des périodes

molécules qui impactent la santé. Les agriculteurs sont les pre mières victimes de ces produits. Dans votre lettre ouverte, vous espérez qu’Annie Genevard ne sera pas “la ministre de l’effondrement de l’agri culture biologique à l’aube de la néces saire et inévitable bifurcation de notre modèle agricole.” Les mots sont forts… D.V. : D’abord, je n’ai aucune ani mosité envers Madame Gene vard, je l’ai même soutenue pour la D.N.C., j’ai trouvé que c’était la politique à suivre. Je suis quand même déçue, Annie Gene vard a sous les yeux un modèle agricole qui est un modèle plutôt responsable et vertueux avec le comté. Je ne comprends pas qu’elle soit tétanisée par les gros agro-industriels et qu'elle épouse le point de vue d’Arnaud Rous seau qui est à la tête de la F.N.S.E.A. Ce qui m’inquiète parce que Monsieur Rousseau a des intérêts dans l’agriculture au Brésil dont le modèle n’est pas celui qu’on veut défendre en France. Je trouve aussi qu’on a des problèmes budgétaires. On utilise mal les crédits du deuxième pilier de la P.A.C. Il y a de l’argent à Bruxelles qui dort parce qu’on ne souhaite pas l’uti liser parce qu’on n’est pas capable d’accompagner nos agriculteurs bio. n Propos recueillis par L.P.

de sécheresse de plus en plus longues. On voit aussi que toutes les mutuelles et toutes les caisses de sécurité sociale poin tent l’augmen tation des pathologies qui sont pour beaucoup d’entre elles corrélées avec l’usage de pro duits pesti cides et de

“La ministre de l’effondrement de l’agriculture biologique.”

Dominique Voynet, députée de la 2 ème circonscription du Doubs s’inquiète, dans une lettre adressée à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, de l’avenir du bio.

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