La Presse Bisontine 286 - Mars 2026
Culture 35
Mars 2026
MUSÉE COURBET
Rencontre intime avec les collections du Petit palais
Intime, immersive et sensorielle, l’exposition désacralise le musée
Le portrait de Juliette, peint par Gustave Courbet, est mis en valeur grâce à des dispositifs sonores
B riser, non pas le plafond de verre, mais les vitres parfois trop épaisses qui entourent les œuvres d’art dans les musées, c’est là le beau coup de pinceau de la nouvelle exposition du musée Courbet, Rencontre intime avec les collec tions du Petit palais. Exit les tra ditionnelles expositions hiver nales, bienvenue à cette exposition immersive et senso rielle, réunie autour d’une quin zaine d’œuvres dont des prêts exceptionnels du musée parisien Le Petit palais. Les portraits de Régis, le père de Gustave, et de Juliette, la sœur, en sont de beaux exemples. Avec cette exposition, le musée déploie une palette d’atouts qui séduisent. À com mencer par la nouvelle position du visiteur dans le musée. “Le musée n’est pas un temple, mais un forum, un lieu ouvert, de par tage, d’émotion, souligne Benja min Foudral, le directeur-conser vateur du musée. On souhaite permettre à un public de proximité qui n’a pas l’habitude de voir les expositions habituelles de venir ou revenir au musée, s’y sentir à
Jusqu’au 19 avril, le musée Courbet à Ornans propose de vivre et ressentir l’art autrement en expérimentant la nouvelle exposition Rencontre intime avec les collections du Petit Palais. Les Portraits de famille sont mis à l’honneur dans ce nouveau concept qui vise à séduire un nouveau public, notamment les enfants.
l’aise. Le musée n’est pas un lieu sacralisé.” Fort de 50 000 visiteurs, 85 000 sur l’ensemble du pôle Courbet, le musée suit une belle trajectoire. Seuls 9 % sont des enfants de moins de 18 ans, y compris les scolaires. L’objectif est donc entre autres de séduire les enfants grâce à cette exposition ludique. Au gré des trois salles de l'expo sition, le visiteur est invité à s’im merger et à participer à l’art. À prendre le temps de s’émouvoir et de rencontrer l’œuvre. Il peut s’essayer à l’art de la composition avec des dioramas, ou laisser son imagination galoper en sentant une odeur précise renvoyant à un portrait. L’odeur caractéris tique de la vigne est ainsi associée au portrait du grand-père Oudot. Enfin, la troisième salle appelée la salle de contemplation met en scène de manière assez hypno tisante le portrait de Juliette Courbet. Plongée dans une douce pénom bre, cette peinture attire toute la lumière. Par le biais de trois dispositifs sonores, le visiteur contemplateur prend le temps
de s’asseoir et de s’imprégner de la toile peinte par le maître orna nais en 1844. Un casque anti bruit permet de s’isoler de l’ex térieur, un autre diffuse des extraits de correspondances de Gustave Courbet et le troisième donne à écouter la Causette de Juliette, un dialogue décalé et anachronique où la jeune sœur Courbet raconte la séance de pose à sa meilleure amie. L’équipe du musée Courbet a prêté sa voix pour l’occasion. Car ce projet est avant tout collectif, chaque per sonnel du musée a pu apporter son concours. Montée en huit mois pour un coût beaucoup moins élevé que d’ha bitude (40 000 euros), cette nou velle expérience muséale a pris vie grâce à la créativité de l’équipe du musée, chapeautée par Camille Cios, assistante de
conservation. L’expérience se ter mine autour de tables de dessins et d’un grand tableau où il est possible de laisser un commen taire. “Il s’agit de créer un souvenir de sa visite mais aussi de créer de la discussion” , explique Camille Cios. Si le ludique permet d’approcher l’art autrement et d’attirer les non-initiés, les habi tués et les puristes n’ont pas pour autant été oubliés. “On apporte des données scientifiques sur les œuvres. Mais tous ces dispositifs de médiation doivent permettre d’appréhender le musée différem ment” , observe Camille Cios. Le partenariat avec le Petit palais, conclu pour deux ans, dont la pre mière incarnation est savoureuse, se concrétisera aussi en 2027 avec l’exposition Juliette Courbet à l’ombre de Gustave. n L.P.
Le directeur conserva teur Benjamin Foudral.
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