La Presse Bisontine 286 - Mars 2026

34 Économie - Politique

Mars 2026

ANALYSE

Le directeur de la Banque de France “2026 sera une année charnière pour le secteur automobile” Le directeur départemental de la Banque de France dans le Doubs Laurent Quinet présentait le mois dernier les résultats de la grande étude annuelle sur l’état de forme des entreprises de la région et leurs perspectives pour 2026. Analyse et commentaires.

C omment qualifieriez-vous cette année écoulée sur le plan économique pour les entreprises franc-comtoises ? Laurent Quinet : Notre économie a traversé des difficultés, c’est indéniable et plus largement, la région Bourgogne Franche-Comté a fait moins bien que le niveau national et moins bien que les autres régions françaises en matière économique l’an dernier. L’activité a souffert en 2025, et surtout le secteur industriel sur lequel notre région est très orientée. Dans notre département, c’est l’automobile qui a contribué à ces mauvais chiffres et plus largement, le travail des métaux, l’automobile, les machines et équipements, les équipe ments électriques et électroniques ont été mal orientés. Un secteur a bien fonctionné dans la région, c’est l’agro alimentaire et plus particulièrement la filière comté. Les céréales, l’élevage, le matériel agricole ont connu égale ment une bonne résilience. Si on zoome un peu, qu’en est-il des résultats du Doubs ? L.Q. : Pour notre département, c’est un peu la double peine parce que les résul tats économiques ont été marqués par la conjonction de deux secteurs en dif ficulté : la filière automobile principa lement, et l’horlogerie avec des sous traitants qui ont souffert des difficultés rencontrées par l’horlogerie suisse. Concernant ce dernier secteur d’activité,

cela ne s’est pas traduit par une baisse massive des effectifs salariés car les entreprises qui emploient des fronta liers ont souvent fait appel au chômage technique. Nous avons quelques indi cateurs qui disent que ce secteur devrait repartir. La joaillerie et le luxe en revanche n’ont pas connu de ralentis sement notable. La filière automobile est donc le vrai point noir ? L.Q. : Le plan de charge de Peugeot Stellantis est plutôt bien orienté mais les tensions se font surtout sentir chez les sous-traitants. Pour notre dépar tement, l’impact est énorme parce que

Et comment se présente l’année économique 2026 dans ce contexte ? L.Q. : Notre vision des choses est basée sur les réponses que les chefs d’entre prise de la région apportent à notre grande enquête annuelle. D’après les résultats de cette étude, on peut s’at tendre à un rebond de l’industrie cette année, avec des perspectives de + 3 % pour ce secteur. Mais ces chiffres appa remment positifs resteront dépendants des investissements des donneurs d’or dres dans le ferroviaire, l’énergie, etc. Ce constat est à mettre quand même en perspective par rapport au ressenti global des dirigeants d’entreprises qui dans leur majorité nous ont affirmé qu’ils restaient encore dubitatifs parce que la confiance n’est pas encore là. Je rappelle que 1 340 chefs d’entreprise de la région ont répondu à notre enquête qui couvre quasiment 50 % des emplois de la région, un record his torique pour ce genre d’exercice. Pas de plans sociaux ou de licenciements massifs en vue pour 2026 ? L.Q. : Je ne pense pas. Les chefs d’en treprise nous disent que pour faire face à une éventuelle reprise, ils sou haitent garder leurs effectifs pour être prêts à répondre à la demande quand elle sera là. Ils ont arbitré sur l’intérim pour faire face à la baisse du volume d’activité, mais ils ont conservé l’emploi pérenne.

Laurent Quinet est le directeur départemental de la Banque de France dans le Doubs.

Qu’en sera-t-il des taux d’intérêt bancaires, autre levier potentiel de rebond de l’économie ? L.Q. : Nous sommes actuellement au taux d’équilibre, à 2 %, avec une inflation à peine inférieure. Ce qui est le plus probable pour la suite de l’année 2026, c’est une stabilité des taux. Mais la banque centrale n’hé sitera pas à faire remonter ces taux si

Comment les chefs d’entreprise vivent-ils ces périodes d’incertitude ? L.Q. : Depuis la pandémie de Covid il y a six ans, ils enchaînent les difficultés, ils sont devenus philosophes et com posent avec un contexte qui n’a plus été stable depuis plusieurs années. C’est dans ces contextes incertains que la psychologie joue beaucoup et on voit, dans notre enquête 2026, que malgré les aléas, les responsables d’entreprises restent relativement optimistes et sereins. Dans le brouillard environne ment, le genre d’enquête que l’on publie peut aussi servir d’antibrouillard aux chefs d’entreprise. Où en êtes-vous de votre projet de déména gement du siège de la Banque de France de la rue de la Préfecture à la City à Besançon ? L.Q. : D’importants travaux de réha bilitation du bâtiment de la City ont démarré, nous devrions y emménager mi-2027 au plus tôt. Quant à notre siège historique rue de la Préfecture, il n’est pas encore officiellement mis en vente, mais il le sera. n Propos recueillis par J.-F.H.

“Depuis le Covid, les entreprises enchaînent les difficultés.”

40 % de la sous-trai tance automobile de Bourgogne-Franche Comté est dans le Doubs. En 2025, le chiffre d’affaires de ces entreprises a baissé de 3,5 % et les effectifs de 4,9 %. Pire : la baisse des investissements a, elle, baissé de 35 %. On a déploré 14 dis paritions d’entreprises de cette filière l’an der nier, et pas une seule création. Pour ce sec teur, 2026 sera donc sans doute une année charnière.

“Malgré les aléas, les responsables restent optimistes pour 2026.”

l’inflation devait repartir à la hausse. Mais vu la faiblesse de la croissance, il paraît plus probable qu’on assiste encore à une légère baisse des taux plutôt qu’à une remontée. À environ 2 %, on a une inflation maîtrisable et saine, on est là où on doit être. Et avec des banques régionales qui collectent beaucoup de dépôts, donc qui ont moins besoin de refinancement, il est encore meilleur d’investir dans notre région avec des coûts peut-être à peine plus bas ici qu’ailleurs en France.

POLITIQUE

Féminisation des conseils

Un maire sur 5 seulement est une femme Sur les 563 maires du Doubs, moins de 120 sont des femmes. Avec la réforme du scrutin qui exige désormais la parité pour toutes les communes, les conseils municipaux vont se féminiser. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il y aura plus de femmes maires…

L e Doubs compte 563 com munes. 118 sont tenues par des femmes. Au soir du 22 mars prochain, le constat sera-t-il plus flatteur ? Globalement, il y aura beaucoup plus de femmes élues dans les conseils municipaux aux soirs des 15 et 22 mars. Tout simple ment parce que la loi exige dés ormais une stricte parité des listes, y compris - et c’est nou veau - dans les communes de moins de 1 000 habitants qui représentent l’écrasante majo rité des communes de la région (86 %). Ce qui ne signifie pas pour autant que le nombre de femmes maires sera supérieur car si la parité concerne la com

position des conseils, elle n’im pose pas les têtes de liste… L’I.N.S.E.E. Bourgogne-Franche Comté vient de dresser un por trait-robot des maires de la région. Deux tiers des maires de la région ont plus de 60 ans, 6 % seulement ont moins de 45

ment de 21 % à l’échelle de la région. “La parité avance, mais lentement”, note Dimitri Szen pruch, chargé d’études à l’I.N.S.E.E. 21 % de femmes maires, c’est à peine 4 points de plus qu’il y a une quinzaine d’an nées. Jusqu’ici, sur les 6 840 élus dans les conseils munici paux du Doubs, 2 510 sont des femmes. À partir du prochain mandat, avec la loi généralisée sur la parité, elles devraient être 3 480 femmes élues dans les conseils. Soit 970 de plus que sur l’actuel mandat. Sans loi, les progrès de la parité seraient sans doute beaucoup plus lents… À noter aussi que 7 % des maires

ans. 19 % d’entre eux sont des cadres, 11 % sont des agriculteurs, et seulement 4 % des ouvriers, et 6 % artisans, com merçants ou chefs d’entreprise. Le nombre de maires femmes est donc seule

Deux tiers des maires de la région ont plus de 60 ans.

Parmi les femmes qui remplaceraient un homme à la tête de leur commune, on pourrait compter Anne-Marie Poty à Montfaucon, ou peut-être Bénédicte Hérard à Pontarlier. .

ont démissionné de leur mandat depuis les dernières élections municipales de 2020, la majorité des maires, initialement élus, sont toujours en exercice. Notre région compte ainsi parmi les régions un peu plus affectées

que les autres par ce phénomène. Dans le Doubs, ces démissions ont touché plus de 8 % des édiles. Les raisons invoquées sont mul tiples et témoignent de la com plexité croissante du rôle d’élu local : 31 % relèvent de tensions

politiques ou relationnelles locales, 18 % sont liées à des problèmes de santé et 14 % s’ins crivent dans des passations de pouvoir anticipées. Là, ce n’est pas une question de genre. n J.-F.H.

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