La Presse Bisontine 284 - Janvier 2026

10 L’événement

Janvier 2026

l Sage-femme Installée dans le Haut-Doubs “On peut compter sur la maternité quand on en a besoin” Si l’on fait toujours plus d’enfants dans le Haut-Doubs qu’ailleurs dans le département, ce territoire jeune est aussi confronté à des problématiques qui n’encouragent pas la natalité. Entretien avec Audrey Guidat, sage-femme à Mouthe.

l Besançon

Polyclinique de Franche-Comté

Un centre de la femme en 2026 Avec 694 accouchements en 2025, un nombre qui diminue d’année en année, la Polycli nique de Franche-Comté fait le choix d’ouvrir en 2026 un centre de la femme. Il réunira tout un panel de services, autour de la femme, de l’adolescence à la ménopause. Docteur Margot Jamay, Aline Olivier et Estelle Gras-Laplante, dans une salle d’accouchement de la P.F.C.

E n deux ans, la Polyclinique de Franche-Comté a perdu 134 accouchements. 694 accouche ments ont eu lieu en 2025, un nombre qui ne cesse de diminuer. Dès 2011, la P.F.C. accusait une perte de vitesse. Mais la rétrogradation en 2022 par l’A.R.S. de l’établissement en mater nité de type 1 (soit plus de service de néonatalogie) a joué un rôle prépon dérant. Certaines patientes préférant être suivies directement par le C.H.U. pour parer tout problème. “Pourtant, nous avons systématiquement trois médecins de garde (gynéoclogque-obs tétricien, pédiatre et anesthésiste), ce qui assure une sécurité pour les patientes comme pour le personnel” , avance Aline Olivier, sage-femme coordinatrice dans la maternité.

de jour pour la maternité post-nataux pour la prévention de la dépression post-partum, l’infertilité et l’endomé triose, la chirurgie du cancer du sein et de l’ovaire, le cabinet de gynécologie avec un médecin spécialiste de l’endo métriose, et enfin un centre de santé. Ce dernier assurera entre autres des consultations pour la jeune fille, des cours de préparation à l’accouchement, des entretiens pré et post-nataux, des consultations de pédiatrie et avec un psychologue. Ces dernières ont aussi pour but d’améliorer l’accompagnement de femmes ayant subi une interruption spontanée de grossesse. Le centre de santé devrait se déployer au premier trimestre 2026 et s’instal lera à côté du centre de P.M.A. n L.P.

Un poste de sage-femme Materniteam s’est créé, occupé par Estelle Gras Laplante. Elle reçoit entre autres toutes les patientes au 4 ème mois de grossesse pour banaliser le parcours de soins et accompagner le projet de naissance. Elle coordonne tous les ateliers mis en place : allaitement, massage de bébé, prise de parole entre papas, etc. Face à la baisse d’accouchements, et de la natalité en général, Elsan, le groupe propriétaire de la P.F.C., déve loppe dans ses maternités, un centre de la Femme. Celui de la P.F.C. ouvrira en 2026. Il vise à répondre aux demandes de soins de l’adolescente à la femme ménopausée. Dans ce centre de la Femme se trouveront donc la maternité actuelle, le centre de Pro création médicale assistée, des hôpitaux

“On observe par exemple plus de dépressions post-partum” constate Audrey Guidat, sage-femme et sexologue installée dans le Haut-Doubs depuis dix ans.

l Pontarlier Service état civil Une baisse de 24 % du nombre de naissances à Pontarlier en 10 ans

Vous exercez à Mouthe depuis longtemps ? Audrey Guidat: Nous sommes venus dans le Haut-Doubs en 2013 avec mon mari. Le marché si l’on peut dire était très saturé dans la profession. J’ai fait quelques remplacements, travaillé au C.H.U. à Besançon pour, finalement me mettre à mon compte en 2015 en reprenant un cabinet exis tant à Mouthe. Comme j’étais la seule à exercer sur ce secteur, je travaillais beaucoup en intervenant 40 km à la ronde y compris dans le Jura sur le secteur de Nozeroy-Mignovillard. D’autres sages-femmes sont venues s’installer et je suis maintenant plus disponible pour me recentrer sur le bassin du Haut-Doubs. Le niveau d’activité reflète-t-il la dynamique démographique du Haut-Doubs ? A.G. : On est sur un secteur avec beau coup de jeunes. On a connu un pic d’activité pendant le Covid mais le rythme des naissances s’est stabilisé. Vous accompagnez les futures mamans à partir de quel stade ? A.G. : Tout au long de la grossesse jusqu’au stade post-natal avec un suivi personnalisé qui s’inscrit dans le dispositif “Prado”. On peut pour suivre l’accompagnement en lien avec la P.M.I. Au final, cela représente parfois jusqu’à 18 mois d’échange. Il y a forcément une relation qui se crée. Est-ce important d’avoir une maternité à proximité ? A.G. : C’est primordial. On a de super retours et une bonne connivence. On peut compter sur la maternité de Pon tarlier quand on en a besoin. On se rencontre de temps en temps pour échanger sur les nouveaux protocoles. Il y a du dialogue, de la complémen tarité. On ne sent pas seule.

Comment expliquer ce ralentissement des naissances après le Covid ? A.G. : Le Haut-Doubs n’échappe pas au contexte national. La croissance démographique du Haut-Doubs est liée à l’arrivée de jeunes couples. Les choses peuvent se compliquer à l’ar rivée d’un enfant. Les mamans se retrouvent loin des parents, de la famille et peuvent se sentir isolées quand le papa frontalier doit repartir au travail plus tôt qu’en France. S’ajoute à cela la difficulté de trouver une solution de garde d’enfant, le manque de médecins traitants. Vous constatez des situations critiques ? A.G. : Depuis quelques années, on observe par exemple plus de dépres sions post-partum. L’isolement et les soucis de garde favorisent sans doute ces pathologies. Le nombre de sages-femmes est réglementé sur un territoire ? A.G. : Tout à fait et comme la dotation se faisait à l’échelle d’un département, on trouvait beaucoup de sages-femmes sur Besançon. La réglementation a évolué avec un zonage plus fin, ce qui

Pour la première depuis 10 ans, le nombre de naissances enregistrées au service état civil de Pontarlier passe sous la barre des 1 000 en 2025. Le jeune Haut-Doubs n’échappe plus à la tendance de baisse de la natalité française.

service état civil est sensi blement le même que celui de la maternité sauf en cas d’accouchement à domicile. Ces chiffres montrent aussi qu’on vient parfois de très loin pour accoucher à Pon tarlier avec des parents domi ciliés jusqu’à Champagnole, Morez, Morbier. La fermeture de la maternité à Saint Claude en avril 2018 n’est sans doute pas étrangère au rayonnement géographique de l’hôpital de Pontarlier. Quelques bébés suisses figu

rent aussi dans le registre 2025. Sans oublier des accou chements inopinés, en transit ou en vacances dans la région. Inversement, l’état civil n’enregistre pas les nais sances d’enfants pontissa liens nés à l’extérieur de la commune. Dans le détail, on note qu’après plusieurs années de stagnation entre 1 100 et 1 300, le nombre de naissances n’a cessé de dimi nuer après 2021 pour attein dre le chiffre plancher de 984 au 29 décembre 2025. n

S i la cyberattaque dont a été victime l’hôpital de Pontarlier dans la nuit du 18 au 19 octobre a semble-t-il été fatale aux sta tistiques de la maternité, il reste quand même les chiffres de l’état civil. Ces données concernent l’enregistrement de toutes les naissances sur venues sur le territoire com munal. Les papas sont le plus souvent préposés à cette opé ration qui peut néanmoins être effectuée par toute per sonne ayant assisté à l’ac couchement. Seule obligation, l’enregistrement doit se faire dans les cinq jours auprès du service. Dans le cas contraire, il faut en faire la demande au tribunal. Plu sieurs pièces justificatives sont nécessaires pour pouvoir procéder à la déclaration de naissance : certificat d’accou chement, adresse, profession des parents, déclaration du choix du nom si c’est le pre mier enfant, livret de famille,

reconnaissance ou pas de l’enfant… Si un doute sur la légalité du prénom se pose, le service saisit alors le pro cureur en sachant que cette procédure n’est pratiquement jamais engagée à Pontarlier. Le nombre de naissances du

ÉVOLUTION DU NOMBRE DE NAISSANCES ENREGISTRÉES À PONTARLIER ENTRE 2013 ET 2025 (Source : service état civil, commune de Pontarlier).

a facilité l’arrivée de nou velles sages-femmes sur le secteur. La profession s’est décloison née ? A.G. : Oui et on a la chance d’avoir une bonne Com munauté Professionnelle Territoriale de Santé, ce qui permet de débloquer des situations, de trouver des solutions, d’orienter vers les bonnes structures. C’est une vraie plateforme d’échanges. n Propos recueillis par F.C

“On ne sent pas seule.”

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