La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025
22 Le Grand Besançon
La Presse Bisontine - Décembre 2025
SOCIAL
Un revenu médian de 435 euros “La pauvreté n’est pas une fatalité !” Le Secours catholique constate une évolution des profils de ses bénéficiaires toujours plus nombreux à venir frapper à la porte de l’association, rue des Fontenottes à Besançon.
C oiffeuse bénévole au Secours catholique, Annie Abraham coupe les cheveux et refait une beauté tous les vendredis matin à des bénéficiaires du Secours catholique au siège de l’asso ciation rue des Fontenottes à Besançon. Entre elle et les per
sonnes qui passent entre ses mains dans le petit salon amé nagé dans les locaux, le courant passe forcément toujours bien. Et pour cause, Annie a connu comme eux les galères, l’errance et le dénuement. “J’ai connu la rue à 15 ans, sans parents, sans famille, sans revenu” raconte
celle qui a également vécu le traumatisme d’un abandon à l’âge de 9 mois et qui a passé son enfance de foyers en insti tutions. À force d’abnégation et d’efforts, Annie a fini par décrocher son C.A.P. de coiffure jusqu’à ouvrir son propre salon à Thise, puis
à créer le premier salon de coif fure ambulant du Grand Besan çon. Aujourd’hui, elle a décidé de redonner ce que la vie lui avait finalement apporté. “En proposant des séances de coiffure à ces personnes, j’ai voulu leur redonner un peu de bien-être et des sourires. Parfois, ces simples gestes suffisent à les remettre debout. Quand je les reçois, je ne veux pas de visite, je suis seule avec eux, on discute, on échange, ils se confient et quand ils veulent me remercier avec une petite pièce ou un chocolat quand ils n’ont même pas une pièce, je leur dis gardez tout. Tous les gens qui passent dans mon salon sont respectables. Ce qui leur est arrivé, ça m’est arrivé aussi, for cément on se comprend” témoigne la bénévole. Comme elle, ils sont plusieurs dizaines dans le secteur de Besançon et 850 au total à l’échelle de la délégation régio nale, à se relayer auprès des bénéficiaires du Secours catho lique. Toujours plus nombreux. “Nous avons accueilli 16 000 personnes en un an à l’échelle de la région. 26 % d’entre eux n’ont aucune ressource. Et 28 % d’entre eux ont un C.D.I., ce sont des travailleurs pauvres que leur emploi souvent à temps partiel ne suffit pas à faire vivre” observe Christophe Gilles, le président du Secours catholique
Annie Abraham a connu la pauvreté et l’exclusion. Elle est aujourd’hui coiffeuse bénévole au Secours catholique de Besançon.
de Franche-Comté. “Nous notons plusieurs phénomènes assez récents également : 32 % des ménages que l’on aide se situent en zones rurales, cette proportion a doublé depuis que nous tenons des statistiques. Et on constate aussi que 70 % des personnes sans aucune ressource sont des étrangers au statut administratif instable” ajoute Antoine Aumo nier, le délégué général du Secours catholique. Autre particularisme local : ici, les pauvres sont plus encore plus pauvres qu’ailleurs. Le niveau de vie médian des personnes accueillies au Secours catholique dans notre région est d’à peine 435 euros, contre 656 euros sur le plan national. La part des personnes seules augmente aussi. Alors que les
antennes du Secours catholique dans le Doubs accueillaient 19 % d’hommes seuls en 2014, ils sont désormais 45 %, dont 37 % qui n’ont aucune ressource. Face à une situation de plus en plus tendue, et “de plus en plus de gens aux abois qui viennent nous voir” ajoute Bernard Falga, un autre bénévole bisontin, le Secours catholique réclame que la pauvreté soit à nouveau grande cause nationale en 2027, année électorale. “Quand on prend ce sujet en main, ça a de l’effet note Christophe Gilles. Entre 1997 et 2001, à une époque où l’État avait décidé d’en faire une grande cause nationale, 800 000 personnes étaient sorties de la pauvreté en France. La pau vreté n’est pas une fatalité !” n J.-F.H.
Sans bénévoles, pas de bénéficiaires au Secours catholique. Autour d’Antoine Aumonier, délégué général et Christophe Gilles, le président, Marie-Jo Baillet et Bernard Falga, Véronique Steinmetz, et Christian Bourgon.
EN BREF
PLATEAU Des maires en colère Le projet éolien à Nancray fait-il vaciller la démocratie ? Depuis près de cinq ans, le projet d’implantation de trois éoliennes à Nancray soulève un vent de contestation. La dernière bourrasque en date vient de plu sieurs maires du premier plateau. Les élus dénoncent un déni démocratique.
Sport Pour la deuxième fois consécutive, Besançon obtient le label “Ville Active et Sportive” au niveau 4 lauriers, la plus haute distinction du Conseil National des Villes Actives et Sportives (C.N.V.A.S.). Cette distinction nationale récompense la vitalité du sport bisontin. Tramway La première rame de marque Alstom, nommée Germaine Tillion, est entrée en service sur le réseau de tramway bisontin. Les nouvelles rames, longues de 33 mètres, peuvent accueillir jusqu’à 201 passagers. Les quatre autres nouvelles rames seront mises en circulation progressivement, notamment aux heures de pointe du matin et du soir, permettant de porter la fréquence à 10 minutes sur les lignes T1 et T2 au printemps 2026 (12 minutes actuellement).
L e dernier vent de contes tation a eu lieu mi-novem bre. Le maire de Saône Benoît Vuillemin et celui de La Chevillotte Jean-Luc Bar bier ont publiquement pris la parole pour dénoncer un piéti nement de la voix du maire. À leurs côtés, Thérèse Robert, pré sidente de l’A.S.V.P.G. (Associa tion vigilance Seveso et projet éolien Gennes-Nancray), opposée au projet. Dans le cadre de l’enquête publique, 11 communes du pla teau ont pris une délibération en conseil municipal sur ce projet d’éoliennes. Deux ont voté pour (Nancray et Gennes), une s’est abstenue (Montfaucon). Toutes les autres ont voté contre. Et pourtant, “nos voix en tant que maires n’ont pas été entendues
ni écoutées au niveau de la pré fecture” , assène Benoît Vuillemin. La préfecture a en effet donné son aval à ce projet et rejeté le recours gracieux formulé par les opposants. “On ne remet pas en cause l’intérêt environnemental de l’éolien, reprend le maire de Saône. Mais quel est le crédit donné à un conseil municipal quand lorsqu’il s’exprime, il n’est pas écouté ? Jamais on n’est venu nous voir pour nous demander notre avis sur l’implantation. Je suis le président du comité du secteur Plateau au sein de Grand Besançon Métropole. Le comité n’a jamais eu vent de ce projet éolien.” Dénonçant un déni démocra tique, les deux élus appellent à respecter la parole des maires et à revenir autour de la table
pour ce projet, “à l’aube d’une nouvelle mandature.” Jean-Luc Barbier, maire de La Chevillotte, regrette qu’à “aucun moment, Vincent Fietier (maire de Nan cray) n’est venu parler dans notre commune de ce projet alors que nous sommes limitrophes.” Le projet prévoit en effet l’implan tation des éoliennes sur un ter rain de Nancray mais à une cen taine de mètres de La Chevillotte. Pour Vincent Fietier, “chaque commune peut s’exprimer, mais c’est un avis purement facultatif. Elles ont le droit de ne pas être pour ce projet. Là où je ne les trouve pas honnêtes, c’est que dès le début du projet, j’ai invité mes collègues maires, ceux qui par tagent une frontière avec Nancray et ceux de la deuxième couronne,
Benoît Vuillemin, Jean-Luc Barbier et Thérèse Robert dénoncent un déni démocratique.
venu présenter le nouveau projet. “La discussion, je l’ai tentée” , souligne celui qui se représente pour terminer le projet. Quid des éoliennes si un nouvel élu prend le fauteuil de maire ? Pour Vincent Fietier, seule la justice peut stopper le projet, un bail emphytéotique a été signé. La cour d’appel de Nancy est saisie du recours des opposants. Pour l’heure, aucune date d’au dience n’a été fixée. n L.P.
pour présenter le projet et leur faire des propositions pour par ticiper. Benoît Vuillemin est parti au bout de 10 minutes en essayant d’entraîner la salle.” Ce dernier se justifie: “C’était une réunion d’élus pour discuter et j'assiste à un exposé d’Opale, le promoteur.” Quand le projet a été déplacé vers La Chevillotte fin 2021, le maire de Nancray affirme que le les élus en ont été avisés. Lors d’un conseil, Vincent Fietier accompagné d’Opale était
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