La Presse Bisontine 279 - Août 2025
Mensuel d'informations de Besançon et du Grand Besançon
AOÛT2025 - N° 279 - 3 €
Mensuel d’information de Besançon et du Grand Besançon - www.presse-bisontine.fr
Randonnée, vélo, fluvial dans le Grand Besançon La filière itinérance cartonne
P. 6-7 Marie-Guite Dufay, les dernières confidences Après 17 ans passés à la tête des Régions Franche Comté puis Bourgogne-Franche-Comté, la présidente revient sur son long parcours politique. Politique
La proximité de l’Eurovéloroute 6 a boosté la fréquentation du Grand Besançon par les cyclotouristes.
P. 8 À 10
L’événement
L’islam du Doubs prend ses marques
Les dernières assises de l’islam dans le Doubs ont été l’occasion d’apporter des éclairages sur la pratique de cette religion dans notre département.
(photo Nicolas Gascard - B.F.C. Tourisme)
P. 33
Économie
Zone de Gennes : les artisans s’impatientent Le projet de zone d’activités économiques de Gennes, vers Saône, a été lancé il y a quatre ans. Les porteurs de projets perdent patience alors que la commune et G.B.M. se renvoient la balle.
Le dossier en P. 20 À 30
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2 Retour sur info
La Presse Bisontine - Août 2025
Une nouvelle ère pour La City
Agnès Martin veut mettre l’accent sur l’écologie
N ous avions présenté en avant-première les contours de ce projet dès décembre 2022, cette fois il est officiellement lancé. Pour cela, 14,3 millions d’euros seront mobilisés par une société créée ad hoc, composée de J.P.R. Invest (propriétaire du bâtiment), la Banque des Ter ritoires et l’opérateur Sedia qui s’attaque d’abord au bâtiment dit BB5. Construit au début des années 2000, il abritait les locaux de l’Agence régionale de santé jusqu’en 2022. “L’opé ration de réhabilitation de ce bâtiment BB5 poursuit l’objectif d’atteindre le niveau B.B.C. Rénovation (Bâtiment Basse Consommation)” présentent les investisseurs. Plusieurs opérations sont pré vues pour soigner cette pas soire énergétique : remplace ment complet des vitrages par du double vitrage haute per
formance, installation de brise soleil extérieurs sur les façades les plus exposées, pour limiter les surchauffes estivales, rac cordement au réseau de chauf fage urbain (prévu pour 2027), remplacement du système de production d’eau glacée, et modernisation de l’éclairage avec un passage intégral en Led. L’intérieur du bâtiment sera également repris avec notam ment la réfection du hall d’en trée et des parties communes, la mise en place d’espaces mutualisés, des travaux d’adap tation du cloisonnement des cellules, de reprise des réseaux électriques, de chauffage, de ventilation et de climatisation, pour s’adapter à la nouvelle organisation. “Après réhabili tation, on pourra considérer que ce sera l’immeuble de bureaux le plus qualitatif de Besançon” confiait Paul-Émile
La construction de la City a commencé au début des années quatre-vingt dix avec des normes énergétiques beaucoup moins pointil leuses (photo archive L.P.B.).
S i l’alliance du bloc central, entre Horizons porté par Éric Dela brousse et Renaissance d’Agnès Martin, est actée pour les prochaines municipales à Besançon, la tête de liste est loin d’être encore désignée. Pour autant, le travail pro grammatique avance et la cheffe de file pour Renaissance a livré des pre mières pistes, fin juin. Agnès Martin souhaite mettre l’accent sur l’écologie : “Notre approche, c’est une écologie qui emmène les habitants. Nous avons envie que cela parte d’eux, car l’éco logie concerne tout le monde.” En sous-texte, la conseillère municipale d’opposition dénonce l’écologie d’Anne Vignot avec une “idéologie qui circule, que beaucoup de Bisontins ne comprennent pas. Ils voient les inconvénients : les nuisances, les
embouteillages, les pistes cyclables qui finalement provoquent des bou chons, etc.” Concrètement, le permis de végétaliser, déjà évoqué en 2020, est à nouveau brandi. Le concept ? Permettre à des habitants de végé taliser un petit espace public, “un engagement citoyen dans la ville.” Autre idée, reprendre le tram-train entre Mamirolle et Les Auxons dont l’objectif serait d’utiliser les voies de chemin de fer pour ajouter une cadence et donc plus de fréquence sur ce secteur-là. “Ce n’est pas uni quement la Ville qui peut le faire, mais on peut impulser” , souligne Agnès Martin. La végétalisation des par kings-relais est aussi évoquée, pour les développer et “les intégrer au pay sage de manière plus harmonieuse.” De manière globale, l’élue souhaite une ville “plus résiliente, plus végé talisée” , et avec des voies cyclables plus sécurisées : “Les Bisontins n’y sont pas en sécurité, on ne voit pas d’enfants sur les voies cyclables. Ce n’est pas le vélo pour tous.” Des iti néraires piétons ombragés sont aussi un point à envisager. Dans la même veine, Agnès Martin veut mettre un coup de projecteur sur le secteur Montrapon-Palente, qui n’a pas “été travaillé depuis des années.” Murs anti-bruit à proximité du boulevard, de la végétalisation des passerelles pour piétons et voies cyclables… Il s’agit de “rendre le quartier plus sûr pour piétons et cyclistes et protéger les habitants des nuisances.” Pour l’heure, aucun budget n’a été esquissé. ■ Agnès Martin a livré des premières pistes d’un programme, notamment sur l’écologie.
Robinet, le discret patron de J.P.R. Invest. Ce bâtiment dis pose de 122 places de parking. Cette opération marque le démarrage d’un projet plus ambitieux pour G.B.M. Ensuite, ce sera au tour des bâtiments BB1 et BB3 de faire l’objet d’une grosse opération de réha bilitation. Une fois les bâtiments BB1 et BB3 entièrement acquis (ce n’est pas encore le cas), l’objectif de G.B.M. est de les
relier entre eux (ils sont pour l’instant indépendants) et d’en faire son futur siège central en rapatriant des services à ce jour disséminés en ville. G.B.M. disposera ainsi de plus de 11 000 m2 de surface de bureaux. Au rez-de-chaussée de ce futur ensemble, G.B.M. envisage de créer sa future salle du conseil communautaire, un amphithéâtre de 150 places environ. ■
La statue de Victor Hugo par Rodin dans un nouvel écrin
E n décembre 2022, elle avait pris place - temporairement - dans le hall du musée des beaux-arts. Début juillet, la statue de Victor Hugo nu debout, d’après un moule de Rodin, est installée dans l’es pace public, dans le futur quartier Saint Jacques. Si l’aura n’est pas la même qu’au sein du musée, la statue a su garder toute sa magnificence. C’est une promesse tenue par Anne Vignot qui s’était engagée auprès du généreux donateur, Léonard Gianadda décédé en décembre 2023. En 2019, un moule inédit conçu par Rodin d’un Victor Hugo, nu et
vieillissant, est retrouvé à Meudon, dans le musée Rodin. Léonard Gianadda, via sa fondation suisse, se voit autorisé à fabriquer trois exemplaires sur les 10 possibles. Il destine l'exemplaire numéro 2 à Besançon, ville natale de Victor Hugo. Si au départ, Léonard Gianadda souhaitait que la statue soit implantée en entrée de ville sur un rond point, la municipalité d’Anne Vignot lui pro pose le quartier Saint-Jacques, à proximité de la future grande bibliothèque. La magis trale statue de Victor Hugo nu debout par Rodin s’offre désormais au regard de tous dans son nouvel écrin. ■
La magistrale statue de Victor Hugo est désormais installée à l’angle de la rue de l’Orme de Chamars et de l’avenue du 8-Mai, dans le futur quartier Saint-Jacques.
Éditorial I.A.
quelques minutes après l’avoir rédigé. Une autre étude, de Stanford cette fois ci, est arrivée à cette autre conclusion que plus on utilise l’I.A., plus notre champ lexical s’appauvrit. L’I.A. ne fait finalement rien d’autre que de prolonger un processus entamé depuis longtemps : l’externalisation de nos facultés cognitives au profit des outils technologiques (les G.P.S., les moteurs de recherche, les assistants vocaux…). Alors plus cons ou pas depuis ChatGPT ? Une chose est sûre : nous sommes devenus beaucoup moins sensibles au monde qui nous entoure et avons perdu une réelle connexion avec notre environ nement. En plus d’être un gouffre éner gétique, l’I.A. est bien en train de ramollir les capacités de réflexion des individus. Pour stimuler le cerveau, en cet été où nous consacrons un dossier au tourisme d’itinérance, cette petite suggestion : la marche à pied. Rien de tel pour reconnecter ses sens et ses neurones ! ■ Par le directeur de la rédaction Jean-François Hauser
“cobayes” assistés par l’intelligence arti ficielle avaient une activité cérébrale proche de zéro. “Moins de connexions inter régionales, moins d’ondes alpha (celles de la créativité), moins d’ondes thêta (celles de la mémoire de travail), moins de tout, en somme. L’intelligence artificielle réduit la complexité à une synthèse molle où tout le monde finit par dire à peu près la même chose” résume l’étude. Le M.I.T. a ainsi illustré sur plus de 200 pages de synthèse scientifique ce qu’on pressentait naturel lement : le fait que l’I.A. ne crée strictement rien. Elle peut certes s’avérer une aide précieuse à celui qui attend une réponse rapide à une question, elle peut surtout s’avérer pernicieuse à toute tentative de pensée. Les chercheurs ont également analysé la capacité des participants à se souvenir de leur production écrite. Résultat sans appel : plus de 83, % des utilisateurs de ChatGPT sont incapables de citer un seul passage de leur propre essai, même
Directeur de la publication : Éric TOURNOUX Directeur de la rédaction : Jean-François HAUSER Rédaction : Frédéric Cartaud, Thomas Comte, Jean-François Hauser, Laurine Personeni. est éditée par la société “Publipresse Médias” S.I.R.E.N. : 424 896 645 Rédaction et publicité: 0381679080 E-mail: redaction@publipresse.fr
C e n’est pas un devoir de philosophie, quoique, mais juste un exercice de réflexion pour cet été : l’I.A. nous rend-elle plus cons ? Une question très sérieuse sur laquelle s’est penché récemment le Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) et qui a dégagé des conclusions scientifiques, sur la base d’ex périences consistant à comparer l’activité cérébrale de plusieurs groupes d’individus chargés de rédiger un devoir. Le premier devait faire appel à ses propres ressources cognitives et ses connaissances. Le deuxième était autorisé à solliciter les moteurs de recherche pour aller à la pêche aux informations. Le troisième pouvait adopter la solution la plus rapide : faire appel à ChatGPT. Le bilan de cette expé rience est sans appel : tandis que le premier groupe se creusait les méninges, les
Directeur artistique : Olivier Chevalier. Conception pubs : Éloïse Perrot.
Équipe commerciale : Maëliss Aumaitre, Anne Familiari, Anthony Gloriod.
Crédits photos : La Presse Bisontine, A.E.V.F., L. Cheviet , A. Doire, É. Rolandez - B.F.C. Tourisme, Convois solidaires, G. Piel - G.T.J., Sosuitephotogra phie - Y. Jeudy, Ville de Besançon - É. Chatelain. Imprimé à Nancy Print - I.S.S.N.: 1623-7641 Dépôt légal : Juillet 2025 Commission paritaire : 0230 D 80130
4 Besançon
La Presse Bisontine- Août 2025
POLITIQUE
Nicolas Bodin “Je pense être le meilleur candidat pour Besançon”
Le conseiller municipal délégué socialiste banni des discussions de son parti désormais aux mains de Jean-Sébastien Leuba risque l’isolement total. Il reste pourtant persuadé d’être le meilleur d’entre eux.
L es épines volent bas depuis quelques semaines au sein du Parti socialiste où l’unité de la rose est bien flétrie. Par courriers inter posés, les “camarades socialistes” s’invectivent : la nouvelle direc tion locale, tenue par Jean Sébastien Leuba, et Nicolas Bodin, candidat déclaré dès avril à la succession d’Anne Vignot. Dans un courrier adressé fin juin à Nicolas Bodin par Ahmet Polat, le secrétaire fédéral à la coordination du P.-S. local, ce dernier informe Nicolas Bodin qu’il ne sera “plus invité aux réunions de la section de Besan çon dès lors que l’on aborde les élections municipales.” Ce à quoi Nicolas Bodin a répondu qu’il attendait, après que “le P.-S. a choisi dans des conditions pit toresques son chef de file” , que M. Leuba choisi pour être ce chef de file fasse part “de sa vision pour notre territoire et de ses propositions concrètes pour nos concitoyens et nos conci toyennes. Pour l’instant, je n’ai
strictement rien entendu comme proposition” note M. Bodin qui continue, pour l’instant seul, à tenter de faire entendre sa voix. “Je pense être le meilleur can didat pour Besançon” répète Nicolas Bodin qui s’étonne que “l’avenir de cette agglomération de 200 000 habitants se joue en
ouverte à l’encontre de Jean Sébastien Leuba pour des faits supposés de harcèlement. “En fonction des conclusions de cette commission, je vois mal comment M. Leuba pourra continuer à être légitime” ajoute M. Bodin qui s’étonne aussi que personne ou presque ne rappelle le fait que M. Leuba se soit vu par deux fois retirer ses délégations d’ad joint quand il était élu aux côtés de Jean-Louis Fousseret. Sollicité sur sa droite (par Éric Delabrousse et même Ludovic Fagaut), Nicolas Bodin continue à jouer sa partition. Et même s’il se dit trahi par nombre de ses collègues socialistes, y com pris Abdel Ghezali le premier adjoint au maire, le vice-prési dent à l’économie de G.B.M. espère que la rentrée apportera son lot de clarifications pour garder sa chance, aussi infime soit-elle aujourd’hui, de peser dans ces élections municipales qui approchent désormais à grands pas. n J.-F.H.
fonction du choix de moins de 200 militants socia listes.” Abattu mais pas découragé, Nico las Bodin attend également le positionnement du P.-S. au niveau national quant aux futures alliances à nouer avec tel ou tel autre parti de gauche. Il attend aussi les conclusions de la commission d’en quête que le P.- S. national a
Nicolas Bodin continue à jouer sa partition.
Nicolas Bodin est presque seul contre tous au sein du P.-S. bisontin.
EN BREF
UNIVERSITÉ L’art de la bonne parole Et si nos politiques prenaient exemple sur les Grecs ? À travers un projet de recherche mené avec deux autres universités européennes, la professeure d’université bisontine Marie Barral-Baron travaille sur l’importance de l’héritage grec sur la morale et la politique. Passionnant.
Université À la suite du premier volume (de 1423 à 1968), publié en décembre 2023, le tome II édité à l’occasion des 600 ans de l’Université de Franche-Comté vient de sortir. Il est intitulé “Trésors du savoir (1968-2023)” et porte représente la période très contemporaine, de 1968 à 2023. Un exercice à ce jour inédit. La densité du volume témoigne de la richesse des évènements qui se sont succédé ces cinquante dernières années. Coordonné par Maryse Graner et Jean-Paul Barrière, ce tome II, en édition limitée, est également le fruit d’une aventure collective : il rassemble 230 notices, rédigées par plus de 120 co-auteurs avec l’apport de nombreux contributeurs, dans ce livre prestigieux, toujours très abondamment illustré, de 925 pages sur l’histoire dite “immédiate”, que
L’universitaire bisontine Marie Barral-Baron travaille pour ce projet européen consacré à l’héritage de la culture grecque
dans l’unité européenne.
“M al nommer les choses, c’est ajouter aux mal heurs du monde.” Cette citation mille fois enten due prêtée à Albert Camus est peut-être le pendant moderne de ce que les Grecs nous ont enseigné il y a plus de 2 500 ans, au grand siècle de Périclès, là où la notion d’éloquence prend racine. En ce XXI ème siècle où l’éloquence semble parfois n’être qu’un lointain souvenir, où le débat semble dangereusement se rétrécir à quelques dizaines de caractères envoyés à travers la vitrine des réseaux sociaux, ces notions ont-elles encore droit de cité ? Marie Barral-Baron, professeure des universités spécialisée en histoire moderne à l’Université Marie et Louis Pasteur de Besançon en est persuadée. Elle a même fait de ces questions le thème d’un de ses travaux dans le cadre d’un projet européen baptisé G.R.E.C.I. (comme Grec heritage in European Cul ture and Identity) mené en collaboration avec l’université d’Oslo et l’université
de Chypre. Intitulé de l’étude menée sur trois ans et qui prendra fin en décembre : “L’éloquence ou la morale dans la poli tique : l’exemple de l’héritage grec”. “C’est un projet européen qui s’intéresse à l’im portance de l’héritage grec dans la construction de l’unité européenne” syn thétise Marie Barral-Baron qui pilote ce dossier pour l’université franc-com toise. Cette historienne spécialiste du XVI ème siècle, qui a consacré sa thèse au grand penseur néerlandais Érasme, le maître de l’humanisme et de l’irénisme, tente, à travers le travail qu’elle a engagé au sein de ce projet partenarial européen à montrer “à nos contemporains qu’il y a un lien profond entre l’héritage grec et les enjeux contemporains en termes de communication, politique notamment” ajoute l’universitaire bisontine. Les Grecs - Platon, Socrate, et des ora teurs tels Isocrate (fondateur d’une célè bre école de rhétorique) ont montré dès le V ème siècle avant notre ère l’importance
centrale de la parole et de la communi cation qu’ils ont associées directement avec l’art de penser. “Si la forme du dis cours est clé pour convaincre, il est aussi important de faire attention au message qui est véhiculé. À une époque où la poli tique se joue sur l’arène publique de la communication et des médias, l’héritage de la pensée grecque peut offrir un puis sant outil de réflexion critique” poursuit Marie Barral-Baron. Un bon orateur - il en reste une poignée au sein de la classe politique nationale - doit donc savoir manier le logos (la parole) et le pathos (l’émotion) de son auditoire. “L’élo quence peut susciter l’adhésion, l’admi ration, mais elle peut aussi inspirer de la défiance quand l’orateur est dans la grandiloquence, voire l’enfumage…” De l’Antiquité grecque à nos jours, en passant par le catholicisme, la Renais sance, la Réforme, la généralisation de l’imprimerie, aujourd’hui des médias
sociaux, l’art de l’éloquence n’est certai nement pas désuet. Au contraire, “à une époque où on subit une sorte de désespoir du langage, notre idée à travers ce projet européen est bien de tenter de transmettre au plus grand nombre cet héritage grec de l’éloquence, une notion intimement liée à la morale.” L’éloquence devrait être, dans l’idéal grec, la marque de la bonne politique. Bon nombre de nos res ponsables politiques, nationaux comme locaux, seraient bien inspirés de se pen cher sur ces passionnants travaux du projet G.R.E.C.I. Sans doute que la dés affection des citoyens pour la chose poli tique vient aussi du manque d’éloquence des politiques actuels ? Pour faire connaître ses travaux, Marie Barral-Baron participera le 26 septembre à la Nuit des chercheurs à Besançon. Une manifestation ouverte à tous les curieux de sens. n J.-F.H.
édité aux Presses universitaires de Franche-Comté. L’ouvrage et disponible aux P.U.F.C. 47, rue Mégevand à Besançon, ou en librairie.
ÉBULLI’SON 2025 : Le festival qui fait vibrer Montfaucon revient les 29 et 30 août Tubes, terroir et énergie collective : le festival Ébulli’son est de retour pour une 7e édition placée sous le signe de la fête et de l’authenti cité. Avec 47Ter, Superbus, Broken Back ou encore The Supermen Lovers, Montfaucon s’apprête à vivre un week-end inoubliable.
La foule au coeur du village de Montfaucon lors de l’édition précédente d’Ébulli’son.
Publi-information
Crédit Photo :
Festival Ébulli’son
Un village en ébullition Depuis 2018, le petit village de Montfaucon, perché aux portes de Besançon, se transforme le temps d’un week-end en véritable capitale festive. À l’initiative de l’association Bande Sonore, Ébulli’son n’est pas qu’un simple festival. C’est un projet collectif où l’humain est au centre de tout. Plus de 280 bénévoles – enfants, ados, parents, anciens – participent à l’organisation, chacun avec ses compétences, son enthou siasme et son envie de partager. Une programmation explosive L’édition 2025 fera résonner les guitares, les basses et les beats les 29 et 30 août, avec une affiche
aussi éclectique que festive. 47Ter, porte-étendard d’un rap-pop géné rationnel, et les éternels Superbus, qui vient de sortir son dernier album, enflammeront la scène.. Seront aussi de la partie : Broken Back, The Supermen Lovers, Diva Faune, Jive Me, Mystically, sans oublier les jeunes pousses repérées lors du tremplin musical. Local, responsable… et savoureux Ébulli’son mise aussi sur une consommation responsable et locale : bière artisanale brassée dans le Doubs, Viandes de chez Eduardo, Pains des boulangers de Sâone et Montfaucon, le tout
confectionné par l’équipe béné vole… Même les softs viennent de chez Rième Boissons. Ici, pas de grande industrie : que du circuit court et du savoir-faire local. Plus qu’un festival : un état d’esprit Nouveauté cette année : une espla nade dédiée aux mécènes pour ren forcer le lien avec les partenaires. Mais ce qui ne change pas, c’est l’ambiance chaleureuse, bienveil lante et festive. On vient à Ébulli’son pour la musique, bien sûr, mais on y reste pour les ren contres, les sourires, et cette atmo sphère unique, tissée par les béné voles eux-mêmes. n
Rendez-vous les 29 et 30 août à Montfaucon n Billetterie et infos sur www.ebullison.fr
6 L’interview du mois
Août 2025
POLITIQUE
La présidente démissionnaire de la Région
“Mon souhait désormais, c’est de prendre le temps comme il vient !”
La démission de Marie-Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté depuis 2015, sera effective mi-août.
cette époque et je reste convaincue qu’ils auraient eu plus d’élus s’ils avaient accepté l’union. Dans ce contexte compliqué, j’étais sans doute aussi un atout face au R.N. Je me suis sentie investie de cette obligation d’y aller. Tout en me disant qu’il faudra bien faire le point à mi-mandat sur la suite en cas de réélection. Le Bourguignon Jérôme Durain fera un bon successeur ? M.-G.D. : Jérôme Durain a une sta ture nationale, c’est aussi quelqu’un qui a une grande expé rience de la Région puisqu’il est dans son troisième mandat. C’est un grand spécialiste de l’aména gement des territoires, comme l’est Éric Houlley côté franc-comtois.
rain sur l’ensemble du territoire, mais je pense qu’avec Jérôme Durain, la Région sera entre de bonnes mains. Revenons quelques années en arrière, quand vous avez accédé à la présidence de la Région Franche-Comté en 2008 suite au décès de Raymond Forni. Vous étiez préparée à endosser la fonction ? M.-G.D. : Pas du tout ! Raymond Forni me convoque un jour dans son bureau de président. C’était à l’époque où Paulette Guinchard m’avait demandé de me présenter aux législatives pour tenter de lui succéder. Il était en train de perdre ses forces. Il me dit : “Pour moi, c’est le plus beau mandat de la République.” Je pensais qu’il me parlait du mandat de député. Il ajoute ensuite : “Je ne suis pas éternel, il faut que tu penses à la Région…” Il est décédé six mois après et c’est alors que je me suis rendu compte qu’il m’avait délivré ce jour-là un message subliminal pour que je prenne sa suite. Mon expérience de la campagne des législatives entre-temps, même si je n’avais que très peu de chances d’être élue, m’a donné des forces pour la suite et pour prendre la succession de Raymond Forni à la tête de la région Franche-Comté en 2008. Vous n’étiez pas dimensionnée ni préparée pour une telle fonction ? M.-G.D. : Pas du tout en effet. En
C’est à La Presse Bisontine et Pontissalienne que Marie-Guite Dufay accorde sa toute dernière interview en tant que présidente de la Région Bourgogne Franche-Comté. Après 17 ans à la tête de l’institution, elle a décidé de passer la main. Elle revient sur ces années intenses, son engagement, ses bons souvenirs, et les moins bons. Confidences.
D ans quel état d’esprit êtes vous Marie-Guite Dufay au moment de tourner la page de plus de 40 ans d’engage ments publics dont 17 ans à la tête de la Région Franche-Comté puis Bourgogne-Franche-Comté ? Marie-Guite Dufay : Je suis dans un état d’esprit serein car la décision de démissionner, c’est moi qui l’ai prise seule en mon âme et conscience. Dire que je n’ai pas de nostalgie, c’est autre chose, et j’avais quand même quelques appréhensions sur les consé quences de cette décision en interne. Mais je vois que les choses se passent bien et que le passage de relais se fait dans la sérénité. Vous saviez depuis plusieurs années que vous n’iriez pas au bout de ce dernier mandat ? M.-G.D. : Il est clair que dès la réélec tion de 2021, je me suis dit que ce serait très long pour moi de tenir jusqu’en 2028. Si j’allais jusqu’au bout sans rien préparer, je ne vou
lais pas prendre le risque que le vide s’installe et je préférais donc que d’autres que moi se fassent connaître avant cette échéance. C’est désormais chose faite avec Jérôme Durain qui doit me suc céder. Pourquoi alors avoir accepté de repartir en 2021 ? M.-G.D. : J’avais une grosse pression de mon camp pour m’inciter à repartir à un moment où la menace R.N., et ça s’est confirmé, était très forte. Dans ce contexte, j’ai dû faire face à des médias natio naux qui se demandaient ce que j’allais faire dans cette galère avec en plus, une gauche qui était divi sée. Il n’y avait à l’époque pas beaucoup de personnalités poli tiques qui portaient le sujet de l’union de la gauche de façon concrète. J’ai essayé de le faire, je l’ai fait avec les communistes, seule, mais je n’ai pas réussi à le faire avec les Verts. Je n’étais pas dans l’idéologie, eux y étaient à
Je suis persuadé qu’il saura faire cela à l’échelle de la grande région. Il sait, et je lui ai demandé aussi, qu’il devra travailler à ce que l’équilibre des deux entités de la région soit respecté. S’il agit comme moi, le seul reproche qui pourra lui être fait par les Bourguignons est de faire trop atten tion à la Franche Comté ! Moi, c’est l’in verse qu’on m’a souvent reproché ! En tout cas, il devra aller au contact sur le ter
“Sans Paulette
Guinchard, je n’aurais
M.-G.D. : Je l’avoue. Me retrouver notamment face à des journalistes de la région dont certains me repro chaient de ne pas leur dire bonjour, tout cela parce que je m’effaçais dès que la presse était là et que je voulais absolument rester dans l’ombre de Raymond Forni et me contenter de lui apporter les dos siers, a été un peu compliqué au départ. Lui adorait la communi cation, moi je fuyais ça… Qu’a appris la Franc-Comtoise Marie Guite Dufay de la Bourgogne depuis la fusion des Régions ? M.-G.D. : Je connaissais assez peu la Bourgogne sauf à travers la viti culture dont je m’étais peut-être fait des idées fausses. J’ai donc appris à connaître de l’intérieur cette terre viticole et j’ai découvert des vignerons viscéralement atta chés à leur terre. J’ai découvert les climats de Bourgogne et leur si grande richesse écologique. J’ai découvert aussi une Bourgogne industrielle dans des territoires qui ont souffert par la perte de grandes usines mais qui ont été très résilients. J’ai découvert des secteurs ruraux comme la Nièvre ou le Morvan dans lesquels les maires des petites communes se battent tous les jours pour que leur territoire continue à survivre. J’y ai aussi découvert l’innovation technologique autour de l’auto mobile du côté de Magny-Cours ainsi que la force de l’industrie agronomique à Dijon. Et des ter ritoires trop méconnus comme le secteur de Tonnerre où les élus se battent avec succès pour faire venir et retenir les jeunes.
2004, je me suis retrouvée sur la liste de Raymond Forni car c’était une liste de parti et que j’avais fait des questions de formation et d’emploi à la mairie de Besançon mes spécialités. Quatre ans après, alors que j’étais restée dans l’ombre de Raymond Forni pendant tout le début du mandat, je me retrouve à la présidence de la Région. Les débuts ont été compliqués pour la femme de l’ombre et de dossiers que vous étiez ?
jamais été là.”
Zoom Marie-Guite Dufay, une vie politique
Comté, à deux années du renouvellement du Conseil régional. En 2010, Marie-Guite Dufay même la liste du P.-S. aux élections régionales, en particulier face à Alain Joyandet, secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie. Elle l’emporte après une triangulaire avec le Front natio nal. La réforme territoriale de 2014, actant le principe d’une fusion entre les régions Bourgogne et Franche-Comté, marquera fortement le mandat, Marie-Guite Dufay et Fran çois Patriat (président de la Bourgogne) décident de s’en gager rapidement dans le processus. En 2015, Marie-Guite Dufay est choisie pour mener la liste commune Bourgogne-Franche-Comté. Opposée à François Sauvadet et Sophie Montel, elle l’emporte au terme d’une élection particulièrement serrée, dans un contexte national où les listes de gauche sont en forte perte de vitesse. Le mandat 2015-2021 sera marqué par la mise en œuvre effective de la fusion des Régions. Marie-Guite Dufay est de nouveau candidate pour les élections régionales de 2021. Elle rassemble au second tour une coalition de forces issues de la gauche (P.-S., P.C.F., P.R.G., E.E.L.V.) qui lui permet de l’emporter et de s’engager dans un nouveau mandat. n
A près une jeunesse passée dans l’Allier et des études à l’Institut d’Études Politiques de Paris, Marie-Guite Dufay s’installe en Franche-Comté en 1971. Mariée et mère de trois enfants (1973, 1976 et 1978), elle s’attache à concilier vie professionnelle, vie familiale et des activités dans le secteur associatif puis politique. Dès son arrivée à Besançon, elle intègre les services de la Préfecture où elle a en charge les affaires économiques de la région. Elle rejoint ensuite le centre culturel Pierre Bayle, comme chargée de mission, en particulier sur la mise en place d’événements permettant de mieux faire connaître le monde de l’économie. À la naissance de son deuxième enfant elle met sa vie professionnelle entre parenthèses, et prend une part plus active à la vie associative bisontine, en particulier au sein du Centre d’Information des Femmes, où elle est finalement embauchée en 1981. Elle y met en place les quatre centres départementaux des Droits des Femmes de Franche-Comté et en anime leur fonctionnement pendant six ans. Elle intègre ensuite l’Agence nationale pour l’emploi où elle dirige notamment un pôle régional chargé du reclassement des salariés
licenciés économique. Marie-Guite Dufay est élue pour la première fois conseillère municipale de Besançon en 1989 et adhère au parti socialiste en 1993. En 1995, elle assume la délégation à la politique de la ville avant, en 2001, d’être nommée qua trième adjointe et de prendre la responsabilité des politiques sociales mises en place par la municipalité. Après avoir été candidate sur la liste des élections régionales de 1998, conduite par Pierre Moscovici, Marie-Guite Dufay est élue au Conseil régional de Franche-Comté en 2004 sur la liste menée par Raymond Forni. Celui-ci lui confie les secteurs du développement économique, de l’économie sociale et solidaire et de l’emploi. En 2007, après la renonciation de Paulette Guinchard de renouveler son mandat de députée du Doubs, Marie-Guite Dufay est désignée candidate du P.-S. sur la deuxième circonscription. Marie-Guite Dufay parvient à se qualifier au second tour, mais échoue à conserver la circonscrip tion. En 2008, après le décès de Raymond Forni le 5 janvier, elle est désignée par les membres du groupe majoritaire pour prendre sa succession à la tête de la Région Franche
L’interview du mois 7
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et les Régions ont désormais beaucoup plus de relations avec les intercommu nalités depuis cette loi. Ceux qui disent qu’il y a trop de strates sont souvent les mêmes qui vont solliciter tous les échelons pour obtenir des financements. Le vrai souci, c’est que notre collectivité territoriale n’a pas les moyens financiers de faire ce qu’on attend d’elle. Plus qu’une réforme territoriale, j’en appelle à une vraie réforme de la fiscalité. Mais actuellement, tout le monde doit se serrer la ceinture, y compris la Région, pour qu’on dépasse vite ces années d’endettement. Après, je pense que cette réforme fiscale devra s’imposer. À quoi ressemblera la nouvelle vie de Marie-Guite Dufay ? M.-G.D. : Mon souhait désormais, c’est de prendre le temps comme il vient ! Je parle de la météo de la vie. S’il fait beau, je pourrai un jour prendre mes chaussures de montagne pour aller marcher, prendre également le temps avec les amis, avec la famille. Je suis éprise de liberté. Je souhaite aussi m’engager dans de simples actions citoyennes. Pas forcément dans des associations qui ont sans doute besoin de jeunes recrues. Mais plutôt donner du temps à du bénévolat qui fait du bien, que ce soit dans le grand âge ou dans le jeune âge, par exemple lire des histoires ou des livres à ces personnes jeunes ou âgées. Je passe déjà des heures à lire des histoires et même L’Iliade ou L’Odyssée au téléphone avec mes petits-enfants de Marseille au téléphone ! (rires). Mon sou hait est bien de prendre du temps et de donner du plaisir à des gens qui en man quent. Il y a beaucoup de petites choses à faire pour la société. n Propos recueillis par J.-F.H.
dossier, j’ai un regret, c’est de ne pas avoir écouté mon directeur général des services qui m’avait prévenue que le transfert de ce dossier de l’État aux Régions allait être très compliqué. Et j’aurais dû faire une chose, même si nous avions été la seule Région à le faire, c’était de refuser le transfert. Mais ma dernière réunion officielle a été avec le monde agricole ce 17 juillet, elle a permis solder les comptes définitivement. Les autres douleurs, elles sont humaines, avec le décès l’an dernier de notre vice présidente Nathalie Leblanc. Et bien sûr Paulette Guinchard… Sans elle, je n’aurais jamais été là. C’est elle qui m’a donné le goût de l’action publique et de l’engage ment. Elle faisait les choses de manière tellement belle que ça m’a donné ce goût des autres. En plusieurs décennies d’engagement, déplorez vous une baisse de niveau des débats politiques ? M.-G.D. : Clairement oui. La présence des élus R.N. à la Région a évidemment contri bué à électriser les débats. Mais ce qui se passe dans notre assemblée est le reflet de ce qui se passe dans notre société où on sent bien qu’il y a une recherche per manente de solutions simples à des dos siers qui sont par nature compliqués. Ajoutons le poids des réseaux sociaux qui ne permettent en aucun cas d’expli quer la complexité. Votre expérience vous pousse-t-elle à affirmer qu’une réforme des collectivités territoriales est devenue impérative ? M.-G.D. : Je ne suis pas de ceux qui déplorent le millefeuille administratif. Et je me méfie des discours sur la simplification. La loi N.O.T.R.E. de 2015 a bien clarifié les missions des différentes collectivités
autour des enjeux écologiques avec cette C.O.P. que nous avons créée et qui se décline aujourd’hui dans tous les dépar tements de la Région avec des actions concrètes et des dizaines de propositions faites dans tous les domaines dans chaque territoire. À l’heure où sur ce sujet on constate des dérives inquiétantes à l’échelle gouvernementale de la part de certains ministres, par opportunisme, il est rassurant de voir mené à bien un tel dossier dans notre région. Une femme à la tête d’une Région, c’est encore marginal. Avez-vous souffert d’une certaine miso gynie ? M.-G.D. : De par mon emploi dans le secteur économique, j’ai été assez vite habituée à fréquenter essentiellement des milieux masculins donc je n’ai pas vraiment souf fert sur ce point. Ce qui ne m’empêche pas de déplorer le fait que bien souvent,
À l’inverse, qu’a su tirer la Bourgogne des spé cificités franc-comtoises ? M.-G.D. : La Bourgogne a découvert avec la Franche-Comté que le mot coopération a un vrai sens et que la Franche-Comté le portait haut et fort dans de nombreux domaines. Grâce à ces notions de coopé ration, au final, les deux entités réunies ont su prouver à l’échelle de la France, notamment dans le monde industriel, que toutes les collectivités de cette région B.F.C. qui reste un confetti à l’échelle européenne, parlent d’une même voix et pour ces investisseurs industriels, ça compte énormément. Si vous deviez retenir deux ou trois images fortes de vos 17 années de présidence ? M.-G.D. : La première, c’est pendant le mandat franc-comtois avec l’extraordi naire organisation dont on a su faire preuve après la crise de 2008-2010 pour bâtir, avec mon vice-président Denis Som mer, cette expérimentation de sauvegarde des emplois pour faire en sorte que des centaines de salariés menacés de licen ciement restent en entreprise. On a mobi lisé tous les fonds possibles pour permettre à plus de 10 000 salariés d’être maintenus en emploi. Le deuxième temps fort, si particulier, c’est la période Covid. En moins de trois jours, dans ces bureaux de la Région square Castan à Besançon où on n’était plus que deux ou trois, on a réussi à bâtir une politique publique pour accompagner les collectivités et les associations avec un fonds régional d’intervention créé pour l’occasion. Il y a eu cet épisode des masques que la Région Grand Est s’était accaparés et pour laquelle je n’ai rien lâché jusqu’à en obtenir pour notre Région. Je retiendrai aussi l’énorme mobilisation
dans certaines réunions, j’étais la seule femme. Et hélas, à certaines occa sions, cette situation existe encore. Que retenez-vous comme regrets au moment de passer la main ? M.-G.D. : Je retiens la dou leur des relations que j’ai eues avec le monde agri cole avec ces questions de dossiers d’aide. Par mon histoire familiale, je suis très attachée au milieu paysan et jusqu’à cet épisode, j’entretenais d’excellentes relations avec les paysans et leurs représentants. Sur ce
“Je ne suis pas de ceux qui déplorent le millefeuille administratif.”
C’est le moment de faire le plein de bois de chauffage pour l’hiver ! Paysagiste de métier, Emmanuel Hanriot diversifie l’activité de son entreprise avec la commercialisation de bois de chauffage. Il coupe, stocke et sèche des stères de bûches dans son bâtiment à Arc-sous-Cicon qu’il livre ensuite chez des clients sur l’ensemble du Haut-Doubs. Il leur laisse aussi la possibilité de venir s’approvisionner directement au dépôt.
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Emmanuel Hanriot laisse sécher les bûches pendant plusieurs mois avant de les livrer.
I nstallé à Arc-sous-Cicon où il a son entreprise d’aména gement paysager, Emmanuel Hanriot, qui exerce sous son nom, s’est lancé dans un nou
veau projet pour élargir son acti vité saisonnière. La création et l’entretien d’espaces extérieurs est une activité intense pendant la belle saison. Mais ce travail
s’estompe à partir de l’automne jusqu’à la fin de l’hiver. Alors, pour compenser cette baisse d’ac tivité liée à la saison, l’entrepre neur s’est lancé dans la commer cialisation de bois de chauffage auprès des particuliers. Pour
pour se chauffer. Pour cela, il livre le bois en vrac, à domicile, sur un secteur qui s’étend du lac Saint-Point à Maîche en passant par Pontar lier et Morteau. Il couvre éga lement la région de Valdahon. “Selon le volume, je livre les bûches en vrac, ou alors dans des big bags d’un stère” dit-il. Il scie des essences de bois qui ont un bon pouvoir calorifique comme le hêtre (foyard) ou le frêne. Une fois coupé, le bois est stocké dans le hangar ventilé d’Arc-sous-Cicon où il restera pendant une dizaine de mois, le temps de le faire sécher parfai tement. Emmanuel Hanriot stocke ainsi des stères de bois déjà prêts à être livrés. Pour les propriétaires
de poêle à bois, c’est le bon moment pour organiser la livrai son afin d’être prêt pour la saison de chauffe. Pour cela, il suffit de contacter l’entrepreneur sur son portable et de convenir d’un ren dez-vous.Pour les particuliers qui le peuvent, il est également possible de venir chercher le bois avec une remorque directement au dépôt d’Arc-sous-Cicon. “Dans ce cas aussi je demande aux per sonnes de prendre rendez-vous afin de garantir une bonne orga nisation” explique-t-il. Le bois en bûche est un des com bustibles les moins coûteux du marché. Il offre un très bon ren dement. Et puis, rien ne rem place la flamme et la chaleur enveloppante d’un poêle ou d’une cheminée en hiver. n
cela, il a construit un bâtiment à Arc sous-Cicon, et a investi dans une machine capable de transformer des grumes de 6 mètres de long en bûches de 33 cm ! “L’année prochaine,
“Je livre les bûches en vrac, ou alors dans des big bags d’un stère.”
je pourrai livrer en plus des bûches de 25 et de 50 cm” annonce Emmanuel Hanriot. Il sera donc en mesure d’approvi sionner en combustible tous les particuliers quel que soit le poêle ou la cheminée qu’ils utilisent
Emmanuel Hanriot a investi dans une machine qui lui permet de transformer des grumes de 6 mètres en bûches de 33 cm.
Contact : Emmanuel Hanriot : 06 77 75 24 98
8 L’ÉVÉNEMENT
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Vers une meilleure compréhension de l’islam
Sécurité des lieux de culte, lutte contre les actes anti-musulmans, gestion des associations exerçant le culte musulman, professionnalisation et recrutement des imams, financement des associations cultuelles musulmanes… Autant de sujets qui font l’objet d’une étroite collaboration avec les services de l’État dans le Doubs. Le point sur un sujet qui cristallise trop souvent les tensions.
l Religions Trois actes anti-musulmans L’islam du Doubs prend ses marques La 5 ème édition des Assises Territoriales de l’Islam
Doubs Rémi Bastille. Cette cinquième édition des A.T.I.F. visait donc à pour suivre et approfondir le dialogue. Et elles arrivaient dans un contexte où “trois actes anti-musulmans ont été per pétrés dans le Doubs depuis le début de l’année, des actes particulièrement vio lents” ajoute le représentant de l’État. À l’échelle du Doubs, trois groupes de travail se sont réunis autour des six thèmes retenus au plan national : la sécurité des lieux de cultes et la lutte contre les actes anti-musulmans, le droit et la gestion des associations exer çant le culte musulman, la profession nalisation et le recrutement des imams, l’organisation et la gestion des aumô neries, les ressources et le financement des associations cultuelles, et enfin la structuration territoriale et inter-asso ciative des acteurs du culte musulman. Ces trois groupes de travail locaux ont concerné les droits, la gestion et le finan cement des associations musulmanes, le recrutement des imams dans le Doubs et la sécurité des lieux de culte. “L’islam est bien évidemment compatible avec la République française, ajoute Rémi Bas tille, cette question n’est pas à discuter. Mais il est nécessaire de toujours dia loguer” note-t-il en présence de Massine Taleb, du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur présent ce jour là à la préfecture du Doubs. “Les assises territoriales de l’islam ont été lancées en 2018 dans le but de refonder les rap ports entre l’État et les acteurs du culte en partant du local et en s’appuyant sur les initiatives dans les territoires” com plète M. Taleb. Les règles évoluent progressivement. Ainsi depuis 2020, il est interdit aux mosquées de recruter des imams “déta chés” en provenance d’un pays étranger, et payés par ce dernier. “Tous les imams
D ialoguer, c’est sans doute le maître-mot dans les rapports qu’entretient l’État laïc avec les religions présentes sur son territoire, et notamment l’islam, deuxième religion de France avec plus de 4 millions de pratiquants estimés. Ces Assises Territoriales de l’Islam de France (ou A.T.I.F.) s’inscrivaient ainsi dans un cycle annuel de dialogue entre l’État et le culte musulman, ayant pour objectif de “renforcer la représentation des acteurs locaux et d’alimenter les échanges nationaux par les préoccupa tions locales. Ces assises s’inscrivaient en outre cette année dans les 120 ans de la loi de 1905” indique le préfet du de France qui s’est tenue le 26 juin à la préfecture du Doubs à Besançon a été l’occasion d’apporter des éclairages sur la pratique de l’islam dans notre département et de lever quelques difficultés persistantes.
doivent être membres d’une association française dont ils sont salariés. Ils ont une autre obligation : la maîtrise du français et être titulaire du D.U. Laïcité
et République” ajoute un participant aux assises (voir ci-contre sur ce dernier point). “Pour clarifier encore mieux les choses, peut être que le Coran devrait être traduit en français et les prêches se faire en français, comme le fran çais a remplacé le latin dans le culte catho lique ?” avance un autre
La création d’un annuaire des aumôniers musulmans.
Parmi les intervenants, Hambli Badreddine, acteur et militant associatif musulman. “Je remercie Dieu” a-t-il dit à la tribune.
L’événement 9
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l Analyse
Guillaume Jehannin “La laïcité ne doit en aucun cas être un étendard”
Professeur agrégé à l’I.U.T. de Belfort-Montbéliard, Guillaume Jehannin est le responsable du diplôme d’université (D.U.) “Laïcité et République”. Il y forme notamment les imams qui enseignent en France. À l’occasion des 120 ans de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, il fait le point sur cette question bien française.
ou autres. On apprend aux étu diants ce à quoi ils ont droit et la façon dont est appliquée la laïcité en France. L’islam de France est-il donc mieux défini qu’avant ? G.J. : J’ai assisté à plusieurs Assises Territoriales de l’Islam de France (A.T.I.F.), comme cette récente session à Besançon et je constate une progression d’année en année de la compréhension mutuelle de ces questions. J’attribue cela au fait qu’on a affaire désormais à des nouvelles générations, plus diplômées, plus habituées à la vie en France, qui savent se faire entendre et revendiquer leurs droits, qui connaissent aussi leurs devoirs et qui sont capables de discuter avec l’administration. Loi de 1901 sur les associations, loi de 1905 sur les associations cultuelles, loi de 1907 sur l’exercice public des cultes.
doit reposer la résolution de cas concrets rencontrés dans la vie professionnelle. Chaque année, nous avons entre 15 et 20 per sonnes qui suivent ce D.U., cette formation est finançable par le C.P.F., elle est de 130 heures. La laïcité touche tous les pans de la vie quotidienne ? G.J. : Oui, elle est parfois vécue comme une contrainte, pourtant
Depuis quand existe ce D.U. dans notre région ? Guillaume Jehannin : Ce D.U. a été créé en 2019, il y en a une ving taine de ce type en France. Au départ, il avait été créé pour for mer les aumôniers de prison, des hôpitaux et de l’armée. Mais pas que. Il peut aussi concerner des personnels de la gendarmerie, d’administrations, d’entreprises privées, d’associations, et donc les imams qui viennent de l’étran ger. Ces derniers sont désormais obligés d’avoir ce D.U. pour être rémunérés en France. Depuis 2021 et la loi “séparatisme”, c’est la fin des imams détachés venus de l’étranger et financés par des pays étrangers. L’objectif global de cette formation de neuf mois est de permettre un approfondissement transdiscipli naire de la laïcité et de la gestion des faits religieux afin de com prendre les principes sur lesquels
elle est une chance. Dans l’ar mée par exemple, la République française prend beaucoup de pré cautions par rap port à cela. Dans les opérations extérieures, elle peut désormais prévoir des menus différen ciés, hallal, casher
“Je constate une progression de la compréhen sion mutuelle.”
Guillaume Jehannin est professeur agrégé, responsable du D.U. Laïcité et République à l’I.U.T. Nord Franche-Comté.
récent, c’est le fait d’une génération qui essaie aussi de trouver ses marques. Dans ce contexte, les autres religions, notam ment la religion catholique, ont rai son de marquer leur territoire aussi. Le fait que dans la restaura tion collective on ne trouve parfois que du poulet hal
en soutane. Ce n’est plus possible aujourd’hui, je pense qu’on n’a pas envie d’avoir un imam à l’As semblée nationale, il faut donc ajuster les choses progressive ment. On essaie d’avoir une intel ligence de la laïcité en France et j’avoue qu’être intelligent, ce n’est pas toujours facile ! Tout cela demande une grande écoute, de la délicatesse et de la souplesse. Le principe de la loi de 1905 est toujours le bon 120 ans plus tard, mais il demande toujours des adaptations car la société fran çaise a complètement changé depuis 1905. Nous sommes dés ormais dans une société complè tement sécularisée. Votre avis sur la question du voile ? G.J. : Ce sujet fait débat car on essaie de trouver ce qui convient le mieux. Avant 2004, il n’y avait pas de loi, on faisait avec. Peut être que dans 20 ans, il n’y aura plus besoin de loi car on aura trouvé nos marques. Le principe de la laïcité reste le même, mais ses formes peuvent changer car la société change. On voit aussi des gens qui essaient d’instru mentaliser cette laïcité. Or, elle ne doit en aucun cas être un éten dard. La laïcité est un principe ferme, mais humain. Le problème en France, c’est qu’il y a des gens qui n’ont pas envie d’éclairer les débats… n Propos recueillis par J.-F.H.
De l’extérieur, c’est très difficile à com prendre ! G.J. : Oui en apparence en effet mais c’est finalement assez logique. Une association a ses adhérents mais une association cultuelle, dans le culte catholique du début du XX ème siècle, c’est l’évêque qui dirige l’association. Il a donc fallu trouver une forme de structure où c’est l’évêque, et non les adhérents, qui est maître à bord. Tout cela a mis du temps à bien fonctionner et on a dû s’adapter aux autres religions au fil des décennies. L’islam est une religion très récente en France et elle est arrivée dans une période tellement complexe d’après-déco lonisation. L’islam n’est pas une religion structurée comme le catholicisme, il a donc fallu du temps pour qu’elle se structure. Et la période plus récente avec l’Afghanistan, l’Iran, les attentats islamistes, tout cela a rendu le contexte encore plus complexe et je trouve néanmoins que dans ce contexte, on s’en tire plutôt bien et je crois qu’on peut faire confiance à cette religion musul mane pour traverser ces difficul tés. L’islam est donc bien compatible avec la République ? G.J. : L’islam s’adapte à nos règles et pour cela, la nouvelle généra tion a fait de gros efforts. Des élé ments comme le hallal, c’est
Plusieurs dizaines de représentants de l’islam, dont Mohammed Khomri, aumônier hospitalier régional musulman, ont échangé avec les services de l’État fin juin.
“Les autres religions ont raison de marquer leur territoire.”
lal, ce n’est pas normal. On peut s’interroger et dire que ça va trop loin. Sur tous ces points, on est en train de trouver les points d’équilibre avec toute l’histoire qui est la nôtre. La laïcité à la française est-elle la bonne formule ? G.J. : C’est un système qui n’est pas si spécifique à la France. La séparation des Églises et de l’État dans les autres pays existe aussi, elle a juste des formes un peu dif férentes. Aux États-Unis, même si le président jure sur la Bible, il ne peut pas déclarer la guerre au nom de Dieu ! En France, il a fallu qu’on mette à distance la religion, dans la forme c’est dif férent, mais le principe est le même. Et elle évolue. Souvenons nous quand l’abbé Pierre était député, il venait à l’Assemblée
participant à ces rencontres. Le métier d’imam a désormais un code R.O.M.E. (répertoire opé rationnel des métiers et des emplois) à France Travail. Mais il reste encore des lacunes. “L’offre de formation des imams en France est encore insuffisante. C’est pour ça que les associations continuaient de recruter à l’étranger” juge Mohammed Khormri, aumônier hospitalier régional musulman. La France compte à ce jour près de 2 600 mosquées. Dont une trentaine dans le Doubs.
D’autres projets émergent des discussions entre l’État et le culte musulman dans le Doubs, comme la création d’un annuaire des aumôniers musulmans pour les personnes hospitalisées, les pratiquants militaires ou encore les prisonniers de confession musulmane. La question du financement des associations cultuelles reste encore au cœur des discussions. Un représentant du culte musul man regrettait que “certaines associations se soient vues refu ser des prêts par des banques
au nom du principe de laïcité ! Alors que c’est totalement illé gal…” Si le dialogue avance pour une meilleure intégration du culte musulman et la bonne marche d’un islam de France, il reste encore des points d’accord à trou ver et des réglages à effectuer pour que cette question ne cris tallise plus les débats comme cela a été trop souvent le cas ces dernières années. n J.-F.H.
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