La Presse Bisontine 272 - Janvier 2025

22 Le Grand Besançon

La Presse Bisontine - Janvier 2025

MONTFAUCON Solidarité Un jeune migrant partage ses talents de couture La chaîne de solidarité, créée il y a un an autour de l’accueil de jeunes migrants à la Malate, se perpétue et donne lieu à de belles histoires. Comme celle de Badou, qui se rêve couturier, et a permis de confectionner des sacs de petit bois pour l’hiver.

Badou a appris

à coudre en Côte d’Ivoire et l’enseigne à son tour à Moussa (à gauche).

D errière sa machine à coudre, le jeune Badou est concentré. Dis cret, il explique avoir appris très tôt la couture en Côte d’Ivoire. “Il y avait un Monsieur dans mon quar tier qui fabriquait des robes et des vête ments traditionnels. Là-bas, tout le monde en porte. J’étais tout petit, je me suis formé avec lui.” Aujourd’hui sco larisé dans un lycée professionnel à Montbéliard, après de longues démarches et bien que toujours en attente de reconnaissance administra tive, il aimerait poursuivre dans cette voie, en suivant un C.A.P. couture. En attendant, il continue de s’exercer sur les deux machines qui lui ont été prêtées lorsqu’il revient les week-ends à la Malate. Entre deux points de cou ture, il distille ses conseils à Moussa, un autre migrant hébergé sur place qui a souhaité apprendre à ses côtés.

Bien sûr, ce matériel ne lui permet qu’une pratique limitée - “on ne peut pas tout faire avec ces machines” , recon naît-il - mais “c’est déjà bien” , à son sens. En plus de réparer les vêtements, Badou a notamment déjà cousu une robe pour l’une des habitantes bénévoles et s’ap prête à réaliser un tablier pour une autre. Grâce aux divers dons de tissus et de fils (reçus de particuliers, ou récu

gration. Or, ce n’est bénéfique pour per sonne, ni pour eux, ni pour nous.” Ce type de projet d’accueil, porté dans chaque collectivité, pourrait être une solution à ses yeux. Il en veut pour preuve les résultats obtenus ici. “Il y a eu débat, c’est normal. Au début, on a été interpellé, mais cela n’a pas duré” , note le maire. “Certains habitants, qui n’y étaient pas favorables, viennent nous voir aujourd’hui pour nous féliciter. Cela a même permis de récréer des liens dans la commune” , se réjouit-il. “Je suis convaincue qu’on passe à côté de quelque chose” , abonde Catherine Pardonnet qui, sans faire d’angélisme - “ce sont des ados, il faut parfois pousser des coups de gueule” -, y voit une expé rience humaine enrichissante. n S.G.

peu moins vive après plus d’un an de soutien. Leur situation a aussi évolué. Sur les 13 jeunes migrants accueillis dans l’urgence en décembre 2023, ne restent plus aujourd’hui que six jeunes toujours en attente de papiers. “Sur le groupe de départ, certains ont été recon nus mineurs, d’autres sont partis dans des pays anglophones” , explique Cathe rine Pardonnet, qui regrette que les démarches soient si compliquées. “Cer tains de ceux qui sont toujours là n’ont même pas encore eu leur premier ren dez-vous au juge. Et ils n’ont pu être scolarisés que depuis un mois.” Le maire de la commune, Pierre Contoz, ne comprend pas non plus cette errance administrative. “Les droits internatio naux de l’enfant ne sont pas respectés. On les rend invisible, on freine leur inté

tiellement). L’idée, suggérée par un tiers, a déclenché tout un tas de bonnes volontés, comme souvent depuis l’accueil de ces jeunes. “Une personne a offert les poutres en bois, provenant d’une bâtisse en réno vation. Quelqu’un a proposé de les débi ter en tronçon et d’autres ont prêté le matériel ou aidé les jeunes à les couper en petits morceaux, en plus de l’atelier couture” , explique Catherine Pardonnet, parmi les encadrantes bénévoles inves ties depuis le début. Ils sont une douzaine comme elle à continuer de les accompagner. Aucune commune du Grand Besançon n’ayant finalement pris le relais comme espéré, suite à l’appel de solidarité lancé l’hiver dernier. La mobilisation reste donc, ici, plus que jamais d’actualité, bien qu’un

pérés chez Emmaüs), il s’est également lancé dans la fabrication d’une soixantaine de sacs de petit bois. Mis en vente cet hiver auprès des habi tants, ceux-ci ont permis de récolter des fonds, pour couvrir les besoins quo tidiens du groupe (nour riture et hygiène essen

“On les rend invisible, on freine leur intégration.”

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