La Presse Bisontine 211 - Juillet-Aout 2019

LE GRAND BESANÇON 32

La Presse Bisontine n°211 - Juillet-août 2019

MONTFERRAND-LE-CHÂTEAU Justice “Nous n’allons pas construire une prison !” Le projet de centre éducatif fermé qui pourrait sortir de terre entre 2020 et 2021 suscite l’émoi dans la commune. Le maire et les services de la protection judiciaire de la jeunesse (P.J.J.) veulent lever les inquiétudes.

“Le C.E.F. est une

alternative à l’incarcéra- tion”, expliquent Alain Charmoille et Pascal Duchézeau.

I l s’agissait d’une promesse prési- dentielle. Un plan de création de 20 centres éducatifs fermés (C.E.F.) a été acté, en plus des 50 déjà exis- tants sur le territoire français pour répondre aux besoins exprimés par les juridictions. La Franche-Comté, en sous-équipement pour le placement pénal, se voit dotée de l’un de ses centres. Une annonce plutôt bien accueillie par les milieux sociaux judiciaires où le manque se faisait ressentir. “Aujourd’hui, nous ne disposons que de deux lieux d’accueil pour mineurs dans le cadre pénal pour 1,18 million d’ha- bitants : l’établissement de placement éducatif et d’insertion de Besançon qui

commune pourrait être choisie. Le direc- teur territorial de la P.J.J. a finalement présenté le projet au conseil municipal, en juillet 2018. Des délégations sont ensuite allées visiter les centres de Mignovillard et de Châtillon-sur-Seine en Côte-d’Or, et les élus municipaux ont délibéré favorablement à 12 voix pour, 5 contre et une abstention. “Ce genre de dossier nourrit de nom- breux fantasmes ou fausses représen- tations. Dans l’esprit collectif, nous allons construire une prison alors que c’est bien un établissement éducatif”, souligne Pascal Duchézeau. Et de rap- peler que “la commune n’aura rien à débourser et que cela apportera taxes et emploi.” Le projet de construction, d’un coût estimatif d’1,5 million d’euros, devrait prendre place en sortie de village sur un terrain privé, autour duquel les négociations sont en cours. Le futur centre, qui sera mixte, accueillera 12 mineurs au maximum, âgés de 13 à 17 ans. Ceux-ci seront placés pour sixmois (renouvelable une fois) dans le cadre d’un contrôle judiciaire, d’un sursis

propose 12 places d’internat et 6 places d’hébergement diversifié, et le centre éducatif renforcé de Mignovillard avec 7 places d’internat” , préciseAlain Char- moille, directeur territorial de la P.J.J. Franche-Comté. Du côté de certains habitants en revanche, cela a plus de mal à passer. Le choix d’une implantation périurbaine autour de Besançon (où se situent les réseaux les plus denses du territoire en termes de soins, de formation et d’insertion) ayant été privilégié. Le maire de Montferrand-le-Château, Pascal Duchézeau, s’est vu confier le dossier par le président d’Aggloméra- tion, sans s’imaginer d’abord que sa

avecmise à l’épreuve ou d’une libération conditionnelle. “Les jeunes ne peuvent pas sortir comme ils veulent. Ils sont obligés d’y résider sous la surveillance

protocole interne précisera les modalités d’intervention éventuelle en partenariat avec la gendarmerie de Saint-Vit et le parquet de Besançon”, ajoute le direc- teur de la P.J.J., qui veut aussi rassurer sur la dynamique de placement. “On n’accueille jamais dans le même éta- blissement deux jeunes impliqués dans lamême affaire ou issus dumême quar- tier.” Une partie des opposants au projet s’inquiétant d’accueillir “toute la racaille de Planoise” , d’autres de voir une décote de leur maison. Une pétition réunissant 250 signatures pour empê- cher sa construction a été remise au maire, qui veut continuer à informer la population. n S.G.

permanente de l’équipe, qui sera composée au total de 27 agents, avec des temps de formation, d’apprentis- sage et de soins”, précise Alain Charmoille. Le bâtiment, dont l’archi- tecture sera volontaire- ment éloignée de l’univers carcéral, intégrera aussi un espace parental pour l’accueil des familles et des dispositifs de protection et de sécurité intégrés. “Un

De 10 à 12 mineurs accueillis.

L’architecture des C.F.E. se veut contenante, tout en étant ouverte sur la cité comme

ici à Mont- de-Marsan.

NANCRAY

Sport adapté. Avec François, ils se valorisent grâce au vélo Éducateur spécialisé à l’A.D.A.P.E.I. de Besançon et ancien coureur

cycliste, François Toscano conduit des jeunes en situation de handicap mental sur les plus hautes marches des podiums.

S ans lui, peut-être n’au- raient-ils jamais enfour- ché de vélo, encore moins accroché un dossard pour participer à un championnat de France de V.T.T. adapté comme celui organisé à Besançon les 29 et 30 juin par le Comité départemental de sport adapté

du Doubs. François Toscano, éducateur spécialisé à l’A.D.A.P.E.I. utilise son expé- rience d’ancien cycliste de haut niveau pour lamettre au service de garçons et filles atteints de handicap mental. Un jour, un enfant est venu le voir après une épreuve sportive

pour lui dire que c’est “la pre- mière fois qu’il était premier dans quelque chose.” Une phrase simple, certes, mais qui prend toute sa mesure ici. “Entendre cela, c’est ce qui me motive et m’incite à continuer” témoigne François, qui demeure à Nan- cray. Le champion de France de cyclisme de demi-fond a créé une section V.T.T. et route avec l’appui de l’A.D.A.P.E.I. et du comité régional de cyclisme de Bourgogne-Franche-Comté. Il l’a dupliquée au niveau fédéral. Depuis 30 ans, 96 titres ont été remportés par ses protégés, tous volontaires pour s’entraîner le mercredi après-midi ! Il conduit “ses” sportifs sur les compéti- tions, les conseille, les encourage, quitte à ce que cela déborde sur son temps libre. “Regardez Hélène, il y a encore quelques mois, elle avait peur de descendre une bosse.Maintenant, elle passe partout” commente François. D’autres comme Thomas Car- teret ou Alexandre Morel ont

François Toscano

(à droite) et ses cyclistes avant un entraînement V.T.T.

un niveau plus élevé puisqu’ils ont intégré le Pôle France de cyclisme adapté. Ces deux Bison- tins représenteront la France

réussite comme ce mercredi après-midi où la tribu n’attend qu’une chose : le départ pour l’entraînement depuis la rue des Justices, à Besançon. “Le vélo est un outil de valorisation, d’expression, de reconnaissance pour eux. Ce n’est pas que du sport : on leur apprend à connaî- tre le Code de la route. Ils peuvent ainsi se rendre à un stage à vélo par exemple ou se balader avec leur famille. On les considère comme de vrais sportifs : avant une compétition, ils savent qu’ils doivent manger deux heures

avant, ils ont reconnu le par- cours, ont préparé leur vélo.” Cela paraît simple mais à regar- der les visages des sportifs ce jour-là, on comprend tout l’in- térêt de cette activité. “Les contacts de François à la Fédé- ration française de cyclisme et son expérience profitent à nos gamins. C’est une véritable chance” témoigne l’un des res- ponsables de l’A.D.A.P.E.I., asso- ciation qui met à disposition des vélos dernier cri.Avec François, ce peloton suit la bonne roue. n E.Ch.

au championnat du Monde de cyclisme. Atteints de trou- bles mentaux légers ou moyens, ces cyclistes ont souvent été en échec scolaire. Les voir s’éclater et se donner sur un V.T.T. est déjà une

“La première fois que je suis premier quelque part.”

Éliott, originaire de Nancray, a déjà été sacré 6 fois champion de France de V.T.T.

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