La Presse Bisontine 175 - Avril 2016

LE PORTRAIT

39 La Presse Bisontine n° 175 - Avril 2016

BESANÇON

Jean-René Bouvret

Le marionnettiste tire sa révérence

En 1973, il a fondé la compagnie des Manches à Balais, une troupe de marionnettes avec laquelle il est allé à la rencontre du public en France et à l’étranger. Une aventure artistique qui prendra fin le 1 er mai.

A u fil des années, les murs de l’ancienne école de Bre- gille-village se sont impré- gnés de l’âme de la com- pagnie des Manches à Balais. La troupe bisontine de marionnettistes, dont l’origine du nom vient des marionnettes à manche, occupe tous les recoins ou presque de ce bâtiment que la Vil- le a mis à sa disposition en 1993. Elle a atterri ici après qu’on l’ait priée de quitter l’église Saint-Fran- çois-Xavier de la rue du Lycée où elle était installée depuis sept ans. La troupe, qui a été habituée à déménager depuis sa création en 1973, occupant tout d’abord une salle au rez-de-chaussée de l’ancien conservatoire de musique, avant de migrer, sept ans plus tard, au centre Pierre-Bayle, est invitée de nouveau à faire ses valises. Mais cette fois-ci, elle n’ira nulle part. L’aventure s’arrête ici, à Bre- gille. “Nous devons quitter les locaux au plus tard le 1 er mai car la mai- rie souhaite s’en séparer” annonce Jean-René Bouvret, le fondateur

Bio express

1973 Création des

Manches à Balais 1973-1974

Premiers spectacles de marionnettes avec la série des Ubu 1980 La compagnie devient professionnelle 1976 Première participation au festival de Charleville- Mézières 1978 Première participation au festival d’Avignon 1992 Création de “Container Follies” qui sera joué plus de 600 fois 1993 Les Manches à Balais s’installent à l’école de Bregille 2008 La compagnie quitte son statut professionnel 2011 Elle joue une dernière fois “La crèche” à la Citadelle 2016 Les Manches à Balais s’arrêtent

Jean-René Bouvret devant son théâtre de marionnettes ambulant qui rejoindra bientôt le Musée Comtois de la Citadelle. Lui continue de jouer au théâtre dans d’autres associations.

qui va s’éparpiller. Une vie passée à fabriquer des marionnettes de tissus et de pâte, de bois et de fer. Une vie à créer des spectacles et à sillonner les routes à la rencontre du public avec une troupe de comé- diens articulés. La fin programmée des Manches à Balais n’émeut pas Jean-René Bouvret. “Nous ne sommes pas éter- nels ! Cela devait arriver un jour. J’ai 69 ans. je pense que j’ai bien fait mon métier. J’en suis assez fier d’ailleurs. En trente ans, nous avons monté une trentaine de spectacles !” remarque le marionnettiste dont le regard malicieux s’abrite sous d’épais sourcils. Parmi les créations qui ont marqué le parcours de la compagnie, il y a la série des Ubu en 1973 (Ubu Roi, Ubu Cocu, Ubu enchaîné) d’après les textes d’Alfred Jarry. À l’époque, les Manches à Balais avaient à leur côté un jeu- ne artiste, encore inconnu du grand public, qui a d’ailleurs fabriqué la tête de la mère Ubu. Il s’agit d’Hubert-Félix Thiéfaine ! Il n’est

pas le seul à être passé par l’atelier de Jean-René et Danielle. Bernard Kudlak, le fondateur du Cirque Plu- me, a fait partie lui aussi de la fan- fare que la compagnie avait créée au fur et à mesure qu’elle s’ouvrait au spectacle de rue. Parmi les productions qui ont comp- té, il y a encore “Container Follies”, sur le tri des déchets. “C’est un des derniers que nous ayons créé en 1992 au moment de la conférence de Rio sur l’environnement. Nous l’avons joué plus de 600 fois par- tout en France et à l’étranger. La dernière représentation a eu lieu en 2005” se souvient Jean-René Bou- vret. Plus récemment, en 2011, les Manches à Balais ont joué encore une fois à Besançon, “La Crèche” version franc-comtoise, avec par- mi les personnages, la marionnet- te du Barbizier, le redresseur de torts, le défenseur des plusmodestes, bref, notre Guignol à nous en plus austère. La compagnie qui est passée pro- fessionnelle en 1980 a acquis dans

son art une notoriété nationale. On l’attendait au festival off d’Avignon ou à celui de Charleville-Mézières. Il lui est arrivé de franchir les fron- tières de l’Hexagone pour se pro- duire en Italie, en Pologne, en Bel- gique. Elle est parvenue à arracher les marionnettes du monde enfan- tin auquel ont les associe pour les mettre en scène dans des spectacles pour adultes. “Nous avons monté Hugo, Cocteau, Shakespeare” énu- mère Monsieur Bouvret. Les Manches à Balais en ont racon- té des histoires enmanipulant leurs personnages qui avaient parfois un gabarit de géant. Ces pantins arti- culés, expressifs, devenaient d’un coup des passeurs d’émotion. Dans cette compagnie, le marionnettis- te était tantôt présent dans la scè- ne, tantôt dissimulé dans le caste- let, mais toujours partie prenante du spectacle. Celui qui tire les ficelles est aussi un comédien. “Il faut s’investir de lamême manière qu’un comédien. Il faut faire passer l’émotion dans l’objet qu’on a entre

les mains. Ensuite, c’est au specta- teur de se faire lui-même son his- toire. La marionnette a cet avanta- ge d’être au-dessus des contingences” raconte Jean-René Bouvret qui a découvert les marionnettes par le “Bread and Puppet Theater” (États- Unis) lorsqu’il était à Nancy dans une école de théâtre. Attiré par les arts plastiques, il a créé son atelier de modelage pour fabriquer des per- sonnages parfois loufoques. Cer- tains comme les Ubu ont 43 ans, l’âge des Manches à Balais. Ils dorment par dizaines à l’école de Bregille-village, suspendus dans la cage d’escalier, ou assoupis dans des malles. Tout ce patrimoine ne sera pas vendu le 17 avril. Qua- torze spectacles sur les trente (décors et marionnettes compris) créés par la compagnie vont rejoindre leMusée Comtois de la Citadelle. Une retrai- te en vitrine pour ces comédiens de chiffons, comme une ultime ova- tion.

du théâtre des Manches à Balais qu’il anime avec son épouse Danielle. Alors, pour débar- rasser les lieux avec panache en vue de cette échéance, ils organisent une bro- cante le 17 avril à l’école. L’association se sépare de tout, d’une partie des marionnettes, des cos- tumes, de l’atelier, et même du matériel de sonorisation. Ce jour- là, chaque chineur emportera avec lui un peu de l’histoire de ce théâtre singulier. Au soir de cette journée de vente, c’est une vie entière de création

“La marionnette est au- dessus des contin- gences.”

T.C.

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