Journal C'est à dire 324 - Février 2026
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H I S TO I RE
Il y a 120 ans, l’épique épisode des inventaires des églises Religion
Dans la foulée de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905, les inventaires des biens reli gieux ont donné lieu dans le secteur du Russey et de Maîche à un vrai mou vement de résistance des paroissiens et des auto rités ecclésiastiques. Retour sur un épisode qui a profondément mar qué le Haut-Doubs.
Inventaire de l’église du Russey le 12 février 1906.
I l y a 120 ans, presque jour pour jour, le Haut-Doubs catholique était en ébullition. La raison de cet échauffement des esprits : les articles 3 et 4 de la loi de séparation des Églises et de l’État promulguée en décembre 1905. Si ces dispositions n’ont aucunement froissé les juifs et les protestants, il n’en a pas été de même pour les catholiques. Les expli cations de Jean-Michel Blanchot, his torien et spécialiste de cette période : “Les articles 3 et 4 de la loi de 1905 prévoient que les églises et leur mobilier vont être confiés à des associations cul tuelles indépendantes mais que pour avoir idée de la valeur de ce qui est confié à ces nouvelles associations, il devait être procédé à un inventaire des criptif des biens en question, une mesure administrative et conservatoire. Ce n’était en aucun cas un acte de spolia tion, mais elle a été très mal prise par certains membres de l’Église, et en par ticulier sur le secteur de Maîche et du Russey” explique M. Blanchot. Une cir culaire du ministère de l’Intérieur et des Cultes mettra définitivement le
Inventaire de l’église des Écorces.
Inventaire de l’église de Charquemont.
fourées interviennent. Une encyclique du Pape de l’époque, qui condamne la loi française, finira de chauffer les esprits. Le lendemain de cette ency clique, le 11 février 1906 à 13 h 30, était programmé l’inventaire de l’église
Plateau, attisée par quelques person nalités comme l’abbé Monnier au Rus sey. “Les inventaires se sont bien passés quasiment partout dans le Doubs, à Besançon, dans le Pays de Montbéliard et même dans le Haut-Doubs du côté de Morteau et de Pontarlier. Mais le secteur du Russey et de Maîche, terres plus rurales de ce qu’on a appelé la “petite Vendée” en 1793 avec une qua rantaine de guillotinés, s’est montré plus rebelle en 1906. Les commissaires de la préfecture chargés de venir faire les inventaires étaient souvent bousculés, voire chassés à coups de boules de neige jusqu’à la gare du tacot. Si bien qu’à certains endroits, les inventaires n’ont pas pu se faire du tout, avec des églises transformées en forteresses, barricadées de l’intérieur” rapporte Jean-Michel Blanchot. Parfois les fonctionnaires d’État ont usé de stratagèmes pour réaliser ces inventaires a minima et ne pas perdre la face, tantôt en s’immisçant dans un office religieux et en sortant discrète ment un carnet de notes, certains inven taires - au Mémont par exemple - ont même été fait en regardant par le trou de la serrure ! D’autres après avoir fracassé la porte de l’église comme ce fut le cas aux Écorces ou à Cernay l’Église. Loin d’être anecdotique, ce douloureux épisode des inventaires a laissé des traces localement, et même politique ment avec des terres catholiques qui se sont montrées parfois profondément anti-républicaines. Ce feuilleton vieux de 120 ans aura eu aussi pour consé quence de créer un clivage au sein même des populations. n J.-F.H.
feu aux poudres : cette cir culaire précisait qu’il fallait aussi vérifier à l’intérieur des tabernacles. “Cet excès de zèle d’un fonctionnaire du ministère a été vécu
du Russey. Le début d’un long épisode de tensions. Les paroissiens organisent alors une manifestation sur le parvis de l’église et blo quent l’accès à l’intérieur
Parfois les fonctionnaires d’État ont usé de stratagèmes.
comme une véritable profanation.” Les premiers inventaires en France se passent dans le calme, jusqu’à ces deux inventaires réalisés dans des églises de Paris où les premières échauf
de l’édifice, défiant les autorités de l’État venues réaliser l’inventaire, accompagnées des gendarmes. La contestation catholique se répand alors comme une traînée de poudre sur le
Carte postale des frères Simon (Maîche) avec les deux paysans à droite qui tiennent le crucifix en même que le gourdin et la fourche… Un vrai morceau d’anthologie sur la constitution d’une mémoire catholique
de la résistance aux inventaires.
La porte de l’église des Écorces porte aujourd’hui encore les stigmates des événements de 1906.
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