Journal C'est à dire 250 - janvier 2019

D O S S I E R

De la pédagogie par le théâtre Prévention Depuis plusieurs années, les élèves des collèges de Morteau partici- pent au spectacle “Bonnet man” qui présente tous les rouages du méca- nisme de harcèlement. Nous avons assisté à une représentation dans un établissement du Haut-Doubs.

L e pauvre Simon qui doit se protéger les oreilles avec un bonnet devient peu à peu la tête de Turc de Fred qui le traite de “Bonnet man” et n’en finit pas de l’embêter à l’arrêt de bus, au C.D.I. ou à la sortie des cours devant Julie qui assiste sans réagir à cette lente descente aux enfers d’un Simon qui finira par exploser. Très vite, le public est captif. “Juste en les observant, on arrive presque à discerner

prendre la place d’un des trois comédiens au moment oppor- tun. Le spectacle reprend. “Stop”, annonce l’animatrice quand une élève manifeste son envie de venir prendre la place de Julie qu’elle estime trop timorée et ne se gêne pas alors de signa- ler à Fred son comportement inapproprié. “Au début de la scè- ne, on n’est pas encore dans le harcèlement car c’est la première fois que Fred embête Simon” , glisse Karine Grosjean en met-

les victimes ou les harceleurs potentiels” , explique l’un des trois référents scolaires du Grou- pe de Soutien de Proximité sou- vent présent lors de ces séances. Tout comme les représentants du service de prévention spé- cialisée et de Rés’Ado qui vien- nent se présenter, se faire connaître. À la fin du spectacle, Karine Grosjean de la Compagnie des Chimères anime le débat, pro- posant aux enfants de venir

Simon alias “Bonnet man” se fait peu à peu harceler par Fred sous l’indifférence de Julie.

tant le doigt sur le caractère répétitif du harcèlement. Détail anodin mais primordial dans un exercice pédagogique où tout a été réfléchi, pesé, pour que les élèves se posent les bonnes ques- tions. Deuxième stop. C’est Leila qui

devient la victime. Pour autant, il continue à embêter le pauvre Simon allant même jusqu’à fai- re un selfie. “Stop ! , poursuit de nouveau le policier pour évo- quer la question du droit à l’ima- ge. On a tout à fait le droit de prendre des photos mais pas le droit de diffuser des images sans l’accord des personnes.” Peu à peu, les solutions se font jour. Le policier décidément très actif revient sur la notion de balance. “Quand on dénonce des faits injustes, on est une balan- ce ? Une poucave comme on dit aujourd’hui ? Non, bien au contraire, c’est un devoir de citoyen de dire les choses” , explique l’agent de la paix en mettant le doigt sur le rôle des témoins toujours présents dans les situations de harcèlement en milieu scolaire. n F.C.

Le troisième lycéen endosse lui aussi le rôle de la victime en tenant tête physiquement au harceleur. On n’est pas loin de la bagarre. “Stop, annonce le policier du Groupe de Soutien de Proximité. Il y a de la vio- lence, c’est puni par la loi. A-t-

prend alors la place de Simon la victime. Pas question de se laisser intimider par Fred, la jeune actri- ce sans le savoir met le doigt sur un senti-

on le droit en France de se faire justice soi- même ? On n’est pas dans le cas de la légi- time défense. La vio- lence entraîne la vio- lence, c’est l’escalade.”

Après le spectacle, Karine Grosjean de la Compagnie des Chimères anime le débat avec les collégiens. L’objectif du théâtre forum étant de trouver une solution pour mettre un terme à cette situation de harcèlement en milieu scolaire.

“Achète-toi une vie.”

Message compris. Sans aucune gêne, les collégiens se prennent au jeu. Ils sont par- fois deux sur scène toujours face au harceleur. Une stratégie de défense collective se développe. “Achète-toi une vie” , lance Nolan à l’attention du méchant Fred qui se met petit à petit tout le monde à dos. À se demander qui

ment incontournable dans tou- te situation de harcèlement : la peur. “Simon est timide et il a peur de Fred. “Il faut donc trou- ver le moyen de dépasser cette peur. Comment ? Peut-on l’ai- der ?” suggère Karine Grosjean en montrant qu’il est difficile pour une victime de s’en sor- tir seule.

Rés’ado Haut-Doubs : une écoute, un accompagnement pour sortir du harcèlement De Maîche à Mouthe Ce service public propose des consultations psychologiques pour les ado- lescents en souffrance et leurs familles. Ici chaque situation fait l’objet d’une prise en charge à la carte pour aider les jeunes à nommer les choses, à retrou- ver de la confiance, de l’autonomie, ingrédients nécessaires pour se posi- tionner et s’affirmer dans la société. Qu’ils soient harcelés ou… harceleurs.

R attaché au centre hos- pitalier spécialisé de Novillars, Rés’ado Haut-Doubs est le dis- positif de soins psychiques et de prévention dédié aux ado- lescents et à leurs familles. Sa création remonte à 2007 et fait suite à la création d’une Mai- son de l’adolescent à Besan- çon avec des consultations ouvertes à Pontarlier et Mor- teau. Ce service répondait au besoin de développer une prise en charge précoce des jeunes en souffrance sur un territoire rural. Les consultations étaient d’abord organisées dans les Centres de Guidance Infanti- le de Pontarlier et de Morteau. “Dans un souci de proximité, le dispositif s’était étoffé avec des permanences également à Levier et Maîche” , explique Anne

Duquet, pédopsychiatre res- ponsable médical du dispositif. Lequel mobilise également une psychologue, Pauline Jondeau, et une éducatrice spécialisée, à savoir Céline Panot qui en assu- re également la coordination globale. Y compris à Morteau où elle intervient avec Sophie Mathieu, pédopsychiatre et Lætitia Bobillier, psy- chologue. Rés’ado Haut-Doubs. Exemple avec “Paroles en tête” : cette action, à destination des élèves de 4 ème aborde des thématiques autour de la famille, la santé, les autres… “On se retrouve aus- si tous les deux mois dans le cadre de groupe ressources pour La prévention tient une place importan- te au sein des mis- sions confiées à

évoquer différents sujets com- me l’anorexie, la radicalisation en faisant appel à des interve- nants.” Le harcèlement est un motif parmi d’autres de consultation pour Rés’ado Haut-Doubs où l’on s’occupe aussi du mal-être des jeunes, des difficultés fami- liales, des problèmes de com- portement… “On

Les consultations ont lieu dans les centres de guidance infantiles de Pontarlier et de Morteau.

aussi le harceleur qui souffre souvent d’un manque d’empa- thie et de confiance et l’expri- me alors sur un mode d’agres- sivité. La thérapie consiste alors à lui faire prendre conscience de ses fragilités. La durée des soins est très variable. Cela peut aller très vite si la situation est détectée, nommée rapidement. Inversement, certains cas néces- sitent parfois des années de pri- se en charge. “Du moment qu’il y a des soins, on constate tou- jours des progrès.” Pour Anne Duquet, le mal-être de certains adolescents traduit aussi la très forte pression socia- le et scolaire à laquelle ils sont

soumis. “On leur demande de se positionner très tôt. Cette année par exemple, avec on reçoit beaucoup de lycéens inquiets à l’idée de rater leur orienta- tion.” Elle pointe également du doigt la question du harcèle- ment par la différence liée à une particularité physique, un trait de caractère. “Sur le plan de la prise en charge, on ne travaille pas encore assez sur ces aspects. On doit mieux appréhender par exemple le développement de la sexualité qui peut provoquer de la souffrance, être un motif de harcèlement.” n

toutes liées au harcèlement. “On propose toujours une prise en charge à la carte en s’appuyant sur la complémentarité de l’équi- pe. Dans certains cas, il s’avè- re parfois nécessaire de prescrire un traitement médical. Quand l’ado n’arrive pas à exprimer ses souffrances psychologiques, l’édu- catrice intervient pour définir avec lui un projet, l’aider à fai- re du lien social hors du cercle familial, lui apprendre ou lui réapprendre à faire confiance aux autres. C’est essentiel qu’il soit assez autonome car cela lui permet de se positionner dans la société.” Le soin concerne le harcelé mais

intervient générale- ment à la demande d’un établissement qui nous adresse un ado ayant besoin

Du harcèlement par la différence.

d’une prise en charge médico- psychologique. À nous ensuite de l’écouter, de l’accompagner pour définir ensemble le mal dont il souffre.” Le service traite chaque année une trentaine de situations de déscolarisation qui ne sont pas

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