Journal C'est à Dire 167 - Juin 2011

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L A P A G E D U F R O N T A L I E R

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Quatre, cinq, six semaines de vacances par an ? Social Les travailleurs frontaliers sont-ils mieux lotis que les salariés de France en matière de congés payés ? Le cadre légal autorise quatre semaines, mais il est souvent dépassé.

T ravailler de l’autre côté de la frontière, beaucoup en rêvent et franchissent le pas, malgré les contraintes notamment liées aux trajets et au coût de la protection sociale.Mais les salaires souvent bien supérieurs à ceux pratiqués enFrance et la conjoncture actuel- le de l’industrie suisse attirent encore de nombreux travailleurs. Y vont-ils aussi pour le nombre

de travailleurs. Et la plupart des C.C.T. sont meilleures que le cadre légal” explique Nico Lutz, co-responsable du département communication au syndicat suis- se Unia. Dans l’industrie horlogère par exemple, les salariés ont droit à 5 semaines de vacances. Les apprentis sont encore mieux lotis : 7 semaines quand ils sont en première année, 6 semaines

de semaines de vacances ? Pas vraiment, même si, contrairement aux apparences,le cadre rigide de la loi n’est pas immuable.

en deuxième année. Au-delà de 50 ans, les horlogers ont droit à 6 semaines également. D’autres branches sont

La Coop offre 7 semaines.

encore mieux loties. La C.C.T. du groupe La Coop, le numéro 2 de la distribution en Suisse, offre 7 semaines à ses salariés au- delà de 60 ans, et même 8 semaines pour ses salariés de 63 ans et plus. Autre exemple : dans le secteur de la construc- tion, les salariés ont 5 semaines

La loi fédérale suisse fixe à quatre semaines de congés payés et cinq semaines avant l’âge de vingt ans. Mais “la plupart des gens qui travaillent en Suisse sont soumis à une C.C.T. (conven- tion collective de travail). Plus de 2 millions sur les 4 millions

Les travailleurs frontaliers, ont, à la base, 4 semaines de vacances par an.

dès l’âge de 50 ans. Malgré cette souplesse, on est quand même loin du système français qui, depuis l’instauration des 35 heures, permet à certains salariés de cumuler, avec les

R.T.T., jusqu’à 8, 9 ou même 12 semaines de congés dans cer- tains métiers (sans même par- ler de l’Éducation nationale). Quant à la durée hebdomadai- re de travail, côté suisse, le cadre

légal est plus que sévère : le volu- me peut monter jusqu’à 54 heures. Mais là encore, dans la réalité, le système est beau- coup moins sévère. “Dans la plu- part des C.C.T., les gens tra-

vaillent de 40 à 42 heures par semaine” poursuit Nico Lutz. Conclusion, sur l’aspect vacances et temps de travail, avantage France tout de même. J.-F.H.

Stop à la Suisse ! Emploi Après 9 ans en Suisse, Nicolas Pernelle ne supportait plus les contraintes du travail frontalier. Il cherche à se mettre à son compte en France. Com- me quoi la Suisse n’est pas l’eldorado pour tout le monde.

L’ argent ne fait pas le bonheur. Chef d’atelier dans un centre d’entretien automobile en Suis- se, Nicolas Pernelle avait com- me on dit une bonne situation. Il disposait de cette recon- naissance professionnelle qui vous assure un avenir serein. Mais pour en arriver là, que de sacrifices, que de temps pas- sé loin de chez lui sans voir grandir son fils. “À 20 ans, ça passe, à 35 ans ça devient plus délicat” dit-il. Originaire de Bonlieu dans le Jura, ce mécanicien de for- mation a “atterri” dans le Haut- Doubs “pour les nanas” , avoue- t-il en souriant. Il trouve un emploi dans ses cordes, part ensuite faire le cuistot aux Baléares d’où il revient illico pour embrayer sur la Suisse en 2001. “Au bout de 9 ans, j’avais le sentiment d’avoir fait

le projet de vivre et travailler en France. Depuis son rapa- triement côté France, il cherche à monter sa propre structure, de préférence en lien avec la menuiserie. “J’essaie de me positionner dans la construc- tion d’abris, de petits chalets en bois et dans la rénovation de mobilier et de parquets. Ce n’est pas facile de trouver la formule adéquate.” L’ancien frontalier qui ne touche plus que la moitié de

le tour du job. J’avais envie d’entreprendre de nouveaux challenges.” Les déplacements, 2 heures de trajet quotidien, lui pèsent aussi. “Sur l’année, ça représente 2,5 mois de tra- vail supplémentaire si on comp- te en heures de trajet.” Plus le goût du travail, l’impression de passer à côté de l’essentiel, Nicolas Pernel- le finit par jeter l’éponge l’été dernier. “J’étais devenu de plus en plus terne comme me le

son revenu découvre ou redécouvre la réa- lité des fins de mois tendues. “On continue à rembourser des prêts en francs suisses. Avec l’envolée des

disait mon chef avec qui j’ai toujours travaillé.” Et l’argent dans tout ça ? Nicolas a toujours été vigilant de ce côté-là. La folie des grandeurs, on ne connaît pas dans la

L’impression de passer à côté de l’essentiel.

famille Pernelle qui vit dans une petite maison dans le Haut-Doubs. “Je ne suis pas tombé dans le train de vie du frontalier dépensier. Même pour les emprunts, j’ai raisonné com- me si j’étais un ouvrier fran- çais.” Pas de dépendance. La Suisse n’était pas une finalité en soi. Nicolas Pernelle a toujours eu

cours, on est un peu bloqué dans nos projets” avoue-t-il. La famil- le rêve de partir un jour ou l’autre vivre dans le Lot. Com- me quoi, on peut quitter la Suisse et aussi le Haut-Doubs. “ On se plaît beaucoup ici où l’on a reçu un très bon accueil” , tient aussi à souligner Nico- las. Tout de même… F.C.

Après la Suisse, Nicolas Pernelle tente de se mettre à son compte dans le travail du bois.

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