Le Doubs Agricole 47 - Mars 2026
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VAL D’USIERS Les œufs d’Élodie ne connaissent pas la crise Les 900 poules d’Élodie Dornier sont logées dans deux poulaillers mobiles régulièrement déplacés aux beaux jours. Des conditions d’élevage très éloignées des poulaillers hors-sol, un aliment sur-mesure : ces paramètres expliquent sans doute l’attachement de la clientèle à ces œufs fl eurant bon le terroir du Val d’Usiers.
“Pour 2026, Coquy ambitionne de produire 82 millions d’œufs”, explique Fabrice Delval, le directeur opérationnel ici en compagnie des autres cadres du site Coquy à Flagey. De gauche à droite : Jessica Ferry, responsable de centre, Morgane Le Goff, responsable qualité et Jean-Philippe Klopp, responsable commercial.
A u royaume des A.O.P. fro magères, il n’est pas toujours facile d’être l’invité au festin surtout quand l’invitée se décli ne au féminin. Après son B.T.S. agri cole obtenu en 2007, Élodie Dornier a d’abord travaillé au service de rempla
avec un cheptel de 900 poules, ce qui reste très artisanal au regard de la plu part des autres élevages. “Au départ, j’ai aménagé un ancien bâtiment agri cole en poulailler qui a aussi fait l’ob jet d’un agrandissement. J’ai élevé un seul lot dans cette structure” , poursuit
teur à l’entrée de la boutique Chouet te Éthique dans l’ancienne commune de Bians-les-Usiers. Les œufs sont conditionnés en boîtes de 6 ou 12. L'appareil contient 32 casiers.” Pour nourrir ses poules, Élodie Dornier a sollicité la minoterie Dornier pour com poser une formule sans additif ni colo rant. “Jusqu’à Noël, je n’avais pas fran chement ressenti une forte demande mais les choses ont évolué à partir du mois de janvier. On ressent davanta ge la hausse de la demande.” La pro duction d’œufs dans une structure com me la sienne demande encore beaucoup d’opérations manuelles notamment au centre de conditionnement où les œufs sont mirés, calibrés et tamponnés. “On mentionne le code du producteur. Ce n’est pas obligatoire d’indiquer la date de ponte sur les œufs. Je le fais sur les boîtes.” La date limite de consommation d’un œuf est de 28 jours. Deux calibres d’œufs 53-63 mm et 63-73 mm sont commercialisables en France. Les trop gros ou trop petits partent comme ingré dients dans la fabrication de produits alimentaires comme les pâtes. “Je ne subis pas la pénurie mais la pénurie attire davantage de clients sur le mar ché qui espèrent trouver des œufs plus facilement. Même si la demande est là, je n’ai pas l’intention d’avoir plus de poules qu’aujourd’hui. Je tiens à res ter à la tête d’un élevage à taille humai ne” dit-elle. n
cement dans l’espoir de trouver sa place dans un élevage bovin ou de s’ins taller en caprin. Sauf qu’el le n’était pas forcément la bienvenue sur les diffé rentes exploitations où elle a posé candidature. “J’ai
celle qui finira par changer de modèle. En mai 2025, elle investit dans deux pou laillers mobiles. Fabriqués en Allemagne, ces “Far mers mobiles” sont équi pés pour une totale auto nomie avec un stockage
“La pénurie attire davantage de clients sur le marché.”
formées au moulin de Dannemarie-sur Crète qui appartient aussi à Terre Com toise. Les poules Coquy consomment chaque année 12 000 tonnes d’aliment non-O.G.M., sans antibiotiques et riche en Oméga 3” , détaille le directeur. L’entreprise de Flagey emploie 40 colla borateurs. “On a 12 chauffeurs-livreurs merchandiseurs qui assurent la livraison, la mise en rayon et la prise de comman de. 400 000 œufs sortent chaque jour du centre de conditionnement pour être dis tribués dans un rayon de 100 km. On livre également quelques centrales d’achat, cela représente 20 % du business. Au total, on travaille avec 280 clients livrés entre une et trois fois par semaine.” Le directeur ajoute aussi que l’entreprise est engagée dans la démarche R.S.E. qui repose sur trois piliers : économique, social et environnemental. Le fonctionnement entre l’entreprise Coquy et les 10 élevages associés est assez logique : Terre Comtoise apporte l’aliment, en contrepartie, l’éleveur fournit les œufs vendus par Coquy auprès de ses clients. “Aujourd’hui, on livre tous nos clients mal gré des commandes croissantes. D’autres demandes sont en étude en parallèle de nos futurs élevages.” Deux raisons principales expliquent la pénurie d’œufs en France. La consom mation d’œufs par habitant a progressé alors que, dans le même temps, beau coup d’élevages “œufs cages” ferment progressivement. Un effet ciseaux qui s’équilibrera d’ici un ou deux ans le temps que sortent de terre de nouveaux élevages sol, plein air ou bio. “Il manquerait aujour d’hui 300 élevages de 20 000 à 30 000 poules pour répondre aux besoins du mar ché français.” n
d’aliments, une réserve d’eau, des pan neaux solaires produisant l’énergie pour mettre en route la chaîne d’alimenta tion, les lumières et le tapis qui récu père les œufs. Comme dans tout élevage, Élodie Dor nier respecte des règles de biosécuri té très strictes. Tout est organisé pour éviter les risques de contamination venant de l’extérieur. À chaque renou vellement du lot de poules, program mé tous les 18 moins, l’avicultrice pro cède à la désinfection des installations. Combien d’œufs peuvent produire 900 poules ? “Il faut compter environ 5 œufs par semaine pour une poule.” La pro duction du poulailler du Val d’Usiers reste très localisée : les marchés de Pontarlier, quelques restaurants assez haut de gamme, des établissements scolaires et des commerces alimen taires. “Je viens d’installer un distribu
travaillé dans l’agroalimentaire le temps de trouver un projet agricole qui cor responde à mes envies et à mes moyens.” La solution prendra la forme d’un éle vage avicole. Après une première ten tative qui finira par avorter, elle se lan ce finalement en 2021 dans l’exploitation d’un élevage de 250 poules en optant pour le statut de micro-entrepreneur. “Les élevages de cette taille ne sont pas tenus d’avoir un agrément sani taire. Il suffit de tamponner les œufs et de travailler en vente directe” , explique la jeune avicultrice qui écoulera une partie de sa production sur les mar chés locaux, notamment le jeudi et le samedi matin à Pontarlier. Cette situation provisoire se formalise le 1er mars 2023 quand Élodie Dornier opte pour le statut d’avicultrice à part entière. Elle s’engage dans le métier
Élodie Dornier peut compter sur une fidèle clientèle au marché de Pontarlier où elle est présente le jeudi et le samedi.
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