Le Doubs Agricole 47 - Mars 2026
POLITIQUE 30
I N T E R V I EW
“J’ai enfilé le costume de député mais les bottes ne sont jamais loin !” Propulsé à la députation quand Annie Genevard est entrée au gouvernement Barnier en octobre 2024, Éric Liégeon ne s’attendait pas à se retrouver sur les bancs de l’Assemblée nationale. Une expérience enrichissante à tous points de vue, très prenante mais qui lui permet également d’être au contact de sa circonscription. Sans oublier le lien avec l’exploitation familiale, essentielle pour son équilibre. Entretien.
E.L. : Effectivement, on a vraiment besoin de relancer la machine. C’est la première fois je crois qu’on importe plus de produits agricoles qu’on en exporte. On doit reconquérir des parts de mar ché. LDA: Que pensez-vous du Mercosur? E.L. : Certains produits comme le lait, les vins ou les spiritueux en tirent profit mais sur l’ensemble de l’accord, on ne peut décemment pas faire venir des produits cultivés dans des conditions qui ne sont pas celles qu’on nous impose. L’agricultu re est la variable d’ajustement. Annie Genevard s’est battue contre le Mercosur dès les premières heures. Le 20 janvier dernier, j’ai participé avec d’autres députés et agriculteurs à la manifesta tion organisée devant le Parlement à Strasbourg. On a été reçu par Christophe Hansen le com missaire européen à l’agriculture et à l’alimenta tion. Cette mobilisation explique sans doute pour quoi les députés ont saisi la Cour de Justice qui va vérifier si l’accord de partenariat et l’accord commercial intérimaire sont compatibles avec les traités. LDA : La stratégie déployée par l’État pour maî triser la D.N.C. vous semble avoir été la bon ne? E.L. : Oui, sans aucune hésitation. C’était bien à la communauté scientifique de se prononcer et les décisions doivent être prises à partir de là. Les mouvements d’animaux ont eu un impact catas trophique sur la propagation entre les foyers. Je suis opposé à l’abattage sélectif du simple fait “On ne peut décemment pas faire venir des produits cultivés dans des conditions qui ne sont pas celles qu’on nous impose”, estime Éric Liégeon, le député opposé lui aussi au Mercosur.
L e Doubs Agricole : Pourquoi avez-vous choi si d’accompagner Annie Genevard en poli tique? Éric Liégeon: Mon parcours reflète d’abord un engagement dans les organisations profession nelles agricoles que ce soit au sein de la F.D.S.E.A. ou à la S.A.F.E.R. En 2012, quand Annie Gene vard m’a sollicité pour être son suppléant, je des cendais à la réunion à la D.D.T. Elle m’a expliqué qu’elle cherchait une personne de la ruralité. J’avoue que j’étais assez circonspect avant de lui demander ce que cela signifiait en termes de responsabilités. J’ai pris deux jours pour réflé chir. Ce qui m’a convaincu: pour une fois qu’on demande à un agriculteur de s’engager. Pour moi, c’est une belle marque de confiance. Cela me
conscription du jeudi au dimanche. J’avais effec tivement une certaine appréhension mais j’avais aussi des atouts: une bonne connaissance du territoire, une expérience préalable avec les admi nistrations, bref j’étais familiarisé avec les rouages. LDA: Et aujourd’hui tout va bien? E.L. : Au bout d’un ou deux mois, j’étais assez satisfait. J’ai rapidement trouvé mes marques et mes repères. Aujourd’hui, je l’assume pleinement. J’ai enfilé le costume mais les bottes ne sont jamais bien loin. Si la fonction de député me plaît, c’est aussi car j’apprécie les gens, la proximité.
LDA: Vous êtes toujours en activité profes sionnelle ?
semblait incohérent de refuser. Nous sommes repartis dans cette confi guration en 2017, 2022 et entre-temps j’ai aussi effectué un mandat de mai re à Courvières de 2014 à 2024.
E.L. : J’ai pris ma retraite en décembre 2026. La ferme familiale est aujourd’hui exploitée par mon épouse et mes deux garçons. Je continue à les aider de temps en temps. Cela m’apaise, me ressour ce et m’amène de l’équilibre.
“On doit reconquérir des parts de marché.”
LDA : Tout a basculé dans une autre dimension à l’automne 2024?
E.L. : Je reconnais que je ne m’y attendais pas du tout. J’étais au champ avec mon fils quand j’ai appris la nomination de Michel Barnier au pos te de Premier ministre. Là, je savais que les choses pouvaient changer même si je ne pensais pas qu’Annie Genevard se verrait proposer le minis tère de l’Agriculture. Puis tout s’est enchaîné. LDA: Avec une certaine appréhension? E.L. : À l’époque, je n’étais pas très partant pour une vie parisienne qui est aujourd’hui la mienne du lundi au mercredi avant d’enchaîner sur la cir
LDA : Serez-vous présent sur le salon de l’agri culture bien qu’il soit amputé des bovins? E.L. : Évidemment, je vais passer au salon. Com me beaucoup, je regrette l’absence de nos belles montbéliardes et des races à viande. Je pense que je serai présent au moins deux jours pour visiter les représentants des filières de notre région et faire preuve de solidarité vis-à-vis des autres régions plus impactées par la crise agricole.
LDA : L’agriculture française n’est pas au mieux de sa forme?
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