La Presse Pontissalienne 313 - Février 2026

6 L’interview du mois

Février 2026

SPORT

Jeux Olympiques de Milan-Cortina

“Un titre olympique donne de la notoriété, mais ça ne fait pas tout” Champion olympique de biathlon en 2006 à Turin, le Pontissalien Vincent Defrasne s’apprête à suivre attentive ment les J.O. de Milan-Cortina ce mois-ci. Vingt ans après cet exploit, il parle sport, actualité, et reconversion.

Q

compliqué quelle que soit la dis cipline je pense. Dès qu’on décide d’arrêter, on se retrouve nez à nez avec cette question. Après des années de préparation, j’ai pu lancer ma marque en 2020, le premier hiver avec le Covid et les stations qui fermaient… Et depuis, la marque Ayaq fait son che min, y compris à l’international ? Le pari Ayaq est-il réussi ? V.D. : Oui, nous avons ouvert à l’automne un réseau de distribu tion au Japon. Ce pays représente un marché potentiel important et stratégique pour une marque comme la nôtre. Bien sûr les temps sont un peu compliqués sur le plan économique, le contexte international est incer tain, mais on continue à se déve lopper comme on le souhaite. Une récente levée de fonds et l’arrivée de nouveaux partenaires nous permettent de franchir une nou velle étape. Avec Ayaq, on est encore au tout début de l’histoire. Ce que je souhaite construire, c’est une marque profondément enracinée et solide. Je ne dirais pas que le pari est réussi, c’est prématuré, je dirais que la pre mière étape du pari est réussie. Où est basée l’entreprise Ayaq ? V.D. : Localement, puisque les bureaux sont installés aux Gran gettes, au bord du lac Saint-Point. Une partie de l’équipe est là, une

ferais de la même manière. Un titre olympique donne de la noto riété, mais ça ne fait pas tout. Le lancement de ma marque Ayaq vient de l’amour que j’ai toujours porté pour les sports de plein air. Ce que j’ai fait avant, c’est-à-dire plusieurs années au C.I.O. et ensuite à la Fondation Somfy, est bien sûr lié à mon parcours sportif et m’a permis de pouvoir concré tiser mon projet d’entreprise que j’ai lancé il y a six ans. Entre l’année de votre titre en 2006 et aujourd’hui, le niveau du biathlon a-t il beaucoup évolué ? V.D. : Plutôt que le niveau de per formance ou le niveau intrin sèque, je pense que c’est la densité d’athlètes à haut niveau qui a augmenté entre ces deux périodes. Sur le plan de la per formance pure, de la vitesse sur les skis ou de la rapidité au tir, la performance des meilleurs à mon époque et celle des cham pions d’aujourd’hui est à peu près équivalente. Le niveau, il avait déjà bien augmenté à partir du début des années 2000. La diffé rence aujourd’hui, c’est que tout le Top 20 va plus vite, chez les hommes comme chez les femmes. Quand on quitte le haut niveau comme vous à la fin de la saison 2009-2010, il faut donc forcément du temps pour réussir sa reconversion ? V.D. : La reconversion est un sujet

briller sur les relais. Il y a tout juste 20 ans, vous décrochiez l’or olympique de la poursuite aux J.O. de Turin en battant le géant Ole-Einar Bjorndalen au sprint. En quoi une médaille d’or olympique change-t-elle une vie ? V.D. : Ce titre olympique a bien sûr changé une partie de ma vie, mais pas tout, parce que j’ai jus tement voulu faire en sorte que tout ne change pas et que ce titre olympique ne soit pas mon seul repère. Une médaille olympique est quelque chose de tellement marquant. Pour moi, c’était un rêve et un objectif sportif, et de décrocher l’or m’a évidemment marqué profondément et dura blement, et

uel rôle tiendrez-vous pour ces Jeux Olympiques de Milan-Cortina ? Vincent Defrasne : Je ne serai pas consultant

cette année, bien occupé par mon entreprise, mais j’occuperai un rôle très important : celui de sup porter de l’équipe de France ! (rires). En jonglant avec mes acti vités professionnelles, je suivrai de près les épreuves, et j’essaierai peut-être de me rendre sur place pour certaines compétitions. Quelles sont les meilleures chances de médailles pour les Français ? V.D. : En tête, je pense évidemment à Lou Jeanmonnot et à Quentin Fillon-Maillet pour qui ces J.O. 2026 sont l’édition de tous les possibles, et en premier pour Lou. Quentin a déjà prouvé beaucoup de choses aux Jeux Olympiques mais je suis persuadé qu’il aura une vraie rage de briller encore sur cette édition 2026. Il a déjà un tel palmarès qu’il est forcé ment attendu. Il n’y a pas toujours de logique dans le sport, mais pour Lou, qui est tellement impressionnante depuis deux ans, ce serait parfaitement logique qu’elle soit récompensée par une médaille. Je suis donc plein d’espoirs pour ces deux champions. Je pense aussi à Oscar Lombardot (N.D.L.R. : le biathlète du Saugeais) qui pour rait lui aussi avoir l’occasion de

même 20 ans après, on est encore regardé différemment. Votre reconversion a-t-elle dépendu de votre carrière spor tive et de votre titre olympique ? V.D. : Ce que je fais aujourd’hui est tellement profondément ancré en moi depuis long temps, qu’avec ou sans médaille olympique, je pense que je le

“Décrocher l’or m’a marqué profondément et durablement.”

autre à Paris, et un réseau de commerciaux dans les Alpes et en Autriche. Au total, une dizaine de personnes qui travaillent au développement de la marque. La concurrence n’est pas trop vive sur ce marché du vêtement technique out door ? V.D. : Bien sûr que c’est costaud en face, mais ce ne sont pas non plus des mastodontes comme Goo gle ou Méta dans le numérique. L’univers auquel on s’attelle est fait de belles marques, avec cha cune son identité, et la nôtre est basée sur une démarche d’éco conception profonde, à toutes les étapes du processus. Le Haut-Doubs et le massif jurassien en général pourront-ils continuer à être des pourvoyeurs de champions dans les disciplines nordiques alors que la neige fait de plus en plus défaut ? V.D. : À l’heure où l’on se parle, ça va encore, mais il est clair que les choses n’iront pas en s’amé liorant. C’est pour cela que je tire mon chapeau aux clubs locaux qui doivent composer avec un manteau neigeux de plus en plus rare, et qu’on soit entraîneurs ou jeunes compétiteurs, il faut en effet avoir une sacrée volonté pour persévérer. J’ai connu parfois des hivers sans neige quand j’étais gamin (N.D.L.R. : Vincent Defrasne est né en 1977), mais il est clair que ces situations deviennent de plus en plus fré quentes, on ne peut plus le nier. Je ne suis pas pour autant pes simiste, même si je suis un peu alarmiste sur le sujet. Chacun à son niveau peut contribuer à ce

que ça aille un peu mieux. Même s’il faut se prépa rer au pire, il faut tout de même espérer le meil leur. Et il ne faut surtout pas faire l’autruche. Si cha cun, dans au moins 20 % de ses actions (en matière de trans port, de nourri ture, de vête ments…) réfléchit un peu par rapport à son impact sur l’envi ronnement, on aura déjà fait un bout du chemin.

“La reconversion est un sujet compliqué quelle que soit la discipline.”

Zoom Les athlètes régionaux sélectionnés aux J.O .

Est-ce que vous pratiquez toujours le ski ? V.D. : Bien sûr, dès que j’ai un moment de libre, je chausse les skis, en famille, et quelle que soit la discipline. En revanche, je ne touche plus la carabine ! (rires). Et vos trois garçons, se sont-ils piqués de biathlon ? V.D. : Ah non ! De ski, oui, mais pas de biathlon, même s’ils se sont déjà essayés au tir. Eux, c’est plus le rugby et le judo les disci plines dans lesquelles ils s’épa nouissent, et je ne les ai surtout pas forcés à se mettre au biath lon ! Comment jugez-vous la décision des responsables de la station de Métabief de tirer un trait sur le ski à horizon 2030 ?

l Biathlon : - Lou Jeanmonnot, Olympic Mont d’Or (Doubs) - Oscar Lombardot, Entente sportive saugette de ski (Doubs) - Quentin Fillon-Maillet, Ski club du Grandvaux (Jura) l Ski de fond :

l Saut à ski - Joséphine Pagnier, Risoux-Club

Chaux-Neuve (Doubs) l Combiné nordique : - Maël Tyrode, Ski-club Les Fourgs (Doubs). - Marco Heinis, Olympic Mont d’Or (Doubs).

- Laurent Mühlethaler, Haut-Jura Léman (Jura) l Hockey sur glace : - Sophie Leclerc, originaire de Besançon (club de Grenoble)

- Rémi Bourdin, Ski-club Frasne-Drugeon (Doubs) - Stevenson Savart, Olympic Mont d’Or (Doubs) - Cloé Pagnier, Risoux-Club Chaux-Neuve (Doubs)

La Pontissalienne Lou Jeanmonnot est une des meilleures chances de médailles pour la France.

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