La Presse Pontissalienne 305 - Juin 2025

Le portrait 39

La Presse Pontissalienne - Juin 2025

CHAPELLE-DES-BOIS Une transhumance de solidarité Justine rêve de voler comme les hirondelles au-dessus des prairies fleuries

Venue de sa Lorraine natale s’installer dans le Haut-Doubs pour exercer comme infirmière en Suisse, Vanessa Rogie, 41 ans, s’est peu à peu détachée de sa profession pour s’ouvrir un nouvel horizon professionnel dans la photographie.

“On a passé du temps à préparer cette journée de transhumance mais on a été largement récompensé par la mobilisation des bénévoles et des participants”, se réjouit Justine Aymonin.

A près avoir lancé une cagnotte Leetchi qui avait permis de récupérer 30 000 euros pour financer le premier séjour de soin en Allemagne, l’associa tion “Le duel Lyme-Justine” organisait le 4 mai dernier “La transhumance pour notre Juju”. Un événement festif associant tradition et solidarité qui consistait à accompagner les vaches du G.A.E.C. des Champs Fleuris situé au fond de la combe des Cives jusqu’à leur site d’estive basé au lieu-dit les Landry. “Cette ferme est exploitée par mon compagnon Stephan Landry qui travaille avec son père” , explique Jus tine Aymonin. Tout le troupeau était mis à l’honneur, il y avait aussi des chars, des calèches, des ânes. Un repas était proposé à l’ar rivée avec des animations musicales. “On a servi 380 repas.” L’association Haut-Doubs Solidaire tenait la buvette. Les participants ont pu assister à la traite des vaches en fin d’après-midi. Les gens devaient également estimer le poids d’un panier de légumes où l’on trouvait aussi une cloche Obertino. “Cette journée de solidarité était aussi l’occasion d’avoir une pensée pour mes amis et tous ceux que j’ai côtoyés au cours de ma maladie, les vivants comme les absents. Je sais qu’un jour je volerai comme les hirondelles au-dessus des prairies fleuries” , rappelle Justine Aymonin. Son association “Le duel Lyme-Justine” a pu récolter suffisam ment d’argent pour lui permettre de poursuivre sa thérapie de façon opti male jusqu’à l’automne. Âgée aujourd’hui de 25 ans, Justine Aymonin travaille ou du moins tra vaillait avec ses parents à Aubonne

sur une exploitation agricole associant maraîchage et production laitière. “J’ai contracté la maladie de Lyme à l’âge de 6 ans en étant piquée par une tique. Personne ne s’en est jamais douté. Tout au long de ma jeunesse, j’étais étourdie, j’avais parfois des absences, je perdais tout. Au lycée, j’étais souvent très fati guée. On pensait que cela provenait du fait que je travaillais beaucoup à la ferme familiale.” Son sort s’aggrave en janvier 2020 quand elle est victime du Covid, l’obli geant à quitter son emploi de commer ciale itinérante dans le secteur agricole. “Depuis, j’ai toujours eu des gros coups de fatigue. On m’a juste prescrit des traitements anti-inflammatoires.” Tous les examens médicaux et traitements associés n’y changent rien. De guerre lasse, elle échange avec une amie vic time, elle aussi, de la maladie de Lyme. “J’ai découvert qu’on présentait les mêmes symptômes. J’étais finalement convaincue d’être touchée par la mala die de Lyme et le Covid long.” De fil en aiguille, elle apprend l’exis

tence de cette clinique allemande spécialisée dans le traitement de la maladie de Lyme. Dimi nuée au point de devoir se déplacer en fauteuil roulant, elle décide alors d’aller consulter en fin d’année dernière. “Sur les 40 symptômes qui leur permettent de savoir si l’on a la maladie de Lyme, j’en avais 39. Des analyses de sang ont aussi confirmé le Covid long.” Ayant réussi à

“J’estime être victime d’une errance médicale.”

pour soutenir les autres victimes de cette maladie. Aujourd’hui, j’ai grand espoir de guérir un jour.” Son compagnon Stéphan qu’elle a connu au lycée agricole de Levier l’ac compagne dans toutes ses épreuves. “Lui aussi, il coche toutes les cases” , sourit la courageuse Justine. La com mune de Chapelle-des-Bois leur a pro posé un appartement de plain-pied plus pratique que celui qu’ils occupent aujourd’hui au troisième étage dans le bâtiment de l’école. n F.C.

Ravie d’avoir retrouvé un semblant de forme, Justine Aymonin vit encore au ralenti. Elle poursuit ses consul tations avec les médecins allemands et aimerait effectuer un autre séjour thérapeutique. “Je suis rattachée à la M.S.A. depuis 2021. La maladie de Lyme et le Covid long ne sont pas recon nus, donc mes traitements ne sont pra tiquement pas pris en charge. Seuls les antidouleurs et quelques antibio tiques me sont remboursés. J’estime être victime d’une errance médicale. C’est pour cela que je tenais à témoigner

trouver l’argent nécessaire, Justine est hospitalisée dans cette clinique du 12 janvier au 27 février. On lui admi nistre des traitements en phytothérapie et antibiothérapie. “À la fin du séjour, je n’avais plus besoin du fauteuil que j’ai utilisé pendant 5 mois avant d’aller en traitement. Je ne suis pas guéri mais cela m’a permis de retrouver de la force” , explique celle qui prend dés ormais 60 médicaments par jour. Sans compter les séances chaque semaine chez l’ostéopathe, le kiné et la sophro logue.

Made with FlippingBook Ebook Creator