La Presse Pontissalienne 219 - Janvier 2018

DOSSIER

25 La Presse Pontissalienne n° 219 - Janvier 2018

“La France aura toujours sa place dans l’horlogerie” l L’expert économie de la C.C.I. Laurent Sage Laurent Sage est le Directeur des Études Économiques et Territoriales à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Doubs. Selon lui, l’optimisme affiché par l’industrie horlogère suisse est tout de même à relativiser.

le savent même pas. Des marques, comme Chanel, ont pris le contre-pied et refusent catégoriquement de prendre le virage du web pour la commer- cialisation. Peut-être qu’elles n’ont pas tort au final. L.P.P. : Revenons sur l’emploi, et notam- ment en France. Les sous-traitants sont-ils optimistes ? L.S. : Même s’ils n’aiment pas trop l’évoquer, des consultations reviennent et les affaires sem- blent meilleures aussi que l’an dernier. On peut penser que les marques ont remis sur le circuit de nouveaux modèles, d’où ces consultations pour nos sous-trai- tants locaux. Avec l’évolution actuelle de l’environnement éco- nomique global, c’est aussi peut- être l’occasion pour l’horlogerie française et ses créateurs de se repositionner. La création fran- çaise fait parler d’elle, et c’est bon signe. Il faut savoir aussi que les Japonais reviennent éga- lement en force dans l’horloge- rie. Le Japon ne doit plus être considéré comme un pays que technique. Il devient en matiè- re d’horlogerie notamment un pays de raffinement et de créa- tion. Dans ce contexte où la créa- tivité est primordiale, je pense que la France aura toujours sa place. n Propos recueillis par J.-F.H.

L a Presse Pontisalienne : La fédération de l’horlogerie annonce une vraie reprise. Y voyez-vous des signes posi- tifs pour l’économie locale ? Laurent Sage : Je reste très pru- dent. On a quand même un peu de mal à croire à une vraie repri- se quand on voit qu’à Bâle, on nous annonce que le nombre d’exposants a été divisé par deux. Même si le concept de salon est certainement en train d’évoluer, ce n’est pas un bon signe en soi. À mon avis, l’horlogerie est en pleine mutation, les codes chan- gent et on assiste à une nouvelle organisation de la filière. Oui, je pense que l’horlogerie va tout de même mieux que l’an dernier, mais pour autant, il convient de rester très prudent. Ce que les cadres de l’horlogerie confirment aussi, c’est que les fabricants sont en surcapacité de produc- tion. Ils sont des stocks de mou- vements pour plusieurs mois, voire plusieurs années. L.P.P. : Il ne faut pas se fier aux chiffres publiés par la fédération horlogère suisse ? L.S. : Les chiffres que la fédéra-

tion communique sont ceux des exportations de montres qui sor- tent de Suisse. Ces chiffres ne donnent aucune indication pré- cise sur les ventes réelles aux clients finaux. Et pas non plus sur les prix de vente. Prendre pour argent comptant les com- muniqués de la fédération suis- se n’est sans doute pas correct. On sait que de manière géné- rale, les prix de vente dans l’hor- logerie ont baissé, c’est notam- ment l’effet des ventes sur Internet.Avec des sites de déstoc- kage allemands comme Chro- no 24 ou anglais commeAuthen- tic watch. Et quand les fabricants ont du stock, forcément les prix baissent. C’est automatique. Les prix ont également baissé car ils avaient auparavant augmenté de façon trop brutale. À mon avis, le risque de crash n’est pas totalement exclu. L.P.P. : Sur le plan des embauches, et notamment de l’emploi frontalier, impossible donc de prévoir une repri- se ? L.S. : Dans ce contexte, c’est com- pliqué d’y voir clair. On sait qu’il y a eu de la casse dans l’inté-

rim, notamment chez les sous- traitants, moins chez les marques. On sait aussi que Richemont a licencié, contrai- rement au Swatch Group qui a pris le parti de garder tout le monde malgré le ralentissement depuis deux ans. Il y a quelques autres indicateurs sur des sites d’emploi comme “Job watch” où il semble y avoir plus d’offres d’emploi que l’an dernier, mais ce sont plus des offres liées au web et au data que des offres de techniciens en horlogerie. L.P.P. : Le secteur horloger doit-il craindre l’essor des montres connec- tées ? L.S. : Les montres connectées n’inquiètent pas pour l’instant. Tag Heuer en a vendu à peine 200 000 en un an et mêmeApple n’a pas cassé la baraque. Avec les montres connectées, on est sur un autre écosystème. L’im- pact le plus fort de la numéri- sation est à mon sens dans la distribution. Pour l’horlogerie, c’est sans doute le virage le plus dangereux. On peut retrouver des montres vendues sur Ama- zon alors que les fabricants ne

Pour Laurent Sage, dans un contexte qui évolue, “le risque de crash n’est pas totalement exclu.” (photo L. Cheviet).

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