La Presse Bisontine 283 - Décembre 2025

4 Besançon

La Presse Bisontine - Décembre 2025

EAU

La question des P.F.A.S. Eau contaminée : la réponse du scientifique au politique Accusée de vouloir faire peur à la population suite à la publication de certaines de ses études, le scientifique bisontin Grégorio Crini souhaite rétablir certaines vérités.

I ngénieur-chimiste de l’eau, le Bison tin Grégorio Crini est une des réfé rences internationales souvent citées parmi les scientifiques les plus influents dans sa spécialité. Ne le serait-il pas à l’échelle locale ? C’est une question qu’il pourrait légitime ment se poser depuis que ses études ont été rendues publiques, notamment la dernière d’entre elles en octobre qui pointait la présence massive de P.F.A.S., autrement appelés les polluants éter nels, dans l’eau du robinet à Besançon. Il a notamment étudié la présence de T.F.A. (acide trifluoroacétique) dans l’eau du robinet bisontine. Son étude fournit les premières données publiées sur la contamination de cet acide tri fluoroacétique dans l’eau du robinet et en bouteille en Europe. “T.F.A. a été détecté dans 100 % des échantillons d’eau du robinet de Besançon avec des concentrations allant jusqu’à 3800 ng/l, indiquant une concentration éle vée.” Ainsi conclut l’étude de M. Crini, sans en dire plus sur l’éventuelle dan gerosité de l’eau du robinet locale. Mais assez pour susciter l’inquiétude légitime de nombreux consommateurs d’eau municipale et surtout provoquer l’ire de l’élu bisontin en charge de ces ques

tions, Christophe Lime (voir plus bas). “L’objectif n’est pas de faire peur aux consommateurs, mais les résultats de mes études, reconnues par les revues scientifiques, devraient justement alerter les élus en charge de cette question. Et ce n’est pas à moi de dire si on peut boire l’eau du robinet ou pas, il y a des instances officielles pour cela. Et ce n’est pas moi non plus qui ai reconnu que la source d’Arcier a eu récemment de mau vaises analyses, c’est bien la Ville et l’A.R.S.” commente Grégorio Crini, sans doute piqué par la position des élus bisontins qui ont ouvertement critiqué sa démarche.

M. Crini évite de boire l’eau du robinet, “à cause d’une turbidité liée à des soucis de canalisation” précise-t-il. Le scientifique bisontin travaille depuis près de trente ans sur ces fameux P.F.A.S., ces substances chimiques extrêmement persistants qui se retrou vent dans tous les compartiments de l’environnement (air, alimentation, eau)… et qui s’accumulent ainsi dans l’organisme. Leur nombre serait offi ciellement de 17000 solutions diffé rentes. “Je pense plutôt qu’ils pourraient être au moins 1 million” avance M. Crini. Certaines sortes ont été interdites en 2009 en France (les P.F.O.S.), d’autres plus récemment comme les P.F.O.A. depuis 2020, reconnus cancérogènes à haute dose. “Encore plus récemment, en 2022, une nouvelle structure appelée P.F.H.X.S. a également été bannie.” À partir du 12 janvier prochain, la législation obligera les collectivités en charge de la distribution de l’eau (ici Grand Besançon Métropole) de suivre 20 de ces P.F.A.S. et la somme de ces 20 substances ne pourra pas dépasser 0,1 mg par litre. L’étude que Grégorio Crini a rendue publique il y a quelques semaines est sans appel: partout dans les échan

Grégorio Crini dans son laboratoire de l’Université Marie et Louis Pasteur à Besançon-la Bouloie.

Il se veut pour autant rassurant quant à ces récentes mesures prises à la source d’Arcier. “Les limites de qualité noti fiées par l’A.R.S. sont des valeurs guides sani taires, des limites de qua lité, ça ne signifie pas que l’eau n’est pas buva ble. Personnellement, chez moi, je vois toujours de l’eau du robinet!” Dans son laboratoire de la Bouloie en revanche,

tillons d’eau que son laboratoire a ana lysés il y a des traces de P.F.A.S. “Il y en a aussi dans les eaux en bouteille !” ajoute M. Crini. Mais à chaque fois, dans les eaux du secteur de Besançon que son laboratoire a analysées, les taux sont bien en dessous des limites de qualité autorisées. “Cette étude n’est donc en rien alarmiste !” se défend Gré gorio Crini qui fait la nuance entre la contamination des eaux aux P.F.A.S. (très généralisée) et la pollution des eaux. Afin de partager ses travaux avec les décideurs politiques, M. Crini a répondu à un appel à manifestation

d’intérêt déposé par G.B.M. C’était l’oc casion peut-être de lever tous les malen tendus entre lui et les gestionnaires de l’eau dans le Grand Besançon. Hélas, il l’a appris il y a quelques jours, “ce projet sur le T.F.A. dans les eaux du robinet du Grand Besançon déposé dans le cadre de l’Appel à Manifestation d’Intérêt “Construire ensemble une ges tion innovante et durable des ressources en eau du territoire” de G.B.M. n’a pas été retenu” déplore le scientifique. “Je paye sans doute les pots cassés de mes récentes interventions…” n J.-F.H.

Partout dans les échantillons

il y a des traces de P.F.A.S.

EN BREF

RÉACTION

Un coût de traitement exorbitant

“S i son objectif était de faire peur à tout le monde, c’est réussi !” lâche Christophe Lime, vice-président de Grand Besançon Métropole Le responsable de l’eau se veut rassurant Christophe Lime, élu communautaire chargé de l’eau et de l’assainissement, a été passablement énervé contre le scientifique Grégorio Crini qu’il accuse de faire peur aux consommateurs.

Municipales Un nouveau candidat a déclaré son intention de se présenter aux élections municipales de mars prochain à Besançon: Rodolphe Oppenheimer-Faure, petit-fils d’Edgar Faure. Il annonce également la création de “la Ronde fauriste”, un projet citoyen où, selon lui, “tout un chacun en sort gagnant.” ll promet de présenter dans les prochaines semaines les grandes lignes de son programme. Finances publiques L’accueil du centre des Finances publiques de Besançon Chamars (boulevard Charles de Gaulle) est en travaux de rénovation jusqu’au 31 mars 2026. Durant toute la durée du chantier, le service des impôts des particuliers (S.I.P.) de Besançon continue d’accueillir le public à l’arrière du bâtiment, accès par le portail du parking situé rue Charles Nodier. Pendant cette période, l’encaissement des amendes sera délocalisé au service de gestion comptable de Besançon, 16, place Cassin à Besançon Planoise.

en charge de l’eau et de l’assai nissement. Alors que la collec tivité a déboursé près de 150000 euros pour mener ses propres études sur la qualité des eaux de la source d’Arcier - provisoirement fermée par l’A.R.S. au début de l’automne -, l’élu bisontin déplore que le scientifique Grégorio Crini (voir plus haut) ait rendu publique son étude sur les P.F.A.S., et plus particulièrement les T.F.A. pré sentes dans l’eau bisontine. “La France n’a aucune donnée sur les normes à respecter en ce qui concerne les T.F.A. qui sont hors du champ de la vingtaine de P.F.A.S. que les autorités sani taires ont ciblé pour les analyses. Et si on doit prendre en compte l’intégralité des recommanda tions des autorités sanitaires, alors on arrête de boire !” s’énerve M. Lime, alors que G.B.M. tente depuis des années de promouvoir la consommation de son eau du robinet dont elle a même fait une marque, “La Bisontine”. L’élu à l’eau tient à rassurer la population en indiquant, par rapport aux analyses officielles préconisées par l’Agence régio nale de santé que “nous sommes constamment sous surveillance et nous sommes en dessous des

recommandations de l’A.R.S. sur les substances ciblées par les contrôles.” Les derniers contrôles effectués sur la source d’Arcier sont également rassurants selon M. Lime : “Les six dernières ana lyses étaient négatives.” Christophe Lime se refuse éga lement à faire assumer aux Bisontins la facture d’un trai tement de l’eau contre les P.F.A.S. dont le coût serait totalement exorbitant. “Une usine à osmose inversée comme il s’en installe quatre dans la région parisienne, c’est une facture totale d’1,5 mil liard d’euros. Nous ne sommes évidemment pas dans cette logique” ajoute l’élu bisontin, prêt à porter plainte contre l’État sur cette question des polluants éternels. Pour tenter d’apaiser le débat entre scientifiques et politiques, Anne Vignot a récemment sol licité le préfet du Doubs pour que les ministères de la Recherche et de la Santé finan cent pour G.B.M. “une étude approfondie sur la présence de ces P.F.A.S. dans l’eau bisontine, sur quelques molécules. Oui, nous voulons aller plus loin sur cette question” affirme la présidente de G.B.M. n J.-F.H.

Christophe Lime dans l’usine de traitement des eaux de la Malate (photo archive L.P.B.).

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