La Presse Bisontine 279 - Août 2025
4 Besançon
La Presse Bisontine- Août 2025
POLITIQUE
Nicolas Bodin “Je pense être le meilleur candidat pour Besançon”
Le conseiller municipal délégué socialiste banni des discussions de son parti désormais aux mains de Jean-Sébastien Leuba risque l’isolement total. Il reste pourtant persuadé d’être le meilleur d’entre eux.
L es épines volent bas depuis quelques semaines au sein du Parti socialiste où l’unité de la rose est bien flétrie. Par courriers inter posés, les “camarades socialistes” s’invectivent : la nouvelle direc tion locale, tenue par Jean Sébastien Leuba, et Nicolas Bodin, candidat déclaré dès avril à la succession d’Anne Vignot. Dans un courrier adressé fin juin à Nicolas Bodin par Ahmet Polat, le secrétaire fédéral à la coordination du P.-S. local, ce dernier informe Nicolas Bodin qu’il ne sera “plus invité aux réunions de la section de Besan çon dès lors que l’on aborde les élections municipales.” Ce à quoi Nicolas Bodin a répondu qu’il attendait, après que “le P.-S. a choisi dans des conditions pit toresques son chef de file” , que M. Leuba choisi pour être ce chef de file fasse part “de sa vision pour notre territoire et de ses propositions concrètes pour nos concitoyens et nos conci toyennes. Pour l’instant, je n’ai
strictement rien entendu comme proposition” note M. Bodin qui continue, pour l’instant seul, à tenter de faire entendre sa voix. “Je pense être le meilleur can didat pour Besançon” répète Nicolas Bodin qui s’étonne que “l’avenir de cette agglomération de 200 000 habitants se joue en
ouverte à l’encontre de Jean Sébastien Leuba pour des faits supposés de harcèlement. “En fonction des conclusions de cette commission, je vois mal comment M. Leuba pourra continuer à être légitime” ajoute M. Bodin qui s’étonne aussi que personne ou presque ne rappelle le fait que M. Leuba se soit vu par deux fois retirer ses délégations d’ad joint quand il était élu aux côtés de Jean-Louis Fousseret. Sollicité sur sa droite (par Éric Delabrousse et même Ludovic Fagaut), Nicolas Bodin continue à jouer sa partition. Et même s’il se dit trahi par nombre de ses collègues socialistes, y com pris Abdel Ghezali le premier adjoint au maire, le vice-prési dent à l’économie de G.B.M. espère que la rentrée apportera son lot de clarifications pour garder sa chance, aussi infime soit-elle aujourd’hui, de peser dans ces élections municipales qui approchent désormais à grands pas. n J.-F.H.
fonction du choix de moins de 200 militants socia listes.” Abattu mais pas découragé, Nico las Bodin attend également le positionnement du P.-S. au niveau national quant aux futures alliances à nouer avec tel ou tel autre parti de gauche. Il attend aussi les conclusions de la commission d’en quête que le P.- S. national a
Nicolas Bodin continue à jouer sa partition.
Nicolas Bodin est presque seul contre tous au sein du P.-S. bisontin.
EN BREF
UNIVERSITÉ L’art de la bonne parole Et si nos politiques prenaient exemple sur les Grecs ? À travers un projet de recherche mené avec deux autres universités européennes, la professeure d’université bisontine Marie Barral-Baron travaille sur l’importance de l’héritage grec sur la morale et la politique. Passionnant.
Université À la suite du premier volume (de 1423 à 1968), publié en décembre 2023, le tome II édité à l’occasion des 600 ans de l’Université de Franche-Comté vient de sortir. Il est intitulé “Trésors du savoir (1968-2023)” et porte représente la période très contemporaine, de 1968 à 2023. Un exercice à ce jour inédit. La densité du volume témoigne de la richesse des évènements qui se sont succédé ces cinquante dernières années. Coordonné par Maryse Graner et Jean-Paul Barrière, ce tome II, en édition limitée, est également le fruit d’une aventure collective : il rassemble 230 notices, rédigées par plus de 120 co-auteurs avec l’apport de nombreux contributeurs, dans ce livre prestigieux, toujours très abondamment illustré, de 925 pages sur l’histoire dite “immédiate”, que
L’universitaire bisontine Marie Barral-Baron travaille pour ce projet européen consacré à l’héritage de la culture grecque
dans l’unité européenne.
“M al nommer les choses, c’est ajouter aux mal heurs du monde.” Cette citation mille fois enten due prêtée à Albert Camus est peut-être le pendant moderne de ce que les Grecs nous ont enseigné il y a plus de 2 500 ans, au grand siècle de Périclès, là où la notion d’éloquence prend racine. En ce XXI ème siècle où l’éloquence semble parfois n’être qu’un lointain souvenir, où le débat semble dangereusement se rétrécir à quelques dizaines de caractères envoyés à travers la vitrine des réseaux sociaux, ces notions ont-elles encore droit de cité ? Marie Barral-Baron, professeure des universités spécialisée en histoire moderne à l’Université Marie et Louis Pasteur de Besançon en est persuadée. Elle a même fait de ces questions le thème d’un de ses travaux dans le cadre d’un projet européen baptisé G.R.E.C.I. (comme Grec heritage in European Cul ture and Identity) mené en collaboration avec l’université d’Oslo et l’université
de Chypre. Intitulé de l’étude menée sur trois ans et qui prendra fin en décembre : “L’éloquence ou la morale dans la poli tique : l’exemple de l’héritage grec”. “C’est un projet européen qui s’intéresse à l’im portance de l’héritage grec dans la construction de l’unité européenne” syn thétise Marie Barral-Baron qui pilote ce dossier pour l’université franc-com toise. Cette historienne spécialiste du XVI ème siècle, qui a consacré sa thèse au grand penseur néerlandais Érasme, le maître de l’humanisme et de l’irénisme, tente, à travers le travail qu’elle a engagé au sein de ce projet partenarial européen à montrer “à nos contemporains qu’il y a un lien profond entre l’héritage grec et les enjeux contemporains en termes de communication, politique notamment” ajoute l’universitaire bisontine. Les Grecs - Platon, Socrate, et des ora teurs tels Isocrate (fondateur d’une célè bre école de rhétorique) ont montré dès le V ème siècle avant notre ère l’importance
centrale de la parole et de la communi cation qu’ils ont associées directement avec l’art de penser. “Si la forme du dis cours est clé pour convaincre, il est aussi important de faire attention au message qui est véhiculé. À une époque où la poli tique se joue sur l’arène publique de la communication et des médias, l’héritage de la pensée grecque peut offrir un puis sant outil de réflexion critique” poursuit Marie Barral-Baron. Un bon orateur - il en reste une poignée au sein de la classe politique nationale - doit donc savoir manier le logos (la parole) et le pathos (l’émotion) de son auditoire. “L’élo quence peut susciter l’adhésion, l’admi ration, mais elle peut aussi inspirer de la défiance quand l’orateur est dans la grandiloquence, voire l’enfumage…” De l’Antiquité grecque à nos jours, en passant par le catholicisme, la Renais sance, la Réforme, la généralisation de l’imprimerie, aujourd’hui des médias
sociaux, l’art de l’éloquence n’est certai nement pas désuet. Au contraire, “à une époque où on subit une sorte de désespoir du langage, notre idée à travers ce projet européen est bien de tenter de transmettre au plus grand nombre cet héritage grec de l’éloquence, une notion intimement liée à la morale.” L’éloquence devrait être, dans l’idéal grec, la marque de la bonne politique. Bon nombre de nos res ponsables politiques, nationaux comme locaux, seraient bien inspirés de se pen cher sur ces passionnants travaux du projet G.R.E.C.I. Sans doute que la dés affection des citoyens pour la chose poli tique vient aussi du manque d’éloquence des politiques actuels ? Pour faire connaître ses travaux, Marie Barral-Baron participera le 26 septembre à la Nuit des chercheurs à Besançon. Une manifestation ouverte à tous les curieux de sens. n J.-F.H.
édité aux Presses universitaires de Franche-Comté. L’ouvrage et disponible aux P.U.F.C. 47, rue Mégevand à Besançon, ou en librairie.
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