La Presse Bisontine 278 - Juillet 2025
Besançon 15
La Presse Bisontine - Juillet 2025
LES 2 SCÈNES
La nouvelle directrice
“Je veux désacraliser la salle de spectacle” Elle a pris la suite d’Anne Tanguy, partie vers l’ouest après 13 ans à la tête des 2 Scènes. Vanessa Lassaigne assure la direction des deux théâtres depuis le 1er avril. Entretien avec cette Lyonnaise devenue Bisontine de cœur, plaçant le collectif au centre de son projet.
L a Presse Bisontine : Vanessa Lassaigne, vous avez occupé pendant près de 15 ans des postes dans la culture à Lyon. Quelles sont les raisons qui vous ont pous sée à postuler pour la direction des 2 Scènes à Besançon ? Vanessa Lassaigne : Je connaissais Besançon qui me donnait envie avec un environ nement très vert, une histoire, une ville de caractère, un très beau centre-ville entre la Citadelle et les collines. Et puis les 2 Scènes rayonnent beaucoup au niveau national, c’est une grosse scène nationale. J’ai déjà eu l’occasion de tra vailler avec les 2 Scènes. J’aime la tonalité musicale (N.D.L.R Vanessa Lassaigne a travaillé 12 ans dans la musique aupa ravant). J’avais également une connais sance de la qualité d’accueil et d’accom pagnement des artistes. C’est un endroit où je me projette. Pour une ville de 100000 habitants, et un bassin de vie de 200000 habitants, c’est assez exceptionnel le nombre de lieux labellisés : Un centre dramatique national, une Scène nationale avec deux lieux, un F.R.A.C., un conservatoire, la Rodia… On sent qu’ici il y a des politiques publiques en direction de la culture et qui ont vocation à un développement cul turel. La ville montre aussi un dynamisme culturel, artistique et associatif foisonnant avec le festival Bien Urbain, Bol, Bol, Bol, la Souterraine, etc. À plein d’endroits de Besançon, on sent cette culture. Le théâtre Ledoux, par exemple, a été le premier théâtre à inventer la fosse d’or chestre. Il a inversé la position du spec tateur. Le parterre, auparavant, était en terre battue et réservé aux classes popu laires. Avec la fosse, on a amélioré l'acous tique. L.P.B. : Quels sont les grands axes de votre projet pour les 2 Scènes ? V.L. : Mon projet s’appelle “Imaginons ensemble” et prône une dynamique de partage et de co-construction. Les 2 Scènes ont déjà une histoire avec énormément de partenariats, elles ont vocation à essai mer en constellation, je vais continuer à poursuivre cet élan. Ici, j’ai découvert que les structures culturelles ne travail lent pas les unes contre les autres mais ont une attention à travailler ensemble. La priorité est de travailler avec Planoise. Installer un théâtre dans un Quartier
prioritaire de la ville est une très belle utopie. Il y a un vrai sens dans un enjeu de démocratisation de la culture. Com ment aller vers les habitants, les autres partenaires associatifs, sportifs, de l’édu cation, du social… Ce qui peut faciliter la fréquentation du théâtre est la création d’un lien de confiance. En ouvrant aussi le lieu beaucoup plus. Certains ont encore du mal à passer les portes du théâtre de l’Espace. On souhaite aussi faire des pro positions dans l’espace public. Un spec tacle n’est pas forcément à l’intérieur en frontal (N.D.L.R. le spectateur assis face à la scène). L.P.B. : En complément de l’association historique avec l’orchestre Victor Hugo, vous avez choisi cinq artistes associés. Pourquoi ? V.L. : D’abord, pour les artistes associés, cela apporte une aide à la création et à la diffusion. Et les artistes associés ren forcent le lien avec les habitants. Je sou haite également proposer des formes décentralisées, dans le scolaire, dans les nouveaux lieux de vie, sur Planoise et dans d’autres quartiers, vers des terri toires plus ruraux. Nous avons vocation à aller au-delà des murs. La pianiste Jeanne Bleuse, qui est l’une des cinq artistes associés, parcourt les chemins de campagne avec sa roulotte de concert, à la façon des tréteaux, pour faire décou vrir la musique classique. Je veux désa craliser la salle de concert et de spectacle. Il faut continuer à entretenir la curiosité et l'enthousiasme du public mais aussi
Vanessa Lassaigne a pris la direction des 2 Scènes début avril.
avec les artistes associés, découvrir les métiers techniques, administratifs, tout ce qui est dans les coulisses. Et les amener à être force de proposition pour participer l’année prochaine à la programmation des spectacles jeunesse. On souhaite s’ap puyer sur les compétences des partenaires spécialisés dans l’accompagnement de projets de jeunes. On se rapproche de l’École de la deuxième chance, de la mai son de quartier Nelson Mandela, des écoles, etc. sur Planoise mais aussi dans l’idée d’une mixité avec les jeunes des autres quartiers. L.P.B. : La programmation 2025-2026 était déjà réalisée quand vous êtes arrivée à la tête de la Scène nationale. Des idées déjà pour la saison 2026-2027 ? V.L. : La programmation 2026-2027 est en cours d’élaboration. Mais on a imaginé un temps de découverte avec les artistes associés, pour accueillir un public sur un projet. Ce sera du 27 mai au 2 juin 2026. Dans le projet que je porte, il y a la question du plaisir que l’on prend, le côté festif. Travailler dans l’espace public permet d’apporter cette dose de légèreté. Autour de la création sonore de Ben Farey, on veut investir la place de l’Europe avec des ateliers pour faire découvrir plusieurs aspects de la création sonore. Dans le studio du théâtre de l’Espace, on proposera une forme plus intime d’écoute d’une trentaine de minutes. Il y aura un temps festif et un temps d’écoute pour soi. Le lendemain sera consacré au collectif Porte-Avions. Un duo de femme proposera Colosse. Et un temps festif est prévu avec un D.J. où l’on invitera le public à danser avec les danseurs. Les trois autres artistes seront à découvrir sur des formats plus habi tuels. n Propos recueillis par L.P.
metteure en scène a monté une création jeune public Nanashi sur l’adolescence. Le rapport au texte est très cinémato graphique. Les deux scènes ont un très fort lien avec l’image et le cinéma. L.P.B.: La jeunesse est justement au cœur de votre projet avec des formes dédiées… V.L. : Les 2 scènes ont une action très forte avec la jeunesse depuis toujours notam ment au théâtre de l’Espace. Cela a été beaucoup axé sur les classes jusqu’à 12 ans, on n’a pas forcément développé les collèges et les lycées. Or, l’adolescence est une tranche d’âge charnière, essen tielle. À Planoise, à l’adolescence, on peut vite être happé par de mauvaises per sonnes. L’ado est dans le rejet du monde adulte et du corps enseignant. C’est bien pour cela que l’on s’appuie sur le spectacle de Maud Lefebvre qui aborde des ques tions liées à l’adolescence : communica tion, amour, amitié. On ne veut pas les amener uniquement sur des spectacles tout public mais aussi vers des proposi tions moins frontales, dans un rapport beaucoup plus immersif, avec les nouvelles technologies, la réalité virtuelle etc. Nous voulons aussi mettre en place un temps fort, Jeunesse en scène, pour mettre en valeur les pratiques amateures. Sou vent, les restitutions des ateliers restent dans les établissements. On crée un temps fort où l’on accueille les jeunes, la famille et les amis au théâtre. C’est important que le lieu ne soit pas réservé qu’aux professionnels. Là encore, cela permet de créer du lien, comment on ouvre le lieu le plus possible à ceux qui pour l’ins tant n’ont pas franchi les portes. Enfin, je souhaite monter un groupe de jeunes ambassadeurs du théâtre, La Bande, ouvert aux jeunes de 14 à 18 ans. Ils pourront suivre un parcours de décou verte des œuvres avec un lien privilégié
EN BREF
L’appel des 1000 Ils sont plus de 1000 habitants de Besançon à appeler à l’union des forces de gauche et des écologistes autour d’Anne Vignot pour les municipales de 2026. Ils disent vouloir “refuser que Besançon bascule sous l’effet des divisions, au risque de voir menacés nos services publics, notre monde culturel, sportif et associatif.” Les premiers signataires sont sur cette plateforme: https://framaforms.org /appel-citoyen-pour lunion-des-gauches-et des-ecologistes-a besancon-municipales 2026-1749466377 Trafics Début juin, une opération mobilisant les services des douanes, de police et de gendarmerie, a engagé de nombreux moyens dans la lutte contre les trafics illicites de tabacs et de cigarettes. Pour le seul département du Doubs, plus de 300 kg de tabac et cigarettes de fraude ont été saisis. Les marchandises de fraude saisies sont détruites par incinération ce mercredi 2 juillet au Pôle de valorisation des déchets de Besançon (incinérateur).
s’adresser à tous en allant à leur rencontre. Le créateur sonore Ben Farey a beaucoup tra vaillé avec des personnes en situation de handicap. Un autre objectif est de renforcer la danse avec le collectif Porte-Avions, qui pratique des arts cho régraphiques et vient du breakdance. Les deux autres artistes touchent des domaines différents. La circassienne Fanny Soriano travaille autour du rapport homme femme sur des agrès ins pirés de la nature. Maud Lefebvre, comédienne et
“À plein d’endroits de Besançon, on sent cette culture.”
Qui est Vanessa Lassaigne ? N ée à Roanne, Vanessa Lassaigne a trouvé à Besançon un écho à son histoire personnelle notamment l’histoire industrielle de lutte ouvrière qui a marqué la ville. “J’ai senti de bonnes ondes.” D’abord chargée de communication pour les chaînes Arte et France 5 au début des années 2000, elle a assuré ensuite le réseau de coordination de musique contemporaine de Varèse. De 2006 à 2011, elle travaille au Grame, Centre national de création musicale à Lyon, en tant que coordinatrice artistique et de production, puis administratrice (2011-2017). Elle assure le poste d’administratrice générale du Théâtre Nouvelle Génération, Centre dramatique national à Lyon de 2020 à 2025 après avoir occupé les mêmes fonctions au Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape de 2017 à 2020. Depuis 20 ans, Vanessa Lassaigne exerce avec passion son métier dans le monde de la culture. Elle compte bien poursuivre à Besançon. n
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