La Presse Bisontine 170 - Novembre 2015

BESANÇON 18

La Presse Bisontine n° 170 - Novembre 2015

SPORT

Arbitres Quand deux Bisontins sifflent la

Besançon n’a plus d’équipe de foot ou de basket de haut niveau mais possède deux arbitres dont un officie sur les pelouses de Ligue 1, l’autre sur les parquets de Pro A. Lumière sur la face cachée des hommes en noir.

FOOTBALL Une fonction qui paye bien “Zlatan, tu ne vas pas chercher à lui parler…” Arbitre de L1 depuis 2009, Sébastien Moreira est chaque week-end sous le feu des caméras. Sa pas- sion est devenue un job quasiment à temps complet.

“A rbitres de foot, on n’a pas le même maillot, mais on a la même passion.” Ce slogan de la Fédération Française de Football, diffusé chaque dimanche matin avant Téléfoot, résonne encore dans la tête des amateurs de sport. Preuve aus- si que l’arbitre de foot est souvent l’homme que les supporters détestent. Parce que forcément, c’est à cause de lui que son équipe chérie a perdu. Tiens donc. “Pre- nez un sifflet, arbitrez une équipe de copains, et vous allez voir la difficulté lorsqu’il faudra trancher” dit Sébastien Moreira. À 38 ans, ce Bisontin sait de quoi il par- le. Il entame sa 6 ème saison sous le feu des projecteurs de la Ligue 1 et fêtera bien- tôt son 100 ème match. Il se souvient très bien de sa première rencontre : c’était à Monaco face à Lorient en 2009. Joueur

de foot, il a, à l’adolescence, été invité par son club à arbitrer un match. “Je me suis vite pris au jeu. Mais cela n’a jamais été une vocation” se souvient-il. Vision du

jeu et capacité physique lui permettent de gravir les échelons rapidement. Il passe par les matches de district, puis de ligue avant d’accéder au natio- nal bien aidé par Stépha- neMoulin, un autre arbitre. Il n’échappe pas aux cri- tiques venues du terrain ou du bord de la touche, récurrentes à ce niveau. “Arbitre en L1 est plus faci- le qu’à l’échelon amateur” concède-t-il. Mais Sébastien est du gen- re tenace et se forge une

“Arbitrer en amateurs, c’est plus dur.”

Le Bisontin Sébastien Moreira arbitre chaque week-end un match de L1. Ici Troyes-Saint-Étienne le 23 septembre (Photo P. Blond).

BASKET

Beaucoup de responsabilités, peu d’aides Pour Grégory Dubois, “les intimidations sont très softs”

Il fut, à 21 ans, le plus jeune arbitre de Pro A. 12 ans plus tard, le Bisontin Grégory Dubois fait partie des arbitres de basket d’expérience. Une ascension menée de front avec son métier de professeur d’histoire-géographie.

plaint pas. Toutes les heures de cours manquées pour se rendre à un match de Pro A sont rattra- pées après accord de son chef d’établissement. Dommage pour ses élèves.À la différence du foot, être arbitre de basket nécessite de travailler à côté. Ils ont lemême maillot : pas la même feuille de paye (lire par ailleurs). Siffler pour espérer un salaire n’est pas ce qui motive le jeune Bisontin, trop modeste pour annoncer qu’il fut l’arbitre français le plus précoce de sa génération. Grégorypossède lestatut de travailleur indépendant avec obligation de décla- rer ces revenus. Les règles “Nous avons 8 règles mais 50 articles à connaître avec pour chacun d’entre eux une adaptation en fonction du jeu” explique Grégory Dubois. Au basket, certains joueurs méconnaissent parfois les règles. Salaire Il touche 525 euros bruts par match. Il nʼyapasdesalaire fixepour lesarbitres de basket contrairement au foot. Le basket est le parent pauvre. Nombre de matches Il officie en moyenne 30 à 40 fois par an (sans compter les matches ami- caux). Statut

À 21 ans, alors qu’il est encore sur les bancs de la faculté d’histoire- géographie à Besançon, Grégory Dubois entre sous le feu des pro- jecteurs. Il intègre la Pro A en “Jamais, répond catégoriquement le jeune arbitre. La dernière chose que lʼonmʼa donnée, cʼest du sirop de cas- sis lorsque je suis allé à Dijon” (rires). Son classement 35 arbitres officient dans le champion- nat.Ilssontrépartisselontroisgroupes: les crew chief (lʼélite), le groupe des 2 èmes arbitres et des 3 èmes arbitres. Le Bisontin est inclus dans le groupe des 2 èmes arbitres. Contrairement au foot- ball, les trois arbitres sur un match ne font pas toute la saison ensemble. Nombre de matches Environ 40 matches par saison en comptant la saison des play-off. Obligations En Pro A, les arbitres subissent une batterie de tests physiques, de tests deconnaissances,sontdanslʼobligation de visionner les matches des équipes quʼils rencontrent. Corruption

(Poligny) rend obligatoire la par- ticipation à un stage sur l’arbitrage. Grégory accroche. Il se fait repé- rer et enchaîne les stages d’abord à l’échelon interrégional puis natio- nal. À 18 ans, il découvre la N1, à 20 la Pro B. Une ascension ful- gurante. À 33 ans, les parquets de Pro A n’ont plus de secret pour lui. Au Havre samedi 17 octobre der- nier, il officiera ensuite à Dijon, match retransmis à la télévision. Une pression supplémentaire que le père de famille gère : “Le sou- “La notion de stars est très relative. Il y abienévidemment des intimidations mais elles restent très softs.” Préparation Ilsdoivent2heuresavantlematchévo- quer les probables situations quʼils seront amenés à siffler. À la fin de chaquematch, un débriefing est orga- nisé. Un rapport administratif est ensui- te dressé. Comme au foot, un super- viseur assiste à chaque match. Agression Aucune violence à son encontre : “La ProAestunmondeclosoùtoutlemon- deseconnaît. Il ya trèspeudʼincivilités. En début de saison, les manques de respect se sont manifestés à Monaco pardesjets…dʼavionsenpapiers”sou- rit le basketteur. Soutien Ils semblent assez seulsnosarbitresde basket. Pas de kiné, ni de préparateur physiqueattitrépourpréparerunmatch. Star

tiendema compagne est très impor- tant pour maintenir l’équilibre famille-travail-basket. C’est une pierre angulaire dans la sérénité que tu dois avoir pour officier” confie Grégory. Entre ses cours, la correction des copies, le départ pour Le Havre (en train), les retours tard le dimanche soir, l’analyse des matches, la prépa- ration physique, ses semaines sont bien remplies. Pas de quoi lui cou- per la respiration lorsqu’il faut sif- fler un passage en force… E.Ch. “Je suis plutôt satisfait de ma saison passée car jʼai arbitré les play-off et notamment lequart de finaleLeMans- A.S.V.E.L. et la demi-finale de Pro B Antibes-Le Portel. Certes, on a tou- jours envie dʼaller jusquʼau bout, à la finale…” explique-t-il. Sonobjectif : évo- luer pour intégrer le groupe des 1ers arbitres et sʼinstaller durablement en play-off, sorte de sésame distribué chaque fin dʼannée. Vidéo “Lʼutilisation est validée depuis deux saisons dans deux cas particuliers. Lʼoreillettevientdʼarriverdepuisledébut de saison. Lʼappareil conduit à une atmosphère particulière. Certains col- lègues parlent beaucoup, dʼautres pas. Il faut trouver le bon réglage dʼautant quenoussommesprochespourprendre des décisions.” Paris sportifs Interdiction de parier. Son bilan

Ici au Palais des Sports en septembre dernier, Grégory Dubois arbitre un match amical opposant Strasbourg à Chalon sous l’œil de l’entraîneur chalonnais Jean-Denys Choulet (Bisontin d’origine).

octobre 2003 à Nancy seulement quelques années après ses débuts. Comme beaucoup dans le métier, il découvre l’arbitrage par hasard.Jurassien d’origine, son club

“Le soutien de ma compagne, la pierre angulaire.”

L’ anecdote ne dit pas si le sif- flet deGrégoryDubois a déjà retenti dans la cour du col- lègeVictor-Hugo de Besançon pour rappeler à l’ordre un de ses élèves. S’il l’ustensile est accroché à son jeu de clefs, l’homme est assez dis-

cret pour ne pas mêler sa fonction à son emploi. Ne possédant pas le statut de sportif de haut niveau, sa responsabilité au basket est aux yeux de l’Éducation nationa- le une passion comme une autre. Bizarre.Mais le basketteur ne s’en

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