Journal C'est à dire 322 - Décembre 2025
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J US T I CE
Haut-Doubs
Zoom “Balance ton spectacle équestre” dénonce les violences N é en août, le collectif Balance ton spectacle équestre (B.T.S.E.) préfère
Emprise, harcèlement, violence… la face cachée du spectacle équestre Le directeur d’une compagnie équestre du Haut-Doubs est accusé de harcèlement moral et sexuel, et de violences sexuelles par 5 plaignants. L’audience au tribunal prévue initialement le 28 novembre a été reportée. Pour autant, la parole commence à se libérer sur les violences subies dans ce milieu.
pas parler.” Le collectif dénonce le manque de soutien du milieu profession nel lorsque des plaintes sont déposées et l’immunité dont jouissent des agresseurs présu més. “Tout le monde sait et tout le monde se tait… Aussi, heurté(s) par ces récits, indigné(e)s par le silence de plomb qui pèse sur le milieu, nous souhaitons lever le voile sur ces pratiques, encore largement répandues dans nom bre de compagnies, équipes artistiques, et dans ce secteur professionnel en général. Nous parlons ici des violences faites aux humains, le plus souvent aux femmes, ainsi que les violences faites aux chevaux. (...) Il s'agit également pour nous de “pré venir” la jeune génération qui souhaiterait s’engager dans ces métiers, car l’image qu’on en a est souvent très fantasmée, et la réalité tout autre.” Sur Instragram notamment, le collectif relaie des dizaines et des dizaines de témoignages pour médiatiser les abus du milieu. n
rester discret. Il regroupe des professionnels du spectacle équestre, de différents métiers (artistes équestres, techniciens, grooms, soigneurs de chevaux, chargés d'administration, de pro duction, de diffusion). “La créa tion du collectif est née d'un pre mier constat, unanime parmi nous: le milieu du spectacle équestre est miné par ce genre de dysfonctionnements (maltrai tances et violences sexistes et sexuelles, N.D.L.R.) Nous avons tous(tes) été confronté(e)s à ces problèmes de violence de près ou de loin: victimes, témoins, ou du moins avons-nous toujours eu connaissance des abus sys témiques, de la quasi “tradition” de la maltraitance dans certaines compagnies, écuries, écoles… (et cela même dans les compa gnies de grande renommée, dont certaines bénéficient de soutiens médiatiques et financiers parfois indécents). Le deuxième constat est que quasiment personne ne porte plainte. Ou on n’en entend
Le procès qui devait avoir lieu à Besançon fin novembre est reporté… d’un an.
L e spectacle équestre est il en train de lancer son mouvement #Metoo à l’instar du cinéma en 2018? Une chose est sûre, la parole commence à se libérer. Harcèlement moral, sexuel, agressions, abus et dégradations des conditions de travail… Cer taines personnes osent enfin raconter ce qu’elles ont vécu dans le milieu très fermé du spectacle équestre. Le collectif “Balance ton spec tacle équestre” s’est créé en août dernier et contribue à médiatiser les abus constatés dans le monde du spectacle équestre (voir ci contre). Le tribunal judiciaire de Besançon a ouvert un procès à l’encontre d’un directeur d’une compagnie équestre du Haut Doubs pour harcèlement moral et sexuel et agressions sexuelles sur plusieurs périodes. Cinq plaignants se sont portés partie civile. L’audience, initialement prévue le 28 novembre, a été reportée. Si la tenue d’un procès dans ce type de cas reste rare, ces situa tions d’abus sont largement connues depuis de nombreuses années dans le milieu. Char lotte* et Élodie* ont accepté de témoigner de leur expérience qui résonne avec beaucoup d’au tres témoignages. Preuve encore de l’emprise et de la crainte exer cée par les supérieurs hiérar
chiques dans les compagnies de spectacle équestre, elles souhai tent rester floues sur certaines situations vécues, par peur d’être reconnues et de subir des repré sailles. D’autres ont évoqué une “crainte viscérale de leurs agres seurs de leur capacité de nuire physiquement.” Reste que les mécanismes que décrivent Élo die et Charlotte sont répandus. Dans ce petit milieu sclérosé, avec un “côté très patriarche, ce sont souvent des hommes les patrons” remet Élodie, l’emprise est énorme, l’omerta omnipré sente. “Souvent, les gens de che
Et à la première contestation, on devient le bouc émissaire. Un climat de terreur est instauré.” Face à l’emprise, les victimes d’abus ne se rendent pas compte de la gravité des faits. Bien sou vent, les jeunes rêvent d’appren dre, font tout pour percer et sont éblouis par les plus âgés qui ont réussi. Illustration choquante : alors que toutes les femmes se font réveiller par un homme (reconnu dans le milieu du spec tacle équestre) à coups de sexe sur le visage, tout le monde rit. Aucune femme, adulte ou mineure, n’a pris conscience de
où le droit du travail ne s’ap plique presque jamais. “Les che vaux, ce n’est pas une moto, il faut nourrir les chevaux de haut niveau cinq fois par jour, il faut balayer le fumier, etc. C’est un métier passion avec des petits salaires, 7 jours sur sans vacances, sans dimanche. C’est une passion qui peut enfermer, on n’a plus de lien avec la réalité, précise Élodie. Souvent, ce sont des huis clos à la campagne où on dort tous sur place avec les animaux. Il faut être vigilant, il faut faire attention à garder le contact avec des jeunes femmes qui débutent dans une compa gnie de spectacle équestre, à véri fier les heures qu’elles font, si elles sont bien logées. Bien sou vent, on offre une caravane pour dépanner la jeune mais la cara vane ne ferme pas à clé. Et à minuit, elle voit débarquer le patron…” C’est d’ailleurs après plusieurs expériences d’un système abusif et toxique dans différentes com pagnies de spectacle équestre, dans différents endroits du pays, que Charlotte a décidé de parler. “ On minimise, on a honte. J’étais désemparée.” Il a fallu l’aide d’as sociations et de professionnels de la lutte contre les violences pour lui faire prendre conscience que ce n’était pas de sa faute. À force de chercher du secours, Charlotte a pu bénéficier du dis
vaux ont une sensibilité. Et à travers le succès, il y a aussi des ego sur dimensionnés, souligne Élodie. J’ai fait beau coup de compagnies, on traite l’humain comme les chevaux, il y a une
la gravité des faits. Les exemples, malheureu sement, sont pléthores. Alors que Clovis* se blesse lors d’une répé tition non déclarée, per sonne ne prend soin de l’emmener aux
De nombreux témoignages dénoncent le milieu toxique du spectacle équestre.
“Les femmes sont considérées comme des juments.”
positif d’aide et de la cellule écoute de la mutuelle des inter mittents, Audiens. Elle espère que la nouvelle génération de cavalières prenne conscience de ces abus et ne répète pas le sys tème. Malgré tout, il existe tout de même quelques écuries bien veillantes. Plusieurs femmes ont mentionné les écuries de Chantilly, où le droit du travail s’applique vraiment. La compa gnie équestre du château de Chantilly est dirigée par une femme, Sophie Bienaimée. Quant à la prochaine audience devant juger le directeur d’une compagnie du Haut-Doubs, les
parties civiles n’attendent rien, si ce n’est une condamnation. Or, souvent, ce type de violences insidieuses est difficile à prouver. À titre d’exemple, en 2018, une plainte pour violences sexuelles sur deux sœurs, l’une mineure, l’autre majeure, visait le cham pion du monde de voltige éques tre Jacques Ferrari. En 2021, cette plainte a été classée sans suite, faute de preuves suffi santes pour ouvrir un procès. À noter toutefois qu’un classement sans suite ne signifie pas que la plainte est irrecevable ou que les faits dénoncés sont faux. n L.P. *Prénoms d’emprunt
objectivation, c’est un outil de réussite.” “Pour les hommes de chevaux de la vieille école, les femmes sont considérées comme des juments” , abonde Charlotte. Les deux femmes racontent un mécanisme d’emprise bien huilé : à l’arrivée dans une com pagnie, la personne (sous le sta tut d’intermittent ou de sta giaire) est adulée. Elle a l’impression d’avoir une énorme chance. “On fait profil bas quand on voit des abus parce qu’on ne veut pas subir la même chose.
urgences. Il faudra attendre le lendemain pour qu’un collègue sur son jour de congé, le trans porte. On le traite de mauviette de s’être blessé, “Tu ne sers à rien” , etc. Poussée à bout, Char lotte* a envisagé un moment de se casser une jambe pour pouvoir être arrêtée, “un truc hyper grave pour ne pas qu’on me le reproche…” Au-delà du harcèlement moral et sexuel, et des agressions, c’est bien tout un système de mana gement toxique qui est dénoncé,
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