Journal C'est à dire 262 - Février 2020

V A L D E M O R T E A U

Légion d’honneur pour la Saugette d’origine Récompense

Originaire de Gilley, Antoinette Faivre qui file sur ses 96 ans, a été une des premières femmes enrôlées dans l’armée française, “sans armes mais pas sans larmes.” Elle a reçu la Légion d’honneur mi-février pour ces faits de guerre.

donc en Tunisie lorsqu’une grande campagne est lancée par le général Lucien Merlin qui commandait les transmissions enAfrique duNord. Jusqu’alors, les femmes étaient plutôt dans le domaine sanitaire, infirmières ou ambulancières, ou encore secrétaires. Le général Merlin a créé le Corps Féminin deTrans- mission (C.F.T.) d’où le surnom de ces premières femmes sol- dats. “Âgée de 19 ans à peine, raconte Antoinette, je me suis engagée et je suis partie en formation de télétypiste et radio-télégraphiste à Alger où j’ai appris le morse pour envoyer et recevoir des mes- sages codés. J’ai été affectée à la compagnie de transmissions 807/1 comme opératrice de 1ère classe au P.C. du général Juin. On était une cinquantaine de filles. Mon nom de guerre était “Blondie”. En novembre 1943, j’ai été embarquée pour la tra- versée Alger-Naples où nous avons débarqué le 1 er décembre 1943” continue-elle avec une mémoire intacte plus de 75 ans après les faits. Elles sont 377 femmes à intégrer le corps expé- ditionnaire français en Italie. Commence alors un long périple à travers l’Italie en pleine guerre. Les C.F.T. débarquent à Naples puis elles progressent avec les forces françaises du général Juin. “Les bivouacs sous la tente en plein hiver et le repas de réveillon

“ÀMontbéliard, on s’installe au château !” À Grand-Charmont, “le cantonnement est pourri et glacial, je m’en souviens encore.” Durant la bataille des Vosges d’octobre 1944 à février 1945 et les combats de la trouée de Bel- fort et Mulhouse, “l’hiver a été terrible et m’a profondément mar- quée. À Colmar, les combats ont été très durs.” Ensuite, Stras- bourg libéré depuis novem- bre 1944 par le général Leclerc, puis le pont de Kehl (encore intact) où on franchit le Rhin le 30 mars 1945. Ce sont “mes pre- miers pas en Allemagne” qui continueront en Forêt noire avec de nombreux combats très éprou- vants contre les nazis avant d’at- teindre le lac de Constance pour finir à Lindau le 8mai 1945 avec des “beans” pour fêter la victoire. Antoinette est démobilisée le 10 septembre 1946 et retrouve son fiancé LéonMerlot rencontré en octobre à Montbéliard. Ils se marient le 14 juin 1945. Antoinette Faivre avait été citée à l’Ordre duRégiment le 29mars 1946 par le général Koenig, elle avait reçu la croix de guerre 39- 45 avec L’Étoile de bronze, la médaille militaire en 1946 et la Croix du Combattant volontaire. Avec cette nouvelle décoration, un certain oubli de l’histoire des “Merlinettes” est un peu réparé et Blondie peut en être “fière.” n

aux “beans” américains (des hari- cots !)” Les combats sur le Monte Cas- sino font rage et les avions U.S. bombardent le P.C. français par défaut de liaison Sol-Air. “On est terrorisées, on se jette à plat ventre par terre et on prie” se rappelle Antoinette. Ensuite les troupes franchissent le fleuve Garigliano pour repren- dre la progression vers Rome et atteindre la ville de Sienne. “Dans cette ville reconquise, nous participerons au défilé du 14 juil- let 1944” se souvient Antoinette. “Ensuite, nous sommes redes- cendus dans le sud de l’Italie, en passant par Naples avec un bivouac dans les cendres suite à l’éruption du Vésuve.” Arrivée à Tarente, Blondie reçoit un témoi- gnage de satisfaction du général Juin daté du 22 juillet 1944. Le 16 août 1944, elle embarque à nouveau pour rejoindre Saint- Tropez et participer au débar- quement de Provence (l’opération Dragoon avec 37 000 hommes et 5 860 véhicules). “Les plages sont minées et ça pète de temps à autre” dit-elle. “On remonte dans nos Dodge, c’est reparti… pour la campagne de France, de la Provence à Strasbourg.” Elle arrive enfin à Besançon en sep- tembre où elle retrouve ses parents. “Je ne les avais pas revus depuis quatre ans. Imaginez l’émotion !…” Mais elle doit bien- tôt repartir.

L e 14 février dernier, Antoinette Faivre (dans l’armée, les femmes gar- dent toute leur vie leur nom de jeune fille) a été décorée de la Légion d’honneur desmains du général Frédéric Blanchon, commandant de la 1 ère division. Dans les somptueux salons de l’Hôtel de Clévans, à Besançon, l’émotion et l’admiration étaient palpables. Le général a salué “le courage et le dévouement” de ses femmes soldats.Antoinette, “cette

grande dame” , a tenu à recevoir sa médaille debout malgré la fatigue, comme un vaillant sol- dat. Madame Faivre a été nommée au grade de chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur en présence des membres de sa famille (dont son arrière-arrière- petit-fils Antoine, 5 ans, né en août comme elle presque jour pour jour mais 90 ans plus tard), les femmes de l’association des Merlinettes qui entretiennent

la mémoire de ces dernières et les membres de l’Association de Retraités Militaires du Doubs (A.R.M. 25). En juin 1940, lors de l’invasion allemande, la famille Faivre quitte le Saugeais occupé et se réfugie dans la Loire en zone libre mais les enfants seront envoyés à Tunis chez un oncle qui est militaire là-bas pour échapper à l’étau de l’occupation nazie qui se resserre. En 1942, Antoinette se trouve

Antoinette Faivre, fière de sa médaille, entourée de sa famille.

B.C.

Santé

Pour mieux aider les aidants

se décliner sous la forme d’entretiens individuels ou d’intégration dans un groupe de parole. La plateforme est encore en phase de développement. Des projets assez inno- vants sont à l’étude comme la mise en place de séancemusicothérapie ou d’ate- lier Snoezelen. Ce concept développé dans les années soixante-dix aux Pays- Bas s’articule autour de la stimulation sensorielle et de la relaxation corporelle. Toujours dans cette prise en charge col- lective, la plateforme peut organiser des sorties, des ateliers détente. “Jusqu’enmars, on propose trois séances théâtre-forum sur le thème “Aidants, qui êtes-vous ?” , annonce la coordinatrice. D’autres projets sont à l’étude et notam- ment celui du “relayage” à domicile, l’idée étant de mobiliser une équipe de professionnelles : A.M.P. ou aide-soi- gnante qui viendrait s’occuper de l’aidé de façon à proposer du répit à l’aidant pour une période pouvant aller jusqu’à 36 heures. “Aujourd’hui, ce projet est en construction sur les plans financier et humain. Dans cette configuration-là, on pourrait aussi imaginer des solutions d’hébergement temporaire au profit des aidants.” La plateforme compte bien d’ici 2021 se densifier pour s’ouvrir plus largement au champ du handicap et notamment de l’autisme. n F.C.

Nouveau service opérationnel dans le Haut-Doubs, la plateforme d’accompagnement et de répit des aidants apporte un soutien psychologique et met en place des actions individuelles et collectives pour soulager des aidants.

L a santé d’un aidant en charge d’une personne en situation de dépendance ou de handicap peut vite se dégrader sans qu’on puisse forcément lui proposer des solu- tions efficaces. C’est tout l’intérêt de cette nouvelle plateforme impulsée par l’A.R.S. dans le cadre du Plan national Maladies Neurodégénératives. “La lour- deur des tâches, l’isolement, l’absence de répit participent à l’épuisement des prise en charge et préserver ainsi lemain- tien à domicile des aidés” , explique Julie Jeannier, coordinatrice de ce nouveau service basé au sein de l’espace senior de l’hôpital de Pontarlier avec un ter- ritoire d’intervention couvrant tout le Haut-Doubs. Cette plateforme opéra- tionnelle depuis septembre derniermobi- lise aussi Justine Chatelain,psychologue, et Sandrine Roussillon, secrétaire. L’écoute est essentielle dans l’accom- aidants.Notre rôle consiste jus- tement à intervenir avant que la situation d’épuisement ne conduise à la rupture. On est là pour les soutenir dans la

pagnement des aidants. C’est lamission de la psychologue. “J’interviens au domi- cile des personnes ou elles viennent au bureau. Cet échange permet de prendre en compte les besoins de l’aidant avant de lui proposer des actions individuelles ou collectives comme un soutien psycho- logique” , résume Justine Chatelain. L’unité répond aussi aux demandes d’in- formation et oriente si nécessaire les personnes vers les bons services. “Tout la plateforme “Au fil de l’aidant” a déjà géré une quarantaine de situations. “Il s’agit parfois quand l’évolution de la situation l’impose d’encourager l’aidant à anticiper pour la personne aidée une demande d’accueil à l’E.H.P.A.D. Les premiers retours sont très positifs. Les personnes qui nous contactent sont sou- lagées de savoir qu’il existe maintenant une unité dédiée aux aidants.” Le soutien psychologique quand il est requis peut n’est pas à créer, il suffit parfois de renseigner les gens sur l’exis- tence de dispositifs susceptibles de répondre à leurs attentes.” Après quelquesmois d’existence,

Le maintien à domicile des aidés.

Ce service mobilise trois personnes : Sandrine Roussillon, secrétaire au clavier et, debout de gauche à droite, Julie Jeannier, la coordinatrice et Justine Chatelain, psychologue.

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