Journal C'est à dire 212 - Août 2015

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P A Y S D E P I E R R E F O N T A I N E

Pierrefontaine-les-Varans

Malgré la pétition, la Paroissiale sera réhabilitée La mairie a racheté la Paroissiale qu’elle rénove en salle de spectacle, de convivia- lité et de réunions pour 1,4 million d’euros. 504 habitants ont signé une pétition pour refuser cet investissement qui n’est pas une priorité selon eux.

“P our qui et pourquoi rénover ce bâtiment ?” se demandent encore ces trois habitants de Pierre- fontaine-les-Varans à l’origine de la pétition. Depuis quelques semaines, la tranquillité appa- rente de ce village de 1 400 âmes est perturbée par un sujet : la rénovation de la salle parois- siale dont les premiers travaux débutent. Ils dureront un an. Tout a commencé en avril der- nier lorsque l’équipe municipa-

le présente le projet de réhabi- litation de cet espace situé au centre du village. Dans son bul- letin municipal, le maire explique en quoi l’enveloppe d’1,4 million d’euros servira. Elle permet- tra de transformer la “crypte” en salle de convivialité, de réno- ver le rez-de-chaussée en salle de spectacle (150 places) et de créer des salles de réunions. Un ascenseur sera installé pour assurer l’accès aux personnes à mobilité réduite.

Le projet semble alléchant. Or, il ne plaît pas à tous. Après avoir pris connaissance de ces travaux qu’ils ignoraient, Michel Bri- choux, Christian Maire-Amiot et Claudine Mougin décident de s’opposer. Ils écrivent au maire pour expliquer leur désappro- bation : “Nous nous opposons pour des raisons de sécurité (le bâtiment se situe au bord de la Départementale sans aucun par- king, là où il y a eu deux acci- dents mortels), pour les nuisances

des anti-réhabilitation : “Nous avons donné un avis. On regret- te qu’il ne soit pas respecté” com- mente désabusé M. Brichoux. Les pétitionnaires craignent une future augmentation des impôts. Le maire François Cucherous- set les a reçus avec une partie de son conseil municipal. Il argu- mente le choix de sa majorité : “Il s’agit d’un équipement pour les habitants, dit-il. Qu’allait-on faire de ce bâtiment ? Cela nous aurait coûté de l’argent de le démolir. En créer un neuf nous aurait coûté plus cher que de rénover cette demeure pour laquel- le nous disposons de subventions.” Quant à la question de la pres- sion fiscale qui augmentera, le premier magistrat répond : “Je crois que les pétitionnaires ont surtout signé par crainte d’augmentation des impôts et pas sur le projet en lui-même. Il y aura un ajustement des impôts mais en aucun cas ce projet devrait grever les finances com- munales” assure ce dernier.

En 2014, la commune a présenté un budget excédentaire de 465 207 euros (3,85 millions en recettes, 3,38 en dépenses). Pour la Paroissiale, environ 800 000 euros (hors taxes) seront à sa charge… “sans compter les surcoûts ou encore la réfection de la toiture qui n’est pas pré- vue” pointe M. Brichoux qui reconnaît cependant l’utilité d’une salle de convivialité à Pier- refontaine. D’autres ne com- prennent pas qu’aucune étude digne de ce nom n’ait été réa- lisée pour un investissement si lourd. Ils redoutent une coquille vide. Malgré la fronde, la salle parois- siale profitera aux habitants et aux associations d’ici fin 2016. Un investissement qui ne devrait pas enterrer les autres projets. François Cucherousset promet la réfection du cœur de villa- ge. Pierrefontaine aspire à deve- nir un village animé… et apai- sé. E.Ch.

que ce bâtiment engendrera, pour son côté non fonctionnel (l’ascenseur nécessitera un coût de maintenance) et surtout pour le coût du bâtiment à l’heure où les collectivités doivent faire des efforts financiers” expliquent ces Pétrifontains. Sachant le conseil municipal divi- sé sur la question après un pre- mier vote “contre” puis un second passé de justesse (8 voix pour, 7 contre), ils lancent une pétition. “À notre grande surprise, 504 per- sonnes l’ont signée alors qu’il y a 1 000 votants à Pierrefontai- ne ! C’est bien plus qu’espéré. C’est la preuve que la population ne veut pas de cette salle !” explique Michel Brichoux qui rappelle que cette action n’est pas dirigée contre le maire mais contre le projet. “Il y a bien d’autres choses à faire comme la réfection de la place du village avant cet inves- tissement” déclare de son côté Claudine Mougin. Malgré la fronde, la mairie a lan- cé les travaux. Déception du côté

La rénovation de la salle paroissiale en salle de spectacle et de convivialité est loin de faire l’unanimité à Pierrefontaine-les-Varans.

Valoreille

“Je me considère comme une conteuse, pas comme un auteur” C’est à Valoreille, sur le plateau de Belleherbe, que Marie-Thérèse Boi- teux puise l’inspiration. L’ancienne institutrice prépare son dixième livre vingt ans après le succès des “Renards cuisent au four”, son pre- mier ouvrage vendu à plus de 15 000 exemplaires.

Q uand à 19 ans elle débarque à Valoreille pour occuper son pre- mier poste d’institutrice, Marie-Thérèse Boiteux ne se dou- te pas qu’elle nouera ici une par- tie de sa vie. La citadine, venue de Belfort, découvre la rase cam- pagne dans ce village perché au sommet de la vallée duDessoubre. En 1957, les voitures sont rares ici. La jeune fille élevée par des parents très attentifs sur le bon

Comtois pour le compte de Louis XIV, extrêmement détaillées. Preuve s’il en est de cette rigueur : ce livre, qui fut son pre- mier ouvrage, a été vendu à 15 000 exemplaires ! “Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il n’est pas tombé dans l’oubli. J’en vends encore.” Bien sûr, cette femme désormais adoptée sur le plateau ne fait pas cela pour l’argent : “Je ne me for- ce pas… et je n’ai donc pas le syn- drome de la feuille blanche ! Je préfère aller piocher mes haricots plutôt que chercher, ou discuter avec un cercle d’amis.” Autant dire que Marie-Thérèse ne se met pas la pression pour son dixiè- me livre. Elle préfère rester dis- crète sur ce nouvel ouvrage…qui devrait, encore une fois, plonger ses racines dans le passé. Ses lec- teurs en sont friands. Prix Per- gaud en 1991, l’écrivain ne cherche pas les lauriers. Son plai- sir : dédicacer, rencontrer ses lec- teurs et écouter leurs critiques. Bonnes ou mauvaises. Seul un de ses livres est autobiographique. Il s’agit de “Amer le Chocolat”. Il retrace la vie d’une petite fille durant la guerre.

védère) vient de rééditer “Le secret de Louise” où l’auteure fait revivre ici le quotidien d’un village franc-comtois au XIX ème siècle (en l’occurrence Les Terres- de-Chaux, près de Saint-Hip- polyte). Ce roman, comme les précédents, donne une tendres- se aux personnages. Une mali- ce également. Mais surtout, la plume de Marie-Thérèse par- vient à décrire magnifiquement les paysages de l’époque, les res-

sentis des paysans, leurs états d’âme. Comme si l’auteur avait vécu cette époque : “Pour écrire un roman, je me ren- seigne beaucoup. Pour

maniement de la langue française découvre de nouveaux mots : viôs- se, mûrie, raintri, enver- nicelé et des expressions tordues comme le fait de dire “une œil, ou une

Marie-Thérèse a vécu l’occupation, la faim.

Marie-Thérèse puise l’inspiration à Valoreille, village surplombant la vallée du Dessoubre.

œuf”…Elle ne se doute pas qu’elle emploiera un jour ces termes dans ses livres qui transpirent le ter- roir. À 75 ans,Marie-Thérèse Boi- teux s’en amuse encore. Tombée amoureuse du village,et d’un hom- me qui est devenu son mari, elle continue de venir à Valoreille se ressourcer dans sa résidence secon- daire. “J’ai besoin de mettre les mains dans la terre, faire le jar- din, bouger.” Son éditeur (éditions du Bel-

mon livre “Les renards cuisent au four” (Prix Pergaud en 1991), je me suis rendue plusieurs fois aux archives en Suisse et en Fran- ce. Je me considère davantage comme une conteuse qu’une auteure” dit-elle. Une rigueur historique qui plaît aux lecteurs. Et des descriptions par exemple du Châtillon-sous-Maîche (com- mune des Terres-de-Chaux) à couper le souffle, les barbaries des Suédois venus chasser les

Née à Belfort, Marie-Thérèse a vécu l’occupation, la faim. Elle a été sauvée en étant expatriée en Suisse, pays à qui elle a vou- lu rendre hommage. Auteure engagée, elle a rédigé un livre sur le handicap nommé “Com- me un trèfle à quatre feuilles”. “Cela me tenait à cœur car un de mes petits-fils est atteint de trisomie. Ce sont des laissés pour compte par la société” poursuit

la retraitée. Le roman basé sur des faits réels fait osciller le lec- teur entre émotions palpitantes, rires et larmes. Si le regard sur le handicap change à la lectu- re de ce texte, c’est aussi un mes- sage d’espoir. Depuis sa ferme de Valoreille

dominant la vallée du Dessoubre, Marie-Thérèse Boiteux prendra à nouveau sa plume pour mettre en avant les richesses du pla- teau et de ses environs. Ses fidèles lecteurs sont prêts à s’envoler avec elle… E.Ch.

Les dernières rééditions : “Le secret de Louise”, aux éditions du Belvédère (19 euros) et “Comme un trèfle à quatre feuilles” aux éditions Cêtre (18 euros)

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