Journal C'est à Dire 164 - Mars 2011

L E P O R T R A I T

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Alain Fesselet : vin sur vin Depuis près de vingt ans, il sillonne les vignobles pour sélectionner les meilleurs crus pour l’enseigne U. Il vient d’être élu meilleur supermarché de France par la très rigoureuse Revue des Vins de France. Le Russey

Rien ne prédestinait pourtant le jeune Alain Fesselet à deve- nir un des plus pointus sélec- tionneurs de France. “J’étais étu- diant en petite mécanique au Technicum de La Chaux-de- Fonds mais j’ai dû interrompre mes études à 17 ans pour reprendre les tournées, mon père était tombé gravement mala- de” rappelle ce fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’épicier. “Évi- demment à 17 ans, je n’avais pas encore le permis.Alors les copains m’aidaient à faire les tournées.” Cette arrivée précoce et bruta- le dans le monde du travail a for- gé le caractère du jeune Alain

L’ œil bleu et malicieux pétille quand on branche l’homme sur son domaine de prédilection, le vin. Les ter- roirs n’ont presque plus aucun secret pour lui, du Val de Loire au Jura, de la Vallée du Rhône au Languedoc, de Bordelais à la Bourgogne. Chaque année, de fin janvier à mi-avril, Alain Fesselet passe quatre jours par semaine sur les routes de Fran- ce pour sélectionner les vins que

les clients de tous les magasins U de France trouveront dans les rayons, pour les foires aux vins notamment. Voilà 18 ans que ça dure et, malgré le fait qu’Alain Fesselet ait prévu de transmettre les rênes du Super U du Rus- sey fin septembre prochain, il continuera ce sacerdoce au nom de la passion qu’il a nouée avec le vin et le goût des terroirs. C’est à 20 ans qu’Alain Fesselet a découvert le monde du vin,

avec les copains. “À l’époque, il n’y avait pas de boîtes de nuit, alors on allait au restaurant. C’est là qu’on a appris à connaître le vin. Cette passion ne m’a plus quitté” reconnaît l’amateur de crus qui vient d’être distingué par la très réputée Revue des Vins de France, propulsant le gérant de Super U Le Russey au rang de “meilleur hypermarché et supermarché de France” pour le vin.

Grâce aux rapports privilégiés qu’il a noués avec les viticul- teurs, Alain Fesselet propose des vins inédits dans son magasin du Russey.

qui a repris quelques années plus tard les rênes de l’épicerie fami- liale, place Parrenin au Russey. C’est lui et son épouse Évelyne qui feront, par étapes succes- sives, ce que l’enseigne U est devenue au Russey. “Au centre- ville, nous avons doublé la sur- face. En 1987, nous sommes venus sur la zone avec un magasin de 400 m 2 . En 1992, nous sommes passés à 1 000 m 2 . En 2005, nous avons créé la galerie commer- ciale et le magasin est passé à 3 000 m 2 . Les choses ne se sont pas faites d’un coup” tempère Alain Fesselet qui ne s’est pas départi de la modestie propre à ceux qui ont dû prendre leur destin en main très tôt. Au début des années quatre- vingt-dix, le réseau U propose à ses adhérents de participer à des commissions de sélection de pro- duits : textile, produits frais, bazar, vin… En toute logique, c’est dans la commission vin homme aux faux airs de Clau- de Allègre que l’on doit l’approvisionnement en vins des 1 200 magasins U dont il a la charge. “C’est nous qui faisons les assemblages des vins U, les domaines et châteaux… Nous préparons toutes les foires aux vins, les tracts. C’est un énor- me travail” reconnaît le spécia- liste. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’enseigne U est aujour- d’hui reconnue comme étant sans doute la meilleure de toute la grande distribution en matiè- re de sélection de vins. “Notre force, c’est que l’on propose une qualité égale à celle des cavistes, mais avec l’avantage du prix. Nous sommes certainement les plus forts en terme de rapport qualité-prix. Le client ne sera jamais déçu. Nous mettons un point d’honneur à respecter le terroir. Quand on choisit un ries- ling, le client peut être assuré que ce ne sera pas un riesling sucré” estime Alain Fesselet. Il faut dire que les mentalités des amateurs de vin ont forte- ment évolué vis-à-vis des grandes surfaces. Et la méfian- ce était sans doute justifiée. “C’est vrai qu’il y a 20 ans, on trai- tait le vin comme une boîte de petits pois. Ce n’est plus du tout qu’Alain Fesselet décide de s’investir. Le néophyte apprend alors au contact des vignerons qu’il va ren- contrer. “Des gens extra- ordinaires” estime Alain Fesselet. C’est donc à cet

le cas, à tel point que les meilleures affaires qu’un ama- teur de vin puisse faire, c’est avec les très grands crus que l’on vend à prix coûtant. On ne tombe pas dans la spéculation et des prix qui ne veulent plus rien dire. Notre travail a permis de démo- cratiser le vin.” Aujourd’hui, grâ- ce à des tarifs souvent 30 à 40 % moins chers que chez certains cavistes, les grandes surfaces assurent désormais 70 % des ventes de vin en France. Alain Fesselet sillonnera jus- qu’à mi-avril les routes de Fran- ce pour préparer les grandes foires aux vins de l’automne, des rendez-vous commerciaux qui chaque année enregistrent une progression à deux chiffres. “À travers ces foires aux vins que l’on prépare soigneusement, c’est aussi l’image du magasin que l’on valorise, une manière de se démarquer de la concurren- ce” reconnaît le patron du U qui viticulteurs font partie du mon- de agricole. Et quand les gens du monde agricole décident de bien faire faire leur travail, ils sont les champions du monde. Ceux qui lâchent la bride ou qui font n’importe quoi en ne res- pectant ni le sol ni l’environnement sont vite sanctionnés maintenant, et ce n’est pas plus mal” pense Alain Fesselet qui, au fil de ses pérégrinations, a noué des contacts solides avec les viti- culteurs qui l’ont admis à bras ouverts dans la grande famille du vin. Fraternelle, conviviale et authentique. Les prochains challenges qu’Alain Fesselet aura à relever pour l’enseigne U : la découverte de vins étrangers, avec des voyages de découverte d’ores et déjà prévus dans le bassin médi- terranéen, mais aussi au Chili ou en Afrique du Sud. Il aura sans doute encore plus de temps à y consacrer puisqu’il passe la main du Super U à ses enfants Pierre-Alain et Lætitia à l’automne. La benjamine de la famille, Valentine, suit les cours de l’école du vin à Beaune. La relève est assurée. Alain Fesse- let savoure cette autre satisfac- tion. J.-F.H. cette année dévoile son coup de cœur pour les vins du Languedoc et des Corbières. “On y trouve des produits remarquables et des gens fascinants. Les

“Des tarifs souvent 30 à 40 % moins chers.”

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