EN MODE ACTION 01 - Mars 2022

EN MODE ACTION. | Mars 2022

FILIÈRE HYDROGÈNE

LE DOUBS PEUT-IL DEVENIR UN TERRITOIRE HYDROGÈNE ?

La Région Bourgogne-Franche-Comté veut jouer un rôle leader dans le développement de l’hydrogène. Plusieurs projets émergent y compris dans le Doubs. Éclairage de Marie-Guite Dufay, sa présidente.

Propos recueillis par Sarah George

En Mode Action : Une feuille de route hydrogène a été adoptée à l’échelle régionale en 2019, avec l’objectif d’en faire une spécialisation industrielle. Pourquoi faire le choix de cette énergie ? Marie-Guite Dufay : L’hydrogène est une source de développement d’énergie décarbonée et un vecteur de diversification de notre industrie. Nous nous sommes demandé si nous avions un rôle à jouer à la faveur de son développement futur, et nous avons incontestablement les ingrédients pour développer une filière. Tout un écosystème s’est créé ici depuis les premiers travaux universitaires sur la pile à combustible il y a 25 ans. La fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté a aussi amené les principaux acteurs à travailler ensemble, en mettant à jour leur complémentarité. EMA : Quels moyens y sont consacrés ? M-GD : La région a été labellisée “Territoire Hydrogène” en 2016 grâce à plusieurs projets de démonstration d’envergure. Des financements ont été mobilisés sur trois territoires identifiés comme étant pilote en matière d’hydrogène : l’Auxerrois, le Grand Dole et l’aire urbaine de Belfort-Montbéliard. La feuille de route, que nous avons adoptée pour dix ans, est dotée de 100 millions d’euros, auxquels se sont ajoutés 60 millions d’euros dans le cadre du plan d’accélération de l’investissement régional. EMA : Où en est la structuration de la filière aujourd’hui ? M-GD : Grâce à un écosystème complet qui associe chercheurs, pouvoirs publics et

entreprises, nous avons bien avancé, comme sur la création du centre d’essais, de tests et de certifications des systèmes de stockage hydrogène (ISTHY) à Belfort ou la start-up H2SYS (pionnière dans les groupes électrogènes à hydrogène). Ce qui participe à se construire un avenir indépendant de General Electric sur le Nord Franche-Comté. La dynamique s’accélère depuis 2017. EMA : Quelle place peut avoir le Doubs ? M-GD : Des initiatives essaiment un peu partout. Le Doubs n’est certes pas le territoire le plus en avancé, mais il commence à s’en emparer. À l’image de l’Agglomération de Montbéliard (retenue dans la démarche “Territoire d’Innovation”), où se mettent notamment en place des dessertes bus hydrogène. L’équipementier automobile Faurecia a aussi créé un centre mondial d’expertise sur les réservoirs à hydrogène à Bavans. Des projets émergent également en milieu rural, comme dans la commune de Badevel où on réfléchit à un usage stationnaire pour alimenter des bâtiments ou sur la zone industrielle de Rang où une station de production devrait voir le jour. EMA : Vous misez sur une utilisation massive de l’hydrogène d’ici 2030, n’est-ce pas ambitieux au regard des freins qu’il reste à lever ? M-GD : Nous devons aller massivement vers les énergies renouvelables. Toutes ont leur inconvénient, on le sait. Je crois néanmoins à l’échéance de 2030. C’est la massification qui fera baisser les coûts de revient. Pour que cela décolle, il faut des leviers publics. L’État et les collectivités se mobilisent aujourd’hui pour l’hydrogène décarboné. n

de Rang aussi d’investir dans des camions à hydrogène. Divers bâtiments locaux se sont aussi montrés intéressés pour l’utiliser” , énumère Bruno Beaudrey, surpris de l’émulation générée. “Cela a amené un vrai dynamisme. Jusqu’ici l’activité économique était un peu en dormance.” Plusieurs entreprises gravitant autour des métiers de l’hydrogène projettent désormais de s’installer ici, en exten - sion sur la zone de Rang et dans une zone voisine. “On pourrait envisager dans la foulée des antennes de distri - bution sur le premier plateau” , avance l’élu, qui n’exclut pas également d’ou - vrir un centre de formation sur site. “La distribution d’hydrogène est la première pierre de la réindustrialisation du milieu rural. Un tas de métiers qu’on mécon - naît encore aujourd’hui vont sortir de là”, complète enthousiaste Bernard Streit. Le projet, à 8 millions d’euros, devrait aboutir d’ici 2 ans, avec un per - mis de construire espéré en 2024. n

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